CHAPITRE VI
Précis du Siècle de Louis XV (1768) Epîtres à Boileau (1769) ; à Horace (1772)
Les extraits que nous donnons de f« Épître à Boileau » et de r« Épître à Horace » se trouvent précédés de quelques pages du « Précis du Siècle de Louis XV ». Profitons de ce rapprochement que commandent les dates de publication, pour insérer ici quelques mots sur les dernières œuvres historiques de Voltaire.
En 1759, avait paru l’« Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le Grand ».
Cet ouvrage présentait de grosses difficultés pour .plusieurs raisons. L’auteur semblait ne pouvoir que répéter ou contredire ce qu’il avait déjà écrit dans V Histoire de Charles XII. Le caractère de Pierre le Grand, génie à part, était terrible. Plusieurs de ses actes, d’une barbarie révoltante, ne pouvaient être ni passés sous silence, ni excusés. Mais le point le plus délicat était que Voltaire, plus que dans aucun de ses ouvrages, manquait de liberté. Il désirait être véridique et d’autre part, il ne voulait pas déplaire à l’impératrice Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Il attendait ses documents du gouvernement russe, intéressé à ne pas les lui communiquer tous. Il suffit de lire certaines de ses lettres au comte de Schouvalow pour se rendre compte de l’embarras où il sq, trouvait: son livre s’en est ressenti; il manque d’ampleur, le sujet n’est pas envisagé du grand côté.
Diderot juge ainsi cette histoire: « On la lit avec plaisir; mais si l’on se demandait à la fin : Quel grand tableau ai-je vu? quelle réflexion profonde me reste-t-il? On ne saurait que se répondre : l’écrivain de la France ne s’est peut-être pas élevé au niveau du législateur de la Russie. Cependant, si toutes les gazettes étaient faites comme cela,jen’en voudrais perdre aucune.» (Lettre à MlleVoland, 20 oct. 1760.)
Frédéric se montrait mécontent de voir Voltaire appliqué à cette étude. « Dites-moi, je vous prie, de quoi vous avisez-vous d’écrire l’histoire des loups et des ours de la Sibérie? Et que pourrez-vous rapporter du tzar qui ne se trouve dans la vie de Charles XII ? Je ne lirai point l’histoire de ces barbares. » 31 oct. 1760.
PRECIS DU SIECLE DE LOUIS XY
Le « Précis du Siècle de Louis XV » fut donné en 1768, mais la partie la plus importante du livre était depuis longtemps préparée. Nommé historiographe de France en 1745, l’auteur avait fait des recherches dans les bureaux de Versailles et composé, tandis qu’il était, encore à Cirey ou à Lunéville, une grande partie des Mémoires sur la guerre de 1741. Les lettres à Richelieu des 16 et 25 novembre 1752 font foi qu’à cette date VHistoire de la guerre de 1741 était terminée et que le manuscrit en avait été envoyé à Paris.
Plus tard, en 1755, un manuscrit incomplet ayant été volé chez Mme Denis, on vit paraître une édition falsifiée, que Voltaire répudia ; mais il allait parlé même être incité à donner, un jour ou l’autre à son œuvre sa forme authentique. C’est ce qui se réalisa en 1768, quand, à la suite du Siècle de Louis XIV , fut donné le Précis du Siècle de Louis XV. VHistoire de la guerre de 1741, revue, corrigée et abré gée, y occupe vingt-six chapitres sur quarante-trois.
L’« Histoire du Parlement de Paris », qui vit le jour Tannée suivante (1769), est une œuvre très passionnée, un pamphlet histori que, allant jusqu’à l’outrage, mais exact et véridique dans le récit des faits. L’auteur s’empressa, suivant l’usage, de désavouer cette * histoire, dans laquelle on reconnaissait fort bien son style. « Il est impossible, écrivait-il, que j’en sois l’auteur, elle ne peut être que d’un homme qui a fouillé deux ans de suite dans des archives poudreuses. » (Lettre à d’Argental, 7 juillet 1769.) Le patriarche de Ferney n’avait pas assurément remué la poudre du greffe, mais il avait eu des collaborateurs occultes, qui avaient transcrit pour lui les pièces probantes, « deux ou trois morceaux», comme il disait lui-même, qui formaient la partie solide et résistante de l'ouvrage.
Il avait été encouragé par le chancelier Maupeou, qui préparait le coup d’État de 1771, par lequel il devait envoyer le Parlement en exil. Cet homme d’État. sentant la nécessité de travailler l'opinion publique prête à se déchaîner contre lui, avait été heureux de pouvoir réquisitionner à son service une plume comme celle de Voltaire. Dans le recueil de pièces qu’il fit paraître pour se justifier en 1771, plusieurs sont de la même main que VHistoire du Parlement.
La haine dont Voltaire était animé contre le Parlement s’explique assez par les persécutions ou des menaces auxquelles avaient été en butte de la part de ce corps plusieurs de ses œuvres, sa propagande et, dans une certaine mesure, sa personne elle-même.
Dans une lettre à Mme de Choiseul, 13 mai 1771, il s’exprimait ainsi :
« Je mourrai aussi fidèle à la foi que je vous ai jurée qu à ma juste hgine contre des hommes qui m’ont persécuté tant-qu’ils ont pu et qui me persécuteraient encore s’ils étaient les maîtres. Je ne dois pas assurément aimer ceux qui devaient me jouer un mauvais tour au mois de janvier, ceux qui versaient le sang de l’innocence, ceux qui portaient la barbarie dans le centre de la politesse, ceux qui, uniquement occupés à leur sotte vanité, laissaient agir leur cruauté sans scrupule, tantôt en immolant Calas sur la roue, tantôt en faisant expirer dans les supplices, après la torture, un jeune gentilhomme qui méritait six mois de Saint-Lazare, et qui aurait mieux valu qu’eux tous. Ils ont bravé l’Europe entière, indignée de cette inhumanité; ils ont traîné dans un tombereau, avec un bâillon dans la bouche, un lieutenant-général justement haï, à la vérité, mais dont l’innocence m’est démontrée par les pièces mêmes du procès. Je pourrais produire vingt barbaries pareilles, et les rendre exécrables
V o l t a nu ;
à la postérité. J’aurais mieux aimé mourir dans le canton de Zug ou chez les Samoïèdes que de dépendre de tels compatriotes. Il n’a tenu qu’à moi autrefois d’être leur confrère; mais je n’aurais jamais pensé comme eux. » (V. p. 917.)
L’«Épître à Boileau» est delà même année que Y Histoire du Parlement. Voltaire, qui l’appelle son Testament, avait soixante-quinze ans quand il la composa. Sous prétexte d’écrire à l’auteur des Satires un mot de « ses sots ennemis », il y institue une sorte de comparaison entre la carrière de Boileau et la sjenqe et il ne se gêne guère pour se faire la meilleure part au détriment de son devancier. En somme Boileau y est criblé de traits peu flatteurs et peu équitables. Voltaire encensé copieusement de sa propre main.
L’« Epître 4 Horace », écrite deux ans plus tard, est sur le même plan, mais d’une inspiration plus douce et d’un style beaucoup plus aimable. Voltaire ne se permet pas avec le satirique latin les mêmes libertés qu’avec Boileau. Il lui reproche cependant d’avoir été en bons termes avec Auguste, mais l’éloge ému qu’il fait des vers et de la philosophie d’Horace couvre cette petite critique. Dans toute la pièce d’ailleurs il règne une grâce souriante, une. bonne humeur, une sérénité qui contrastent ayec le ton de YÉpître à Boilequ.
Entre ces deux pièces nous donnons quelques vers de l’Épître
« A l’auteur du Livre des trois imposteurs ». C’est là que se trouve le vers souvent cité :
Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Extraits du « Précis du Siècle de Louis XV ».
J, — Système de Law.
e fameux système de Law, qui semblait devoir ruiner la régence et l’État, soutint en effet1 Lune et l’autre par dos conséquences que personne n’avait prévues.
Œuvres, Il arriva par un prestige dont les ressorts
ne purent être visibles qu’aux yeux les plus exercés et les plus fins, qu’un système tout chimérique enfanta un commerce réel et fit renaître, la Compagnie des Indes, établie autrefois par le célèbre Colbert, et ruinée par les guerres. Enfin, s’il y eut beaucoup de fortunes particulières détruites, la nation devint bientôt plus commerçante et plus riche, Ce système éclaira les esprits, comme les guerres civiles aiguisent les- courages.
(I) En effet- V. Lex.
PRÉCIS DU SIECLE DK LOUIS XV 933
Ce fut une maladie épidémique 1 qui se répandit de France en Hollande et en Angleterre ; elle mérite l’attention de la postérité ; car ce n’était point l’intérêt politique de deux ou trois princes qui bouleversait des nations. Les peuples se précipitèrent d’eux-mêmes dans cette folie, qui enrichit quelques familles, et qui en réduisit tant d’autres à la mendicité. Voici quelle fut l’origine de cette démence, précédée et suivie de tant d’autres folies.
(Jn Écossais, nommé Jean Law, que nous nommons Jean Lass, qui n’avait d’autre métier que d’être grand joueur et grand calculateur, obligé de fuir de la Grande- Bretagne pour un meurtre, avait dès longtemps rédigé le plan d’une Compagnie qui paierait en billets les dettes d’un État, et qui se rembourserait par les profits. Ce système était très compliqué ; mais, réduit à ses justes bornes, il pouvait être très utile. C’était une imitation de la banque d’Angleterre et de sa Compagnie des Indes. Il proposa cet établissement au duc de Savoie, depuis premier roi de Sardaigne, Victor-Amédée, qui répondit qu’il n’était pas assez puissant pour se ruiner. Il le vint proposer au contrôleur général Dcsmarets ; mais c’était dans le temps d’une guerre malheureuse, où toute confiance était perdue, et la base de ce système était la confiance.
Enfin, il trouva tout favorable sous la régence du duc d’Orléans : deux milliards de dettes à éteindre, une paix qui laissait du loisir au gouvernement, un prince et un peuple amoureux des nouveautés.
II établit d’abord une banque en son propre nom, en 1716, Elle devint bientôt un bureau général des recettes du royaume. On y joignit une Compagnie du Mississipi, compagnie dont on faisait espérer de grands avantages. Le public, séduit par l’appât du gain, s’empressa d’acheter avec fureur les actions de cette compagnie et de cette banque réunies. Les richesses, auparavant resserrées par la défiance, circulèrent avec profusion. Les billets doublaient, quadruplaient ces richesses. La France fut très
(1) V. plus haut (p. 42) ce que Voltaire dans sa jeunesse pensait de cette maladie épidémique.
VOLTAIRE
riche en effet par le crédit. Toutes les professions connurent le luxe, et il passa chez les voisins de la France, qui eurent part à ce commerce.
La banque fut déclarée banque du roi en 1718. Elle se chargea du commerce du Sénégal. Elle acquit le privilège de l’ancienne Compagnie des Indes, fondée par le célèbre Colbert, tombée depuis en décadence, et qui avait abandonné son commerce aux négociants de Saint-Malo. Enfin, elle se chargea des fermes générales du royaume. Tout fut donc entre les mains de l’Écossais Law, et toutes les finances du royaume dépendirent d’une Compagnie de commerce.
Cette Compagnie paraissant établie sur de si vastes fondements, ses actions augmentèrent vingt fois “au delà de leur première valeur. Le duc d’Orléans fit sans doute une grande faute d’abandonner le public à lui-même. Il était aisé au gouvernement de mettre un frein à cette frénésie ; mais l’avidité des courtisans et l’espérance de profiter de ce désordre empêchèrent de l’arrêter. Les variations fréquentes dans le prix de ces effets 1 produisirent 2 à des homme3 inconnus des biens immenses : plusieurs, en moins de six mois, devinrent beaucoup plus riches que beaucoup de princes. Law, séduit lui-même par son système, et ivre de l’ivresse publique et de la sienne, avait fabriqué tant de billets que la valeur chimérique des actions valait, en 1719, quatre-vingts fois tout l’argent qui pouvait circuler dans le royaume. Le gouvernement remboursa en papier tous les rentiers de l’État.
Le Régent ne pouvait plus gouverner une machine si immense, si compliquée et dont le mouvement rapide l’entraînait malgré lui. Les anciens financiers et les gros banquiers réunis épuisèrent la banque royale, en tirant 3 sur elle des sommes considérables. Chacun chercha à convertir ses billets en espèces; mais la disproportion était énorme. Le crédit tomba tout d’un coup : le Régent vou-
(1) Effets. V. Lex.
(2) Produisirent. V. Lex.
(3) Tirant. V. Lex.
PLiÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV
lut le ranimer par des arrêts qui l’anéantirent. On ne vit plus que du papier ; une misère réelle commençait à succéder à tant de richesses fictives. Ce fut alors qu’on donna la place de contrôleur général des finances à Law, précisément dans le temps qu’il était impossible qu’il la remplît ; c’était en 1720, époque de la subversion de toutes les fortunes des particuliers et des finances du royaume. On le vit, en peu de temps, d’Écossais devenir Français, par la naturalisation ; de protestant, catholique’; d’aventurier, seigneur des plus belles terres ; et de banquier, ministre d’État. Je l’ai vu1 arriver dans les salles du Palais- Royal, suivi de ducs et de pairs, de maréchaux de France et d’évêques. Le désordre était au comble. Le Parlement de Paris s’opposa, autant qu’il le put, à ces innovations, et il fut exilé à Pontoise. Enfin, dans la même année, Law, chargé de l’exécration publique, fut obligé de fuir du pays qu’il avait voulu enrichir et qu’il avait bouleversé. 11 partit dans une chaise de poste que lui prêta le duc de Bourbou-Gondé, n’emportant avec lui que deux, mille louis, presque le seul reste de son opulence passagère.
Les libelles de ce temps-là accusent le Régent de s’être emparé de tout l’argent du royaume pour les vues de son ambition et il est certain qu’it est mort endetté de sept millions exigibles. On accusait Law d’avoir fait passer pour son profit les espèces2 de la France dans les pays étrangers. 11 a vécu quelque temps à Londres des libéralités du marquis de Lassey, et est mort à Venise, en 1729, dans un état à peine au-dessus de l’indigence. J’ai vu sa veuve à Bruxelles, aussi humiliée qu’elle avait été fière et triomphante à Paris. De telles révolutions ne sont pas les objets les moins utiles de l’histoire. (Chap. IL)
(1) Je l'ai vu , plus loin J'ai vu sa veuve... Voltaire est ici témoin oculaire autant qu'historien.
(2) Espèces. V. Lex.
VOLTAIRE
* Bataille de Fontenoy i.
...L’armée était sous les ordres d’un général en qui on avait la plus juste confiance. Le comte de Saxe2 avait déjà mérité sa grande réputation par de savantes retraites en Allemagne, et par sa campagne de 1744 ; il joignait une théorie profonde à la pratique. La vigilance, le secret, l’art de savoir différer à propos un projet, et celui de l’exécuter rapidement, le coup d’œil, les ressources, la prévoyance, étaient ses talents, de l’aveu de tous les officiers ; mais alors ce général, consumé d’une maladie de langueur, était presque mourant. Il était parti de Paris très malade pour l'armée. L’auteur de cette histoire3 l’ayant même rencontré avant son départ, et n’ayant pu s’empêcher de lui demander comment il pourrait faire dans cet état de faiblesse, le maréchal lui répondit : « 11 ne s’agit pas de vivre, mais de partir. »
(1745) Le roi, étant arrivé le 6 mai à Douai, se rendit le lendemain à Pont-à-Chin près de l’Escaut, à portée des tranchées de Tournay. Delà il alla reconnaître le terrain qui devait servir de champ de bataille. Toute l’armée, en voyant le roi et le dauphin, fit entendre des acclamations de joie. Les alliés 4 passèrent le 10 et la nuit du 11 à faire leurs dernières dispositions. Jamais le roi ne marqua plus de gaîté que la veille du combat. La conversation roula sur les batailles où les rois s’étaient trouvés en personne. Le roi dit que, depuis la bataille de Poitiers, aucun roi de France n’avait combattu avec son fils, et qu’aucun, depuis
(1) On a vu plus haut (p. 398) un fragment du Poème (te Fontenay,
(2) Maurice de Saxe (1696-1750), fils d'Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, avait pris du service en France dès 1720; mais c’est pendant la guerre de la Succession d'Autriche qu'il se couvrit de gloire.
(3) V. la note 1 de la page précédente.
(4) Le maréchal de Saxe, avec une armée française de 90.000 hommes» avait mis le siège devant Tournay, une des places qui couvraient les Pays-Bas contre la France et qui étaient défendues par les Hollandais aux frais de l’Autriche. Une armée anglo-hollandaise, forte d’environ 51.000 hommes, venant de Mons, se glissa entre la frontière et Maurice de Saxe. Celui-ci, sans abandonner le siège de Tournay, détacha environ 50.000 soldats pour venir faire face à l’ennemi.
(5) Les alliés , les Anglo-hollandais.
PRECIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV
saint Louis, n’avait gagné de victoire signalée contre 1 les Anglais : qu’il espérait être le premier. Il fut éveillé le premier le jour de l’action; il éveilla lui-même à quatre heures le comte d’Argenson, ministre de la Guerre, qui, dans l’instant, envoya demander au maréchal de Saxe ses derniers ordres. On trouva le maréchal dans
une voiture d’osier qui lui servait de lit, et dans laquelle il se faisait traîner quand ses forces épuisées ne lui permettaient plus d’être à cheval. Le roi et son fils avaient déjà passé un pont sur l’Escaut à Galonné ; ils allèrent prendre leur poste par delà la Justice de Notre-Dameaux-Bois, à mille toises 2 de ce pont, et précisément à l’entrée du champ de bataille.
(1 } Contre. V. notes gramm,, p. 989, VIII, 3.
(8) Toise. V. Lex.
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...En jetant les yeux sur les cartes, qui sont fort communes, on voit d’un coup d’œil la disposition des deux armées. On remarque Anthoin assez près de l’Escaut, à la droite de l’armée française, à neuf cents toises de ce pont de Galonné par où le roi et le dauphin s’étaient avancés ; le village de Fontenoy par delà Anthoin, presque sur la même ligne ; un espace étroit de quatre cent cinquante toises de large entre Fontenoy et un petit bois, qu’on appelle le bois de Barry. Ce bois, ces villages étaient garnis de canons comme un camp retranché. Le maréchal de Saxe avait établi des redoutes entre Anthoin et Fontenoy : d’autres redoutes aux extrémités du bois de Barry fortifiaient cette enceinte. Le champ de bataille n’avait pas plus de cinq cents toises 1 de longueur depuis l’endroit où était le roi, auprès de Fontenoy, jusqu’à ce bois de Barry, et n’avait guère plus de neuf cents toises2 de large ; de sorte que l’on allait combattre en champ clos, comme à Dettingen, mais dans une journée plus mémorable.
On commençait à se canonner de part et d’autre à
six heures du matin. Le maréchal de Noailles 3 était alors auprès de Fontenoy, et rendait compte au maréchal de Saxe d’un ouvrage qu’il avait fait à l’entrée de la nuit pour joindre le village de Fontenoy à la première des trois redoutes entre Fontenoy et Anthoin ; il lui servit de premier aide de camp, sacrifiant la jalousie du commandement au bien de l’État, et s’oubliant soi-même pour un général étranger et moins ancien. Le maréchal de Saxe sentait tout le prix de cette magnanimité et jamais on ne vit une union si grande entre deux hommes que la faiblesse ordinaire du cœur humain pouvait éloigner l’un de l’autre.
Le maréchal de Noailles embrassait le duc de Grammont, son neveu, et ils se séparaient, l’un pour retourner
(1) Environ 90U mètres.
(2) Environ 1.800 mètres.
(3) Adrien-Maurice de Noailles (1678-1766) s’était distingué pendant la guerre de la Succession d'Espagne, il gagna le bâton de maréchal au siège de Philipsbourg, en 1733, mais il avait été battu à Dettingen, en 1743, par les Anglo-autrichiens, sous la conduite du roi George II.
PRÉCIS DU SIÈCLE DE LOUIS XV
auprès du roi, l’autre pour aller à son poste, lorsqu’un boulet de canon vint frapper le ducdeGrammont à mort : il fut la première victime de cette journée.
Les Anglais attaquèrent trois fois Fontenoy, et les Hollandais se présentèrent à deux reprises devant Anthoin. A leur seconde attaque, on vit un escadron hollandais emporté presque tout entier par le canon d’Anthoin : il n’en resta que quinze hommes, et les Hollandais ne se présentèrent plus dès ce moment.
Alors le duc de Cumberland 1 prit une résolution qui pouvait lui assurer le succès de cette journée. Il ordonna à un major général, nommé Ingolsby, d’entrer dans le bois de Barry, de pénétrer jusqu’à la redoute de ce bois, vis-à-vis Fontenoy, et de l’emporter. Ingolsby marche avec les meilleures troupes pour exécuter cet ordre : il trouve dans le bois de Barry un bataillon du régiment d’un partisan : c’était ce qu’on appelait les Grassins, du nom de celui qui les avait formés. Ces soldats étaient en avant dans le bois par delà la redoute, couchés par terre. Ingolsby crut que c’était un corps considérable : il retourne auprès du duc de Gaimberland et demande du canon. Le temps se perdait. Le prince était au désespoir d’une désobéissance qui dérangeait toutes ses mesures, et qu'il lit ensuite punir à Londres par un conseil de guerre qu’on appelle cour martiale.
Il se détermina sur-le-champ à passer entre cette redoute et Fontenoy. Le terrain était escarpé, il fallait franchir un ravin profond ; il fallait essuyer tout le feu de Fontenoy et de la redoute. L’entreprise était audacieuse; mais il était réduit alors à ne point combattre, ou à tenter ce passage.
Les Anglais et les Ilanovriens s’avancent avec lui sans presque déranger leurs rangs, traînant leurs canons à bras par les sentiers : il les forme sur trois lignes assez pressées, et de quatre de hauteur chacune, avançant entre les batteries de canon qui les foudroyaient dans un ter-
(1) Leduc de Cumberland (1721-1765), deuxième fils du roi d'Angleterre Georgé II.
VOLTAIRE
rain d’environ quatre cents toises1 de large. Des rangs entiers tombaient morts à droite et à gauche ; ils étaient remplacés aussitôt ; et les canons qu’ils amenaient à bras vis-à-vis Fontenoy et devant les redoutes, répondaient à l’artillerie française. En cet état ils marchaient fièrement, précédés de six pièces d’artillerie, et en ayant encore six autres au milieu de leurs lignes.
Vis-à-vis d’eux se trouvèrent quatre bataillons des gardes françaises, ayant deux bataillons de gardes suisses à leur gauche, le régiment de Courten à leur droite, ensuite celui d’Àübe terré, et plus loin le régiment du roi qui bordait Fontenoy le long d’un chemin creux.
Le terrain s’élevait à l’ëndroit où étaient les gardes françaises jusqu’à celui où les Anglais se' formaient.
Les officiers des gardes françaises se dirent alors les uns aux autres : (( Il faut aller prendre le canon des Anglais. » lis y montèrent rapidement avec leurs grenadiers, mais ils furent bien étonnés de trouver une armée devant eux. L’artillerie et la mousqueterie en couchèrent par terre près de soixante, et le reste fut obligé de revenir dans ses rangs.
Cependant les Anglais avançaient, et cette ligne d’infanterie, composée des gardes françaises et suisses, et de Courten, ayant encore sur leur droite Aubeterre et un bataillon du régiment du roi, s’approchait de l’ennemi. On était à cinquante pas de distance. Un régiment des gardes anglaises, celui de Campbell et le royal-é cos sais étaient lés premiers : M. de Campbell était leur lieutenant général; le comte d’Albemarle, leur général major, et M. de Churchill, petît-fîts naturel du grand-duc de Marlborough, leur brigadier. Les officiers anglais saluèrent les Français en ôtant leurs chapeaux. Le comte de Chabanes* le duc de Biron, qui s’étaient avancés, et tous les officiers des gardes françaises leur rendirent le salut. Milord Charles Hay, capitaine aux gardes anglaises, cria : « Messieurs les gardes françaises, tirez. »
(1) Environ 800 mètres.
précls DU SIÈCLE l)E LOUIS XV
Le comte d’Auteroche, alors lieutenant de grenadiers et depuis capitaine, lui dit à voix haute : a Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers ; tire2 vousmêmes. » Les Anglais firent un feu roulant, c’est-à-dire qu’ils tiraient par divisions ; de sorte que le front d’Uh bataillon sur quatre hommes de hauteur ayant tiré, un autre bataillon faisait sa décharge, et ensuite un troisième, tandis que les premiers rechargeaient. La ligne d'infanterie française ne tira point ainsi : elle était seule sur quatre de hauteur, les rangs assez éloignés, et notant soutenue par aucune autre troupe d’infanterie. Dix-neuf officiers des gardes tombèrent blessés à cette seule décharge. MM. de Clisson, de Langey, de Peyre, y perdirent la vie ; quatre-vingt-quinze soldats demeurèrent sur la place ; deux cent quatre-vingt-cinq y reçurent des blessures ; onze officiers suisses tombèrent blessés, ainsi que deux cent neuf de leurs soldats, parmi lesquels soixante-quatre furent tués. Le colonel de Courten, son lieutenant-colonel, quatre officiers, soixante et quinze soldats tombèrent morts, quatorze officiers et deux soldats furent blessés dangereusement. Le premier raftg ainsi emporté, les trois autres regardèrent derrière eux, et ne voyant qu’une cavalerie à plus de trois cents toises 4, ils se dispersèrent...
...Les Anglais avançaient à pas lents, comme faisant l’exercice. On voyait les majors appuyer leurs cannes sur les fusils des soldats pour les faire tirer bas et droit. Ifs débordèrent Fontenoy et la redoute. Ce corps, qui auparavant était en trois divisions, se pressant par la nature du terrain, devint une colonne longue et épaisse, presque inébranlable par sa masse, et plus encore par son courage.
Le régiment d’Aubeterre, le régiment du roi malgré l’ardeur du duc de Biron et l’héroïsme de M. de Lutteaux, premier lieutenant général de l'armée, ne réussirent pas à enrayer la marche de cette colonne.
(i) Près de 600 mètres.
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... Le maréchal de Saxe, qui voyait de sang-froid combien l'affaire était périlleuse, fit dire au roi, par le marquis de Meuse, qu'il le conjurait de repasser le pont avec le dauphin, qu’il ferait ce qu’il pourrait pour remédier au désordre. « Oh ! je suis bien sûr qu’il fera ce qu’ilfaudra, répondit le roi, mais je resterai où je suis. »
Il y avait de l’étonnement et de la confusion dans l’armée depuis le moment delà déroute des gardes françaises et suisses. Le maréchal de Saxe veut que la cavalerie fonde sur la colonne anglaise. Le comte d^Estrées y court. Mais les efforts de cette cavalerie étaient peu de chose contre une masse d’infanterie si réunie, si disciplinée et si intrépide, dont le feu toujours roulant et toujours soutenu écartait nécessairement de petits corps séparés. On sait d’ailleurs que la cavalerie ne peut guère entamer seule une infanterie serrée ; le maréchal de Saxe était au milieu de ce feu : sa maladie ne lui laissait pas la force de porter une cuirasse ; il portait une espèce de bouclier de plusieurs doubles de taffetas piqué, qui reposait sur l’arçon de sa selle. Il jeta son bouclier, et courut faire avancer la seconde ligne de cavalerie contre la colonne.
Tous les efforts pour entamer la colonne anglaise restaient impuissants. Le maréchal de Saxe voulut tenter une dernière attaque mieux dirigée et plus pleine, mais le succès en était incertain et il fallait se ménager une retraite en cas de défaite.
« ... On désespérait alors du succès de la journée, tin conseil assez tumultueux se tenait auprès du roi. On le pressait, de la part du général et au nom de la France, de ne pas s’exposer davantage. Le duc de Richelieu, lieutenant général, et qui servait en qualité d’aide de camp du roi, arriva en ce moment. Il venait de reconnaître la colonne près de Fontenoy. Ayant ainsi couru de tous côtés, il se présente hors d’haleine, l’épée à la main et couvert de poussière. « Quelle nouvelle apportez-vous? lui dit le maréchal de Noailles ; quel est votre avis ? — Ma nouvelle, dit le duc de Richelieu1, est que la bataille est ga-
(1) Voltaire fait la partie belle à son ami, à son héros, le duc de Richelieu, au détriment du maréchal de Saxe.
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gnée si on le veut, et mon avis est qu’on fasse avancer dans l’instant quatre canons contre le front de la colonne; pendant que cette artillerie l’ébranlera, la maison du roi et les autres troupes l’entoureront, il faut tomber sur elle comme des fourrageurs. » Le roi se rendit le premier à cette idée.
Vingt personnes se détachent. Le duc de Péquigny, appelé depuis le duc de Chaulnes, va faire pointer ces quatre pièces; on les place vis-à-vis la colonne anglaise. Le duc de Richelieu court à bride abattue au nom du roi faire marcher sa maison ; il annonce cette nouvelle à M. de Montesson qui la commandait. Le prince de Soubise rassemble ses gendarmes, le duc de Chaulnes ses chevau-légers, tout se forme en marche; quatre escadrons de la gendarmerie avancent à la droite de la maison du roi; les grenadiers à cheval sont à la tète, sous M. de Grille, leur capitaine, les mousquetaires comman dés par M. de Jumilhac se précipitent.
Dans ce même moment important, le comte d’Eu et le duc de Biron, à la droite, voyaient avec douleur les troupes d’Ànthoin quitter leur poste, selon l’ordre positif du maréchal de Saxe. « Je prends sur moi la désobéissance, leur dit le duc de Biron ; je suis sûr que le roi l’approuvera dans un instant où tout va changer de face ; je réponds que M. le maréchal de Saxe le trouvera bon. » Le maréchal, qui arrivait dans cet endroit, informé delà résolution du roi, et de la bonne volonté des troupes, n’eut pas de peine à se rendre ; il changea de sentiment lorsqu’il en fallait changer, et fit rentrer le régiment de Piémont dans Anthoin; il se porta rapidement, malgré sa faiblesse, de la droite à la gauche, vers la brigade des Irlandais, recommandant à toutes les troupes qu’il rencontrait en chemin de ne plus faire de fausses charges et d’agir de concert.
Le duc de Biron, le comte d’Estrées, le marquis de Groissi, le comte de Lowendal, lieutenants généraux, dirigent cette attaque nouvelle. Cinq escadrons de Penthièvre suivent M. de Groissi et ses enfants. Les régiments
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de Ghabrillant, de Brancas, de Brionne, Aubeterre, Cour* ten, accotirent, guidés par leurs cokmels; le régiment de Normandie, les carabiniers, entrent dans les premiers rangs delà colonne, et vengent leurs camarades tués dans leur première charge. Les Irlandais les secondent. La colonne était attaquée à la fois de front et par les deux flancs. ^ .
En sept ou huit minutes, tout ce corps formidable est ouvert de tous côtés ; le général Posomby, le frère du comte d’Àlbermale, cinq colonels, cinq capitaines aux gardes, un nombre prodigieux d’officiers étaient renversés morts. Les Anglais se rallièrent, mais ils cédèrent ; ils quittèrent le champ de bataille sans tumulte, sans confusion, et furent vaincus avec honneur 1.
Le roi de France allait de régiment en régiment ; les cris de victoire et de «. Vive le roi », les chapeaux en l’air, les étendards et les drapeaux percés de balles, les félicitations réciproques des officiers, qui s’embrassaient, formaient un spectacle dont tout le monde jouissait avec une joie tumultueuse. Le roi était tranquille, témoignant sa satisfaction et sa reconnaissance à tous les officiers généraux, et à tous les commandants des corps ; il ordonna qu’on eût soin des blessés, et qu’on traitât les ennemis comme ses propres sujets.
Le maréchal de Saxe, au milieu de ce triomphe, se fit porter vers le roi; il retrouva un reste de force pour embrasser ses genoux, et lui dire ces propres paroles : « Sire, j’ai assez vécu; je ne souhaitais de vivre aujourd’hui que pour voir Votre Majesté victorieuse. Vous voyez, ajoulat-il ensuite,à quoi tiennent les batailles. » Le roi le releva et l’embrassa tendrement.
... On est entré dans les détails sur cette seule bataille
(i) Les Anglais, dans cette bataille, perdirent 9.000 hommes tués ou blessés, 5.000 prisonniers et 40 canons. Les Français eurent 6.000 hommes hors de combat. La victoire de Fontenoy eut pour conséquence la prise du S.-0 des Pays-Bas. Celle de Rocoux (au nord de Liège) nous valut le reste, et celle de Lawfeld (près de Maestricht) ouvrit l'entiée des Provinces-Unies. La chute de Maestricht amena la conclusion de la paix
ÈP1TRE A BOtLEAÜ
de Fontenoy, Son importance, le danger du roi et du dauphin l’exigeaient. Cette action décida du sort de la guerre, prépara la conquête des Pays-Bas, et servit de contrepoids à tous les événements malheureux. Ce qui rend encore cette bataille à jamais mémorable, c’est qu’elle fut gagnée lorsque le général, affaibli et presque expirant, ne pouvait plus agir. Le maréchal de Saxe avait fait la disposition, et les officiers français remportèrent la victoire.
(Chap. XV.)
Épitre a Boileau
ou Mon Testament.
Mars 1769.
Boileau, correct auteur de quelques bons écrits,
Zoïle de Quinault et flatteur de Louis,
Mais oracle du goût dans cet art difficile Où s’égayait Horace, où travaillait Virgile,
Dans la cour du Palais, je naquis ton voisin 1 ; 5
De ton siècle brillant mes yeux virent la fin ;
Siècle de grands talents bien plus que de lumière,
Dont Corneille, en bronchant, sut ouvrir la carrière.
Je vis le jardinier de ton jardin d’Auteuil,
Qui chez toi, pour rimer, plantait le chèvrefeuil 2. 10
Chez ton neveu Dongois, je passai mon enfance,
Bon bourgeois qui se crut un homme d’importance3,
(1) Ce vers suffirait à lui seul pour trancher la question du lieu de naissance de Voltaire (Y. plus haut, p. 2).*
(2) Allusion aux vers de l’Épître XI de Boileau.
Antoine, gouverneur de mon jardin d’Auteuil,
Qui diriges chez moi l’if et le chèvrefeuil.
La forme masculine chèvrefeuil est donnée par le Dictionnaire de V Académie (1694).
(3) L'illustre M. Dongois, comme disait Boileau, était greffier en chef « du Parlement. Il possédait près de Mantes, à Haute-Isle, une propriété, où son oncle aimait à se reposer l’été et qu’il a décrite dans l’Epître VI (à Lamoignon).
VOLTAIRE
Je veux t’écrire un mot sur tes sots ennemis A l’Hôtel ^Rambouillet contre toi réunis,
Qui voulaient pour loyer de tes rimes sincères, 15
Couronné de lauriers, t’envoyer aux galères.
Ces petits beaux esprits craignaient la vérité,
Et du sel de tes vers la piquante âcreté.
Louis avait du goût, Louis aimait la gloire :
Il voulut que ta muse assurât sa mémoire ; 20
Et, satirique heureux, par ton prince a«^oué,
Tu pus censurer tout, pourvu qu’il fût loué.
Bientôt les courtisans, ces singes de leur maître i, Surent tes vers par cœur, et crurent s’y connaître.
On admira dans toi jusqu’au style un peu dur 25
Dont tu défiguras le vainqueur de Namur2;
Et sur l’Amour de Dieu ta triste psalmodie Du haineux janséniste en son temps applaudie;
Et V Equivoque même, enfant plus ténébreux,
D’un père sans vigueur avorton malheureux. 30
Des Muses dans ce temps, au pied du trône assises,
On aimait les talents, on passait les sottises.
Après cette appréciation assez peu sympathique et même assez peu équitable de Boileau et de son rôle, Voltaire, dans une cinquantaine de vers satiriques, oppose son temps à celui de Boileau, puis il en vient à décrire sa propre attitude.
Ce temps est, réponds-tu, très bon pour la satire.
Mais quoi ! puis-je en mes vers, aiguisant un bon mot, 85 Affliger sans raison l’amour-propre d’un sot ;
Des Cotins de mon temps poursuivre la racaille,
Et railler un Coger 3 dont tout Paris se raille ?
Non, Ina muse m’appelle à de plus hauts emplois :
A chanter la vertu j’ai consacré ma voix. 90
... J’ose a-ux persécuteurs prêcher la tolérance;
Je dis au riche avare: assiste l’indigent;
(1) La Fontaine avait appelé la cour : « peuple caméléon, peuple singe du maître. » { Les obsèques de la lionne) Fables VIII, 17.
(2) Voltaire avait déjà écrit ce vers dans le Temple du goût. (V.plus haut, p. 186.)
(3) Coger (1723-1780) était recteur de l’Université de Paris. Ayant pris parti contre les philosophes, il se désigna aux railleries de Voltaire.