AVERTISSEMENT
On a imprimé Français par un a, et on en usera ainsi dans la nouvelle édition de la Henriade. 11 faut en tout se conformer à l’usage, et écrire autant qu’on peut comme on prononce ; il serait ridicule de dire en vers, les François et les Anglois , puisqu’en prose tout le monde prononce Français. Il n’est pas même à croire que jamais cette dure prononciation : François revienne à la mode. Tous les peuples adoucissent insensiblement la prononciation de leur langue. Nous ne disons plus la Roine , mais la Reine. Août se prononce Oût , etc. On dira toujours Gaulois et Français , parce que l’idée d’une nation grossière inspire naturellement un son plus dur, et que l’idée d’une nation plus polie communique à la voix un son plus doux. Les Italiens en sont venus jusqu’à retrancher r/i absolument. Chez les Anglais, la moitié des consonnes qui remplissaient leurs mots, et qui les rendaient trop durs, ne se prononcent plus. En un mot, tout ce qui contribue à rendre une langue plus douce sans affectation doit être admis.
(1) Cet avertissement ne se trouve que dans l’édition de 1736. V. p. 981, n. 1.
Œuvres, 1716.