LETTRE A 1) ARGENT AL
remuer dans ces commencements et que je dois attendre du temps l’adoucissement qu’il met à toutes les affaires ; mais aussi il est bon de ne pas m’endormir entièrement sur l’espérance que le temps .seul me servira.
Je n’ai point suivi les conseils que vous me donniez de me rendre en diligence à Auxonne 1 ; tout ce qui était à Monjeu 2 m’a envoyé vite en Lorraine. J’ai de plus une aversion mortelle pour la prison; je suis malade; un air enfermé m’aurait tué ; on m’aurait peut-être fourré dans un cachot. Ce qui me fait croire que les ordres étaient durs, c’est que la maréchaussée était en campagne.
Net. pourriez-vous point savoir si le Garde des sceaux a toujours la manie de vouloir faire périr, à Auxonne, un homme qui a la lièvre et la dysenterie, et qui est dans un désert? Qu’il m’y laisse, c’est tout ce que je lui demande, et qu’il ne m’envie pas l’air de la campagne. Adieu, je sèrai toute ma vie pénétré de la plus tendre reconnaissance. Je vous serai attaché comme vous méritez qu’on vous aime.
(1) Auxonne, petite ville de Bourgogne, sur la Saône.
(2) Au château de Monjeu, près d’Autun, où le duc de Richelieu venait d'épouser Mlle de Guise. Voltaire assistait à ce mariage, qui était en parti son œuvre.
Œuvres, 1741.
La Tragédie.
Frise dessinée par Gravelot et gravée par Bacheley.