‹ Œuvres choisiesChapitre 77 sur 228 · OMAR · texte numérisé non relu

OMAR

Aux pieds du roi qu’a choisiYÉternel. 970

SÉIDE

Oui, j’y cours abjurer un serment que j'abliorre.

La tragédie de Mahomet fut représentée à Lille plusieurs fois en 1741, pais à Paris, le 29 août 1742, mais non sans rencontrer des dif-

MAHOMET

Acuités ni sans provoquer des protestations, et l’auteur dut retirer sa pièce A Dans sa préface (18 novembre 1742), il écrit que les personnes qui ont été choquées de Mahomet , l’ont représenté comme un ouvrage très dangereux, fait pour former des Ravaillac et des Jacques Clément. 11 n’a pas de peine à répondre que « c’est précisément contre les Ravaillac et les Jacques Clément que la pièce est composée ». Toute la question est de savoir si, en attaquant le fanatisme, l’auteur n’a pas employé des traits qui peuvent se retourner contre la religion elle-même. Cet homme qui commet tous les crimes, au nom de la religion, fait penser à Tartuffe, c'est entendu, mais quelquefois il tient à peu près le même langage qu’un Joad ou un Mardochée, et Séide emploie — comme on peut le voir dans le passage cité — les mêmes expressions que Joas.

Quelques années plus tard, Voltaire eut l’habileté de faire agréer au pape Benoît XIV 1 2 3, la dédicace de Mahomet :

Très Saint-Père,

Votre Sainteté voudra bien pardonner la liberté que prend un des plus humbles, mais l’un des plus grands admirateurs de la vertu, de consacrer au chef de la véritable religion un écrit contre le fondateur d’une religion fausse et barbare.

A qui pourrais-je plus convenablement adresser la satire de la cruauté et des erreurs d’un faux prophète, qu’au vicaire et à l’imitateur d’un Dieu de paix et de vérité ?

Que Votre Sainteté daigne permettre que je mette à ses pieds et le livre et l’auteur. J’ai lieu de demander sa protection pour l’un et sa bénédiction pour l’autre. C’est avec ces sentiments d’une profonde vénération que je me prosterne et que je baise vos pieds sacrés.

Paris, 17 auguste 1745.

Et le pape remercia, non seulement avec bonne grâce, mais avec esprit. Voltaire avait écrit en l’honneur du pontife un distiques latin, dans lequel un lecteur malveillant avait relevé une faute de quantité. Le pape, au lieu de critiquer Mahomet ou les tendances philosophiques de la pièce, défendit les vers incriminés en citant avec à-propos un vers de Virgile. Voltaire, pour ne pas demeurer en reste, écrivit une lettre de remerciement, dans laquelle il appliquait

(1) Elle fut reprise avec succès en 1751, alors que Voltaire était à Berlin.

(2) Le cardinal Lambertini, fin lettré et pontife très conciliant, pape de 1740 à 1758.

(3) Ce distique est cité p. 401.

VOLTAIRE

au pontife, de la manière la plus flatteuse un autre vers du même poète i. Voltaire et le pape taisant assaut de compliments et de vers latins, quel curieux épisode de Thistoire littéraire du dix-huitième siècle ! \

Lettre à un vieil ami.

À i\L DE ClDEVILLE.

A Bruxelles, ce 13 mars 1741.

Devers s^Pàque ou doit pardonner Aux chrétiens qui font pénitence Je la fais3 ; un si long silence À de quoi me faire damner ;

Donnez-moi plénière indulgence.

Après avoir en grand courrier Voyagé pour chercher un sage,

J-rd regagné mon colombier,

Je n’en veux sortir davantage 4.

J’y trouve ce que j’ai cherché.

J’y vis heureux, j’y suis caché.

Le trône et son fier esclavage,

Ces grandeurs dont on est touché,

Ne valent pas notre ermitage.

Vers les champs liyperboréens J'ai vu des rois dans la retraite Qui se croyaient des Anton ins ;

J’ai vu s’enfuir leurs bons desseins Aux premiers sons de la trompette.

Ils ne sont plus rien que des rois ;

Ils vont par des sanglants exploils Prendre ou ravager des provinces5 ;

L’ambition les a soumis.

(1) Hic vir , hic est , tibi quem promilti sæpius audis.

« Le voilà, oui, le voilà, ce grand homme dont tu as si souvent reçu la promesse » (Virgile,. En. VI, v. 791).

Rome, ajoutait-il, a dû retentir de ce vers à l’exaltation de Benoît XIV

(2 ) Devers. V. Lex.

(3) Je la fais. V. Notes gramm., p. 9S4, IV, 2.

(4) Il revenait, non sans quelque désillusion, d un voyage en Prusse, où il avait essayé de jouer un rôle diplomatique auprès du roi.

(5) C’était afu commencement de la guerre de Succession d’Autriche .

DE MAHOMET A MEROPE

Moi, j’y renonce ; adieu les princes ;

Il ne me faut que des amis.

Ce sont surtout des amis tels que mon cher Cideville qui sont très au-dessus des rois. Vous me direz que j’ai donc grand tort de lètir écrire si rarement ; mais aussi il faut m’écouter dans mes défenses. Malgré ces rois, ces voyages, malgré la physique, qui m’a encore tracassé ; malgré ma mauvaise santé, qui est fort étonnée de toute la peine que je donne à mou corps, j’ai voulu rendre Mahomet digue de vous être envoyé. Je l’ai remanié, refondu, repoli, depuis le mois de janvier. J’y suis encore. Je le quitte pour vous écrire. Enfin je veux que vous le lisiez tel qu’il est ; je veux que vous ayez mes prémices, et que vous me jugiez en premier et dernier ressort. La Noue 1 vous aura mandé sans doute que nos deux Mahomet se sont embrassés à Lille. Je lui lus le mien ; il en parut assez content ; mais moi je ne le fus pas et je ne le serai que quand vous l’aurez lu à tète reposée. Ce La Noue me paraît un très honnête garçon, digne de l’amitié dont vous l’honorez...

Or, maudez-moi, mon cher ami, comment il faut s’ÿ prendre pour vous faire tenir mon manuscrit. Je ne sais si vous avez reçu Y Anti-Machiavel 2 que j’envoyai pour vous à Prault le libraire, à Paris. Je le soupçonne d’être avec les autres dans la chambre infernale qu’on nomme syndicale. 11 est plaisant que le Maclùavel soit permis et que l’antidote soit -contrebande. Je ne sais pas pourquoi on veut cacher aux hommes qu’il y a un roi qui a donné aux hommes des leçons de vertu. Il est vrai que l’invasion de la Silésie est un héroïsme d.’une autre espèce que celui

Frédéric II venait de se jeter sur la Silésie, qu’il avait enlevée à Marie-Thérèse ; mais, malgré les efforts de la diplomatie française et de Voltaire lui-même, il allait bientôt faire sa paix avec l’Autriche et trahir la cause de la France.

(1) Jean Sauvé de La Noue (1701-1761) était acteur et écrivain. Il a joué le Mahomet de Voltaire. Il avait composé un Mahomet II, auquel il est fait allusion ici et dont le manuscrit avait été communiqué à Voltaire par l’entremise de Cideville.

(2) L' Anti- Machiavel de Frédéric II.

VOLTATRE

de la modération tant prêcliée dans l’ A nti^ Machiavel. La chatte, métamorphosée en femme court aux souris, dès qu’elle en voit ; et le prince jette son manteau de philosophe et prend l’épée dès qu’il voit une province à sa bienséance.

Puis liez-vous a la philosophie1 2 !

Il n’y a que la philosophie de Mme du Châtelet dont je ne me défie pas. Celle-là est constante dans ses principes et plus fidèle encore à ses amis qu’à Leibnitz 3.

A propos, Monsieur le Conseiller, vous saurez que cette philosophe a gagné un préliminaire de son procès4, fort important et qui paraissait désespéré. Son courage et son esprit l’ont bien aidée. Enfin je crois que nous sortirons heureusement du labyrinthe de la chicane où nous sommes.

Mais vous, que faites-vous ? où êtes- vous ?

Quæ circumvolilas agilis thyma 5 ?

Mandez un peu de vos nouvelles au plus ancien et au meilleur de vos amis. Bonjour, mon très cher Cideville. Mme du Châtelet vous fait mille compliments.

Conseils cachés sous les éloges.

A M. Helvétius 6.

A Bruxelles, ce ,20 juin 1741.

Je me gronde bien de ma paresse, mon cher et aimable ami, mais j’ai été si indignement occupé de prose depuis un mois, que j’osais à peine vous parler de vers. Mon

(1) La Fontaine, Fables , II, 18.

(2) Vers de Voltaire.

(3) Mme du Châtelet, jusqu’alors inféodée à la philosophie de Newton, venait, dans ses Institutions de physique , de se rallier aux doctrines de Leibnitz.

(4) V. plus haut, p. 338, n. 1. Lettre du 26 janvier 1740.

(5) « Autour de quelles fleurs de thym voltiges-tu d’une aile agile? *>

(Horace, Êp., I, 3, v. 21.)

DE MAHOMET V MEKOPE

imagination s’appesantit dans des études qui sont à la poésie ce que des garde-meubles sombres et poudreux sont à une salle de bal bien éclairée. Il faut secouer la poussière pour vous répondre. Vous m’avez écrit, mon charmant ami, une lettre où je reconnais votre génie1. Vous ne trouvez point Boileau assez fort. Il n’a rien de sublime, son imagination n’est point brillante, j’en conviens avec vous; aussi il me semble qu’il ne passe point pour un poète sublime, mais il a bien fait ce qu’il pouvait et ce qu’il voulait faire. 11 a mis la raison en vers harmonieux ; il est clair, conséquent, facile, heureux dans ses transitions ; il ne s’élève pas, mais il ne tombe guère2. Ses sujets ne comportent pas cette élévation dont ceux que vous traitez sont susceptibles. Vous avez senti votre talent, comme il a senti le sien. Vous êtes philosophe, vous voyez tout en grand ; votre pinceau est fort et hardi. La nature en tout cela vous a mis, je vous le dis avec la plus grande sincérité, fort au-dessus de Despréaux ; mais ces talents-là, quelque grands qu’ils soient, ne seront rien sans les siens. Vous avez d’autant plus besoin de son exactitude, que la grandeur de vos idées souffre moins la gêne et l’esclavage. Il ne vous coûte point de penser, mais il coûte infiniment d’écrire. Je vous prêcherai donc éternellement cet art d’écrire que Despréaux a si bien connu et si bien enseigné, ce respect pour la langue, cette liaison, cette suite d’idées, cet air aisé avec lequel il conduit son lecteur, ce naturel qui est le fruit de l’art, et cette apparence de facilité qu’on ne doit qu’au travail. Un mot mis hors de sa place gâte la plus belle pensée. Les idées de Boileau, je l’avoue encore, ne sont jamais grandes, mais elles ne sont jamais défigurées ; enfin, pour être audessus de lui, il faut commencer par écrire aussi nettement et aussi correctement que lui.

(1) Quand il s’agit d’encourager un jeune homme de ses amis (Helvé tius avait vingt-six ans), Voltaire ne ménage pas ses expressions.

(2) Cette définition du talent de Boileau est à retenir et il y a lieu de l'opposer aux reproches que, par ailleurs, Voltaire adresse à l’auteur des- Satires.

VOLTAIRE

Votre danse haute 1 ne doit pas se permettre un faux pas; il n’en fait point dans ses petits menuets. Vous êtes brillant de pierreries, son habit est simple, mais bien fait. Il faut que vos diamants soient bien mis en ordre, sans quoi vous auriez un air gêné av§c le diadème en tête. Envoyez-moi donc, mon cher ami, quelque chose d’aussi bien travaillé que vous imaginez noblement ; 11e dédaignez point tout à la fois d’être possesseur de la mine et ouvrier de l’or qu’elle produit. Vous sentez combien, en vous parlant ainsi, je m’intéresse à votre gloire et à celle des arts. Mon amitié pour vous a redoublé encore à votre dernier voyage. J’ai bien la mine de ne plus faire de vers. Je ne veux plus aimer que les vôtres. Mme du Châtelet, qui vous a écrit, vous fait mille compliments. Adieu; je vous aimerai toute ma vie.

Regrets d’un littérateur devant l’abus de l’esprit scientifique.

A M. LE COMTE d’ArGENTAL 2.

A Bruxelles, 22 août 1741.

Je ne vous écris guère, mon cher et respectable ami, mais c’est que j’en suis fort indigne. J’ai eu le temps de mettre toute l’histoire des musulmans en tragédie, cependant j’ai à peine mis un peu de réforme dans mon scélérat de Prophète. Toute l’Europe joue à présent une pièce plus intriguée 3 que la mienne. Je suis honteux de faire si peu pour les héros du temps passé, dans le temps que tous ceux d’aujourd’hui s’efforcent de jouer un rôle. Je compte en jouer un bien agréable, si je peux vous voir. Mme du Châtelet vous a mandé que le théâtre de sa petite guerre

(1) Danse difficile et comportant des sauts, comme la gavotte, par opposition aux menuets.

(2) Sur d 'Argentai, V. p. 256, n. 1.

(3) La guerre de la Succession d’AutricKe.

LE MAHOMET A MEROPE

va être bientôt transporté à Girey. Nous 11e passerons à Paris que pour vous y voir. Sans vous, que faire à Paris? Les arts, que j’aime, y sont méprisés. Je ne suis pas destiné à ranimer leur langueur. La supériorité qu’une physique sèche et abstraite a usurpée surles belles-lettres commence à m’indigner. Nous avions, il y a cinquante ans, de bien plus grands hommes en physique et en géométrie qu’aujourd’hui, et à peine parlait-on d’eux. Les choses ont bien changé. J’ai aimé la physique, tant qu’elle n’a point voulu dominer sur la poésie ; à présent qu’elle écrase tous les arts, je ne veux plus la regarder que comme un tyran de mauvaise compagnie. Je viendrais Paris faire abjuration entre vos mains. Je neveux plus d’autre étude que celle qui peut rendre la société plus agréable, et ie déclin de la vie plus doux. On ne^saurait parler physique un quart d’heure, et s’entendre. On peut parler poésie, musique, histoire, littérature, tout le long du jour. En parler souvent avec vous serait le comble de mes plaisirs. Je vous apporterai une nouvelle leçon de Mahomet , dans laquelle vous ne trouverez pas assez de changements ; vous m’en ferez faire de nouveaux; je serai plus inspiré auprès de vous. Tout ce que je crains, c’est que vous ne soyez à la campagne quand nous arriverons. Je confiais ma destinée, elle est toute propre à m’envoyer à Paris pour ne vous y point trouver; en ce cas, c’est être exilé à Paris.

On dit que vous n’avez pas un comédien. On ne trouve plus ni qui récite des vers, ni qui les fasse, ni qui les écoute. Je serais venu au monde mal à propos, si je n’étais venu de votre temps et de celui de mes autres anges gardiens, Mme d’Argental et M. Pont de Veyle1. Jeteur baise très humblement le bout des ailes, et me recommande à vos saintes aspirations.

(1) Le comte de Pont de Veyle (1697-1774), frère aîné du comte d’Argental, auteur de comédies et de poésies légères

VOLTAIRE

Remerciement en style oriental.

A M. l’abbé Aunillon1.

Bruxelles, octobre 1742.

Allah illah Allah, Mohammed rezoul Allah2.

Je baise les barbes de la plume du sage Aunillon, fils d’ Aunillon, resplendissant entre tous les imans 3 de la loi du Christ.

Votre lettre a été pour moi ce que la rosée est pour les fleurs, et les rayons du soleil pour le tournesol . Que Dieu vous couronne de prospérité comme vous l’êtes de sagesse, et qu’il augmente la rondeur de votre face ! Mon cœur sera dilaté de joie, et la reconnaissance sera dans lui comme sur mes lèvres, quand mes yeux pourront lire les doctes pages du généreux iman qui fortifie la faiblesse de mon drame par la force de son éloquence. J’attends avec impatience sa docte dissertation. Mais comme la poste des infidèles est très chère, et que le plus petit paquet coûte un sultanin4, je vous supplie de vouloir bien faire mettre promptement au coche de Bruxelles cet écrit bien ficelé et point cacheté, selon les usages de la peu sublime Porte de Bruxelles-. Ce paquet arrivera en six ou sept jours, attendu qu’il n’y a que dix-sept cent vingthuit stades de la ville impériale de Paris à celle où la divine Providence nous retient actuellement. Que Dieu vous accorde toutes les églantines de Toulouse et toutes les médailles des Quarante ! que le bordereau de la Fortune tombe de ses mains entre les vôtres!

Écrit dans mon bouge, sur la place de Louvain, affligé d’une énorme colique, le 8 de la lune du neuvième mois, l’an de l’hégire 1122 5.

(1) L’abbé Aunillon (1684-1766), chanoine et grand vicaire d’Évreux, avait adressé à Voltaire, à propos de Mahomet , une lettre de félicitations en style oriental, à laquelle Voltaire répond sur le même ton.

(2) C’est-à-dire : AlloJi est le seul Dieu et MoJiomet est son Prophète . C’est la profession de foi des musulmans.

(3) Iman V. Lex.

(4) i Sultanin, V. Lex.

(5) Légère erreur : l’ hégire (la fuite de Mahomet) correspondant à l’an 622, c’est 1120 , et non 1122, qu’il faudrait dire

MÉROPE

Si la divine Providence permet que vous voyiez le plus généreux et le plus aimable des enfants des hommes, d’Argental, fils de Ferriol, dont Dieu croisse la chevance 1, nous vous prions de l’assurer que nous soupirons après l’honneur de le voir avec plus d’ardeur que les adjes 2 ne soupirent après la vue de la pierre noire de Caaba, et qu’il sera toujours, ainsi que sa compagne ornée de grâces, l’objet des plus vives tendresses de notre cœur.

MÉROPE (1743

Mérope est, avec Zaïre, un des chefs-d’œuvre les moins contestés de Voltaire. L’héroïne est une mère et une veuve comme Andromaque, obsédée comme elle par les prétentions du vainqueur de son mari, le tyran Polyphonte, usurpateur du trône de Messène.

Acte premier. — Le roi de Messène, Cresphonte, a péri sous les coups d’assassins avec deux de ses fils. Un seul de ses enfants, Egisthe, a échappé, emporté par son gouverneur Narbas^$uinze ans se sont écoulés depuis ce temps, Mérope inconsolable ne vit que pour conserver le trône à son fils absent. Sans nouvelles de lui, elle ne pense qu'à lui. Cependant le peuple, quTvéirt ufi'roi, accepterait pour tel Polyphonte, un des officiers de l’ancien roi, ambitieux effronté 3 qui offre à Mérope de l’épouser et de partager le trône avec elle. La reine repousse ces avances avec hauteur 4. On apprend à la scène suivante que c’est Polyphonte qui a causé la mort du roi et de ses deux fils, que c’est lui qui, depuis quinze ans, fait poursuivre Egisthe et qui est prêt à le perdre, s’il revient.

Acte II. — On a arrêté sur la frontière de l'Elide un jeune étranger, qui vient de. comme tire un meurtre. Mérope désire l’interroger

(1) Chevance. V. Lex.

(2) Adjes. V. Lex.

- (3) C’est dans cette scène que se trouvent les vers connus :

« Le premier qui fut roi fut un soldat heureux.

Qui sert bien son pays n’a pas besoin d’aïeux. »

(4) Polyphonte soutient cette thèse, qui devait plaire aux philosophes du dix-huitième siècle :

« Egisthe, jeune encore et sans expérience,

Étalerait en vain l’orgueil de sa naissance;

N’ayant rien fait pour nous, il n’a rien mérité...

... Le droit de commander n’est plus un avantage Transmis par la nature, ainsi qu’un héritage;

C’est le fruit des travaux et du sang répandu C’est le prix du courage... »

VOLTAIRE

et il comparaît devant la reine. Tous deux sont émus, lui des malheurs de* la reine et de sa vertu, Mérope, de l'air de candeur du meurtrier. Il raconte son histoire. Il se rendait en Messénie pour servir sous les drapeaux de Mérope. Attaqué par deux inconnus, il s’est défendu, a tué l’un et mis l’autre en fuite. Il ne connaît ni Egisthe, ni Narbas.

La reine éprouve de la sympathie pour lui 4. Cependant on annonce que Polyphonte se fait • proclamer roi par le peuple. Une nouvelle plus accablante parvient à Mérope. Egisthe, dit-on, j^été tué précisément par le jeune homme qui vient d’être arrêté, l*ofyphonte fait dire à Mérope qu’il prend part à ses malheurs et qu’il lui offre son trône ; enfin, il demande qu’on lui remette le coupable. Mérope consent à toutes les exigences de Polyphonte, pourvu que ce soit elle-même qui se venge sur le meurtrier de son fils 1 2.

Acte III. — Elle s’apprête à frapper de sa propre main celui quelle croit être le coupable; mais, au moment où elle lève le poignard sur lui, Narbas, qui vient de rentrer dans Messène, apparaît, fend la foule, fait écarter la victime et prévient Mérope :

« J’allais venger mon fils.

/ — Vous alliez l’immoler. »

^^e jeune homme dont on s’occupe depuis le commencement*de la ^ièce, nXlst autre, en effet, qu’Egisthe qui, d’ailleurs, s^gnore luimême/La situation reste critique, car Mérope ne peut ouvertement reconnaître son fils, il faut cacher sa naissance et son nom pour le dérober ù la mort que lui prépare Polyphonte. Celui-ci fait saisir le captif pour l’interroger et le condamner. Cependant Mérope doit rejoindre le tyran à l’autel pour l’épouser, afin de sauvegarder les droits de son fils. Mais Polyphonte lui-même est l’assassin de l’an-^ cien roi et de ses fils, c’est ce que Mérope apprend de Narbas, qui a soustrait à l’horrible tuerie Egisthe encore enfant. Quand Polyphonte vient chercher Mérope pour la conduire à l’autel, le trouble de la reine, son langage emporté, ses contradictions sont sur le point de laisser échapper son secret.

Acte IV. — Polyphonte invite Mérope à immoler le jeune prisonnier, mais le sentiment maternel éclate. « Barbare, il est mon

(1) Là se voit ce trait plein d’humanité :

Il suffit qu’il soit homme et qu’il soit malheureux.

Elle ajoute :

Mon fils peut éprouver un sort plus rigoureux.

Il me rappelle Egisthe : Egisthe est de son âge :

Peut-être, comme lui, de rivage en rivage,

Inconnu, fugitif, et partout rebuté,

Il souffre le mépris qui suit la pauvreté.

(2) Notons encore, dans le rôle de Mérope, les deux vers en faveur du suicide :

Quand on a tout perdu, quand on n’a plus d’espoir,

La vie est un opprobre et la mort un devoir. (Acte II, fin )

S-o^At inu. - - > - c l'iujhtj.

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