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GARDES, SACRIFICATEURS

MÉROPE 1

Qu’on amène à mes yeux celte horrible victime. 685 Inventons des tourments qui soient égaux au crime ;

(1) Mérope, Croyant que son fils a été assassiné et que le meur-

MÉROPE

Ils ne pourront jamais égaler ma douleur.

ÉGISTHE

On m’a vendu bien cher un instant de faveur, Secourez-moi, grands dieux, à l’innocent propices.

EÜRYCLÈS

Avant que d’expirer, qu’il nomme ses complices.

MÉROPE, avançant.

Oui ; sans doute, il faut. Monstre ! qui t’a porté À ce comble du crime, à tant de cruauté?

Que t’ai-je fait?

ÉGISTHE

Les dieux, qui vengent le parjure,

Sont témoins si ma bouche a connu l’imposture.

J’avais dit à vos pieds la simple vérité ;

J’avais déjà fléchi votre cœur irrité ;

Vous étendiez sur moi votre main protectrice :

Qui peut avoir sitôt lassé votre justice?

Et quel est donc ce sang qu’a versé mon erreur ?

Quel nouvel intérêt vous parle en sa faveur?

MÉROPE

Quel intérêt? barbare !

ÉGISTHE

Hélas ! sur son visage J’entrevois de la mort la douloureuse image :

Que j’ensuis attendrit j’aurais voulu cent fois Racheter de mon sang l’état où je la vois.

MÉROPE

Le cruel ! à quel point on l’instruisit à feindre ! 705

Il m’arrache la vie, et semble encor me plaindre !

(Elle se jette dans les bras d’Isménie.)

EÜRYCLÈS

Madame, vengez-vous, et vengez à la fois Les lois, et la nature, et le sang de nos rois.

trier est le jeune homme qui vient d'être arrêté, se tait amener celui ci pour le punir elle-même — Euryclès est un favori de la reine.

VOLTAIRE

ÉGISTHE

A la cour de ces rois telle est donc la justice !

On m’accueille, on me flatte; on résout mon supplice! 710 Quel destin m’arrachait à mes tristes forêts?

Vieillard infortuné, quels seront vos regrets?

Mère trop malheureuse, et dont la voix si chère M’avait prédit...

MÉROPE

Barbare ! il te reste une mère !

Je serais mère encor sans toi, sans ta fureur. 715

Ju m’as ravi mon iils.

ÉGISTHE

Si tel est mon malheur,

S’il était votre fils, je suis trop condamnable.

Mon cœur est innocent, mais ma main est coupable.

Que je suis malheureux ! Le ciel sait qu’aujourd’hui J’aurais donné ma vie et pour vous et pour lui. 720

MÉROPE

Quoi, traître ! quand ta main lui ravit cette armure...

Elle est à moi.

ÉGISTHE

MÉROPE

Gomment? que dis-tu?

ÉGISTHE

Je vous jure

Par vous, par ce cher fils, par vos divins aïeux,

Que mon père en mes mains mit ce don précieux.

MÉROPE

Qui, ton père? En Élide? En quel trouble il me jette! 725 Son nom? parle, réponds.

ÉGISTHE

Son nom est Polyclète :

Je vous l’ai déjà dit.

MÉROPE

Tu m’arraches le cœur.

Quelle indigne pitié suspendait ma fureur !

ME RO PE

C’en est trop ; secondez la rage qui me guide

Qu’on traîne à ce tombeau ce monstre, ce perfide. 730

(Levant le poignard.)

Mânes de mon cher fils ! mes bras ensanglantés...

NARBAS, paraissant avec précipitation .

Qu’allez-vous faire, ô dieux !

ME RO PE

Qui m’appelle?

NAItBAS

Arrêtez!

Hélas! il est perdu, si je nomme sa mère,

S’il est connu.

MÉROPE

Meurs, traître !

NARRAS

Arrêtez î

ÉGISTHE, tournant les yeux vers Narbas.

O mon père !

MÉROPE

Son père !

ÉGISTHE, à Narbas.

Hélas! que vois-je ? où portez-vous vos pas? 735 Venez-vous être ici témoin de mon trépas ?

NARBAS

Ah ! madame, empêchez qu’on achève le crime.

Euryclès, écoutez, écartez la victime :

Que je vous parle.

EURYCLÈS, emmène Égisthe, et ferme le fond du théâtre.

O ciel !

MÉROPE, s'avançant

Vous me faites trembler :

J’allais venger mon fils.

Égisthe...

NARBAS, se jetant à genoux.

Vous alliez l’immoler.

MÉROPE, laissant tomber le poignard.

Eh bien ! Égisthe ?

VOLTAIRE

NARBAS

O reine infortunée !

Celui dont votre main tranchait la destinée,

C’est Égisthe...

- MÉROPE

Il vivrait ! ^

NARBAS

C’est lui, c’est votre fils.

MÉROPE, tombant dans les bras d’Isménie.

Je me meurs !

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