VOLTAIRE ET VAU VEN ARG LES
place de vingt sottises inintelligibles qui étaient dans le manuscrit. Vous nem’avezfait aucune critique. J’en suis d’autant plus fâché contre vous, que je le suis contre moimême et que je crains d’avoir fait un ouvrage indigne d’être jugé par vous. Cependant je mériterais vos avis et parle cas infini que j’en fais, et par mon amour pour la vérité, et par une envie de me corriger qui ne craint jamais le travail, et enfin par ma tendre amitié pour vous.
Au MEME.
Mai 1746.
Je vais lire vos portraits l. Si jamais je veux faire celui du génie le plus naturel, de l’homme du plus grand goût, de l’âme la plus haute et la plus simple, j.e mettrai votre nom au bas.
Je vous embrasse tendrement.
Quand Vauvenargues mourut, en 1747, Voltaire l’apostrophait ainsi dans Y Eloge des officiers morts dans la campagne de Bohême :
« Tu n'es plus, ô douce espérance du reste de nos jours. Accablé de souffrances au dedans et au dehors,, privé de la vue, perdant chaque jour une partie de toi-même, ce n’était que par un excès de vertu que tu n’étais point malheureux et que cette vertu ne te coûtait point d’effort... Par quel prodige avais-tu, à l’àge de vingt-cinq ans, la vraie philosophie et la vraie éloquence, sans autre étude que les secours de quelques bons livres ? Comment avais-tu pris un essor si haut dans le siècle des petitesses? Et comment la simplicité d’un enfant timide couvrait-elle cette profondeur et cette force de génie? Je sentirai longtemps avec amertume le prix tle ton amitié; à peine en ai-je goûté les charmes. »
(1) Allusion aux Caractères, dont le manuscrit est chargé de notes de Voltaire.
Œuvres , 1741,