CHAPITRE XIII
Un grand tournant dans la vie de Voltaire. (1746 1750)
Quelques lettres. Zadig. Épîtres à Mme Denis et au Président Hénault.
Voltaire, en 1746, semblait parvenu au but de ses ambitions. Historiographe et gentilhomme de Ja chambre, membre de l’Académie française, réconcilié 'avec les puissances et protégé par ses titres, il n’avait plus, pourrait-on croire, qu’à se laisser vieillir en jouissant tranquillement de la situation qu’il s’était créée et en l’exploitant au mieux de ses intérêts et des idées qui lui étaient chères. On sait qu’il n'en lut rien. 11 ne devait pas garder la grande faveur qu il avait acquise. Le roi, toujours en défiance à son endroit, se blessa d’un madrigal impertinent adressé à Mme de Pompadour. Il fut choqué de l;u forme un peu familière des flatteries de Voltaire1. Mme de Pompadour ellemême se détacha du poète philosophe. Elle accorda avec éclat sa protection à Crébillon, que l’on affectait de considérer comme le roi de notre scène tragique, au détriment de Voltaire.
Celui-ci, sentant que Versailles lui échappait, s en dédommagea en se réfugiant soit à la petite cour de la duchesse du Maine à Sceaux, soit en Lorraine à la cour du bon Stanislas. 11 payait son écot en pièce de vers et divertissements variés.
(1) Après le Temple de la Gloire , 27 novembre 1745, où l’on voyait Trajari couronné de la main des Muses, Voltaire s’adressa au foi en lui demandant : « Trajan est-il content ? » Le roi goûta peu cette liberté.