‹ Œuvres choisise de A. RivarolChapitre 10 sur 17 · Apptl* ère ou ipoqut. Auioar de ce point fiie, le · texte numérisé non relu

Apptl* ère ou ipoqut. Auioar de ce point fiie, le

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indispensable dans doi raisonnements, est donc une idée composite, née du concours de l'esprit humain et du mouvement '.

De D'ua.

Qu'on s'étonne maintenant que l'Être indivisible et sans proportions, immuable et sans besoins, ait tout divisé, tout assujetti à l'échelle des proportions, à la tjrannie des besoins, à la fuite des générations^ cette surprise est digne de l'homme.

En voyant l'univers et ses lois, on reconnait l'éternel géomètre; on le reconnaît encore en disséquant l'homme et les animaux; maïs, en les voyant agir, aimer, penser, on se demande comment l'artisan suprême a pu toucher un édifice m légnlier avec le rayon de la pensée et la flamme des passions; comment il a pu faire que le mécanisme palpitât d'amour, que l'hydraulique versit des larmes, et qu'un automate séchât de crainte et

I. Je m.t mil ittad\t lur U nUnn du (empt en «ojrant det gcDt du premier ordre, tels qae VolUire, l'écrier : Qa'€tt-ct qae It Itmpi l BUai ! jt ne pufi It di/inin Un tel ■Teu prouve deux choiei : l'une, que Voilure n'eil pu MUiifiil dei défiailiont dei mâiphjrddens ; l'iulre. qu'il ciojait le tempi ua tire auiil réel que mjil^rïeui. Vajez, dani 1« Quiifiani tneyclopidiqae!, l'irlide où il donne let Ignorancti pour eellei du genre humiin.

Rlfarol. I, I]

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iressailltt de désir «t d'espérance; commeot enfin un amas de matière inerte et périssable a pu devenir siège de vie et berceau d'immortalité !

Il faut en venir au sentiment : là cessent la géométrie et )a mécanique; on est obligé de voir Dieu sous un tout autre aspect. L'homme ne maîtrise le mouvement que parce qu'il a plus que le mouvement; nne horloge ne saurait &ire une autre horloge. L'homme a donc reçu le sentiment; mais celui qui a donné le sentiment doit avoir plus qu'il n'a donné; celui qui a mesuré l'esprit à tous les animaux doit avoir autre chose que de l'esprit, puisque l'homme, qui dispose du mouvement et le mesure, a plus que le mouvement; et, quand l'esleuce de Dieu ne surpasserait l'esprit humain que de la portée dont l'esprit humain surpasse le mouvement, c'en serait assez peut-être pour expliquer l'univers et ses prodiges.

Dieu, qui a placé ses dimensions dans l'espace, SB puissance dans la perfection et sa liberté dans la nécessité, a voulu que l'homme se composât et jouit des reflets de son inaltérable et glorieuse existence- Tel est, s'il est permis de le faire, le rapprochement du créateur et de sa créature, que le sentiment sent qu'il est, rotds Dieu est; que le sentiment sent qu'il est simple, mais Dieu seul est simple. Il appuie ses créatures, et elles ont la convic-

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tion de l'existence; il les compose, et elles ont conscience de la simplicité '.

Si quelques tribunaux philosophiques me citent et me demandent pourquoi, dans ce tableau des principes, j'ai placé l'existence de Dieu panni les notions fondamentales de l'esprit humain, je répondrai que je ne peux concevoir l'univers sans puissance et la puissance sans intelligence. Il me faut, comme k l'univers, un Dieu qui me sauve du chaos et de l'anarchie de mes idées.

En effet, la créature qui pense a dû naturellement tomber à genoux devant la plus haute de ses pensées; et, comme c'est dans la pensée qu'existent, dans toute lent plénitude, la certitude et l'évidence, Dieu devait donc jouir, dans l'esprit hunaiD, du plus haut degré d'évidence et de certitude. Son idée délivre notre esprit de ses longs tourments, et notre cœur de sa vaste solitude : Dieu explique le monde, et le monde le prouve; mais l'athée nie Dieu en sa présence.

Chose admirable! unique et véritable fortune de l'entendement humain I les objections contre l'existence de Dieu sont épuisées, et ses preuves augmentent tous les jours; elle croissent et marchent sur trois ordres : dans l'intérieur des corps', toutes

I . D'oiï il riiulte que noui st 1» ■nimiui nout ne •omnMi «a fond que ds ftaiwi ptnoano.

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les substancei et leurs affinités; dans les deux, tous les globes et les lois de l'attraction; au milieu, la nature animée de Coules ses pompes.

J'ai essayé, en parlant des animaux, d'exposer les difficultés qui s'éltvent contre cette providence qui arme les espfeces contre les espèces, et l'homme contre tout. Chaque animal, dira-t-on, est destiné par la nature à vivre de matière organisée; la vie ne se soutient qu'aux dépens de la vie : cette loi univeiselle exclut donc toute idée de sensibilité dès que le besoin parle. Je réponds qu'il fallait nécessairement que la nature donnât la durée à l'individu ou à l'espèce; elle s'est déterminée pour la perpétuité des familles et la succession des individus. Ainsi, les formes personnelles sont passagères, et l'immortalité est restée aux espèces, à leur séjour et aux astres qui les éclairent. Dans tout ce qui respire il n'jr a d'impérissable, en effet, que les générations : les individus ne sont qu'usufruitiers; ils boivent tour à tour dans la coupe de la vie, et tout est viager pour eux dans un ordre éternel.

L'homme, ici-bas, n'a pas reçu des provisions pour l'immortalité : c'est un voyageur qui finit avec sa route. Si, par on concours de causes assez rare, sa carrière se prolonge, le trésor des sensations et des plaisirs, des souvenirs et des idées, s'épuise, et l'homme, voyageur dépouillé, va se

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perdre et s'éteindre dans les déserts et les misères de la décrépitude : atfreuse épocgue, ob tout décède avant la mort! fausse et seconde enfance I sombres voiles, derniers langes de Thomme ! cercueil, simulacre du berceau!

On peut aussi répondre aux objections tirées de la douleur physique que, si te besoin et les excès amenaient le plaisir, l'homme n'eût songé qu'à prolonger ses besoins et ses excès, et l'espèce eût d'abord péri. La crainte et la douleur, sentiments habituels de tous les animaux, en sont aussi les conservateurs. Le plaisir préside à la satisfaction de nos fonctions; mais la douleur nous en fait des devoirs, et veille sur la vie entière. D'ailleurs, il fallait, pour être sensible au plaisir, l'être à la douleur : elle est donc l'apanage de tout être sensible; la nature devait donc plutôt êtte avare de l'un que prodigue de l'autre. Voilà pourquoi un effroi grand et subit enchaîne tout à coup non seulement notre liberté, mais toutes nos passons : c'est que la crainte a été chargée de notre salut; et cela est vrai aussi en politique, où la sûreté marche toujours avant la liberté.

Ce ne sont pas des barrières, des forteresses et des armes que Dieu a préposées à la conservation du genre humain, mais des sentiments. Les hommes dépendent, en détail, d'un père, d'une mère et d'une nourrice; l'enfant, faible et np, n'a

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d'autre abri que la tendre pitié que sa faiblesse inspire , et la vh de chaque homme n'a d'autre garaniie que la crainte de la perdre.

Quant au mal moral qui afflige et déshonore à la fois l'espèce humaine, on sait qu'il a les passions pour origine. La nature a mis l'homme sur la terre avec des pouvoirs limités et des désirs sans bornes : c'est cet excédant-là, ce ressort, qui nous porte au delà du but, qui change les besoins en désin, et les désirs en passons, et qui n'aurait peut-être pas été assez fort s'il n'eût été violent. Mais est-ce donc aux hommes à justifier la nature? Elle attend l'hommage de leur soumission, et non les plaidoyers de leur éloquence. Je me hâte d'arriver à quelques Tues générales sur les passions, sources inépuisables de plaisir et de douleur, de gloire et de honte, de peintures et de réflexions, pour tous les hommes, à tout âge et dans toutes les conditions.

Des Passions.

Si la métaphysique combat les idées fausses, la morale lutte contre les passions; mais elle y est embarrassée, car elles sont ï la fois principes de mal et de bien. Que faire d'un animal pétri de faiblesse et de force, de hauteur et de bassesse, d'adnùration et d'envie, de barbarie et de pitié,

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de haine et d'amour; d'un être que les passions enchatoent et déchaînent, ennoblissent et avilissent? Leur empire est ù éclatant,' leurs invasions quelquefois si soudaines, qu'elles enlèvent les suffrages «u glacent la main de la justice et la voix de la morale : de là vient qu'on admire ou qu'on pardonne les premiers mouvements; ils excusent les mauvaises actions et embellissent les bonnes.

Ledespotismede la volonté dans lesidéess'appelle plan, projet, caractirr, opiniâtreté : son despotisme dans les désirs s'appelle fanion. On peut dire que toute passion est une vraie conjuration dont le sentiment est à la fois le chef, le dénonciateur «t l'objet.

On a fondé toutes les passions sur l'amour de soi; mais il fallait distinguer entre l'amour-propte du moment et celui de la vie entière ; la raisoE h\t souvent taire le premier pour n'écouter que le second, et l'héroïsme les sacrifie tous deux. L'amour de soi est inné : il est donc nécessaire et bon; mais il dégéntre souvent en égoîsme, préférence exclusive et perpétuelle qu'un Être qui se foit centre de ses affections se donne sur tout ce qui l'entoure. Cet état est le contraire ou la privation absolue de l'héroïsme.

Le premier né de l'amour-propre est l'orgueil : aussi les premières allégories des législateurs furent- «lles dirigées contre cette passion. Comme une

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certaine philosophie, dont je parlerai plus bas, & tellement favoriié l'orgueil qu'il parait être le caractère du sièck, c'est contre lui que la raison et la morale doivent réunir leurs attaques. Mais il faut le faire mourir sans le blesser i car, si ou le blesse, l'orgueil ne meurt pas. Dans tes occasions où l'orgueil des hommes est compromis, on parle en vain à leurs plus chers intérêts; c'est toujours l'orgueil qui répond et s'obstine , et l'orgueil est plus près du suicide que du repentir. Il ne dépldt tant que parce qu'il se donne, s'attribue et s'arroge tout : d'où est venu le mot arrogance; et non seulement il nous prive du plaisir de lui accorder quelque chose, mais il nous met en dispo- Mtion de lui disputer beaucoup. Amoureux ou ambitieux, l'orgueil est également maladroit, car il parle toujours de lui-mêioe à l'objet aimé, et de ton mérite aux puissances. On le représente solitaire, oisif et aveugle : son diadème est sur ses jeux.

Mais la vanité est ouvrière; elle a un œil qui mendie les regards> et des mains qui appellent l'industrie : elle est donc aussi favorable aux empires que l'orgueil leur est funeste; elle est plus sociale; elle fait plus d'heureux que l'orgueil, car il est rare de n'être pas heureux d'une chose dont on est vain Je ne parle point ici de cette foule d'hommes célèbres qui n'ont puisé leur enthou-

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sùsme que dans les regards d'auttui- La vanité fut d'aboid décriée par les casuistes, comme l'intérêt de l'argent : la politique les a réhabilités tous deux. Cependant la morale et le bon goût trouveront toujours que l'orgueil et la vanité entachent le vrai mérite. Il y a quelque chose de plut haut que l'orgueil et de plus noble que la vanité, c'est la modestie; et quelque chose de plus rare que la modestie, c'est la simplicité.

La plupart des jeunes gens sont timides et orgueilleux, au lieu d'être assurés et modestes.

Il n'est pennis de parler aux autres que des avantages qu'on peut leur communiquer. On peut ^ donc parler de sa raison, de ses principes et de ses découvertes; mais on ne peut vanter impunément sa beauté, sa naissance, son esprit et ses talents, toutes choses incommunicables. Qui se dit fiche doit être libéral, sous peine d'être insupportable ■ .

L'orgueil et la vanité ont un rapport remarquable : c'est de précéder l'amour et de lui survivre, parce que l'amour ne Fait que des pertes, et que tout est recette pour l'orgueil et la vanité.

Si l'amour naquit entre deux êtres qui se demandaient le même pl^sir, la hame est née entre

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deux éties qui S9 disputaient le mime objet. Mats les bomnes se lassent d'aimer, ils se lassent même de se battre, et ne se lassent pas de se haïr. C'est que l'amour et la guerre ont des causes; la haine a ses raisons : c'est que, si l'amour et la guerre ont leurs fureurs, ils ont ausu leurs périodes : la haine a sa patience.

Après l'orgueil, l'ambidon et l'envie tiennent un rang considérable parmi les passions. Elles diffèrent en ce que l'ambition veut obtenir son ob|et, et que l'envie veut détruire le sien. La haine est l« besoin du mal d'un ennemi, et l'envie est le ma] que nous fait tout succès. Si on le surpasse, l'envieux crie qu'on l'opprime. Qui croirait que la fuculté de comparer, source de justesse dans l'esprit, soit dans le cœur la mère de l'envie ?

Dans les temps de trouble et dans les Ëtals électifs, les ambiiieux sont les fanatiques de la liberté; dans les temps calmes et dans les États héréditaires, ils sont des modèles de bassesse. L'envieux ne varie pas. L'ambition dicte moins de lois dans les États monarcbiques que l'envie dans les démocratiques. C'est elle qui détacha un ramean de l'olivier sacré pour en couronner Aristophane, ennemi de tout ce qui avait quelque éclat dans Athènes ; c'est elle qui tempérait par des injures les triomphes des généraux romains.

Il circule dans le monde une envie au pied lé-

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ger, qui vît des conversalions : on l'appelle midiuma. Elle dit étourdiment le mat doDt elle n'est pas sûre, et se (ait prudemment sur le bien qu'elle sait. Quant !t la calomoie, on ta reconnaît à des sjrmptAmes plus graves. Pétrie de haine et d'envie, ce n'est pas sa faute si sa langue n'est pas un poignard.

A eôié de l'ambition et de l'envie, marche l'avarice. Elle est née de l'association de l'or avec toutes sortes de biens ; et c'est cette puissante idée, toujours présente ï l'esprit, qui donne tant de vigueur à cette passion. Possesseur du signe ou de la formule de tontes les jouissances, l'avare ne saurait s'en dessaisir; il se consume dans le mo^en et reste toujours en puissance, sans jamais passer à l'acte. C'est le pauvre par excellence ; c'est l'homme le plus certain de n'être pas aimé pour lui-même.' L'or, semblable au soleil, qui fond la cire et durcit la boue, développe les grandes âmes et rétrécit les mauvais cœurs.

Les passions se font différentes issues. On voit des hommes non seulement avouer leurs vices, mais s'e» vanter; on en voit d'autres les cacher avec soin ': les uns cherchent des compagnons et les autres des dupes. Mais observez que les vices sont souvent des habitudes plutôt que des passions.

On distingue aussi les goûts des passions, à

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cause de leur peu d'inteaùté et de la frivolité de leur but. Il y a des hommes qui ont des goûts nobles et des passions viles; d'autres ont des goûts honteui et des passions nobles. En général, on est à plaindre quand on a des passions opposées à son intérêt, et des goûts contraires à ses besoins. L'un permet à son estomac de troubler son cerveau ; l'autre, avec du tabac, met le siège devant sou eotendement et oblitère son odorat et sa mémoire. L'homme de lettres, en condamnant son corps au repos et sa tête au mouvement, demande aux idées les distractions que le vulgaire n'obtient que des sensations : tout font une guerre perpétuelle à l'ennui.

C'est que la nature, ayant soumis l'homme au besoin de chercher sa vie, semble n'avoir pas prévu l'ennui ; mais, la richesse ayant tué le besoin, l'ennui s'est aussitôt attaché à la richesse : car, si la pauvreté fait gémii l'homme, il bâille dans l'opulence. Quand la fortune nous exempte du travail, la nature nous accable du temps.

Pour le riche ignorant, le loisir est sans repos, le repos sans charmes, et le temps, trésor de l'homme occupé, tombe comme un impôt sur le désœuvrement. Le savant se cherche, et le riche s'évite.

Dieu, qui n'a permis que fort lard à la chimie de séparer le feu de la lumière, a voulu que

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l'homme distinguât de bonne heure son entendement de sa volonté, et sa raison de ses passions. Pour les définir exactement, on peut dire que les passions sont des désirs violents, occasionnés par des besoins naturels ou factices, accompagnés de souffrance' jusqu'à leur accomplissement ou à leur extinction. Les passions sont donc naturelles ou factices. Les naturelles, fondées sur les besoins physiques, se teriiinent par la satis&ction, par des accidents ou par la mort. Les factices nous font éprouver pour des choses non nécessaires les dé- «rs et les tourments que la nature avait destinés aux besoins de pure nécessité. Les premières fini^ sent d'abord, les secondes régnent souvent sur la vie entière.

L'intérêt personnel, la crainte et le courage; l'espérance et te désespoir; la colère, l'amour et la faaine; le désir et la répugnance; la joie et la tristesse, sont, comme la faim et la soif, des besoins naturels du sentiment, tant qu'ils ne servent qu'au maintien et au bien-£ire de l'homme; mais t'exa- ' géralion de ces affections naturelles les fait glisser vers les patsions qu'on appelle factices, non qu'elles soient illusoires, car elles sont aussi réelles que les autres, mais parce que ce n'est pas immédiatement la nature qui les donne. L'ambition, l'envie et l'avarice sont des fruits de la société, et, pour parler plus exactement, il n'y a de passions simples que

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celles qni viennent de la nature; les autres sont des vices oa des vertus, des mélaiiges de désirs, de projets et d'actions. Un homme tel que Pascal, par exemple, est né bilieux; mais, si les mécbants peuvent seuls émouvoir sa bile, alors sa colère et sa haine sont l'expression de la vertu indignée contre le vice.

Cependant les moralistes ont décrié les passions, parce qu'ils n'ont vu que leurs ravages : c'était ne voir que l'orage et la grêle dans les nues , que tempêtes et naufrages dans la navigation. En ramenant donc le mot passion k son vrai sens, nous observerons que la moralité d'une passion dépend de son objet. Entre celui qui brùle-de l'amonr du bien public et celui qui ne travaille que pour luimême, entre celui qui se réjouit et celni qui s'afflige de mon bonheur, la différence est de l'héroïsme à l'ëgoïsmc, de i'amitlé à h haine, de la bienvmllance i l'envie. Ainsi, du vice à la venu, comme d'un pôle à l'autre, comme du ciel aux eif fers, la distance est inSnie, et les passions sont les vents qui nous j poussent. Exiger l'homme sans passions, c'est vouloir régenter la nature. Point de grandes actions, en bien comme en mal, sans enthousiasme; mais l'enthousiasme est rare, et c'est de la foule des habitudes qui ne blessent que légèrement l'ordre et la raison, ou de celles qui constituent l'homme honnête et raisonnable, que la vie

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«atière se compose; c'est sur elles qu'on est jugé et que se fondent les réputations ordinaires, aussi loin de la gloire que de l'infamie. Quant aux actions indifférentes, elles sont traitées dans ta vie comme les expressions communes dans le discours.

Tant de grands hommes ont écrit sur les maladies et les remèdes de l'âme, sur le vice et la vertu, que je m'en tiendrai toujours ans vues les plus générales.

On distingae d'abord deux sortes de consciences dans l'homme : la conscience du srnlûncnt, qu'on appelle conscience du moi, conviction fixe dont la nature a pourvu tous les animaux; tant ceux qui réftéchissent sur leur moi que ceux qui agissent en vertu de ce moi, sans réflexions; et la conscience morafcjqui, toute fondée qu'elle est sur la justesse et la sensibilité naturelle de l'homme, ne germe pas chez les uns et dépérit chez les autres, si l'éducation ne vient à son secours. On peut élever des hommes et des peuplades entières à un point d'immoralité effroyable. Il y a des exemples d'hommes qui ont perdu leurs remords, et d'hommes qui n'en ont jamais eu. Il faut bien s'inculquer cette triste vérité, afin de s'attacher de plus en plus & l'éducation morale, cet ange conservateur des sociétés. Ceux qui disent que le remords et la conscience morale sont innés leur donnent une origine plus auguste, et, pour ainsi dire^ une sanction

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