‹ Œuvres choisise de A. RivarolChapitre 9 sur 17 · DI L SOMME · texte numérisé non relu

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tures et ténèbres. Mais ce n'est pas tout : le grand défaut de l'ancienne physique était de croire que diviser les corps, c'était les analyser; de supposer que les qualités et les (ormes reposaient sur ]e ne sais quelle base qu'ils appelaient substance pure et homogène, sans qu'il leur fût possible de s'y arrêter un instant : car cette base terreuse, celte matière inerte, cette poussière, ces atomes impalpables, avaient toujours une figure qui reposait encors sur je ne sais quelle autre base plus intime. Ainsi, de figure en base et de base en figure, on tombait dans la divisibilité sans fin , et c'est de là qu'est sorti le système de ta préexistence des germes implantés l'un dans l'autre à l'infini. En un mot, tes anciens, n'arrivant jamais qu'à des corpuscules de même nature, étaient dans l'impuissance d'expli> quer les lois de leurs mouvements, la variété constante de leurs agrégats et les causes de leur départ, l'homogénéité étant aussi absurde dans la nature que l'égalité absolue parmi les hommes, et s'opposant également à t'harmonie du monde.

La chimie a mis ordre à ces stériles ei fatigantes énigmes que la physique et la métaphysique se renvoyaient tour à tour depuis tant de siècles. Les chimistes français, véritables fondateurs de cette science, ont d'abord écarté ta divisibilité, qui ne peut que dissoudre et détruire sans repos et sans fiuit, pour s'attacher à l'analyse, qui ne dé-

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compose les corps que pour les recomposer, et n'emploie que la matière pour interroger la matière. D'expérience en expérience, ils sont descendus c«mme dans un nouveau monde gouverné par des lois extérieures aussi éclataotes que celles des planètes et des soleils. Les éléments ont subi la décomposition, et se sont partagés ea substances inconnues jusqu'ici, mais aussitôt soumises au calcul : tout est compté, pesé, mesuré; chaque substance a son alliée, ses mouvements, ses fonctions et ses limites. Les découvertes se sont multipliées, et la création de la chimie a exigé une nouvelle langue. On ne dira plus que la matière peut être infiniment dense, infiniment rare, infiniment élastique; qu'un grain d'or divisé peut couvrir la terre entière; que le globe du soleil peut être comprimé et réduit à la grosseur d'un ciron; qu'on peut arranger des planètes et des soleils proportionnés dans la capacité d'un atome, et tant d'autres rêves consacrés par trente siècles de subtilités, et que Pascal a chargés du poids de son nomi La nature, délivrée de la tutelle des écoles, a désormais pour fondement l'heureux et inébranlable concours de la science et de la puissance combinées dans des substances inaltérables et diverses; l'organisation et la vie partent de plus loin , et le monde, avec des racines plus profondes, ne repose plus sur des abîmes.

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Devant ces bases cenaines et harmoniques, devant ces affinités qui forment la chaîne fondamentale des êtres , ont disparu pour jamais et les idées d'une substance unique et cette diviùon étemelle qui ne variait pas les propriétés, et, pour tout dire, les précipices de l'inSni : car les afEnités, après avoir marié les substances dans les profondeurs de leurs ateliers, remontent avec elles et viennent développer l'univers en préparant un siège â la vie, des tissus au sentiment, des fibres et des organes aux passions et aux idées. Tous les corps, leurs formes et leurs qualités, résultent des combinaisons de ces substances hétérogènes ; chaque dissolution est l'effet de leur séparation et conduit à une combinaison nouvelle. Les lois qui président à leur union ne les abandonnent pas à leur départ, et la putréfaction n'est plus du répertoire de la physique. L'homme voit maintenant que tout est accord et alliance , que tout est attraction et mariage dans les différents règnes, au dedans comme an dehors, et que la nature, formant et bénissant sans cesse de nouveaux hymens, n'est en effet qu'un grand et perpétuel sacerdoce.

Si la chimie, en analysant les corps, en trouvant les substances constituantes, en poussant la précision jusqu'à ne pas perdre un globule de vapeur dans leurs décompositions, n'a point touché au problème de la vie, du sentiment et de la pensée.

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le pas qu'elle a fait n'en est pas moins gigantesque. Plus de hasard dans l'univers, plus de divisions arbitraires et d'alliances fortuites; la foudre ne saurait détruire, les tempêtes ne sauraient égarer un atome : les formes seules paraissent, disparaissent, reparaissent tour à tour, et le monde se balance entra deux séries de lois, les extérieures et les Intérieures; changeant, mais fixe; agité, mais imperturbable.

C'est dans ce milieu que l'homme habite et qu'il promène le rajon de sa pensée, dont il agrandit toujours la circonférence, sabs jamais pouvoir quitter le centre où Dieu l'a fixé. Le monde est tout harmonie pour lui, et il est en harmonie avec le monde; tout est fondé sur des proportions autour de lui, et il ne sent, il ne juge que des proportions. En effet, rien d'absolu pour l'homme ; nos idées sont graduées sur notre échelle, et nous l'appliquons à tout; il nous faut toujours une chose grande ou petite, légère ou pesante, chaude ou froide. Aussi l'homme s'est fait mesure universelle, patron et module de tout ce qui l'environne; il voit l'infiniment grand dans les masses qu'il ne peut embrasser, et l'infiniment petit dans l'atome qui lui échappe. La lenteur lui paraît majestueuse, la rapidité sublime. Il taut qu'une chose soit élevée pour qu'il la couronne, et qu'il ployé le genon pour adorer; il faut qu'un objet tombe à ses pieds

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pour désanner sa colère ou exciter sa pitié. Le haut et le bas dépendent de sa position sur la terre, comme te grand et le petit de ses dimensions; le froid et le chaud, le sec et rbumide, de sa température; le dur et le mou, desadenûté; le raboteux et le poli, de sa vue et de son épiderme. S'il avait des yeux tout autour de la lëte, il n'y aurait pour lui ni devant ni'derriÈre. Un changement de proportions fait la douleur ou le plaisir, la santé ou la maladie.

Pascal, dans un de ses accès contre l'espèce humaine, s'est plu à nous étaler nos misères; mais, par une méprise indigne de son génie, pour mieux anéantir l'homme, il l'a surpris dans le milieu où la nature l'a placé. Plus occupé à nous humilier qa'iL nous éclairer, il n'a pas tu qu'il sapait les bases de notre raison en attaquant les proportions, et que ses sorties sur l'homme étaient des objections contre Dieu.

Non seulement la raison, mais la morale ra£me, est fondée sur les proportions ou les rapports des natures. Si nous étions des animaux, ce serait i'animatilé; si nous étions des esprits, ce serait la spiritaaliU ; mais nous sorames des hommes ; c'est l'humanité qui est pour nous la vertu par excellence. Elle se partage en justice et en bienfaisance. Par l'une, nous ne faisons pas à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît, et la bienfaisance

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noiK porte à faire pour les autres te que nous ferions pour aous-mémes.

Notre sensibilité pour tout ce qui respire et souffre comme nous est sujette à la loi des proportions. Nous paraissons moins cruels en écrasant un insecte qu'en tuant un oiseau, un animal i sang blanc qu'un animal à sang rouge, et nous engloutissons une huttre vivante sans horreur. Les communications plus ou moins intimes de certaios animaux avec l'homme décident aussi de son indifférence, de sa pitié et de sa cruauté. Si vous tuez la poule d'un fermier, un écu peut le satisfaire; mais, si vous tuez son chien, un écu, loin d'être une compensation, peut lui sembler un outrage de plus.

La gloire et la honte, le succès et la puissance, dépendent encore des proportions; elles séparent le meurtrier du héros et le voleur du conquérant. Si vous ne trompez que quelques personnes, vous ne vous tirerez pas du rang des fourbes; mais celui qui trompe tout un peuple s'élève à la législature et à l'empire, et celui-là est maitre des hommes qui enlève et non qui mérite les suffrages. II en est de même de l'or et de ses corruptions : la quanlili rend (xcusabU, dit La Fontaine. On juge encore des malheurs comme des vices, dont on rougit d'autant moins qu'on les partage avec plus de monde. Il est prouvé par les révolutions des empires que les malheureux tirent toute leur con-

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solation de leur nombre. Enfio il est des vertus interdites à la pauvreté , et on ne ^t pas un mérite de la continence à qui la nature en fait une nécessité.

L'amour connaît aussi la loi des proportions : me fille encore enfant ne dît rien à nos sens.

Voyez un géant et un nain partir ensemble :

ils seront du premier pas et pour toujours inégaux par les espaces, quoique toujoun dans des lemp& égaui.

La jeunesse est plus timide dans le salon que dans la rue, dans les petites villes que dans Ie« grandes capitales : c'est 4]ue dans les grandes villes on ne se connaît pas, et on est moins accablé du regard public.

La vie étant un tout, c'est-à-dire ajant un commencement, un milieu et une fin, il n'importe pas qu'elle soit d'une longue ou d'une courte durée; mais il importe qu'elle ait ses proportions. Ce n'est donc pas de la brièveté de la vie qu'on a dtoit de se plaindre, mais d'une mort précoce, puisqu'une telle mort n'est pas la fin, mais l'interruption de la vie. Aussi Sénèqne dit très bien que les funérailles d'un homme sont toujours prématurées lorsque sa mère y assiste.

La ligure du globe que nous habitons s'est longtemps dérobée à nos regards par l'effet de ses proportions. L'homme était sur la terre comme un

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ciroD sur une sUtue, sans en soupçonner ta forme ; et, de même que cette planète offre à l'homme des montagnes et des précipices, tandis que la lune, à cause de sa distance, lui parait aussi ronde qu'unie, de même il peut exister tel animalcule qui voie des crenx et des éminences sur le marbre le plus poli.

C'est aussi par l'ênormité de ses proportions et de ses espaces que la terre résiste à nos consommations. Si nous brûlons dans un jour un arbre qui lui coûte un siècle, elle oppose l'immensité de ses forêts à nos petits foyers, comme ses vastes et fertiles plaines à nos estomacs étroits et voraces. Aussi les armées, qui réunissent l'étendue à la voracité, affament d'abord tout un pajs.

Enfin les proportions nous tirent. des questions épineuses 'ur les nomenclatures. Par exemple, les genres et les classes de l'histoire naturelle sont notre ouvrage : c'est donc à nous à trouver des caractères bien distincts pour établir nos méthodes et soulager notre mémoire. La nature ne répond que des espèces et des individus , et, avec la fixité de ses substances élémentaires, nous n'avons à craindre ni la disparition des espèces connues, ni d'en voir paraître d'inconnues. Nous appelons individus les êtres organisés qui ne peuvent être divisés sans cesser d'être la même personne. Ainsi, l'aile d'un oiseau n'est plus on oiseau ; une branche

n'est plus l'arbre; mais une fraction de pierre est toujours une pierre. Quant aui noms collectifs donnés aux différents objets de la nature et de fart, c'est à nos proportions, et non à la rigueur mathématique, à décider la question. La différence d'une montagne à une colline, ou d'une armée à un corps de troupes, ne tient pas à un grain de sable ou à un soldat de plus ou de moins, et ce n'est pas une maison ou un verre d'eau qui distinguent une ville d'un village, ou une rivière d'un ruisseau : on ne juge les masses que par les proportions.

Je ne saurais trop inviter le lecteur à méditer sur l'effet des proportions, non seulement de celles qui constituent les formes et les différentes parties d'un animal, d'une statue ou d'un tableau, mais encore de ces proportions universelles de masses et de quantités qui résultent de la comparaison de tous les êtres : car, si l'étude des premières forme le goût, la connaissance des autres agrandit l'esprif et lui fait acquérir la faculté de la règle et du compas, je veux dire la faculté de s'étendre sans s'égarer. Les génies indécis aiment l'exagération et s'épuisent en conceptions extrêmes et solitaires; mais la connaissance et l'amour des proportions distinguent les esprits justes et les conduisent aux découvertes par les analogies. Ce n'est point de son imagination que Newton obtint la dis;

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de la lumière et la cause àe% lois astronomiques de Kepler. Il faut donc, comme lui et tous les grands observateurs, s'attacher à l'édataDte certitude des faits et des proportions, et méditer ensuite sur les analogies, qui sont les articles de foi du génie. Les faits, les proportions et les analogies conduisent k l'ordre général, l'ordre général aux. lois, et les lois au législateur suprême C'est alors que l'univers pèse de tout le poids de sa majesté sur un esprit bien fait , tandis que pour l'homme inattentif le système du monde est comme l'atmosphère, qu'on porte et qu'on ne sent pas'.

Pour me résumer en peu de mots sur les qualités et manières d'être des corps, ainsi que sur les difRcultës qu'elles entraînent, il faut d'abord convenir que tout corps nous paraît nécessairement être en mouvement ou en repos, avoir une figure et occuper un lieu quelconque; mais on ne peut concevoir un corps sans couleur, sans odeur, sans saveur, comme on conçoit, par exemple, un globule d'air parfaitement transparent, insipide, ino-

T. Button, qui dïmandait encore moini d'expres;ioni que d'idées i ton imagination, s'est moqué des fiisenn d'eipériences et des sffiniiés de la chimie, t Nous «loni diji usez de faîti, dit-il. pour méditer toute la fie. • C'est avec nn tel principe qu'on enfante des Thiorie de la tirri, des BUtoire naturilte rfw miniraux, etc. Aaui les nouyelles obienations, et les cbimistes avec leurs affinité, d^tiuisenl d« JQnr en jour tes ijritiniet.

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dore, et, quoique invisible, capable de nous avertir de sa présence s'il était poussé sur nous avec quelque force. Les aveugles-nés conçoivent les corps sans couleur.

Il faut se dire ensuite que la aature ne connaît pas nos divisions en règnes, classes ou genres; elle a fait des substances soumises à des lois, et avec ces substances elle a produit des individus doués de vie et de sentiment. Toute nomenclature se réduit donc à deux classes : celle des substances qui diffèrent par leurs essences et leurs lois et celle des individus qui diffèrent par leurs formes, leurs organes et leurs fondions. Il n'est plus là d'incertitude et d'équivoque : on peut confondre les genres, on ne confondra jamais les espèces et les individus que faute d'observation, car la même espèce produira toujours les mêmes individus, les mêmes substances conduiront toujours aux mêmes composés. Ce sont, en effet, ces mêmes substances qui forment par leurs aiïïnités des corps ou agrégats fixes que nous avons appelés bruts assez mal à propos, et ce sont elles encore qui, tantôt comme substances et tantôt comme corps, entrent dans la composition et la nutrition des plantes et des animaux, frappent les sens et avertissent le sentiment : de sorte que c'est la matière inanimée qui est chargée de mettre en jeu la nature animée, de revêtir, de nourrir, de solliciter et de récréer le

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sentiment et la pensée. Aussi avons-nous appelé qualités des objets les sensations variées qu'ils nous font éprouver; mais, dans l'analyse, presque toutes ces qualités sont en nous, et il ne reste à la matière que ses lois, ses mouvements, son étendue et les différentes fractions de cette étendue, qui, étant limitées, ont nécessairement une figure à nos yeux.

Maitresse des éléments et des masses, la nature travaille du dedans au dehors; elle se développe dans ses œuvres, et nous appelons formes les limites où elle s'arrête. Mais l'homme hk travaille qu'en dehors; le fond lui échappe sans cesse; il ne voit et ne touche que des formes.

Toute division à l'in&ni reste donc interdite à l'homme : à ses organes, puisqu'il ne touche que des formes; à son esprit, puisque, arrivé aux substances élémentaires, il les trouve armées de lois qui les défendent de ses atteintes. Les imaginations qui s'obstineront désormais à disséquer un atome sans repos et sans terme ne seront plus que les Danaïdes de la métaphysique.

On peut comparer le système de la création à celui du langage : tout discours se réduit en phrases, la phrase en mots, les mots en lettres; au delà il n'est plus de divisions : les éléments de la parole sont insécables. C'est ainsi qu'arrivé aux substances élémentaires on ne divise plus. La

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seule différence qu'il y ait entre le système physique du monde et le langage, c'est que les 5ul>stances ont des affinités qui les rappellent toujours aux mêmes agrégations; mais les lettres alphabétiques ne s'attirent pas eotre elles: leurs combinaisons sont abandonnées à la volonté des hommes, ce qui explique la diversité des langues. Si les voyelles et les consonnes s'attiraient en vertu de certaines lois, comme les substances, !e langage serait unique et fixe comme l'univers.

Il faut encore se bien dire que les sensations et les idées dans l'esprit, le mouvement, le repos et la figure dans les corps, ne sont que des manières d'être, et non des êtres à part. Mon atittude, mon ombre et moi ne sont pas trois personnes : ce n'est que dans le discours que l'homme a personnifié les manières d'être, parce qu'il ne pouvait en parler sans leur prêter l'existence, ni les distinguer sans les traiter en individus. Cette fiction a conduit à de véritables erreurs que quelques philosophes ont exactement relevées. Leurs réclamations n'empêchent pas cependant certains métaphysiciens de dire encore que l'homme n'est pas libre, puisqu'il est déterminé par son imagination ou par ses passions, comme si notre imagination et nos passions étaient autant d'êtres réels! comme si elles étaient autre chose que nous ! Mais nos idées, dira-t-on, sont quelque chose. Oui, sans doute.

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«lies sont, comme nos passions, comme la figure et les attitudes des corps, des mouvements, des états de la matière et du sentiment. Mais que deviennent ces états et nos idées?... Ce que deviennent nos mouvements , ce que deviennent la figure d'une bougie et l'éclat de sa flamme quand l'une est consumée et l'autre éteinte. On prend, on laisse, on reprend des attitudes et des idées , et ces idées périssables ne laissent pas, en se succédant, de nous conduire à. une volonté qui est aussi un état du sentiment, et cet état nous détermine à des actions. C'est ainsi que tous les pas d'un voyageur, en périssant tour à tour, ne laissent pas de le conduire à son but.

Il faut enfin s'appliquer de toutes ses forces à bien distinguer les idées simples des idées mixtes, car la confusion et les disputes sur la puissance, la tibttii, la néctssité, le luxe, etc., sont venues de ce défaut d'analyse. Nous appelons idéts simplts toutes celles qui ne peuvent se réduire en idées plus simples, et idées mixtes celles qu'on décompose en idées simples. Or, dès qu'on prend pour simple une idée mixte, toute définition devient impossible on fausse. Par exemple, chaque jugement dans l'bomme a un côté libre et un côté qui ne l'est pas : la volonté est donc mi-pattle de pouvoir et d'impuissance; la liberté est donc une idée mixte. Mais tous les partis la croyaient ùmple, parce qu'ils

ne ia considéraient, chacun b part, que sous une de ses faces : les uns voulaient donc que TbomniG fût éminemment libre, et les autres ne voyaient en lui qu'un automate.

Ainsi, la puissance est une idée composée de force et d'orgaoe. Si vous coupez les ailes à un oiseau, ses forces lui restent en entier; mais il a perdu la puissance de voler en perdant ce faible organe composé de quelques plumes. Le vent, le feu et l'eau ne sont que des forces : appliquez-les il des moulins ou à des pompes, ils deviennent puissance. Le sentiment, comme pensée et volonté, est organe dans les animaux; leur corps est point d'appui, et leurs mouvements sont forces. Un homme en délire a perdu l'organe : il est force et non

La nature des idées mixtes ou composites est de ne rien laisser dans le creuset quand on les décompose. Ainsi, le temps, que ceux qui ne vojaient en lui que succession d'idées ou mouvement avaient cru simple, est en nous une mixtion du moi et de la succession de nos idées, et au dehors le résultat d'un point fixe ■ que l'homme se donne et de la suite des mouvements qu'il observe. Cette conception si puissante de notre entendement, si

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