‹ Œuvres choisise de A. RivarolChapitre 12 sur 17 · I. L'avare se moque du prodigue, le prodigue de l'i · texte numérisé non relu

I. L'avare se moque du prodigue, le prodigue de l'i

prenncDl réciproquement pour des dupei.

1. La différence dei pauJoni aux idée) esl assez frappante dans le fragment d'un dialogue que je ïflii citer.

On dit i Voltaire dam les champs Ël^sées : Vous foulitz donc que la hommes faatnt égaaxf... — Oui... — Mail aava-yous qu'il a fadupourcita une réiiolulion effrojt^UI..,

— N'imporlt... On parle i ses idées. Mais iawt-ïouj que le fis de Frirait tst proconsul cl gu'il diiiailt des provinces l..,

— ih! dieux I... Quelle horreur I Oa parle i ses piwiODk

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de la fortune que le caractère tire ses règles de bonheur ou de malheur. Les cœurs nés faciles et les esprits flexibles mollissent davantage sous la main de la fortune et des hommes; ils sont pluldt les jouets que les favoris ou les victimes du monde et du sort.

Le défaut ou l'absence de caractère s'appelle faiblau, indécision, irrésolution habitutlles : état où l'Ame ne conçoit que des désirs impuissants ou s&ns consistance, et s'abandonne toujours à des impulsions étrangères; où elle voit et néglige le bien qu'elle aime, et fait le mal qu'elle voit et qu'elle hait; où elle murmure des maux inévitables, et souffre ceux qu'elle peut emptcber. L'homme d'Ëtat sans caractère est plus redoutable que le méchant. On dit qu'il esc zéro; oui, mais il est zéro, plus tons les méchants qui l'environnent et le gouvernent. Nous regarderions comme la plus funeste des plantes celle qui serait tantôt salutaire et tantôt vénéneuse : les poisons fixes ne sont pas si dangereux.

Il me reste à parler du plus noir de% vices et de la plus effroyable des passions : de l'hypocrisie et du fanatisme,

L'hypocrisie est proprement le vice de l'homme en société, pour deux raisons également frappantes : l'une, que l'homme est le seul animal chez qui le seniiment se replie sur lui-même, pour j

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contrarier la vérité des sensations et la naïveté des impulsons naturelles; cette faculté est à lafoUpour lui source de ré&exion et de fourberie; l'autre, que nous sommes la seule espèce qui vive sous un pacte social, et par conséquent la seule qui puisse y manquer, en abusant de la parole contre la vérité, du serment contre la conscience et de la foi publique contre toute la société.

Cet odieux sentiment qui fait prendre au vice les dehors de la vertu, qui fait qu'un scélérat recommande ta probité à son fils, qui force, en un mot, le crime à n'ourdir sa trame que dans l'ombre; ce sentiment, dis-je, est pourtant une des sauvegardes de l'ordre social : car, si le scélérat lui-même s'appelait hautement icc'f^rat, si le brigand s'intitulait brigand, tout serait perdu'. Ce mensonge du crime, ces précautions du vice, sont, selon l'heureuse expression de La Rochefoucauld, des hommages à la vertu et des ménagements pour k genre humain ; mais le fanatisme menace également et la vie de l'individu qui en est atteint, et le salut des gouvernements qui le tolèrent.

C'est un état d'exaltation et de délire résultant du concours d'une passion dominatrice et d'une

t. C'est ce qui etl arrlié dans [a Révolulîon , quand les Jacoblos OLt en la [lanchise de l'appeler brapes brigandt.

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idée qai s'asservit toutes nos idées. Tout état

d'exaltation se présente sous deux faces.

Quand cet éut a pont cause on idée qui pour nous dominer a besoin de se concentrer, alors il ne corrompt et ne trouble que la raison et le repos de rindÏTidu qui en est malade. L'amour, par eiemple, a son idolâtrie; mais, entre deux amants dévorés des mêmes feux, chacun d'eux voit le monde entier dans l'objet qu'il adore, et un ccenr plein de sa divinité ne lui cherche guère d'antres adorateurs. On a cependant vu des chevaliers errants, et quelques princes égarés par la passion, forcer les hommages des passants et des peuples entiers en dressant des temples à l'objet de leur culte particulier : leur amour était un fanatisme. Il n'en est pas ainsi de cette soif ardente que Virgile a pourtant nommée le fanatinne de l'or (auri sacra famts). Cette passion ne cherche pas de prosélytes^ car ce n'est point aux opinions, ce n'est point aux hommages qu'elle vise, mais à l'or et à l'accumulation des propriétés de toute espèce, par toutes les routes de la fortune, de l'industrie et du crime : ce qui la distingue du fanatisme religieux, du fanatisme des conquêtes et de l'avarice ordininaire, qui se contente de couver son trésor. Cette ardeur, cette âpreté du lucre est le caractère dominant des capitales et des villes commerçantes; et si, parmi tant d'hommes qui se gorgent de riches-

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tes, il en est si peu d'heureux, c'est que les moyens qui rendent nn homme propre k f«re fortune sont les mêmes qui l'empêchent d'en jonir.

Mais quand une passion s besoin, pour s'exhaler, de r^ner et d'étendre son empire, d'asservir ou de persécuter, alors elle fait explosion, devient épidémique, et occasionne ces déplacements de peuples, ces Sèvres nationales qui désolent la terre et renversent des £tats : de li les conquêtes politiques et religieuses.

S'il n'est point d'idée plus entraînante ni de pas«on plus raisonnable que celle de son bonheur dans une autre vie, puisqu'alors c'est l'amour de soi sollicité par la perspective de l'éternité, il n'est point aussi de passion plus forcenée que celle-là, quand elle se fonde sur l'idée que Dieu nous tiendra compte de ses missions et de ses conquêtes, de l'envahissement des opinions et même de l'oppression des consciences. C'est le côté sacré de cette passion qui lui a valu le nom de fanaiUme.

Mais, lorsque les hommes s'égorgent au nom de quelques principes philosophiques ou politiques; lorsqu'ils font, pour établir la domination de leurs dogmes, tout ce que le fanatisme religieux a osé pour les siens, alors, quoiqu'ils bornent leur empire à la vie présente, il n'en est pas moins certain que leur philosophie a son fanatisme; et c'est une vérité dont les sages du siècle ne se sont pas

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doutés. Ih sont morts; la plupart d'entre eux aimaient la vertu ei la pratiquaient ; mais, pour avoir cm que le fanatisme était exclusivement le fruit des idées religieuses, ponr avoir méconnu la nature de l'bomme et des corps politiques, pour avoir ignoré le poison des germes qu'ils semaient, une effrajrante complicité pèse sur leur tombe, et déjà leur épitaphe se mêle à celle d'un grand empire, à celles de deux républiques, à celles des plus florissantes colonies.

Les voilà donc, au fond de leurs tombeaux, devenus, à leur insu, les pères d'une famille de pbilosophes qui ont pris, en leur nom et sous leur étendard , la nouveauté pour principe , la destruction pour mojen, et une révolution pour point fixe; qui se sont armés des passions du peuple, en même temps que le peuple s'armait de leurs maximes; et, dans ce troc périlleux des théories de l'esprit et des pratiques de l'ignorance, das subtilités des chefs et des brutalités des satellites, on les a vus tour à tour s'enivrer de popularité et de souveraineté, jusqu'à ce qu'enfin de cet accouplement de la philosophie et du peuple il soit sorti une nouvelle secte, forte des arguments de l'ane et de l'autre , mais également redoutable à tous deux; monstre inexplicable, nouveau sphinx qui s'est assis aux portes d'une ville déjà malade de la peste, pour ne lui'proposer que des énigmes et le

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trépas... Le gtnrt humain a-t-il soujftrt de loults Us gunrrej de religion autant que de ce premier essai du fanatisme philosophique î C'est le dernier problème da monstre; il s'est gravé dans la mémoire du monde épouvanté, et la postérité le résoudra en gémissant.

Puisque )'u promis, dans ce tableau de l'homme, de parler de ses maladies, comment aurais-je pu passer sous silence une des plus grandes plaies dont le genre humain ait encore été frappé? Et, quand on songe que c'est par la main des philosophes, comment pourrait-on ne pas chercher b définir cette nouvelle et désastreuse philosophie?

On a de tout temps divisé ta philosophie en deux branches : celle qui s'occupe de l'étude de la nature, et qui comprend la physique, la chimie, l'histoire naturelle et l'astroDomie ; et celle qui n'étudie que la partie intellectuelle et morale de l'homme. Dans l'une et l'autre de ces divisions, la philosophie cherche et trouve toujours de nouvelles raisons d'admirer la nature et de nouveaux moyens de servir les hommes. Si la philosophie ne s'était pas écartée de cette honorable mission, elle eût contribué au perfectionnement de l'homme, an lepos et à la gloire du monde, et son nom, garant, souvenir et augure du bonheur, serait le plus doux espoir du génie humain; mais il est de l'essence de la philosophie d'agrandir les esprits rares SUvarol. I. il .

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et d'enhardÏT les ânes vulgaires, d'eiciier une admiration éclairée dans les uns et une audace aveugle dans les antres. Semblable au métier de la guerre, qui se change en tbéorie dans la tête du vrai guerrier et devient ta science protectrice des empires, tandis qu'il n'est pour le commun des bommes qu'une école de barbarie et de brigandage, la philosophie a eu le malheur d'enfanter des esprits superbes dont les excès ont déshonoré son nom.

On entend donc aujourd'hui par •philosophe non l'homme qui apprend le grand art de maîtriser ses passions on d'augmenter ses lumières, maïs celui qui joint à l'esprit d'indépendance le despotisme de ses décisions, qui doute de tout ce qui est et qui affirme tout ce qu'il dit, l'homme enfin qui secoue des préjugés sans acquérir des vertus'.

Il est résulté de là qu'un physicien dn premier ordre, mais religieux, tel que Pascal ou Newtoj, n'était pas philosophe, et qu'un ignorant hardi 4lait un grand philosophe. Cette conséquence n'a pas étonné le siècle.

Comme c'est éminemment l'esprit d'analyse qui domine dans la philosophie, ses nouveaux disciples

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