I. Le d^voi croli lai tiglons d'*utrui; le philosophe ne
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ont employé partout les dissolvants et la décompositioD. Dans la physique, iU n'ont trouvé que des objections contre l'auteur de la nature; dans la métaphysique, que doute et subtilités; la morale et la logique ne leur ont fourni que des déclamations contre l'ordre politique, contre les idées religieuses et contre les lois de la propriété; ils n'ont pas aspiré à moins qu'à la reconstruction du tout par la révolte contre tout, et, sans songer qu'ils étaient eux-mêmes dans le monde, ils ont renversé les colonnes du monde.
Comment n'ont-ils pas vu que leurs analyses étaient des méthodes de l'esprit humain, et non un moyen de la nature? que, dans cette nature, tout est rapport, proportion, harmonie et agrégation? qu'elle lie, rassemble et compose toujours, même en décomposant, car ses lois ne dorment jamais, tandis que l'homme qui analyse, soît comme chimiste, soit comme raisonneur, ne peut qu'observer et suspendre, décomposer et tuer? Que dire d'un architecte qui, chargé d'élever un édifice, briserait les pierres pour y trouver des sels, de l'air et nne base terreuse, et qui nous offrirait ainsi une analyse au lieu d'une maison? Le prisme qui dissèque la lumière gftte à nos yeux le spectacle de la nature.
Ils ont donc constamment abusé de l'instrument le plus délié de l'esprit hnniain, je veux dire de
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l'analyse os de la métaphjsique. IIi n'ont pas senti que les vérités sont bannOniques, et qu'il n'est permis de les prëseiUer que dans leur ordre; que, si on dit aux hommes : Voiu îles ^gaux, puaqae vous il(s stmblabla, c'est une vérité purement anatomique; que, ù on leur dit ; Vous tics frira, c'est une vérité religieuse; que, si enfin on les voit inégaux par les talents, les emplois, la force et la fortune, et plutôt rivaux que frères et amis, on ne sort pas de l'état naturel ou de l'ordre politique. Annuler les différences, c'est confusion; déplacer les vérités, c'est erreur; changer l'ordre, c'est désordre. La vraie philosophie est d'être astronome en astronomie, chimiste en chimie et politique dans la politique.
Ils ont cru cependant, ces philosophes, que définir les hommes, c'était plus que les. réunir; que les émanciper, c'était plus que les gouverner, et qu'enfin les soulever, c'était plus que les rendre heureux. Ils ont renversé des États pour les régénérer, et disséqué des hommes vivants pour les mieux connaître.
C'est en vain que Platon (car la Grèce avait souffert aussi des débordements de cette philosophie) leur avait dit que ce n'était point à eux à faire des vers et de la musique, mais d'en parler, puisque leur philosophie était discoureuse; c'est en vain que Z,éuon avait pronoocé que le vrai philosopha
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n'est qu'un bon acteur, également propre au rôle de roi et de sujet, de mattre et d'esclave', de riche et de pauvre : car, en effet, il est de la vraie jphilosophie de faire tout bien, et non de trouver tout mal ; c'est eu vain, dis-je, que les hommes étaient bien avertis sur la nature et la différence des deuK philosophies : il s'est fait dans toutes les têtes un changement qui a préparé la révolution dont les philosophes ont été brusquement promoteurs, guides et victimes, révolution dans laqueUe ils ont pensé qu'on pouvait dénaturer tout sans rien détruire, ou tout détruire sans péril, et hasarder le genre humain sans crime.
Dans le monde, on se moquait jadis des philosophes, qui se moquaient à leur tout de tout ce que le monde adore, qui étalaient le mépris des richesses, qui gourmandaient toutes les passions, qui démontraient le vide des grandeurs, et on se moquait d'eux par la même raison que nos philosophes se moquent des saints : parce qu'on n'y croyait pas.
Mais, si' les anciens philosophes cherchaient le souverain bien, les nouveaux n'ont cherché que le souverain pouvoir : aussi le monde s'est-il d'abord accommodé de cette philosophie qui s'accommo-
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dait de toutes les passioni. Elle avait un air d'audace et de hauteur qui charma la jeunesse et ' dompta l'ige mûr, une promptitude et uoe simplicité qui enlevèrent tous les suffrages et renversèrent toutes les résistances (les instruments de la destruction sont en effet si simples' !); et, comme ces philosophes semblaieat avoir le privilège de la Uberté et des lumières, qu'ils honoraient ou flétrissaient à leur choix, inscrivaient ou rayaient dans leur liste les grands hommes de tous les siècles, selon qu'ils les trouvaient favorables ou contraires à leur plan, ils captèrent, engagèrent et comprimèrent si bien l'amour-propre du public, des administrateurs, des courtisans et des rois, qu'il fallut se ranger sous leur enseigne pour faire cause commune avec la raison>. On se ligua donc avec eux contre le joug de la religion, contre les délicatesses de la morale, contre les lenteurs et les timidités de la politique et de l'expérience, en un mot, contre l'ancien monde, et la philosophie ne fut plus distinguée de la mode.
On se souvient de la folle joie des philosophes en voyant le succès de leurs livres, la foule des
1. les vers, qui détruisent presque (out, sont [es instruments les pJus simples de la niturï. On pourrait appeler les philosophes tes lers du corps lociil.
1. Frédéric 11 articule eipressémenl la touveraioeté da peuple, etc., dans soa Anti-Machiavii.
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converuons et l'unamiiiilé des suffrages. Ils en (arent éblouis au point de croire qu'à leur voix les peuples se mettraient en monvement, comme les pierres de Thèbes ani accents d'Amphioa; ils ne virent pas que tes applaudissements leur venaient de l'ordre qui existait encore tout entier, et que c'était de tous les rangs de ta société que partaient les suffrages. Quand on représente le chaos sur nos théâtres, tes loges retentissent d'applaudissements; mais l'auteur de la pièce ne conclut pas, de son succès, qu'on ne saurait trop vite porter le chaos, la mort et le néant dans le monde.
C'est pourtant ce qu'ont tenté et exécuté les philosophes. Au lieu de laisser hondir la chiinëre dans le vide, ils ont dît : a Puisque nous tenons la puissance, réalisons la chimère; bâtissons entre les tombeaux des pères et les berceaux des enfants; plaçons nos espérances sur d'autres générations; que notre amour soit pour le futur et l'Inconnu et notre protection pour l'univers, notre haine et nos anathèmes, pour nos contemporains et pour le sol que nous foulons. Périssent nos colonies, périsse le monde, plutôt qu'un seul de nos < principes! Guerre aux châteaux! c'est-ù-dire à l'or; paix aux chaumières! c'est-à-dire oubli '.1
Voilà leurs paroles! voilà l'esprit, te cœur, la