‹ Œuvres choisise de A. RivarolChapitre 14 sur 17 · Dffjfn impimt malà, tl paupent dimltlt tnanet · texte numérisé non relu

Dffjfn impimt malà, tl paupent dimltlt tnanet

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|6S DE l'houue

doctrine et les oracles de ces amis de l'homme I Tuteurs hypocrites, ils ont aimé les pauvres et les aigres de toute leur haine pour les blancs et les riches; législateurs cosmopolites, ils ont ri des droits de la propriété, des alarmes de la morale, des douleurs de ia religion et des cris de l'hum»nité... Ebl combien de coups ils ont portés à cette triste humanité qui ne retentiront que dans la postérité I

Mais leur rite n'a pas duré; la secte qu'ils ont enfantée Us a d'abord écrasés sous la conséquence de leurs principes. Hélas I s'est écrié l'un d'eux en se donnant la mort, nous n'avons trouvé qu'un labyrinthe au fond d'un abîme I Les autres ont péri sur l'êch'afaud, et leurs cendres trempent dans les larmes et le sang d'un million de victimes; quelques-uns, plus infortunés peut-être, promènent dans l'Europe des douleurs sans remords (car tout fanatique vit et meurt sans remords); ils redemandent leur proie ou quelque nouvelle terre à régénérer; ils ne conçoivent pas l'atroce méprise de leurs prosélytes. Comment! s'écrient-ils, nos ' daciples et nos iatellilts sanl-iU devenus nos bourreauxi

a C'est, leur a déjà répondu l'homme qui a le mieux peint les démons et l'enfer, c'est que vous construisiez dans l'empire de l'anarchie un pont sur le chaos; mais, quand il a Mu passer, de&

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monstres vous en ont disputé l'abord. Épouvantés de cette apparition, vous avez reculé, et les monstres TOUS ont dit : Pourquoi rtculeri Vous itts nos

Il est triste, sans doute, que de telles images ne soient que les piles copies de ce que le monde voit et endure, et je ne peux me défendre ici d'observer combien les Rousseau, les Hehétius, tes Diderot, les d'Alerobert et les Voltaire sont morts â propos. En nous quittant à la veille de nos malheurs, ils ont emporté les suffrages du siècle; ils n'ont pas à gémir de la révolution qu'ils ont préparée, ils n'ont pas à rougir des hommages de la Convention. S'ils vivaient encore, ils seraient exécrés par les victimes qui les ont loués, et massacrés par les bourreaux qui les déîGent.

Le plus éloquent de ces philosophes a dit que les enranis étaient nécessùrement de petits philo* sophes : il faut alors que les philosophes soient nécessairement de grands enfants. Mais Hobbes a fort bien prouvé que le méchant n'était qu'un enfant robuste : donc nos philosophes sont des méchants.

On peut réduire à un seul tous leurs sophismes ;

I. Voyez MilloD. Draco iale quim fornuulh, et ilta rtplilia quorum non tit numtrui.

Tout philosophe consliiuml «>( grOJ d'un jacobin ! c'ïiC nue vérité que l'Europe ne doit pu perdra de vue.

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au miracle d'unt clarté subite data loula Us Itlts et à la propagation universelle da lamiires chez tous la peupla, t Nous ferons tomber, disaient-ils, les différences nationales par le commerce, les limites politiques par la pliilanthropie, les rangs et les conditions par l'égalité, les gouvernements par la liberté, et toutes les religions par l'incrédulité. La philosophie n'a pour sceptre qu'un flambeau, et les grandes familles du genre humain marcheront à sa lumière, a

Mais la nature éternelle des choses s'est d'abord opposée i de si vastes prétentions. Les lumières s'élèvent et ne se répandent point; elles gagnent en hauteur, et non pas en surface; elles se font connaître au vulgaire par de plus nombreux résultats, jamais par leurs théories, et, semblables & la Providence, les arts s'entourent de plus de bienfaits, sans rien diminuer de leur difficulté; au contraire, c'est toujours de plus haut qu'ils versent la lumière : aussi la science qui s'élève trop est-elle enfin traitée par le peuple comme la magie, admirée à proportion qu'on l'ignore. Les aérostats n'ont rien fait soupçonner au vulgaire sur la théorie des airs, les paratonnerres rien sur l'électricité, les pendules rien sur les lois du mouvement; enfin les découvertes de la géométrie n'ont pas tiré le peuple des quatre règles de l'arithmétique, et l'almanach n'apprend l'astronomie à personne.

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Il est donc certain qu'i mesure qu'elle s'élève la science échappe au vulgaire : c'est donc le progrès en concentration, et non l'expansion des lumières, qui doit être l'objet des bons esprits, car, maigre tous les efforts d'un siècle philosophique, les empires les plus civilisés seront toujours aussi près de la barbarie que le fer le plus poli l'est de la rouille. Les nations, comme les métaux, n'ont de brillant que les surfaces. Le peuple repousse ou adopte les méthodes des savants, comme il en repousser^t ou en adopterait d'opposées. Toujours sans conviction, il ne donne aux vérités, comme aux erreurs, que le suffrage de l'imitation, l'obéissance de la séduction et l'enthousiasme de la nouveauté.

L'homme instruit est fondé & penser et à dire du peuple ce que celui-ci ne peut ni penser ni dire de lui, car il connaît le peuple, et le peuple ue le connaît pas. Il faut donc consulter le savant sur le peuple, et non le peuple sur le savant. La volonté du peuple peut être de brûler la bibliothèque publique ou les cabinets d'histoire naturelle; mais la volonté du savant ne sera jamais de détruire les ateliers et les magasins du peuple.

On peut poser comme principe qu'il y a dans ce monde un consentement tacite donné par l'ignorant et le faible à la science et à la puissance, et les philosophes le savaient bien; mais ils ont cru que le savoir et le pouvoir ne se quitteraient pas.

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et que Tartillerie et l'imprimerie seraient toujours dans les mêmes mains. L'eipérience les a cruellement détrompés : du jour oh le philosophe Robespierre eut la puissance, il opprima la science. Ses meurtriers abhorrent son nom, maïs iU adorent ses principes et vivent encore de ses crimes. Le monde est toujours menacé d'une de ces întercadences de lumières si funestes au genre humain, époque de progrés interrompus, d'empires renouvelés, d'hommes nouveaux et de superstitions inconnues; malheureux temps où ta barharie qui détruit se mêle & la subliliié «jui projette, où les antiques monuments des arts s'allient aux emblèmes bizarres et fugitifs de la nouveauté, où les souvenirs sont si tristes et les espérances si lointaines ; où l'homme de bien gérait également et sur tout ce qui tombe et sur tout ce qui s'élève. L'ignorance des sauvages et leur barbarie sans mélange n'oifrent pas de si désolantes images. Dans l'hiver, la nature engourdie ne craint point les ravages des torrents; mais au temps des moissons ils la surprennent chargée des richesses de l'année.

La philosophie, étant le fruit de longues méditations et le résuhat de la vie entière, ne doit ni ne peut être présentée au peuple, qui est toujours au début de la vie. Les paysans, par exemple, sont chargés de la première digestion du corps politique : si, avec nos lumières, nous avions leurs

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peines, et m, avec leurs peines, ils avaient nos lumières, ils ne voudraient plus travailler, et nous ne voudrions plus vivre. Enfin, il ; aura toujours pour le peuple sept jours dans ia semaine : six pour le travail et un pour le repos et la religion, rien pour la philosophie '.

L'égalité indéfinie parmi les hommes, étant un des rêves les plus extraordinaires de cette philosophie, mérite ici quelques moments d'attention.

Au lieu de statuer que la loi serait égale pour tous les hommes, ils décrétèrent que les hommes étaient naturellement égaux sans restriction. Mais il j a une chose dont on ne pourra jamais décréter l'égalité : ce sont les conditions, les talents, les rangs et les fortunes. S'ils eussent dit que toutes les conditions sont égales, on se serait moqué d'eux : ils ne décrétèrent donc que l'égalité des hommes, préférant ainsi le danger au ridicule; je

du progrès des lumières, et ne pu liTier m bïiird ce que le temps doit (mener sens bouleversement et tans cruauléi. > Voili ce que disait irèi sagement le philosophe Condorcet ■Tant la Révolution, ce mtme pbiloiophe qui n'a vu depuis, dans l'iDCendie des cfaïleaui, que let feux de joie de U liberté, el la justice du peuple dans les massacres. Dans ses notes sur Voltaire, il ne reconnaît que trois sortes de gouvemement : la monarchie, l'irislocntie et Vanarehit,

Voltaire a dit : Fiat tes homnus stront itlairh, tlplaa il$ liront libm. Ses successenis ont dit au peuple que plia il ttrait Ubn, plat il itrait idairi, ce qui a tout perdu.

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dis le danger, car, les homnies étant déclarés égaux et les conditions restant inégales, il devait en Tésulter un choc épouvantable. Heureusement que les décrets des philosophes ne sont pas des lois de la nature ; elle a voulu des hommes inégaux avec des conditions et des fortunes inégales, comme nous voulons des anneaux inégaux pour des doigts inégaux : d'oii résulte l'bannonie générale, C'est aiasi qu'en géométrie la parité résalte des impairs avec les impairs, tandis que des impairs avec des pairs ne produiraient jamais que des impairs. Qu'importe donc aux hommes d'fitre déclarés égaux si les conditions doivent rester inégales? Il faut, au contraire, se réjouir quand on voit des hommes très bornés dans des conditions IrÈs basses, comme il faudrait s'affliger si la loi portait des brutes dans les grands emplois et repoussait l'homme de génie vers les professions serviles et mécaniques. L'inégalité est donc l'ime des corps politiques, la cause efficiente des mouvements réguliers et de l'ordre.

C'est que les philosophes ont confondu l'égalité avec la ressemblance. Les hommes nussent en eSet semblables, mais non pas égaux : or c'est la ressemblance qui est la base de toute charité parmi les hommes, car, si notre prochain n'est pas toujours notre égal, il est toujours notre semblable. Supposons, par exemple, qu'un paysan, tombé

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dans UQ précipice, ciie ï un passant : Secourez votre iemblabU et votre prochain! il est indubitable que ie passant, fût-il prince, volera à son secours. Mais, si le paysan criait : Secourez votre égall le passant serait tenté de lui répondre : Attendez donc votre égal. Ainsi, les hommes et les rangs étant inégaux, l'inégalité est le fondement de la politique j et, les hommes étant semblables et soumis aux mêmes infinnités, la ressemblance est le fondement de l'humBOité'. Mais le mot igatUé dissout à la fois et la politique et l'humanité : il ébranle donc l'ordre social dans ses deux bases fondamentales.

Au reste, ce sophisme, quoiqu'il ait produit des maux infinis, n'a fait illusion à personne, Si on dit à quelque satellite de la Révolution : Ta n'ts pas mon semblable d mon prochain, il rit^ mais, si on lui dit : Tu n'es pas mon égal, il vous massacre. C'est qu'il croit à la ressemblance, qui le frappe et qui n'a pas besoin d'être prouvée, et que, ne croyant pas à l'égalité, il veut l'établir par la violence-

Observez que, û les hommes sont naturellement inégaux, la loi les suppose pourtant égaux; elle soumet leur inégalité à sa mesure, leurs préjugés

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à %ei jugements, et leurs passions à son impartialité.

Non seulement les philosophes ne pourraient pas fondée un corps social avec le dogme de l'éga* lité, mais ils ne sauraient même faire un drame, qui n'est qu'une faible image de la vie. N'oublions jamais que tout principe dont on ne peut ou dont on n'ose tirer les conséquences n'est pas un principe. Aussi, pour avoir perverti les idées, il s'est trouvé que la langue s'est brusquement dénaturée sous leurs yeux : de l'ordre intellectuel où ils s'étaient retranchés pour y régner, ils ont été précipités dans les vagues des passions populaires. Les roots abstraits qu'ils avaient jetés au peuple comme monnaie de .cours sont devenus les instruments du sophisme et de la fourberie, et les expressions de la philanthropie n'ont fourni des armes qu'à la barbarie el au fanatisme.

Les philosophes ont pu dire alors, comme dans Tartufe : Nous itur ayons appris à n'avoir d'affection pour rim. En effet, le vice radical de la philosophie, c'est de ne pouvoir parler au cœur. Or l'esprit est le côté partiel de l'homme : le cœur est tout. On a souvent comparé l'flme au feu, mais l'esprit n'a que la clarté; la chaleur est dans le cœur : l'esprit ne peut donc qu'éclairer les objets; le cœur seul les pénètre et se les identifie. De U vient que la morale, qui parle au cœur, a u peu

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d'obligatioDs à l'esprit philosophique. La conscience ne fait pas des découvertes; le ïiee et la vertu sont ses deux pâles : elle y touche à chaque instani. Les anciens voulaient de la morale pour tout le inonde et gardaient les m^sières de leurs théories pour leurs disciples; les modernes ont voulu de la philosophie pour tous et de la morale pour personne.

Aussi la religion, même la plus mal conçue, est-elle infiniment plus favorable à l'ordre politique et plus conforme à la nature humaine, en général, que la philosophie, parce qu'elle ne dit pas à l'homme d'aimer Dieu de tout son esprit, mais de tout son caur : elle nous prend par ce côté sensible et vaste qui est â peu près le même dans tous les individus, et non par te côté raisonneur, inégal et borné qu'on appelle esprit. Quand on ne considérerait les religions que comme des superstitions fixes, elles n'en seraient pas moins les bienfaitrices du genre humain : car il y a dans le cœur de l'homme une fibre religieuse que rien ne peut extirper et que ' toujours l'espérance et la crainte solliciteront. Il s'agit donc de donner à l'homme des craintes et des espérances fixes. La superstition vague ne produirait que des malheurs : c'est une faiblesse que la fixité change en force. Les métaux sont répandus sur toute la terre ; chaque État les marque à son coin, ce qui produit le Rivarol. l. tî

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sentiment de cooliaDce attaché & la fixité. Aiosi, la superstitioD est partout; chaque peuple la marque à son coin et la fixe, et ce que tant de religioni ont de commun entre elles, de bon et d'admirable, c'esi le sentiment qu'elles entretienne at, c'est le rapport de l'homme à Dieu. Si, par un heuieui concours de causes trop rares, il s'établissait un culte plus universel sur la terre, le genre humain devrait s'en féliciter, comme il le ferait d'une mon' naie et de toute mesure plus universelle. Il n'7 a . de bon que l'unité et la fixité, de nuisible que l'innovation et la diversité. L'opinion publiqat, dont les philosophes ont fait de nos jours un si grand épouvantai! pour les gouvernements, ne réside en effet que dans le public, cette portion oi' sive, inquiète et changeante des corps politiques. Les opinions du peuple sont paisibles, universelles et toujours partagées par le gouvernement. Qu'elles soient des jugemenu ou des préjugés, n'importe, elles sont bonnes, puisqu'elles sont fixes. Et voilï pourquoi les mœurs ' suppléent si bien aux lois- Dans le conflit des idées, des plans et des projets qu'enfantent les hommes, la victoire ne s'appelle pas vériU, m»s fixili. C'est donc une décision et non un raisonnement, des autorités et non des

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démonstrations, qu'il faut aux peuples. Le génie, CD politique, consiste non à créer, mais à conserver; non à clianger, mais à fixer; il consiste eniin à suppléer aux vérités par des maximes, car ce n'est pas la meilleure loi, mais la plus ëxe, qui est la bonne, Vo^ez tes opinions philosophiques : elles passent tour à tour sur k meule du temps, qui leur donne d'abord du tranchant et de l'éclat, et qui finit par les user. Voyez tous ces brillants fondateurs de tant de sectes ! leurs théories sont à peine comptées parmi les rêves de l'esprit humain, et leurs systèmes ne sont que des variétés dans une Mstoire qui varie toujours.

Les anciens, ayant donné des passions à leurs dieux, imaginèrent le destin, qui était irrévocable, inexorable, impassible. Afin que l'univers, ayant une base fixe, ne fût pas bouleversé par les passions des dieux, Jupiter consultait le livre du destin et l'opposait également aux prières des hommes, aux intrigues des dieux et à ses propres penchants en faveur des uns et des autres.

Les jeunes gens sont loin de sentir qu'en politique il n'y a de légitime que ce qui est fixe, qu'une loi connoe et éprouvée vaut mieux qu'une loi nouvelle qui paraît meilleure, et que l'autorité ne fait pas des démonstrations, mais des décrets; ils sont loin surtout de peiiser, comme Socrate mourant, que les lots ne sont point sacrées p^rce

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qu'elles sont juttes, mais parce qu'elles émanent du souverain.

De la Religion.

C'est ici, puisque tant de destructions laissent à découvert les fondements antiques et vénérables de la religion et de la justice, qu'il faut en avouer franchement le principe et justifier ces deux premiers besoins de l'ordre social et politique. La révolution et la philosophie du siècle m'en iont une nécessité. Mais je ne parlerai que le langage de la raison humaine, dénuée des certitudes de la foi et des clartés de la révélation.

Ce monde roule tout entier sur deux ordres de causes et d'effets : l'ordre physique et l'ordre moral. Le premier parle aux sens, se fonde sur l'observation des phénomènes et se prouve par le calcul; le second parle k la conscience et ne considère que le cAté moral de nos actions.

Dieu est toujours présent dans l'ordre physique 4e l'univers; ses lois s'accomplissent éternellement, d'une manière éclatante et fixe.

Mais il est toujoun absent de l'ordre moral.

Il a donc fallu le suppléer, le faire intervenir dans cet ordre oii il n'est pas : tl dignus tral vindice nodus. Aussi toutes tes religions ont-elles un commencement et des dates; toutes disent que Dieu b

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parlé, qu'il s'est montré; toutes proclameot la ve- ' nue de quelque envoyé de Dieu, descendu ici>bas pour étayer l'insuffisance de la morale, fixer les perplexités de la conscience et donner un but infini à cette courte vie. Or, si tout cela eût existé, u la morale eût été, comme la physique, fondée sur des lois visibles et toujours exécutées, l'intervention de Dieu, et par conséquent la religion, eussent été inutiles. Dieu ne nous apparaît jamais pour nous dire qu'il a fait les lois du mouvement et qu'il ordonne d'y obéir, qu'il ne faut ni se blesser ni se noyer, qu'on périt faute de prudence ou de vigueur, etc., mais pour nous annoncer qu'il faut être humain, juste et bienfaisant; pour nous proposer, en un mot, l'ordre, la règle e( le bonheur, l'attrait de la vertu et la haine du vice, sous l'appareil des plus hautes récompenses et des peines les plus effroyables dans une vie à venir.

En effet, si je tombe de ma fenêtre dans ta rue, le poids de mon corps, la hauteur de ma chute, la fragilité de mes membres et la dureté du pavé, tout est calculé, et j'ai le corps froissé ou brisé : la nature est là avec ses lois éternelles, et je suis irrémissiblement puni de ma faute. Que je me trompe sur une manœuvre, sur une liqueur, sur une plante inconnue, je fais naufrage, j'égare ma raison, je perds la vie. Mais, si je mens, ma tangue ne se glace pas dans ma bouche ; si je lève ma main en

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jastice pour un faux témoignage, mon bras n'est pas frappé de paralysie; enfin, si je massacre mon prochain, je ne suis pas foudroyé '.

Il résulte de là deux vérités :

L'une, que Dieu ne punit que les fautes, mais qu'il les punit infailliblement;

L'autre, qu'il abandonne le châtiment des crimes â la justice humaine et à la religion. '

Car les fautes sont toujours des défauts de prévoyance ou de calcul, des péchés contre l'ordre et les lois physiques du monde; et les crimes, qui sont des attentats contre l'ordre moral, ne sont matériellement que des actions dans l'ordre phy-

Mais les gouvernements qui ne punissent pas les crimes commettent la plus grande des fautes, et c'est ainsi qu'ils tombent sous la main de celui qui punit toujours les fautes. L'Europe offre en ce moment un mémorable exemple de cette vérité.

S'il faut, pour entretenir l'ordre physique du monde, que la nature punisse les fautes, la politique, pour maintenir l'ordre social, doit punir les

il p>r de» r^coropeniei et dei chilunenis iciuei:, aou» n'auHoas pas besoin du dcigtiis de l'immortalité de l'ime. Ceci explique pourquoi Mo!se. ^levë en Egypte et fort instruit de ce dogme, n'en parle jamais. Dins une législaiion théocraiique, Dieu est lou-

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criraei conous, et se servir de la religion et de ta morale pour réprimer les passions et poursuivre les crimes cachés dans les retraites où la loi ne pénètre pas. L'ordre social périrait si le gouvernement laissait impunis les délits avérés, et les crimes obscurs lui échapperaient et finiraient par tout bouleverser sans l'appui de la morale et le frein de la religion, qui sont ainsi les grands suppléments de la justice humaine.

La nature a donc les yeux constamment ouverts sur tes fautes, et les tient toujours fermés sur les crimes; la politique et la religion sont indulgentes pour Us fautes, mais elles ont l'œil ouvert sur les délits. Ces trois puissances veillent ensemble sur nos actions : ta nature sur les fautes, la politique sur les crimes connus, ta religion sur les crimes cachés, sur tes vices et même sur les inteutioas.

Ceci explique pourquoi le crime est souvent heureux sur ta terre; il suffit pour cela qu'il ait été commis sans faute. Cromwell, par exemple, ne fit pas de fautes dans sop grand attentat contre son pays et son roi, et, dès qu'il régna, il punit les crimes des autres. Malheureusement le monde est plein de criminels rusés qui, moins éclatants que Cromwell, jouissent comme lui du fruit de leurs complots conduits avec art ou avec bonheur. Ces artistes du crime ont toujours paru des objections contre la Providence; mais ce sont les gouverne-

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ments, doht ils ont su tromper le regard et la surveillance, qui eo sont responsables.

Un particulier qui commet un meurtre est puni, parce que le corps politique a plus besoin d'un exemple que d'un particulier; mais un roi qui a le malheur de tuer un de ses sujets n'est et ne saurait être puni juridiquement, parce que le corps polir tique a plus besoin d'un roi que d'un exemple, et qu'il ne faut pas que la réparation soit pire que le mal. Tout souverain, peuple ou roi, est inviolable de sa nature.

En général, les crimes des puissances ne sont guère punis en ce monde que par la haine et le mépris, à moins qu'ils ne soient accompagnés de fautes assez graves pour que les trânes en soient renversés, car tout est proportionné.

En un mot, la nature n'a fait d'autre contrat avec nous que celui des lois éternelles du mouve> ment; elle ne nous a promis que l'harmonie da monde physique : c'est k nous à créer et à maintenir l'harmonie du monde moral. Il est donc nécessaire, puisque tout conspire à l'ordre général du monde physique, qu'il se forme aussi une conspiration, dans le monde moral, en faveur de ta vertti contre le vice et de l'ordre contre l'anarchie, de peur que les hommes ne soient, dans ce monde moral que Dieu leur a confié, plus vifs que le moindre atome dans le monde physique qu'il s'est

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réservé; de peur enfin que ce ne soit par notre faute et pour notre malheur si l'ordre social n'a pas, comme l'univen, ses lois certaines et son invariable régularité. .

Cette théorie que je viens d'exposer donne une base inébranlable à la justice et à la religion. Je n'en connais pas, humainement parlant, de plus vraie, de plus imposante, de plus propre à fonder l'ordre social : point de politique sans justice et sans religion.

On sait qu'il s'est trouvé des hommes qui, se plaçant dans l'ordre physique, en ont tiré des conclusions pour l'ordre moral. Dieu, disent-ils, ne punit pas les crimes : donc il y at indifférent. Un meurtre n'est, aux ytux dt la nature, qu'un peu de fer plongé dans quelques gouttes de sang; le mensonge, qu'un vain bruit qui frappe l'air, et une foule d'autres sophismes aussi redoutables dans leurs conséquences qu'horribles dans leurs motifs. On sait la belle réponse de Cicéron et de Caton à César, qui se permettait de tels arguments en faveur de Catilina et de ses comphces '.

I. Céiar, patlanl en véritable philosophe de nos joura, dit qae, ricD n'élanl moial (Qr que rimmortdité de l'ime. la pritition de la lie iliic le plus graad mal qu'oa p&t ftire à rhomme, Caton et Cicéron se leTèrenl, et, tu» argumenter avec lui sur l'immortalité de l'ime, ill observirent au ténat que Céiar professait utie doctrine funeste i

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Un prince que m philosophie, c'est-à-dire ses passions et ses principes, ont conduit au crime, ei son crime mal ourdi à l'échafaud, disait un jour que, l'or n'étant que dt la boue, on powtait dépouitler un homme de son or sans qu'il eût à s'en plaindre, etc. Il fandrait, quand un homme se retranche ainsi dans l'état de brute, qu'il y restât tout à fait : un tigre n'a jamais étranglé un voyageur pour son or; mais ces sophistes veulent raisonner dans un ordre et jouir dans l'autre.

Quant aux arguments, plus funestes encore, tirés de l'incertitude d'une vie à venir et de la certitude qu'un crime bien caché ne peut être puni dans ce monde, ils sont, à mon avis, la preuve la plus pressante qu'il faut une justice pour effrayer de tels raisonneurs, et une religion pour leur dérober le peuple, afîn que le sophisme ne trouve pas de dupes et que la corruption manque de satellites.

Car, toute imposante qu'est la justice humaine, il ne faut que comparer un moment ses lois à celles de la nature pour sentir combien la religion lui est indispensable pour gouverner les hommes.

la république et au geure humain. Ht répondireht en Trait pbiloiophei, paitqa'ili partirent en hommes d'État. Céiai TOutait que le lénal devînt un Ijtit; il posait des principet métaphysiques pour en tirer det conclntioDi politiques, sophisme que noua ivani déjà dénoncé.

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La justice hamaine dit : Tu ne tuerai pas, car, ii ta tuts, tu mourras : voilà le châtiment. Maïs elle ne promet rien à celui qui ne tuera pas. La nature dit : Tu mangerai, car, si tu nt mangts pas, tu mourras : voilà le châtiment; et, sr tu manges, tu auras du plaisir : voîtà la récompetise.

Dans ses préceptes, la nature unit donc le châtiment à la récompense et la peine au plaisir t^ aussi ses lois sont des penchants; mais la justice des hommes n'a que des menaces. Tout se fait de gré dans l'une et de force dans l'autre.

Si la religion, plus auguste que la justice et plus libérale que la nature, intervient dans le pacte social, elle charge les devoirs de tant de' prix et les prévarications de tant de peines qu'elle peut donner au cœur humain un penchant impérieux pour le bien et une horreur invincible pour te mal. C'est alors t|ue la politique , forte d'une si haute alliée, et s'appujant sur de telles craintes et de telles espérances, peut se promettre d'établir dans le monde moral les mouvements réguliers et la tranquille administration de la nature.

« On voit, dira-t-on, des hommes qui ne croient pas à la Providence et qui sont eux-mêmes une véritable providence pour tout ce qui les environne. L'honneur est une religion terrible qui nous enchaîne dans les moindres procédés comme dans des devoirs sacrés; l'homme juste le serait sans tri-

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bunaux, etc. » Cela est incontestable ; mais c multitude qui se dérobe aui regards de l'honr et aux censures de l'opinion, qui n'a < que ses occupalioDS et dont les loisirs sont si redoutables, sur qui cent bonnes maximes ne font pas autant d'effet qu'un seul mauvais principe, qu'en ferez-vous donc ? Philosophes, je tous le demande. Si les hommes cultivés sont encore mieux retenus par la crainte que par la raison, que ferezvous de celte masse inculte d'hommes qui ne comprennent que les harangues des passions? Vous savez ce qu'il en a coûté pour les avoir attroupés et harangués philosophiquement et pour leur avoir donné l'empire avant l'éducation 1

Laissez donc à la religion et les assemblées populaires et l'éloquence passionnée, qui lui réussit toujours avec le peuple. Vous ne parlerez jamais aussi puissamment qu'elle à l'amour de soi, puisqu'elle seule promet et garantit aux hommes un bonheur éternel; et c'est pourquoi elle attendrit et ramène les plus barbares. Voyez les croisés pleurer en entrant dans Jérusalem I voyez les musulmans fondre en larmes à la vue de la Mecque! parce que, si l'homme est traître et cruel à l'homme, il ne l'est pas à lui-même. Que l'histoire vous rappelle que partout où il y a mélange de religion et de barbarie, c'est toujours la religion qui triomphe; mais que partout où il y a mélange de bar-

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INTELLECTUEL ET MORAL itJ^

barie et de philosophie, c'est la barbarie qui l'emporte.

Laissez l'honneur et la morale pure au petit nombre, et la religion et ses pratiques au peuple : car, si le peuple a beaucoup de leligiou et si lei gens élevés ont beaucoup de morale, il en résultera, pour le bonheur du monde, que le peuple trouvera beaucoup de religion à la classe instruite, et que celle-ci trouvera beaucoup de morale au peuple, et on $e respectera mutuellement.

Mais, dira-t-on encore, la philosophie apprend à supporter la pauvreté et à pardonner les outrages. Je ne crois pas que la philosophie ait à se vanter d'avoir encore inspiré le mépris des richesses et l'oubli des injures à une nation; je la délie surtout de calmer un coeur en proie à ses remords, et c'est ici que triomphe la religion.

Quand un coupable, bourrelé par sa conscience, ne voit que châtiments du côté de la justice et flétrissure du côté du monde ; quand l'honneur, ajoutant encore ses tortures à son désespoir, ne lui ouvre qu'un précipice, la religion survient, embrasse le malheureux, apaise ses angoisses et l'arrache à l'abîme. Cette réconciliation de l'homme coupable avec un Dieu miséricordieux est l'heureux point sur lequel se réunissent tous les cultes. La philosophie n'a pas de tels pouvoirs : elle manque à la fois et de tendresse avec l'infortuné et de

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