‹ Œuvres choisise de A. RivarolChapitre 7 sur 17 · DE L HOMME · texte numérisé non relu

DE L HOMME

L'homme est né pour le domaine plus que pour la science, pour la jouissance plus que pour la contemptatioD; aussi n'est-ce pas l'Intelligence, mais le sentiment qui commence en lui : le sentiment est germe, l'intelligence est fruit. Descartes, qui ne voyait que l'intelligence, la jugeait antérieure à tout, et de là les idées innéa.

Quel beau et fidèle miroir de l'univers que le sentiment dans l'homme I 11 reçoit les images, s'en ébranle et les retient. Les objets se pressent hon de lui et s'entassent dans sa mémoire; ils sont séparés, et il les distingue; ils sont espacés et étendus, il conçoit l'étendue et l'espace; ils sont mobiles et se présentent successivement; il conçoit le mouvement, le temps et les nombres. Également frappé des différences et des ressemblances, il sent l'homogénéité, le genre et l'espèce. Le même être a-t-il, comme la chenille, deux états divers, Usent l'identité de l'individu, et le miracle de la métamorphose ne lui en Impose pas. Enfin, il s'étudie et se connaît lui-même; et, si la sagesse du Créaleui rayonne dans ses œuvres, elle se mire dans l'homme. Otez le genre humain, l'univers est sans témoin.

On voit qu'en peignant le sentiment, j'ai peint rhomme, l'un dans l'autre, l'un par l'autre : car l'homme est tout sentiment, et le sentiment est tout l'homme. Son nom seul réduit à leur juste

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valeur Vkomo duplex de Buffon, les deux hommes de la morale et de la religion, les facultés ei les entités de l'école; il ramène tous les mystères et tous les prodiges à un seul mystère, à un prodige unique, au mot sentir : tout le reste, penser, considérer, réfléchir, imaginer, se souvenir, ne sont que des déguisements, des modiBcatioos, des prolongements, des répétitions du sentiment qui est à la fois et tour à tour entendement, imagination, mémoire, esprit et génie : il prend autant de noms qu'il a de fonctions. Semblable à celui qui tire la pierre de la carrière, qui la porte, qui la taille, qui en bitit une maison, et qui reçoit un nouveau nom à chaque opération nouvelle, mais semblable aussi à la lumière par qui tout est visible, et qui ne peut être saisie dans ses éléments, qui se resserre et se comprime sans confusion, se dilate et se ramifie sans interstices, le sentiment touche à tout, sent tout, remplit différentes fonctions, se partage i une foule de sensations et d'idées, mais tellement un dans ses variations, tellement entier dans ses divisions, s! simple dans sa mobilité, que son essence brave tous les genres d'analyse et se dégage de toutes nos méthodes.

Il faut donc le voir tel qu'il se manifeste dans les facultés aiuM que dans les opérations de l'esprit, dans les mouvements ainsi que dans le jeu des organes, et principalement du visage, théâtre

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extérieuret mobile des passions. Car.de mime que le fréquent retour de certaines affections nous fait plier vers certaines idées d'habitude, et nous donne ce qu'on appelle une tournure d'esprit et un stjle, de mime le jeu de certains muscles sur qui le sentiment s'appuie de préférence donne une physionomie à nos traits et une expression à notre voix. Mais les yeux surtout décèlent sa présence; c'est \i que se laisse entrevoir l'alliance de la matière et de l'esprit; là finit le corps, et l'âme commence; c'est de là que le sentiment lance ses éclairs; c'est dans le regard que la joie pétille et que languit la volupté; mais, si la vie et le bonheur triomphent dans les yeux, c'est là aussi que le malheur se prononce et que la mort élale toutes ses horreurs.

Après l'avoir considéré dans ses alliances, dans ses fonctions et dans ses facultés, il faut observer un moment ses phases et ses époques.

Dans l'enfance, le sentiment, vide d'idées et plein d'espérances, a toute sa carrière devant lui, et rien ou peu de chose en arrière, puisqu'il sort du néant et prélude à la vie. Il marche et croit en marchant ; et, à mesure qu'il avance, le trésordu passé grossit pour lui sans qu'il s'aperçoive sensiblement de la diminution de son avenir. Vers le milieu de la vie, ses deux moitiés se balancent; le sentiment, presque stationnaire, peut étendre sa vue en arrière comme en avant, et prendre conseil du

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passé pour diriger l'aïenir : c'est l'époque de la vigueur éclairée et de la sagesse active. Mais bientôt le passé s'accroît tellement des pertes de l'avenir que l'équilibre cesse, et le sentiment, attiré par la masse du passé, semble tourner sur luimême; c'est alors que, l'œil fixé sur la foule de ses souvenirs et le nombre de ses journées, il ne jette plus sur l'avenir que des regards à la dérobée, et qu'enfin, chargé d'idées et vide d'espérances, il descend et recule jusqu'au tombeau.

C'est ainsi qu'on poursuit l'histoire du sentiment, sans atteindre sa nature ; c'est ainsi qu'on énuraère des effets, et la cause reste impénétrable, Continuons pourtant k épier cet être mystérieux; considérons le tel qu'un astre invisible qui nous lancerait des étincelles; les différents points du ciel d'où partiraient ses feux nous indiqueraient sa Diarche. Or les sensations et les idées, tes besoins et les passions, la douleur, le plaisir et tous les signes de la sensibilité, s'ils ne révèlent pas la nature du sentiment, attestent toujours sa présence. Je vais donc parler de sa mobilité, comme premier attribut de son essence et cause apparente de ses phénomènes.

Pour s'entendre sut la vivacité du mécanisme des sensations et des idées, des besoins et des passions, il faut d'abord renoncer aux images dont certains métaphj'sicîeQS ont cru que nos fibres re-

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tenaient les empreintes : car, si on aâmettait des images dans le cerveau, il faudrait aussi y admettre des sons, des saveurs, des odeurs, et la foule prodigieuse des sensations et des souvenirs, qui n'ont pas de figure. Il faudrait que les émaaations des corps se conservassent en nature dans les fibres qui les auraient reçues et qui en resteraient imprégnées. La tête n'offrirait alors qu'images sur images, tintements de sons, mixtions de goûts et de saveurs, etc. L'horrible chaos qui résulterait d'un tel état rend cette hypothèse tout à fait inadmissible.

Il en existe une autre plus digne de la sagesse de la nature et plus analogue à la puissante simplicité de ses moyens : c'est celle du sentiment averti par les mouvements variés de la fibre; mouvements qui suflisenE pour expliquer sans confusion, d'abord l'unité du sentiment, et ses divers états, comme entendement, imagination et mémoire; ses ramifications et ses différente* directions des sens au cerveau, et du cerveau aux organes et aux viscères; sa rapidité dans les enfants, et sa lenteur dans les vieillards; pourquoi on retient plus et oa conçoit moins dans la jeunesse; et pourquoi, au contraire, on conçoit mieux et on retient moins, dans la vieillesse; pour eipUquer ses mouvements, tant les volontaires que les involontaires,, la prompte obéissance de la langue et des mains, l'é-

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troite liaison, observée par Hippocrate entre les convuHions de la langue et le désordre du cerveau, enfin la délicate distinction des besoins et des passions, et celle des idées et des sensations : car les sensations et les besoins sont des idées et des passions plus extérieures et plus éphémères; et les passions et les idées sont à leur tour des sensations et des besoins plus intérieurs et plus durables. Tout ceci exigerait de grands développements pour la classe inattentive des lecteurs : je n'insisterai que sur le principe.

La première goutte de lait qui tombe dans U bouche d'un enfant excite, par exemple, telle fibre de l'organe du goût; et dès cet instant, jusqu'à la fin de sa vie, le lait excitera chez lui la même fibre, et son sentiment éprouvera une sensation douce et humide qu'il rapportera au lait; comme il jugera que- le feu est chaud, que le verjus est aigre, et que tel événement est triste, quoiqu'il n'y ait aa fond que lui de chaud, d'aigre et de triste.

Si, avant la sensation donnée par le lait, cette mime fibre eût été agitée, le sentiment n'aurait eu que de l'inquiétude; mais après la sensation réeUe, produite par le lait, toutes les fois que cette fibre sera mise en mouvement, l'animal rêvera ou jugera qu'il boit du lait. Ainsi, que le mouvement vienne du dehors, c'est-à-dire des objets mêmes; ou du dedans, au moyen des esprits animaux qu'on

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suppose partir da diaphragme vers les organes et do organes an cerveau, lasensaiioD sera la même. On peut en dire autant de toutes les sensatioas, ce qui rendra rason de leur diversité ; et, s'il s'aj^t d'expliquer les différents degrés de la mSme sensation, on peut supposer que le vin, par exemple, dresse la fibre à un certain point; que ,1'eau-de-ne la dresse encore plus, et que l'esprit de vin et l'étber la dressent encore davantage. Ces différents états d'éréthisme suffisent an sentiment pour graduer et nuancer ses sensations.

Les mouvements qui partent des sens donnent des sensations; ceux qui partent des viscères donnent des besoins; ceux qui partent des fibres sollicitent des idées. Le sentiment se fait tour b tour juge de sensations, juge de besoins et juge dldées, et sa volonté est plus ou moins sollicitée par tous ces mouvements. On peat doue considérer la volonté comme une réaction du sentiment, qui, frappé de telle sensation ou de telle idée, éprouve an besoin ou un désir, et se détennine i tel on tel acte intérieur ou extérieur.

Quand les esprits animaux, dans lenrs coursts iponlanées, soulèvent quelques fibres, il se trouve, on que ces fibres ont déjà été excitées, ou qu'elles ne l'ont pas été : dans Je premier cas, les fibres, ajrant des habitudes, donnent des souvenirs au sentiment; dans le second cas, il n'y a qu'agitation

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sans idée. Si le sentiment, qui parait maître d'exciter à son tour le diaphragme et tout le genre nerveux, fait monter en abondance les esprits animaux dans l'atelier de ses fibres, ce mouvement les met en jen au plus haut degré de rapidité que l'homme puisse concevoir, puisque c'est celui de la pensée; et c'est sur le ravalement de toutes ces fibres, émues tour à tour, que le sentiment choisit les souveniif qui lui conviennent. C'est alors qu'il parait s'élancer vers les objets, selon l'expression reprochée à BuSon par Condillac. La vérité est que le sentiment s'occupe alors de la fibre qui réveille tel souvenir, comme mon œil, en parcourant une carte géographique, s'arrCte, par exemple, sur les Indes; mais le sentiment est fixement logé dans mon corps, comme mon œil dans ma tête, quelle que soit leur mobilité.

Observez que les mots balancer, tendre, s'^ancer vers la objelt, etc., ne sont que des expressions figurées, inévitables même dans ces matières, et Condillac, l'écrivain le plus dépourvu d'images, s'en est servi lui-même ; observez aussi que le sentiment, comme imagination et mémoire, prend les noms de principe et de résultat, de cause et d'effet, de source et de magasin, sans aucun inconvénient : tout dépend des vues de l'esprit. Tantôt on considère l'imagination et la mémoire comme formant peu à peu des amas de souvenirs et d'images, et

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■lors elles sont magasin, tfftt et rùullal des seosatîons; tantôt on les voit, restituant tout ce qu'elles ont reçu, tirer de ce fonds des combinaisons nouvelles, et alors elles sont eaïaa, prineipet et tources : car il suffit, pour justifier ces ejtpressions, que le sentiment soit tour à tour actif et passif; il suffit qu^il ne puisse d'abord rien sans le secours des sens, et qu'il ae tombe pas lui-même sous les sens, pour qu'il n'ait pu s'exprimer sans images. En effet, il n'est pas d'artifice que l'imagiDation n'emploie pour se déguiser son indivisibilité. L'esprit le plus sec ne parle pas longtemps sans métaphores, et, s'il parait s'en garantir à dessein, c'est que les images qu'il emprunte, étant vieilles et usées, ne frappent ni lui ni les lecteurs. On peut dire que Locke et Condillac, l'un plus occupé à combattre des erreurs, et l'autre à établir des vérités, manquaient également tous deux du secret de l'expression, de cet heureux pouvoir des mots qui silloane si profondément l'attention des hommes en ébranlant leur imagination. Leur sauia-t-on gré de cette impuissance? dira-l-on qu'ils ont craint de se faire lire avec trop de charme, ou que le style sans figures leur a paru convenable à la sévérité de la métaphyùque? Je pourrais d'abord prouver qu'il n'existe pas de style proprement direct et sans figures, que Locke et Condillac étaient figurés malgré eux ou à leur insçu , qu'enfin ils ont sou-

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vent cherché la métaphore et les comparaisons, et on Terrait avec quel succès ; mais ce n'est pas ici mon objet. Notre grand modèle, la nature, estelle donc sans images, le printemps sans fleurs, et les fleurs et les fruits sans couleurs? Aristole a rendu à l'imagination un témoignage éclatant , d'autant plus désintéressé qu'il en était lui-même dénué, et que Platon, son rival, en était richement pourvu. Les belles images ne blessent que l'envie. Je reviens à mon sujet'.

C'est encore par la faculté de mouvoir et d'être mû qu'on explique l'attention et ses lassitudes, quand le sentiment force une ou plusieurs fibres à garder longtemps la même attitude. L'attention n'est en effet qu'un sentiment soutenu, tant de notre corps que de notre esprit : on regarde, on • écoute, on goûte, on manie, on pense attentivement; c'est à cette puissance qu'il faut rapporter les causes de notre supériorité sur les animaux et ia différence d'homme à homme. Mais il ne faut pas croire , comme Helvétius et Condillac, que l'attention dépende tout à fait de nous, et surtout qu'elle produise les mêmes effets dans deux hommes également attentifs. Combien de gens que la ré-

I . A philotopho, H afferai tloquentiam, non aspt n habeai, non admodum flagium.

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flenon et l'attention la plus profonde ne mènent & rien, sans compter ceux qui n'en recueillent que dés erreurs !

Les enfants, par exemple, dout il est si difficile de fixer l'attention, poussent des cris, aiment le bruit, cherchent la foule; ils (ont tout ce qu'ils peuvent pour s'avertir de leur existence et rassembler des sensations : le dedans est encore vide. On peut en dire autant du peuple en général. Il n'y a que les hommes habitués à penser qui aiment le silence et le calme; leur existence est une suite d'idées : le mouvement est intérieur.

De là vient que les anecdotes sont l'esprit des vieillards, le charme des enfants et des femmes : il n'y a que le fil des événements qui fixe leur sentiment et tienne leur attention en haleine. Une suite de raisonnements et d'idées demandent toute la tête et la verve d'un homme.

On connaît deux sortes de paralyùes : celle des muscles et celle des nerfs. Pourquoi celle-ci, en supprimant la sensibilité , nous ûte-t>elle la mémoire ? C'est qu'elle engourdit les fibres du cerveau et les prive de mouvement. Pourquoi les violents exercices du corps et celui de la pensée se contrarient-ils au point de s'exclure réciproquem ent î C'est que de tels mouvemenU réclament chacun à part le sentiment tout entier. Pourquoi, lorsqu'on est plein d'une idée ou d'un rêve, si on est distrait

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brusquement ou si on se retourne dans son lit, en perd-on le souvenir, et souvent pour toujours ? Les mouvements opposés des fibres ne seraient-ils pas alors comme ceux des vagues qui se rencontrent, se brisent et s'effacent ? Pourquoi les enfants voient-ils beaucoup de têtes en s'endormant 7 C'est sans doute que les visages les frappent autrement que les parties du corps couvertes d'habits, et que les impressions les plus vives disparaissent les dernières. On n'ignore plus aujourd'hui que le feu produit le sentiment de la chaleur en nous pénétrant, et celui du froid en nous quittant ; mais, qu'il entre ou qu'il sorte, s'il le fait avec violence, il cause les mêmes accidents.

Notre vie n'étant qu'une suite de mouvements, tant externes qu'internes, il n'est pas étonnant que les mouvements forts ou irréguliers produisent la douleur ou le plaisir, les grandes idées la fièvre on la folie , et que les mouvements faibles ou réglés soient plus voiùns du bon sens, du sommeil ei de l'ennui. Chacun sait que les mouvements trop rapides ou trop prolongés, tant du corps que de l'esprit, fatiguent également.

L'agriculture et tous les grands exercices sont plus favorables à la santé que l'écriture et que les autres arts et métiers de ce genre. Cela s'explique non seulement par l'avantage de la vie active sur la vie sédentaire, mais par la différence du mouve-

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ment et des attitudes. Celui qui écrit tait converger ses muscles et ses nerfs vers un seul point; tous ses mouvements, dirigés vers le bout de sa plume, passent par cette filière; il travaille de la circonférence au centre. Mais le laboureur ou le bûcheron se font centre d'un cercle dont leurs bras sont les rayons; leur ouvrage est presque toujours pour eux à la circonférence : le premier se resserre et les seconds se déploient.

Le moi, dans les animaux et dans l'homme, est la plénitude du sentiment; il est produit par la convergence des facultés vers un point unique : c'est un véritable éréthisme de nos fibres, ou du moins de la majeure partie de nos fibres et de nos facultés. Ce moi, cet état d'énergie qui constitue la veille, nous épuise comme tout autre éréthisme, et le sommeil, qui en est la suite, vient périodiquement abaisser, assoupir peu à peu les fibres une à une, et nous conduit à l'affaissement total, dont l'effet est de nous faire perdre connaissance. L'imagination, avec ses rêves, a beau ressusciter le jeu des fibres dans la tête , elle a beau rallumer les illuminations qu'a éteintes le sommeil, les courses vagabondes des esprits animaux qu'elle agile ne produisent pas la conscience du moi : car, s'ils la produisaient, il y aurait ausûtôt réveil. L'homme qui dort, l'homme ivre, etc., c'est l'homme,

Ilarrive quelquefois que l'homme, «'abandonnant

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à ses habitudes et aux impulsions accoutumées des esprits animaux, agit et parle sans 1 corps va sans attention, comme un v pilote, par le seul bienfait de :

C'est que l'homme alors se partage entre ses mou- -vements et des idées étrangères à ses mouvements , «t qu'ensuite il y a «imme un premier ordre et un mouvement d'abord donnés, qui n'ont pas besoin d'être répétés pour que le corps continue d'obéir. Tout homme qui s'observe en marchant, en parlant et en écrivant, connaît bien ces ordres antérieurs que toute la rapidité du contre-ordre donné par la réflexion ne saurait prévenir. Ceci explique la différence qu'il j a de l'homme qui parle à l'homme qui écrit : le premier est plus extérieur, l'autre plus intérieur; le jugement défend d'écrire comme on parle; la nature ne permet pas de parler comme on écrit; le goût marie les vivacités de U conversation aux formes méthodiques et pures dn style écrit.

Je ne pousserai pas plus loin cette théorie, que chacun peut enrichir de ses propres observations. Je dis théorie, car ce n'est pas simplement une hypothèse qu'un système qui a pour lui non seulement le suffrage des vrais penseurs, mais les analogies de l'expérience.

En effet, si les mouvements extérieure, les impulsions et les surfaces variées des corps et des

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atomes lu min eui OU odorants peuvent nous donner tant de sensations diverses, si vingt figures différentes sufEsent aux yeux et ï la main ponr composer tant de mots, comment les mouvements infinis de tant de Sbres qui peuvent acquérir, accoupler, varier et répéter des attitudes sans nombre, ne suffiraient-ils pas pour exciter le sentiment et le replacer à chaque instant dans les situations diverses oit ses sens et son jugement le mettent chaque jour, pour lui composer enSn une imaginaiioa et une mémoire?

Toute puissance, nous l'avons .déjà dit, est union de force et d'organe : partout où il y a force, il y a mouvement; partout oii il y a organe, il y a règle : donc toute puissance a des mouvements réglés. Mais le sentiment est puissance; donc il réunit le mouvement et la règle '.

Voilà pourquoi un raisonnement bien fait, un nombre, un chant, se giavent aisément dans la mémoire. L'homme est tout harmonie, soit qu'il l'il compte ou qu'il chante : aussi, ve à des suites d'objets sans ordre, se

La définiti

ion de la puissance, toule simple qu'elle esl.

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>re éli U\U. Voysz les aveui de d'Altmbïtt,

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el Pui$iance. dans l'Encyclopédie, et les dé-

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les diclionnaires. C'es< pourtant la déBaiLon

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qui résout le problème de la souveraineté

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voit-il forcé de les répéter ou de les parcourir itérativement, jusqu'à ce qu'il s'en forme une habitude et une routine; il iç donne des plis, faute d'accords, d'ordre et de proportions.

On ne saurait trop admirer le principe qui nous fait sentir et penser, et, pour mieux dire, le sentiment ne saurait trop s'étonner de lui-même. Il faut <|u'il soit averti pour sentir qu'il existe, qu'il soit touché pour qu'il pense; il faut qu'il passe tous les jours, et même à toute heure, de l'engourdissement à la vivacité, du sommeil à la veille; qu'il s'éteigne et se rallume, qu'il meure et ressuscite, qu'il perde et retrouve ses trésors. Et quelques mouvements sont les causes suffisantes de tels prodiges ! et ce sont Ik les leviers et tous le sappareils d'une telle puissance ! Plus on l'éludie, plus on est surpris de la fécondité de ses effets et de la simplicité de ses moyens; plus le regard s'enfonce dans ce mystère, et plus l'esprit s'élève vers une cause première, dispensatrice du mouvement et source de toute harmonie. Cette idée s'épure et se fortifie par la méditation, comme l'or dans le creuset.

N'est-ce pas encore un phénomène digne d'observation que le sentiment soit avide d'harmonie, de rapports, de proportions, de principes et de conséquences, et que sa plus brillante fonction, je veux dire l'imagination, soit pourtant un commencement de folie ? 11 suffit cependant d'un n

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de réflexion pour sentir que cette vivacité créatrice eu le plus riche don que la nature ait fait au sentiment : c'est un printemps perpétuel dont elle l'a doté, une jeunesse immortelle qui anime et décore les souvenirs, adoucit et tempère les sentences du jugement et les traits de l'austère raison. Sans elle, le sentiment, terne et décoloré, se traînerait servilement sur les pas de la mémoire ; il passerait, timide, froid et compassé, de l'indifférence à la langueur, et des langueurs à la léthargie : car la mire des couleurs et des songes l'est aussi des passions et

En pariant des sensations que le sentiment éprouve, et des idées que l'imagination reproduit et que garde la mémoire, je n'ai pas assez développé l'importante distinction des traces et des figures.

On peut considérer le sentiment, caché dans son tissu de fibres et d'organes, comme un être voilé. Le toucher est le voile en général qui l'enveloppe tout entier; mais le voile s'éclairât en quatre endroits différents pour livrer passage à des impressions plus subtiles, pour recevoir les odeurs et les saveurs, le son et la lumière. La nature n'a donc pas voulu que le sentiment s' appliquât à nu sur rien d'extérieur, et, quoique nous a^ons déjà dit qu'au dedans comme au dehors tout était extérieur au sentiment , cependant , en comparaison des senss-

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