‹ Œuvres chooises de A.-J. LetronneChapitre 11 sur 43 · R. R. IX, XIV · texte numérisé non relu

R. R. IX, XIV

(2) Idelcra et M. Letroûiieb ont parfaitement montré que, si, avant Eudoxe, Eactémon^ et la plupart des Grecs ^ plaçaient les colures des équinozes et de? solstices an commencement des signes; si Endoxe, dans ses deux ouvrages sur la sphère céleste, les plaçait tout juste au milieu des signes^ ; si le même Eudoxe dans son calendrier, Méton et d'autres* auteurs ' les plaçaient au 8« degré; si des auteurs lus par Achille Tatius ^ les plaçaient au 12o, et si Euclideh, Aratus*, Hipparquei les rétablirent au commencement des signes; ces^ manières différentes et arbitraires de diviser le zodiaque idéal, et d'en délimiter géométriquement les douze signes, c'est-à-dire les dodécatémories égales entre elles, po»- rapport aux points solsticiaux et équinoxiaux, ne supposaient aucun changement de position de ces points par rapport aux constellations zodiacales, distinctes des dodécatémories mathématiques, et que, par conséquent, ces différences de division et de notation n'avaient rien de commun avec la précession des équinoxes, ignorée jusqu'à Hipparque et par Hipparque lui-même, à l'époque où il écrivait son Commentaire sur les Phénomène.^. {Note de V éditeur.)

* U«l>er Eudoxtu, 2»« Abth., p. S5-61, BerU Acad., i830.

b Sur les écrits et les travaux d'Budoxe^ p. 19-23 du tirage i part, et Journal des Sae.^ 1841, p. 71-76 [plus haut, p. 21].

c Dans Géniînu«, c. n, p. 64-70.

d Voycx Hipparque, in Phmnom., II, m, p. 212 A et E (Petav., Uran,, 1630). c Ibid,, I, X, p 85 C ; II, m, p. 212, E, 213 B ; II, v, p. 214 E, etc. f Voyez Cx)lumeUe, R. R., IX, xiv, et Pline, XVIII, xxv, § 59 ; XVIII, mtiii,§ 68, Silliy. ^ hag.^ c. xxiii, p. 146 A (Petav., ^Van., 4630). 1» Phénomènes, p. 561, Gregory.

I Phxnom., V. 534-539 et 148-151.

J Jn Phmiom.,\\,ni, p. 2 H -2 12.

p^iwn-îjïî'j

DES ANCIENS ÉGYPT.IENS. 219

rieur à Ptolémée, prouve combien Fidéo de la précession eut de peine à pénétrer dans les esprits, et quelles théories extravagantes se sont opposées à ce qu'elle reçût dans la science une place incontestée. .11 est donc vraisemblable que, comme Hipparque avait franchi d'un saut l'espace de 8 degi'és pour placer les points solsticiaux et équinoxiaux au 1" degré des signes, et fixer ce l""^ degré pour point do départ du mouvement rétrograde, les astrologues en prirent occasion de faire, de cette différence de 8 degrés, la preuve d'un mouvement alternatif qui consistait en ce que ces points, après avoir rétrogradé de 8^ à 0° dans l'espace de 640 ans, recommençaient à marcher de 0" à 8° pour revenir à la même place.

Si Ptolémée ne parle en aucun droit de YAlmageste de ce mouvement alternatif, son silence ne prouve nullement qu'il . n'en ait pas eu connaissance. Théon dit que Ptolémée no partageait pas cette opinion (âi:sp oi ntoXeixaio) 8oy.eT). li pouvait en avoir fait mention dans quelque ouvrage que nous n'avons plus ; mais cette hypothèse avait pu lui parcdtre trop absurde pour qu'il consentit à lui donner une place quelconque dans XAlmageste^ vaste dépôt de toutes les notions vraiment scientifiques qu'il possédait. Les fauteurs de l'astrologie n'eurent garde de négliger une notion mystérieuse qui pouvait servir leur art mensonger. Les Arabes s'en emparèrent ; elle défigure les tables des astronomes occidentaux, jusqu'à celles de (iopemic, de Magini et de Reinhold. L'astronomie n'en fut débarrassée définitivement que par Tycho-Brahé (1).

Maintenant il est clair que la rétrogradation de 1 degré on 80 ans donne un arc annuel de 4(f , parcouru en 16"* 19" do temps. Si nous ajoutons 16"» à l'année tropique qu'Hipparque et Ptolémée ont conclue de leurs propres observations = 365 jours 5 heures S5°, nous avons la fameuse année sidérale d'Albategni, de 363 jours 6 heures H". Il est à remai-quer que c'est la même opération qui avait donné à Regiomontanus et à Purbach leur année sidérale si exacte de 363 jours 6 heures

(1) Delà mbre, Hist. de Vastron, anc, TI, p. 627.

9" 12*. Us Font obtenue, disent-ils, dans Thypothèse de la trépidation de Yastrotiçme arabe Thebith (1). Et en effet, si à leur année tropique de 36S jours 5 heures 51", qui est trop longue, on ajoute, pour un arc de 45", 18" de temps, qui représentent la précession d'un degré en 80 ans, on a Tannée sidérale do 365 jours 6 heures 9" 12% qui est justement celle des modernes. Les anciens Égyptiens, comme les Chaldéens, sont tout à fait désintéressés dans la question. Nous n'avons ici qu'une rêverie astrologique postérieure à l'un des deux astronomes gi'ecs, sinon à tous les deux. Je n'ai rien à dire de l'usage que Fourier a voulu faire de cette prétendue année sidérale, pour expliquer le célèbre récit d'Hérodote sur la conversion des levers et couchers du soleil. L'application qu'il fait ici du calcul des probabilités repose sur une base radicalement fausse. J'ai montré ailleurs (2) que ce récit purement mythique ne peut absolument se prêter à une telle explication. L'observation que je viens de faire le montre encore plus clairement; et l'on voit par cet exemple, entre bien d'autres, combien il est périlleux d'appliquer les hautes mathématiques et le calcul des probabilités à des faits qu'on prend pour certains, avant de les avoir bien constatés par les règles ordinaires de la critique.

30 Qae les Égyptiens n'ont connu qu'une seule période sothiaque. De cette période, de son antiquité et de son usage.

C'est donc un fait établi par toutes les preuves que le temps a laissées à notre disposition, que les Égyptiens, pas plus que les Grecs, leurs disciples, n'ont jamais connu d'année solaire plus précise que celle de 365 jours 1/4, que leur a fournie la simple observation du lever héliaque de Sirius,^dont la période a été si régulière et si constante. Ce phénomène est la base unique de leur calendrier.

Toute supposition qui leur attribuerait la connaissance exacte

(1) I. de Monte Regio et G. Purb., EpiL in Cl.Vtolem. Bas. 1543, cité par Delambre, Uist. de Vasb^in. du moyen âge, p. 286.

(2) Acad. des Inscr., t. XTI, part. 2, p. 94-112 [i^ série, t. I, p. 137].

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de l'année Iropique, et qui fonderait sur cette connaissance Tusage de certaines périodes sothiaques^ est donc non seulement gratuite, mais contraire au témoignage de Thistoire.

Ils n'ont point eu d'autre période sothiaque que celle de 1461 ans, la seule dont les anciens ont parlé, et qui est un résultat naturel du retard d'un jour en quatre ans de Tannée vague de 365 jours sur Tannée sothiaque de 365 jours 1/4.

Quant à Tépoque où cette période a été connue des Égyptiens, les chronologistes sont en dissidence ; les uns, comme Bailly et Fréret, la font remonter jusqu à Tan 2782 avant notre ère ; d'autres en font descendre Tusage beaucoup plus bas. Tout peut s'accorder, si Ton fait une distinction entre Tusage de celte période dans le calendrier et son usage en chro^ mlogie. Le premier doit être fort ancien ; le second parait être récent, si même il a réellenient existé.

Du moment que les Égyptiens ont fixé la différence entre l'année vague et celle de Sirius, et qu'ils ont su que Tune surpassait Tautre d'un quart de jour, la période sothiaque a été connue ; car elle n'était qu'une simple conséquence arithmétique. Si le 1*»' thoth vague rétrogradait de 1 jour en 4 ans, il rétrogradait de 1 mois en 120 ans et d'une année entière en 1461 ans. En d'autres termes, il n'était pas possible aux Égyptiens de ne pas prévoir qu'après cet intervalle de temps le 1<" thoth redeviendrait héliaque. On peut donc affirmer que \à période, comme simple concordance, est contemporaine de l'établissement définitif de ce double calendrier : je dis définitif, parce qu'il n'a pu avoir lieu qu'après des essais et des tâtonnements. Avant de fixer son point initial au lever héliaque de Sirius, il a fallu être bien sur que la période était constante et invariable, qu'elle ne changeait pas après un siècle ou deux. C'est après cette expérience qu'on régla son point initial, pour ne plus le changer. Or cet établissement est bien ancien, puisque, selon Strabon, les prêtres thébains font remonter jusqu à Hermès Tannée de 365 jours 1/4, ainsi que le mode (l'intercalation qui ramenait en concordance Tannée vague de 363 jours. Cette opinion des prêtres prouve au moins la

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grande ancienneté qu'ils attribuaient à cette institution. Le Syncelle (1) dit, il est vrai, que Tintroduction des 5 jours complémentaires est due au roi Aseth : mais, dit Fréret (2), « cet Aseth est un roi de la façon du Syncelle, qu'il convient n'avoir trouvé ni dans les extraits de Manéthon par Jules Africain, ni dans ceux d'Eusèbe. Il prétend que c'est le sixième roi des Pasteurs, ce qui ne s'accorde pas avec ce qu'il ajoute, qu' Aseth est père de Thouthmosis ou Thethmosis. Cet Aseth est tiré du catalogue des rois d'Egypte que le Syncelle donne comme celui par lequel il continue la chronologie. Or ce catalogue, formé par le Syncelle en prenant au hasard des noms de rois égyptiens, n'a d'autre autorité que la sienne, laquelle est médiocre, lorsqu'il n'y a pas d'autre garant deset? décisions

Le témoignage du Syncelle n'est donc ici d'aucune autorité. » A l'appui de ce jugement, je ferai voir bientôt qu'en effet l'année de 368 jours 1/4 fixée, comme on l'a vu, au parallèle de Memphis, est une institution qui remonte aux premiers temps de la monarchie égyptienne.

Il n'en est pas de même de l'emploi de cette période pour classer chronologiquement les faits de l'histoire d'Egypte. On a déjà montré qu'il n'existe aucune preuve de cet emploi chronologique dans l'antiquité. Les écrivains antérieurs' au n* siècle de notre ère ne l'ont pas connue (3). Manéthon, dans sa chroTiîque, ne s'en était pas servi. Les deux passages du Syncelle où il est question duy,Jy.Xcç y,jvty,dç.ne peuvent avoir la valeur qu'on leur attribue (4). Tout prouve qu'en Egypte on n'a jamais rapporté les événements qu'aux années des règnes, sous les Pharaons comme sous les Ptolémées ; qu'on n'a point songé à les lier d'ans une longue période partant d'un point fixe.

Géminus, le premier autour connu qui parle du cycle de 1461 ans, n'en fait mention que comme d'une simple période

(1) Sync, p. 123 ; p. 232 sq., t. 1, éd. Bouu.

(2) Défense de la chl^onologie, p. 405.

(3) Biot, Hfch. sur l'astr. éyypt.f p. 177 cl sjuiv. — Hech. sur Vannée vague, p. 18, 19.

(4) V. la uote de M. LctroDue Oons les Bech, sur Vannée vayue de M. Biot, p. 24-27. [Sote de Véditeur.)

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de concordaDce entre l'année vague et Tannée solaire (i). II en est de même de Censorin (2), de Chalcidius (3). Tacite mentionne une opinion d'après laquelle ce cycle serait égal à la vie du phénix. (4). Tous les écrivains qui, avant lui, ont parlé de la dorée de cette vie, lui en donnent une différente : Hérodote (8), Ovide (6), Mêla (7), Sénèque (8), 500 ans (9); le sénateur Manilius (10), S40 ans; Chérémon (il), 7006. L'idée d y appliquer la période de 1461 aps est donc toute récente. J ajoute qu'elle a dû être peu répandue, puisque, sur trente auteurs qui parlent du phénix, Tacite est le seul qui dise que quelqu'un lui ait jamais donné 1461 années de vie. L'ère de Ménophrès, dont parle Théon, remonte en eiïet à 1322, qui est l'époque du renouvellement de la période, immédiatement avant celui de l'an 438. Mais ce n'est pour lui qu'un point de départ pour la concordance de la période, et il n'en fait qu'un usage astrologique. Le seul passage où l'on trouve une application chronologique est celui où Clément d'Alexandrie fixe la date de l'Exode au temps d'Inachus, l'an 345 avant lapériode sothiaque, i:pc Tij^ «jwOiaxiJ; xsp'.sosu. Cette expression absolue, avant la période sothiaque ^ annonce clairement que, dans la pensée de ce savant Père de l'Église, l'année 1322 était le seul commencement connu de cette période ; car, s'il y en avait eu une autre antérieure, il aurait indiqué l'an de cette première période sothiaque. Or l'époque de 1322 est justement celle de Ménophrès. Il semble donc que l'on s'en servît, en remontant et en descendant, comme nous faisons de l'ère chrétienne. Il

(i) Ch. VI, p. 34 G D.

(2) De die nat, cap. xviii, p. 95-97 Haverc.

(3) în Tim,, § 424, p. 3i4, Fabricius.

(4) Aîinal., VI, xxviii.

(3) U, Lxxiii.

^6) Metamorph., XV, 395.

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