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rieurs à la dix-septiëme dynastie, mais dont la date est incertaine ou se perd dans la nuit des temps primitifs (1). »
Quant aux signes des épagomënes, ChampoUion convient n'en avoir pas trouvé d'exemples antérieurs au xvni« siècle avant J.-C. Mais la rencontre de monuments portant une date d'épagomènes devant être excessivement rare, on n'en peut conclure que les épagomènes ne soient pas d'une institution plus ancienne (2).
Que cette notation soit en concordance parfaite avec le calendrier, tel que les témoignages historiques nous le font connaître, c'est ce qu'il est facile d'établir.
La division de l'année en trois saisons est bien [celle dont les Égjrptiens avaient l'usage.
Diodore de Sicile, qui a tiré des récits des voyageurs grecs et des livres sacrés traduits en grec tant de faits curieux et certains, dit expressément que l'année égyptienne était partagée en trois saisons, qu'il met dans cet ordre : le printemps, Tété et l'hiver (3), chacune composée de quatre mois (4). C'est justement ce qu'exprime la notation hiéroglyphique. Remarquons que cette division de Tannée en trois parties exclut toute idée de saisons astronomiques. Ces trois parties ne peuvent répondre qu'à une division climatérique ou agricole, ce qui est justement le caractère des trois signes qui l'expriment. C'est, en effet, celle que l'on trouve chez d'autres peuples qui n ont point encore réglé leur année sur le ciel, et, en tant que ternaire, elle remonte à l'enfance de la civilisation. C'était en effet l'ancienne division de l'année chez les Grecs ; leurs écrir vains n'en connaissent pas d'autre depuis Hésiode jusqu^à
(i) Extrait dans Biot, Rech. sur Vannée vague, note ii, p. 159-162. — Voyez la fin du Mémoire même, dans le t. XV, 1'» part., p. 131-134 du Recueil de l'Académie. {Note de Védileur,)
(2) Les jours épagomènes ont été trouvés par M. Lepsius ^ à Beni-Hassan, dans une inscription d'un tombeau souterrain de l'époque de la xii« dynastie. {Noie de Véditeur.)
(3) Voyez Diodore de Sicile, î, xi, § 5; I, xii, § 8;I, xvi, § 1 ; I, xxvi, § 5. (4)1, XXVI, §5.
^ Ckron, der ^g., p. U6 et 179.
Ilippocrate. Ils confondent toujours en une même saison Télé et Tautomne (1). Hippocrale (2) est le premier auteur grec qui distingue le (pôtvorwpôv du 6ipô;, Tautomne de Tété. Les Abyssins ont conservé cette division (3); elle se retrouve dans llnde (4).
Si la constance de la notation sur les monuments des plus anciens temps et des époques les plus récentes prouve que les Égyptiens avaient conservé sans altération cette division caractéristique, les textes de Diodore le prouvent également; car il parle au passé et au présent, il exprime ce que les Égyptiens faisaient jadis aussi bien qu'à Tépoque où il visitait leur pays. Sur ce point, les textes et les monuments sont parfaitement d'accord.
U faut maintenant placer dans Tannée naturelle Tintervalle de chacune des trois saisons ou tetraménies. G*est ce qui n'est pas difficile.
On a déjà remarqué que deux de ces tetraménies, celles de la végétation et de la récolte ^ ont une étendue difticîle à déterminer (S), pai'ce que ni leur commencement ni leur fin ne peuvent être marqués d'une manière exacte.
- Il n'en est pas de même de la tétraménie de ^inondation. Ce phénomène si important pour l'Egypte est d une régularité bien remarquable. Toutes les observations des anciens et des modernes se réunissent pour établir que, depuis les premiers temps auxquels il soit possible de remonter, ce phénomène a été lié au solstice d'été, dont il ne s'écarte jamais que de quelques jours.
Le Nil commence à croître, au-dessous de Syène, du 19 au
(1) Voyez Ideler, Handb. der Chwn., t. I, p. 242-231.
(2) n6p\ BtOLirnc ni, p. 366, Foôs.
(3) Voyez Ludolph, Comment, ad hist, ^Jhiopicamy p. 383 et suîv., et Bevcridge, InstiL chronoL Appendix, p. 259 (Utrecht, 1734, in-S»), Gomparei Idcler, Handà, der Chron., t. I, p. 436-438.
(4) La division en six saisons, le printemps {vasanla)^ la saison chaude {grishma)f saison de pluie {varsha)^ saison tempérée (sarada), hiver {himanta), et saison de la rosée (»{>tra), division qui existe depuis les temps les plus anciens, n'en est que le dédoublement, comme chaque mois est le dédoublemeot de la saison, et la quinzaine le dédoublement du mois*
(5) Biot, Rech» sur Vannée vague, p. 44-48.
Wr^'T'
22 Juin de notre calendrier. La crue est sensible au Caire huit oa dix jours plus tard, au commencement de juillet, et les variations sont renfermées dans des limites fort étroites (1).
Ainsi Ton peut dire que l'inondation commence à un point presque constant dans Tannée solaire.
La période de sa durée est aussi très peu variable. Selon Hérodote, le Nil croît pendant cent jours (2). Cette opinion est conforme aux observations faites au Caire par les ingénieurs français pendant deux années consécutives (3). En 1799, le Nil a commencé à croître le 7 juillet, au Caire, et à décroître le 2S septembre, le quatre-vingt-septième jour de la crue. En 1800, l'inondation atteignit le maximum de la crue le 25 septembre, quatre-vingt-quatorzième jour de la crue. La moyenne est de cent jours, en partant de Tépoque où la crue se manifeste à Syène.
Mais, comme la décroissance est d'abord fort lente, on conçoit que Tépoque de la végétation et de la culture ne peut guère commencer moins de vingt jours après le maximum de la cme. Il faut le temps que le Nil se retire un peu et que la terre se resserre. Ainsi Tintervalle de quatre mois ou de cent vingt jours, pour la tétraménie de Tinondalion, est fondé exactement sur la nature.
Cette tétraménie peut donc servir, avec toute l'approximation désirable, à placer dans Tannée naturelle Tannée rurale marquée par la notation hiéroglyphique.
Je ferai abstraction du léger déplacement relatif des solstices et des équinoxes pendant une longue suite d'années, par suite du mouvement des apsides ; en supposant ces points fixes relativement les uns aux autres, comme les anciens ont toujours cru qu'ils Tétaient, on trouve alors :
1«> Que la tétraménie de Tinondatîon, partant du solstice d'été, finissait environ un mois après Téquinoxe d'automne*
(1) Girard, Obsen-ations sur ta vallée de V Egypte ^ Descript. de r Egypte, hist. «a/., II, p. 351, 352.
(2) Hérod., H, xix.
(3) Descr, de VÉgypte, État moderncy t. Il, 2« partie, p. 564-569*
2i4 RECHERCHES SUR LE CALENDRIER
2o Que la tétraménic de la végétation, partant de ce poinl, finissait environ un mois avant Téquinoxe du printemps.
3o Enfin que la tétraménie de la récolte commençait où finissait la précédente, pour se terminer au solstice d'été.
D'après ces intervalles, on voit que les expressions printemps, été et hiver, dont s'est servi Diodore, par analogie avec le sens de ces mots en Grèce, s'appliqueraient à cette tétraménie dans cet ordre et de la manière suivante : Le printemps serait la tétraménie de la récolte; L'été serait la tétraménie de l'inondation (1) ; L'hiver serait la tétraménie de la végélalîbn. Mais il est bien peu vraisemblable que les Égyptiens aient mis la tétraménie de la récolte en tête des deux autres, de manière à finir Tannée par la végétation.
Le discernement qui se montre dans toute cette invention nous indique que les Égyptiens ont dii commencer leur année parla végétation, suivie de la récolte, et celle-ci de l'inondation, qui terminait naturellement l'année rurale en interrompant tous les travaux agricoles.
C'est en effet l'ordre qui résulte, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, de la seconde donnée découverte par Champollion. Ainsi le bon sens égyptien ne se dément sur aucun point dans cette institution remarquable.
Avant d'arriver à cette seconde donnée, je m'arrête un moment pour considérer le vrai cai'actère de cette notation. Et d'abord il est évident que l'astronomie n'y joue aucun rôle : c'est l'inondation seule qui détermine la principale époque ; et, si le solstice s'y trouve lié, c'est simplement parce que la nature a voulu que le phénomène physique dépendît du moment astronomique. Le lever de Sirius n'y paraît pas davantage ; il n'y est, en effet, nullement nécessaire.
Nous avons donc là un calendrier purement rural, de la nature la plus simple, et à la portée du premier peuple nomade ou agriculteur qui soit venu établir en Egypte un domicile permanent.
(1) Cf. Cic, De nat, deor., H, lu.
Il lui aura suffi d un séjour de peu d'années pour saisir les grands traits dislinctifs du pays, les ranger en périodes d'un intervalle constant, et en former son année rurale. Plus tard, (les observations astronomiques auront donné à cette année quelques points fixes, dont les premiers hommes avaient pu se passer.
Tout nous annonce que nous sommes ici en présence d'une de ces institutions qui remontent au berceau de la civilisation d'un peuple. Une analyse plus intime fera ressortir ce caractère avec évidence, et nous permettra de la décomposer dans ses parties, en scrutant, pour ainsi dire, Tune après l'autre, les couches successives que les siècles y ont superposées.
Ainsi deux traits fort remarquables de cette notation peuvent parfaitement rendre compte de deux opinions que les anciens nous ont transmises, et qui, jusqu'ici, n'ont paru que des traditions sans fondement et sans réalité. Le premier de ces traits est le croissant lunaire^ qui a été employé pour désigner le mois. Ce symbole est contradictoire avec la forme que nous révèle la composition de cette année rurale, rattachée à un point sensiblement fixe, qui est le commencement de l'inondation. Les douze mois d'une telle année ne peuvent avoir qu'un rapport tout à fait accidentel avec les mois lunaires. Le croissant est un symbole tout à fait impx'opre pour les représenter.
Nous trouvons ici une trace évidente de ce calendrier primitif, qui a dû exister chez tous les peuples pendant un laps de temps plus ou moins long. Il a consisté à prendre la révolution lunaire pour base de la division du temps. Les Égyptiens auront donc commencé à compter par lunes, c'est-à-dire par un intervalle qui était alternativement de vingt-neuf ou de trente jours, représentant avec une approximation très suffisante la durée de la révolution synodique.
Cet état primitif, qui ressort si clairement de la notation hiéroglyphique, est d'ailleurs attesté par des textes historiques, qui prouvent combien étaient profondes les traces qu'il avait laissées dans les traditions égyptiennes. Selon Eudoxe, cité
par Proclus, les Égyptiens avaient donné au moù le nom à! année (i). Ce que cette expression peut avoir d'obscur s'explique par les autres témoignages. Diodore de Sicile rapporte que les Égyptiens avaient autrefois pris pour* année le mois lunaire (2). Ce fait avait été positivement affirmé par Varron(3). Pline met aussi les Égyptiens au nombre de ceux qui ont compté le temps par lunes {liinœsenio) (4). Plutarque, dans la Vie de Ntima, rapporte la même tradition (5). Ainsi peu de faits sont attestés par un aussi grand nombre d'autorités concordantes.
La révolution synodique étant d'une durée sensiblement égale à 29 jours 12 heures (exactement 29 jours 12 heures 44' 3") ne pouvait s'exprimer par un nombre rond do jours. Ce fut donc une nécessité, pour ceux qui voulaient employer cet intervalle de temps, de combiner ensemble deux révolulutions consécutives, en les prenant alternativement do 29 et de 30 jours, ce qui formait natiu^ellement une période de deux mois.
Cette nécessité trouve son expression historique dans un curieux passage de Censorin, dont on n'a jamais donné l'explication. Cet auteur, si instruit dans l'histoire des anciens calendriers, nous dit que l'année la plus ancienne en Egypte, était bimestrielle ; et vi jEgypto quidem antiquissimttm ferunt anniim bimestrem fuisse (6). C'est qu'en effet le mois lunaire, par la raison que j'indique, dut être conjugué avec le suivant, et la période entière fut par conséquent de deux mois.
Ainsi le croissant^ dans l'écriture hiéroglyphique, nous ropi'ésente la plus ancienne expression de l'année. D'autres
(1) El oï xa\ Ô çr|<Tiv à>.t)ôtç EiîSoÇoc, oxt AiyuTcxtoi tov |ir,va eviacuTOv sxaXovv. (Procl. In Tirn.j p. 31 F. Bâle; p. 72, Schneider.)
(2) 1, XXVI, p. 73, 74, Bip.
(3) Ap. Lactant., Instit.f lî, xii, p. 243.
(4) vu, 48, § 155.
(5) § 18. AiYUTTTîOt; oï ^triviaîo; r^ à Eviauxoç.
(6) De die natali, c. xix, p. 103 (Leyde 1743 et 1767). La première édition de Leyde (16i2) donne antiquiasimij que M. Letronne croyait la vraie leçon, avec le cliangement de quidem en quidam^ ce qui paraît peu vraisemblable. {Kote de V éditeur.)
caractères y furent ajoutés par la suite ; mais le premier y subsista toujours.
D nous est maintenant impossible de savoir si les Égyptiens passèrent de Tusage du mois huiaire comme année, ou de la période bimestrielle, à celui d'une année de douze lunaisons ; en d'autres termes, s'ils eurent pendant quelque temps une année lunaire. Tout ce qu'on sait, c'est que celte manière de supputer le temps était incompatible avec l'emploi d'une donnée fixe, telle que l'inondation du Nil, dont le retour, lié au solstice, ne pouvait se coordonner avec un nombre rond de lunaisons. Les Égyptiens durent l'abandonner aussitôt qu'ils sentirent la nécessité de prendre ce phénomène pour base de leur calendrier, et cela dut avoir lieu peu de temps après l'établissement, dans la vallée du Nil, de la race éthiopienne, qui faisait le fond de la population de l'Egypte. Il devient donc très vraisemblable que la division par saisons suivit de très près l'emploi du mois lunaire, qui fut bientôt abandonné et remplacé par la période de quatre moiSj représentant la durée de rinondation. Or le second trait caractéristique de la notation, relatif aux mois, et des textes positifs, indiquent qu'il en fut réellement ainsi.
On remarque, en effet, que les douze mois des trois saisons quadiimestrielles ne sont pas marqués par un ordre continu de 1 à 12, mais que l'ordre numérique recommence à chaque saison, 1, 2, 3, 4.
Ceci nous avertit que primitivement chacune d'elles a été prise à part, formant à elle seule une période complète, une armée ; en d'autres termes, que l'année des Égyptiens a dû commencer par être de quatre mois, après l'abandon du mois lunaire.
C'est encore là justement ce qu'exprime Plutarque, lorequ'il dît (1) : « L'année égyptienne fut d'abord d'un mois et ensuite de quatre. » Diodore n'est pas moins formel : « A ces époques anciennes, dit-il (2), on rapporte que Vannée se composait do
(!) /« Numaf § 18, fin. Mv^viatoc tjv à èviauTo;, etta TeTpa{jLyivoc. (2) Diod. de Sic, 1, xxvi, p. 74. Suidas, v. -^^to;.
qaatre mois. » Enfin, celte tradition, selon saint Augustio (i), avait été admise par la plupart des historiens : « Adjicinol ^ quod apud plerosque scriptores bistorias reperituTi JEgyfim babnisse annom qnatuor mensiom* »
L'accord de la notation et des textes historiques montre que l'année égyptienne passa immédiatement du mois lunaire à la tétraménie^ donnée par la durée de Tinondation du NU; on n'eut qu'à doubler la dimenie ou période de deux mois, en j i prenant pour point initial le commencement de TinondatioD. j Et, comme cette période se trouvait assez exactement le tiers ] de la révolution annuelle du soleil, elle fut employée pour \ i diviser toute l'étendue de cette révolution. Ainsi fut naturelle- j ment établie Tannée de 360 jours. j
Et, comme cette année rétrograde de S jours 1/4 sur Tannée \ naturelle, ou d'un mois entier en moins de six ans, on ne tarda ! pas à s'apercevoir qu'elle était beaucoup trop courte. L'invention des épagomènes parut d'abord suffisante pour obvier & cet inconvénient, et Tannée de 365 jours fut établie.
Quand on viendrait à dire que ces traditions ne se rapportent peut-être pas à un état réel, mais qu'elles ont pu être conclues, par les anciens auteurs, comme je le fais moinmème, de la notation hiéroglyphique, on devrait au moins reconnattre que l'explication qui vient d'être donnée de deux de ses traits principaux doit être bien naturelle, puisque Tantiquité elle-même ne leur en avait pas donné d'autre.
Mais il n'y a nulle raison pour ne pas croire que le calendrier égyptien ait en effet passé par ces phases successives, dont les vestiges sont encore si visiblement écrits dans cette antique notation et transmis dans des textes positifs, dont elle rend raison d'une manière si satisfaisante.
Pour moi, je crois y voir clairement la cause qui empêcha, presque dès Torigine, le calendrier égyptien de devenir lunaire ; car les idées de La Nauze (2) sur un cycle luni-solaîre
(1) De Civ. Dei, XV, xii.
(2) Histoit^e du calendrier égyptien, III« partie, Acad, des tjiscr, Mém.y t. XVÎ, p. 193-204.
DES ANCIKNS ÉGYPTIENS. 249
qui aurait pris la place de Tannée solaire en certaines contrées de l'Egypte, sont tout à fait chimériques ; il n'en existe aucune trace. Le caractère rural et agricole que prit tout d'abord ce calendrier, en se fondant sur le phénomène de l'inondation, força d'abandonner la première forme, tandis que les peuples voisins de l'Egypte et les Grecs, privés de ce puissant régulateur, conservèrent toujours le calendrier lunaire, en le perfectionnant plus ou moins par des tâtonnements successifs. C'est donc encore cette notation hiéroglyphique qui nous révèle la cause de cette profonde dissidetice, qui, sur ce point, comme sur tant d'autres, sépare les Égyptiens des autres peuples de l'antiquité.
§11. — Des noms des mois dans leur rapport avec la notation hiéroglyphique.
J ai déjà fait remarquer que, dans cette notation, les mois ne sont pas désignés autrement que par leur ordre numérique, en chaque saison ou tétraménie. Ce genre de désignation a dû être employé primitivement dans la langue parlée aussi bien que dans l'écriture vulgaire. Peut-être même a-t-il été d'abord en usage chez tous les peuples. L'idée de donner des noms particuliers aux mois parait être venue assez tard, à la suite de circonstances diverses, tantôt par emprunt, tantôt par motif religieux, quelquefois par des considérations politiques. Deux autres anciens calendriers nous montrent que, dan» l'origine, les mois n'avaient pas de noms particuliers, et n'étaient désignés que par un nombre ordinal, je veux dire celui, des Hébreux et celui des Romains.
Il est constant que, dans tous les écrits de l'Ancien Testament rédigés avant l'exil, principalement dans le Pentatenque, les mois hébreux ne sont pas désignés autrement que par leur rang dans l'année : le !«', le 2«, le 3% le 4®, etc. Dans quelques parties du premier livre des Rois (1), trois noms seulement paraissent à la place du 2«, du 7® et du 8' ; ce sont : it, ziv^
(1) VI,37, 38;Vm, 2.
D^fHKn, éthanim^ et S^ia, bul^ noms (jui paraissent être d'origine cbaldaïque, et dont la signification est purement climatérique, le 1^' signifiant, selon Gésénius, mois brillant, allusion aux fleurs ; le 2«, mois de phtie; le 3®, mois de débordement. Lorsque les douze mois ont reçu des noms, lesquels ne se montrent pas avant les livres de Zacharie, d'Esdras, de Néhémias et d'Esther, ces trois mois sont devenus Ijar^ Marchesvan et Thischri. Que ces noms aient été empruntés aux Babyloniens, comme on le pense généralement, et qu'ils aient une origine zende et non sémitique, comme le fait devient probable diaprés de récentes recherches, c'est ce qui n'importe pas à mon sujet. Il suffit de constater l'usage de désigner les mois par Tordre numérique, qui a subsisté chez les Hébreux, jusqu'à ce qu'ils aient emprunté des noms chez un autre peuple.
Tout nous porte à croire qu'il en a été de même chez les Grecs. Dans la plupart de leurs calendriers, les mois ont des noms distinctifs, tirés, soit de divinités, soit de cérémonies religieuses. Mais il est bien vraisemblable que nulle part ces noms ne sont primitifs, et qu'ils ont dû succéder à d'autres qui n'exprimaient que l'ordre des mois. On en trouve encore des traces, par exemple en Phocide : en effet des inscriptions phocéennes et une inscription béotienne nous ont conservé, pour Élatée en Phocide, l'expression de i" moii, répondant au mois *AXaXxo|ji.évio<; d'Orchomène en Béotie et au mois "Hpaio; do Delphes ; pour Tithorée en Phocide, les expressions de 3® mois, de 5* mois et de 12<^ mois; pour Stiris en Phocide, celle de 4® mois; pour Daulis en Phocide, celle de 7* mois et de i2* mois; enfin, celle de 9** mois, aussi pour la Phocide (1). Ainsi, quatre villes phocéennes au moins (2) avaient un calendrier ordonné de cette manière (3).
(1) Voyez K. Fr. Hermann, Ueber griechische MoiiatskundCy p. 12» et Beiiage, II, p. 106-107 (Gœltingen, 184*, in-l»). Comparez M.fiœckh, Corpus imcr, gnec,, t. I, ParL V, biscr. Bœot, Introd., III, iv, p. 734; lit. 1569, lïï, p. 741 et 748, et note p. 743; Part, vi, sect. 2, Inscr. Phoc, tit. 1723, p. 848, Ut. 1732 b, p. 850- 851. {Noie de Véditeur,)
(2) A Delphes, au contraire, les mois ayaient chacun leur nom propre. (Voyez K. Fr. Hermann, p. 92.) {Note de redit)
(3) En dehors de la Phocide, à Argos, le mois *Ep(jLaloc prit plus tard le nom
Les dix mois inégaux qui composent le premier calendrier romain avaient été désignés d'abord uniquement par leur rang dans Tannée ; c'est ce que démontrent les noms des six derniers, quintilis^ sextilis, septembery octobery november^ et december. Quoiqu'il ne reste aucune trace de noms numéraux pour les quatre premiers, devenus marSy aprilis, maius,junnis^ on ne peut douter qu'ils n'aient été désignés de la même manière, pendant un certain temps, avant de recevoir des noms propres, tirés de ceux de divinités s Et, quoique les deux mois àejaniiarzus et de febniariuSy ajoutés, dit-on, par Numa, aient changé de bonne heure le rang des autres mois dans Tannée en les reculant de deux unités, ils n'en conservèrent pas moins des noms qui n'avaient plus aucun sens dans leur application postérieure ; mais l'habitude fit passer par-dessus cette irrégularité. Les noms à*ocioberj novembery etc. ne furent plus que des noms propres, comme jantiarius et les autres : tant on a de peine à changer ce qui est une fois établi.
Ces exemples suffisent pour nous donner à penser que Tordre numérique, marqué pour les mois dans la notation égyptienne, a dû exister aussi d'abord dans l'expression du langage usuel. Mais ces noms de nombres ordinaux disparurent ensuite tout à fait de la langue, et ne laissèrent plus aucune trace de leur passage (i) ; car, si Ton est sûr de quelque chose à l'égard du sens des noms des mois égyptiens, thothyphaophiy tybiy etc.
de 4» mois ^, Des mois désignés par leur nombre ordinal s'introduisirent de même tardivement à Smyrne**, à Salamine de Chypre c, à Tralles en Carie <*, et daus quelques viUes de Phrygie»; il en fut de même, en général, dans l'Asie Mineure depuis l'établissement du christianisme ^ (Note de Véditeur,)
(1) Theod. Benfey et Moriz A. Stem, Veber die Monatsnamen, etc., p. 3 et suiv. — E. Burnour, Journ, des'Bav,, 1837, p. 267 et suiv.
^ Voyez Plutarque, De Virt. mulier.^ c. iv. Comparez Corsini, Faat. att., t. Il, p. 401, et K. Fr, Hennann, p. 84.
^ Voyez Corp. itucr, gr.y tit. 3386, t. Il, p. 789-790, et K. Fr. Hermann, Gr. Monatskunde^ p. 12 et p. 11 M 12.
^ Voyez S. Épiphaoe, Adv. fticres., u, 24. p. 446, et K. Fr. Flermann, p. 12 et 91.
" Voyez Corp. inscr.gr., tit. 2919, t. U, p. 583-584.
J /rf., tit. 3872, 3892 et 3896, t. lil, p. 17, 22 et 23. Comparez K. Fr. Herinann, p. 12 et 107. Voyez M. Letronoe, Journal de* Savants, 1820, p. 600 [plus loin, p. 33 5]; Usher, De Ma' cedonum et Aiianorwn anno so/ori, c. u (Lond., 1648, in.8«); Noris, De ann. et epoeh. Syromae., p. 14-21 ; Corsini, Fait, att., t. Il, p. 465 ; Idelor, Handb. der Chron., t. I, p. 423 et suiv., et K. Fr. Henaana, p. 12 et 86.
c'est qu'ils n'ont pas de rapport avec leur rang numérique dans l'année. Dans l'opinion de ChampoUion, leur signification était purement religieuse, désignant des divinités par lem^s noms propres, leurs surnoms ou leurs attributs. Il est impossible de savoir à quelle époque on passa du nom ordinal au nom propre. Mais le changement dut se faire assez tôt et complètement, par cette raison fort simple que l'ordre numé rique ne se suivait pas de 1 à 12, mais recommençait à trois fois de 1 à 4. L'expression de cet ordre devenait donc fort incommode dans l'usage, puisqu'on était forcé d'ajouter au numéro du mois celui de la saison. Cette complication dut forcer de bonne heure à remplacer la double désignation par un seul nom, et l'on conçoit également que la nomenclature nouvelle n'a dû conserver aucune trace de l'ancienne.
Quant à la correspondance des noms des mois avec la notation, Champollion a démontré, par une analyse attentive, que thoth, le premier mois du calendrier civil, correspondait au premier mois de la tétraménie de la v'égétalion, d'où résulte immédiatement cette concordance :
1 Tholh
2 Phaop
3 Alhyr,
4 Choïak 4
2 Phaophi 2 (
3 Alhyr 3 ^
Tétraménie de la végétation.
5 Tybi 1
6 Mécliir •••.•• 2 j Tétraménie de la récolle.
7 Phaménolh 3
8 Pharmuthi 4
9 Pachon {
11 Épfphi 3 ^ Tétraménie de l'inondation.
12 Mésori 4
Cette concordance donne aussi l'ordre que les saisons occupaient dans Tannée agricole, puisque cet ordre dépend de la position de thoth, mois initial de l'année civile : végétation, récolte^ inondation. Nous avons déjà vu que c'est là Tordre le plus rationnel, celui que les Égyptiens avaient dû adopter (1).
(1) Contre cette concordance et les conséquences qu'en tire ici M. Letronne, voyez ci-dessus, p. 237, note 3. [Note de Véditeur,)
DES AiNCïENS ÉGYPTIEiNS. 253
Ainsi, ils ont montré encore ici le bon sens et le discernement parfait qui ont présidé aux autres parties de leur calendrier. 11 ne faudrait que ce résultat certain de la simple comparaison des mois de Tannée civile avec ceux de Tannée agricole, pour établir que cette concordance remonte à l'établissement même (tes noms des douze mois.
Un autre trait qui ressort de cette comparaison le prouve encore bien mieux : c'est que le premier mois de Tannée tombe juste jour pour jour au premier mois d'une tétraménie ou d'une saison ; c'est là ce qui devait nécessairement arriver dès Torigine, lorsque les noms des douze mois ont remplacé Tordre numérique. Non seulement le premier mois de Tannée civile a dû être appliqué au m 1 de la première tétraménie ou saison ; mais tous les mois ont dû se correspondre jour pour jom% puisqu'ils sont partis tous des mêmes points.
Cette double considération montre, d'une part, la grande ancienneté de ces noms, et, de l'autre, que rien n'a été changé à leur correspondance depuis leur établissement.
Cette conséquence ressort d'une troisième observation : le premier mois ou thoth, correspondant au premier mois de la tétraménie de la végétation, se trouve placé à neuf mois de distance de celle de l'inondation. Or c'est dans le premier mois de celle-ci qu'arrivait le lever héliaque de Sirius.
Ainsi Tannée civile, telle que la correspondance l'indique, a été instituée indépendamment de ce phénomène, qui est placé à neuf mois du commencement de cette année. Cette institution est donc antérieure à l'époque où ce lever est devenu le régulateur de Tannée ; sinon elle aurait été rapportée à un phénomène qui, plus tard, on Ta vu, servit d'époque au renouvellement même de Tannée vague, ainsi que de régulateur unique au calendrier civil et religieux.
Le 1" thoth aurait été fixé au jour même de ce lever, d'autant plus qu'à l'époque reculée où rétablissement a dû avoir lieu, le lever héliaque se trouvait fort près du commencement de l'inondation, si même il n'y coïncidait pas entièrement, puisque le calcul montre que la coïncidence de ce lever avec le
2o4 RECHERCHES SUR LE CALENDRIER
solstice et avec le commencement de Tinondation eut lieu en 3285.
Dans ce cas la concordance, toute différente de celle que ChampoUion a trouvée, aurait été celle-ci :
1 Thoth i \
l ^;\^<^P'»^ ? ïnondalion.
3 Alhyr 3 (
4 Choïak 4 )
5 Tybi 1 )
6 Méchir 2 ( ,,,,...„
7Phaménolli ... 3 pegelalion.
8 Pharmulhi 4 /
9 Pachon i j
\Q Payni 2 ( „, ,.
11 Épiphi 3 ( I^«^^^^^-
12 Mésori . 4 )
Il est évident que le lever héliaque de Sirius, qui depuis a joué un si grand rôle dans le calendrier égj^ptien, ny tenait encore aucune place. C'est un élément qui s'y est introduit à une époque postérieure, lorsque le calendrier égyptien a reçu sa dernibre forme, qui a consisté dans Teniploi simultané des deux années de 365 jours et de 365 jours 1/4.
Tout concourt donc à prouver que l'introduction des noms des douze mois a précédé cette dernière forme, qui, elle-même, est fort ancienne, comme on va le voir.
On se rappelle, en effet, que les prêtres thébains en attribuaient l'invention à Hermès. Elle était donc, à leurs yeux, d'une haute antiquité, pour ainsi dire contemporaine de wUc de récriture.
Hermès était, en Egypte, l'inventeur présumé de tout ce qui était trop ancien pour avoir une date certaine. La correspondance de Tannée fixe et de Tannée agricole va nous fournir un précieux élément pour déterminer approximativement cette date inconnue que les prêtres thébains croyaient si ancienne.
Et c'est ici en même temps que vont se dénouer les deux difficultés qui ont été signalées à la fin du précédent Mémoire et rappelées au début de celui-ci.
La plus grave de ces difficultés consiste en ce que le commencement de Tannée fixe ou sothiaque se trouve à neuf mois du lever héliaque de Sirius, qui, cependant, devrait lui servir d'époque (1).
Or cette discordance existe également dans Tannée agricole, telle que la constate la notation.
D'où il résulte déjà que ces deux années ont dû être semblables Tune à Tautre, et Tannée fixe n'être que Texpression de Tannée rurale.
Comment, en effet, pouvait-il en être autrement? A Tépoque guelconque où Tannée naturelle fut réputée de 36S jours 1/4, on établit, parallèlement à Tannée vague, une autre année qu on regardait comme fixe, au moyen de Tintercalation quadriennale d'un jour : quel but pouvait-on se proposer? Uniquement d'avoir une année qui restât toujours en accord avec les saisons, et qui maintint à des jours fixes les principaux travaux agricoles.
Cette année fixe fut donc, lors de son établissement, en concordance parfaite avec Tannée rurale. On peut être sur que le premier jour du mois de thoth correspondait au premier jour du premier mois de la tétraménie de la végétfition. A partir 'de cette époque, elles auraient marché du même pas, si elles avaient eu même durée.
L'année rurale, rattachée par le commencement de Tinondation à un point sensiblement fixe, dépendant du solstice, était plus courte que Tannée supposée fixe, que Ton présumait de 365 jours 1/4 juste. Le point initial de Tune et de Tautre a dû s'écarter peu à peu, et leur correspondance s'altérer.
C'est, en effet, ce qui est arrivé. Notre année fixe est encore dans une concordance appréciable avec Tannée marquée par la notation. Le tableau qui en exprime les rapports montre que les tétraménies, dans Tune et dans Tautre, se correspondent à 25 ou 26 jours près; de sorte que chacun des mois du calen-
(1) Il faut revoir ici la note 1 de la paije 199 et tenir compte des réserves qu'elle implique. {Note de Féditcur.)
drier fixe se trouve encore en partie dans le mois correspondant de la notation (1).
Cette notation, à Tépoque de Démocrite etd'Eudoxe*
Cl) Le tableau de concordance que M. Letronne parait avoir construit pour ' Fépoque actuelle, afin de représenter aux yeux ce quMl faut bien appeler son système, ne s'est point retrouvé dans ses papiers, mais seulement celui qu*il avait dressé pour Tépoque moyenne entre les deux voyages de Démocrite et d'Eudoxe en Egypte, fixée à Tan 400 avant J. C. Nous le joignons ft ce Troisième Mémoire. Quant au premier tableau, on pourrait croire qu'il l'a supprimé lui-même, si, après Tavoir dressé, il a reconnu qu'entre rannée i marquée par la notation et son année fixe, la différence, au lieu d'être maintenant de 25 à 26 jours, comme il Tavait cru par suite d'une erreur de calcul, . n'est plus que d'un ou deux jours. {Note de Véditeur.)