‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 15 sur 41 · II. ai · texte numérisé non relu

II. ai

3«l CONCLUSION.

4345 races d^hommes qui s'étaient rencontrées dans la Grande-Bretagne;

4548. des Bretons chassés par les Anglo-Saxons, des Saxons chassés ou déshérités par les Normands y des Anglo-Normands ou des Écossais bannis pour des félonies ou d'autres délits. Cette population était divisée par grandes familles, à Tinstar des clans celtiques; mais les noms de clans ou de familles étaient, pour la plupart, anglais ou français. La langue de tous les habitants était le dialecte anglodanois du sud de TÉcosse et du nord de l'Angleterre. Les chefs et les vassaux vivaient assez familièrement ensemble, Tun dans sa maison forte, entourée de palissades grossières et ayant pour fossé le lit de quelque torrent; les autres dans des huttes bâties à Tentour. Tous faisaient le métier dé maraudeurs, ne se nourrissant que de bœufs et de moutons enlevés aux habitants des plaines voisines. Ils faisaient leurs courses à cheval, armés d'une longue lance , et portant pour armure défensive une casaque piquée et matelassée , sur laquelle étaient cousues et disposées le plus régulièrement possible des plaques de fer ou de cuivre *.

Bien que partagés administrativement en deux nations distinctes, et, suivant le territoire qu'ils occupaient, sujets de l'Ecosse ou de l'Angleterre, ils n'en regardaient pas moins les rois de ces deux pays comme des étrangers, et se trouvaient tour à tour Écossais, lorsqu'il s'agissait de fourrager en Angleterre, et Anglais lorsqu'il y avait une descente à faire en Ecosse. Ils ne se battaient guère entre eux que pour des motifs d'inimitié privée. Quant à leur brigandage , ils l'exerçaient sans pitié, mais sans cruauté, comme une profession qui a ses règles et son point d'honneur. Les plus riches d'entre eux prenaient des armoiries , dont les Normands avaient introduit la mode en Angleterre et en Ecosse. Ces armes, que conservent encore plusieurs familles du pays , font presque toutes allusion au genre de vie des anciens Borderers. En général , le champ de l'écusson est un ciel portant une lune et des étoiles, pour signifier que le meilleur temps des Borderers était la nuit; les devises, en anglais ou en latin, sont également significatives, c'est : Gardez-vous bien. Ne dormes pas, car je veille. Avant que je manque, vous manquerez; etc.*. L'Ecosse délivrée donna le nom de sauveur à Robert Bruce y Nor-

1 Walter Scott, Minstrelsy of the Bcotish Border, toI. I, p. 49 et .45. 3 Watch Weel;... Ye shall want, ère 1 want. (Ibid., p. 45.)

iiiand d'origine y et dont les aïeux, au temps de la conquête de TAn- ufs gleterre, avaient envahi, sur le territoire écossais, le bourg et la «sés vallée d*Ânnan. Les anciens rois d'Ecosse leur' avaient confirmé , par des chartes, la possession de ce lieu, où les ruines de leur chAteau se voient encore. L'Ecosse est la partie de TEurope où le mélange des races qui s'y sont rencontrées s'est opéré le plus aisé- Doent, et a laissé le moins de traces dans la situation respective des diflférentes classes d'habitants. Jamais il n'y eut de villains ou de paysans serfs dans ce pays , comme en Angleterre et en France , et les antiquaires ont observé que les anciens actes de l'Ecosse n'oflfrent aucun exemple d'une vente de l'homme avec la terre ; qu'aucun ne présente cette formule , si (urdinaire ailleurs : a Avec les bâtiments « et tout le cheptel , manants , bestiaux , charrues , etc * . » De temps iiAmémorial , les bourgeois des principales villes siégeaient dans le grand conseil des rois d'Ecosse à côté des gens de guerre de haut rang, qui s'intitulaient , à la manière normande , chevaliers , barons , comtes et marquis, ou conservaient les vieux titres anglo-danois de thanes et de lairds. Quand il s'agissait de défendre le pays , les diverses corporations des gens de métier marchaient sous leurs propres bannières, et conduites par leur burgmasier. Elles avaient sur le ohampjde bataille leur honneur à soutenir et leur part de gloire à remporter. De vieilles romances populaires , qu'on chantait encore il n'y a pas longtemps dans les provinces écossaises du sud , célèbrent la bravoure des. cordonniers de Seikirk , à la fameuse bataille de Flodàen, livrée et perdue, en 1513, par le roi d'Ecosse Jacques IV *.

L'opposition nationale, ou la réaction naturelle de l'esprit de liberté contre le pouvoir , suivit en Ecosse le cours qu'elle doit suivre dans tout pays où la nation n'est pas divisée en deux races d'hommes séparées l'une de l'autre par un état d'hostilité héréditaire; elle fut constamment et presque uniquement dirigée contre les rois. Dans les guerres civiles il n'y avait que deux partis, celui du gouvernement et celui de la généralité des gouvernés, et non point, comme ailleurs, trois partis : la royauté , la noblesse et le peuple. Jamais la classe

I Cum terris, domibiu, lediûciis, accolabuB, mancipiis, vineis, sylvis, etc. (Spelman. GlOM., verbo aeeola. ) — Yoyes Pinkerton's Histury of Scotland, vol. 1, p. S59 et soiv. 3 The BOutherB of SeULirk. — Voyei Pièces Justificatives, Conclusion, n* 9.

3t4 CONCLUSION.

49i<( militaire et opuleate ne s'unit aux rois contre le peuple , et rarement

1548. le peuple eut besoin de favoriser le pouvoir royal en haine de celui des grands. Dans lès temps de trouble , la lutte avait lieu entre le roi et ses courtisans d'une pari, et de Tautre tous les ordres de la nation ligués ensemble. Ujest vrai que les barons et les nobles d'Ecosse , actifs et turbulents y figuraient toujours en tête dans les commotions politiques, et que, suivant l'expression de l'un d'entre eux , ils attachaient le grelot * ; mais les actes de violence qu'ils se permirent souvent contre lés favoris des rois , et contre les rois eusHuémes , ne furent presque jamais impopulaires.

4548. Vers le milieu du xvi' siècle, un nouveau lien vint resserrer cette espèce d'alliance politique entre la noblesse et la bourgeoisie d'Ecosse ; elles embrassèrent ensemble , et , pour ainsi dire , d'un seul élan , les opinions de réforme religieuse les plus extrêmes , celles des calvinistes. Toute la population du sud et de l'est , qui parlait la même langue et avait le même genre d'idées et de civilisation , concourut à cette révolution. Il n'y eut que les clans des montagnes et quelques seigneurs dans les plaines du nord qui tinrent à la religion catholique , les uns par esprit d'hostilité naturelle contre les gens des basses-terres, les autres par conviction individuelle, plutôt que par esprit de corps. Les évêques mêmes n'opposèrent pas aux partisans de la réforme une très-grande résistance ; la seule opposition redoutable que ceux-ci eurent à éprouver vint de la cour, alarmée de bonne heure par la crainte que les changements religieux n'en amenassent

4S48 de politiques : mais le parti des novateurs l'einporta dans cette lutte ;

4603. ils s'emparèrent du roi Jacques VI , encore enfant , et le firent élever dans les nouvelles doctrines.

Sa mère, l'infortunée Marie Stuart, se perdit par ignorance du caractère national des Écossais. Ce fut à la suite d'une bataille livrée aux réformés presbytériens qu'elle passa en Angleterre , où elle périt sur un échafaud. Après sa mort, et pendant que son fils régnait en Ecosse et professait , selon le nouvel esprit de la nation , la croyance

4003. presbytérienne dans toute sa rigidité » la lignée des rois d'Angleterre de la famille de Tudor vint à s'éteindre dans la personne d'Elisabeth, petite-fille de Henri VII. Jacques, descendant de Henri VII par les

> vu bel 'thû cal. Mot d'Archibald Douglas , comle d'Angiu , aous le règne de Jacques 111.

femmes, se trouvait ainsi le plus proche héritier des Tudor. Il vint à ieo3. Londres y où il fut reconnu sans difBculté , et prit le titre de roi de la Grande-Bretagne, réunissant sous leur ancien nom ses deux royaumes d'Angleterre et d'Ecosse. C'est de lui que date Técusson britannique, aux trois lions passants de Normandie , au lion rampant d'Ecosse et à la harpe d'Irlande , et le pavillon britannique , où la croix blanche de saint André s'entrelace avec la croix rouge de saint Geoi^es.

Le roi Jacques, premier de ce nom pour l'Angleterre, trouva l'état «bos des esprits, relativement aux réformes religieuses, bien différent, 19^15. dans son nouveau royaume , de ce qu'il était en Ecosse. Il n'y avait point parmi les Anglais d'opinion généralement établie en matière de croyance. Ils différaient sur ce point, selon qu'ils appartenaient à la classe supérieure ou bien aux classes inférieures de la nation , chez qui l'ancienne hostilité des deux races semblait reparaître sous de nouvelles formes. Quoique le temps et le mélange du sang eussent déjà beaucoup affaibli cette inimitié primitive , il restait au fond des cœurs un sentiment confus de haine et de défiance mutuelles. L'aristocratie tenait fortement pour la réforme mitigée, introduite cinquante ans auparavant par Henri YIII , réforme qui , substituant simplement le roi au pape , comme chef de l'église anglicane , conservait à l'épiscopat son ancienne importance. La bourgeoisie, au contraire, tendait à la réforme complète établie par les Écossais , dont le culte sans évéques était indépendant de toute autorité civile. Les partisans de ces opinions formaient une secte persécutée par le gouvernement, mais dont la persécution augmentait l'enthousiasme. Ils étaient d'un rigorisme excessif jusque dans les moindres choses, ce qui leur faisait donner le nom de précis , purs on puritains. Le sobriquet de têtes rondes sous lequel on les désignait par dérision leur vint de ce qu'ils portaient les cheveux courts et sans aucune frisure, usage contraire à la mode que suivaient alors les gentilshommes et les gens du monde.

Les presbytériens d'Angleterre s'étaient flattés de voir régner leur croyance sous un roi presbytérien ; mais le triomphe de cette opinion religieuse étant lié à celui de l'intérêt populaire sur l'intérêt aristocratique, le roi, quel qu'il fût, ne pouvait nullement y contribuer. L'église épiscopale fut donc maintenue sous Jacques P', comme

leot sous Elisabeth, par des mesures de rigueur contre les adversaires iMB. d^ ce^te église; bien plus, à force de se pénétrer des dangers politiques du puritanisme en Angleterre , le roi forma le projet de le détruire même en Ecosse, où il était devenu religion de TÉtat, et il I entra, pour ce projet, en lutte ouverte , non plus seulement avec les

i classes moyennes et inférieure^, mais avec la nation tout entière.

C'était une entreprise difficile , dans laquelle il obtint peu de succès , et qu'il légua avec la couronne à ton fils , Charles I*''. *0*^ Charles, amplifiant et systématisant en quelque sorte les vues de son père , résolut de rapprocher le culte anglican des formes da catholicisme, et d'imposer ce culte, ainsi réformé, aux deux royaumes d'Angleterre et d'Ecosse. Par là, il mécontenta les épiscopaux et les classes aristocratiques d'Angleterre, tandis qu'il soulevait contre lui l'universalité de la nation écossaise. Nobles , prêtres et bourgeois, entrant en rébellion ouverte , s'assemblèrent spontanément à Edimbourg , et y signèrent , sous le nom de Covenant , un acte d'union 4«5 nationale pour la défense de la religion presbytérienne. Le roi leva isM. une armée et fit des préparatifs de guerre contre l'Ecosse ; et de leur côté , les Écossais formèrent des milices nationales auxquelles on donna des chapeaux portant cette devise : a Pour la couronne dn Christ et le Covenant *. b Des gens de toute condition vinrent à Fenvi se faire enrôler dans ces milices, et les ministres du culte prononcèrent dans les églises malédiction contre tout homme , tout cheval et toute lance qui serait avec le roi contre les défenseurs de la foi nationale ^. La résistance des Écossais fut approuvée en Angleterre , où le mécontentement devenait général contre le roi Charles, à cause de ses innovations religieuses et de ses tentatives pour gouverner d'une manière absolue, sans le concours de l'assemblée qui, sous le nom de parlement, n'avait jamais cessé d'exister depuis la conquête.

Les bourgeois d'Angleterre , qui d'abord n'avaient comparu à cette assemblée que comme cités, en quelque sorte, devant le roi et les barons, pour recevoir des demandes d'argent et y répondre, étaient devenus , par l'effet d'une révolution graduelle , partie intégrante du parlement. Réunis à un certain nombre de petits feudataires qu'on

I For CArUrs crown and Covenant. (WalUsr ScoU, Minslrelsy of Uie sooUsh Border, TOl. t, p. iîO.) s Ibid., p. no et auiv.

appelait chevaliers des comtés ^ ils formaient sous le nom de cham- à bte des Ckimmunes une section du grand conseil national ; dans Tautre ^*^' chambre, celle des Lords, siégeaient les gens titrés, comtes, marquis , barons , avec les évéques anglicans. Cette Chambre entra , comme Tantre, en opposition contre les projets de Charles l*^; mais il y avait entre elles cette différence, que la première tendait seulement au maintien de la religion établie et des anciens privilèges du parlement, tandis que dans la seconde la majorité aspirait à rétablissement du presbytérianisme et à une réduction de l'autorité royale.

Ce désir de réforme , assez modéré en ce qui touchait à Tordre politique, avait pour soutien , au dehors de l'assemblée , quelque ehose de plus violent que lui , le vieil instinct de haine populaire contre les familles nobles , propriétaires de la presque totalité du sol. Les classes inférieures sentaient le besoin vague d'un grand changement; leur situation présente leur était à charge; mais, n'apercevant pas clairement ce qui devait la rendre meilleure , elles s'attachaient , au hasard , à toutes les opinions extrêmes , et, en religion, à ce que le puritanisme avait de plus rigide et de plus sombre. C'est ainsi que le langage habituel de cette secte, qui cherchait tout dans la Bible, devint celui du parti le plus exagéré en politique. Ce parti, s'établissant en idée dans la situation du peuple juif au milieu de ses ennemis, donnait à ceux qu'il haïssait les nqms de Philistins et d'enfants de Bélial. Il empruntait aux psaumes et aux prophéties les menaces qu'il voulait proférer contre les lords et les évoques, se promettant, selon les paroles de l'Écriture, de saisir le glaive à deux tranchants et de garrotter les nobles du siècle avec des entraves de fer*,

Charles !•* eut grande peine à rassembler des hommes et de l'ar- *«*o gent pour faire la guerre aux Écossais. La ville de Londres lui refusa «Mi. un prêt de trois cent mille livres, et les soldats disaient tout haut qu'ils n'iraient point risquer leur vie pour soutenir l'orgueil des évêques. Durant les retards occasionnés par ces difficultés, les Écossais , attaquant les premiers, firent une invasion en Angleterre et

1 Bn langue anglcHiormande, ChiTiler de Gountee; en anglais moderne Knight of the Shiro.

3 Et gladii ancipites in manibuaeorum... Ad ligandum nobUee in compcdlbusferreis. ( Psaume cxm )

4640 s'avancèrent jusqu'à la Tyne y précédés d'un manifeste où ils se di- 1641. saient amis et frères du peuple anglais, et appelaient sor eux-mêmes la malédiction d'en haut, s'ils faisaient le moindre mal au pays et aux particuliers. Il n'y eut contre eux de résistance que de la part de l'armée royale, qu'ils battirent complètement près de Newcastle. Après cette victoire, les généraux de l'armée d*Écosse s'excusèrent, dans des proclamations adressées à la nation anglaise, de la violence des mesures qu'ils avaient été obligés de prendre pour la défense de leurs droits, souhaitant , disaient-ils , que leur succès pût aider cette nation à faire valoir les siens propres. Le parti de l'opposition en Angleterre, surtout la majorité de la bourgeoisie , répondit en votant des remerciments et des secours d'argent aux Écossais; et plusieurs envoyés partirent de Londres pour aller conclure un traité d'alliance et d'amitié à Edimbourg entre les deux peuples. 4«49. Ce pacte fut signé en 1642; et, dans cette même année , le parlement d'Angleterre, et surtout la chambre des Communes , entra en lutte ouverte avec le pouvoir royal. Par degrés, l'opposition s'était concentrée dans cette Chambre; car la grande majorité de celle des Lords, sentant oii la dispute allait en venir, s'était rapprochée du roi. La Chambre basse déclara qu'en elle seule était la représentation nationale avec tous les droits du parlement; et pendant que les ^députés de la bourgeoisie et des petits propriétaires s'emparaient ainsi diî pouvoir législatif , les classes moyennes s'armèrent spontanément et saisirent les munitions des arsenaux. De son côté, le roi, 4649 se préparant à la guerre , arbora sur le donjon de Nottingham son 46*5. étendard aux trois lions de Normandie. Tous les vieux châteaux bâtis par les Normands ou leur postérité furent fermés, approvisionnés, garnis d'artillerie, et la guerre à mort commença entre les fils des seigneurs et ceux de villains du moyen âge.

Dans cette lutte, les Écossais secondèrent puissamment le parlement d'Angleterre , qui abolit de prime-abord Tépiscopat et établit la religion presbytérienne. Cette communauté de culte fut la base d'un nouveau traité ou covenant entre les deux peuples; ils se rendirent solidaires l'un de l'autre pour la défense du christianisme sans évéques; mais, quoique cette alliance fût conlue de bonne foi, elle n'avait ni le môme sens, ni le même objet pour les deux nations. La guerre civile était pour les Écossais une querelle religieuse avec

CONCLUSION. 3t9

Chartes Staart, leur compatriote et leur roi national; aussi devait<elle ism finir pour eux du moment que le roi reconnaîtrait Fexistence légale ^eis du culte presbytérien en' Angleterre comme en Ecosse. Chez les Anglais, au contraire, il y avait un instinct de révolution, dépassant de bien loin le simple désir de réformer Téglise épiscopale. Cette différence, dans Tesprit des deux peuples , résultat nécessaire de leur différente situation , et dont aucun d'eux n'avait la conscience bien claire, devait amener entre eux un complet désaccord aussitôt qu'elle se révélerait, et c'est ce qui ne tarda pas à arriver.

A la bataille de Naseby, dans la province de Northampton, l'armée isis. FDyale fut mise en déroute complète , et le roi lui-même , ayant la retraite coupée, se rendit volontairement aux Écossais, ses compatriotes, aimant mieux être leur prisonnier que celui des parlementaires. Les Écossais le remirent à leurs alliés, nullement dans le dessein de le perdre, mais afin que ceux-ci l'obligeassent à conclure un traité à l'avantage des deux peuples. Des débats d'une tout autre nature s'élevèrent alors dans l'armée anglaise : on n'y agitait pas la question historique de l'origine du pouvoir royal et seigneurial , car le temps en avait effacé toutes les données; mais les esprits ardents s'enthousiasmaient de l'idée de substituer à l'ancienne forme de gou-' vernement un ordre de choses fondé sur la justice et le droit absolu. Ils croyaient trouver la prédiction de cet ordre de choses dans la fameuse époque de mille ans, annoncée par l'Apocalypse, et, suivant leurs formules favorites, ils l'appelaient le règne du Christ. C'est aussi d'un passage des livres saints que ces enthousiastes s'autorisaient pour demander le jugement de Charies 1*"' , disant que le sang versé dans la guerre civile devait retomber sur sa tête, afin que le peuple en fût absous*.

Durant ces discussions, dont le fond était profondément sérieux, i645 quoique la forme en fàt bizarre, les partis entrés les derniers dans ^^^ la lutte contre la royauté , c'est-à-dire les classes inférieures du peuple et les ultra-réformateurs en religion, gagnèrent du terrain, et rejetèrent hors de la révolution ceux qui l'avaient commencée, c'està-dire les propriétaires des comtés et les riches bourgeois des villes, anglicans ou presbytériens. Sous le nom d'indépendants ^ s'éleva

* Mémoires de mUtriss Hatchinson, t II, p. 49S, coUeeUon de M. Girizoi.

*^* par degrés une nouvelle secte qui , reniant jusqu'à rautorité des sim- 4647. pies prêtres, investissait chaque fidèle de toutes les fonctions sacerdotales. Le progrès de cette secte alarma fortement les Écossais; ils se plaignirent de ce qu'en outrepassant la réforme religieuse , telle qu'ils Tavaient établie de commun accord, les Anglais violaient Tacte solennel d'union conclu entre les deux peuples. Ce fut le commen- *^' cernent d'une mésintelligence qui s'accrut au dernier point lorsque le parti des Indépendants, s'étant saisi de la personne du roi, l'emprisonna et le fit comparaître en accusé devant une haute cour de justice.

^^ Soixante-dix juges, choisis dans la chambre des Communes, l'ar- 1650, mée parlementaire et la bourgeoisie de Londres, prononcèrent un arrêt de mort contre Charles Stuart et l'abolition de la royauté. Les uns agissaient par conviction intime de la culpabilité du roi ; d'autres voulaient de bonne foi l'établissement d'un ordre social entièrement neuf; d'autres enfin, mus par la seule ambition, n'aspiraient qu*à usurper l'autorité souveraine. La mort de Charles I* mit fin au règne des presbytériens en Angleterre, et à l'alliance des Anglais avec les Écossais. Ces derniers , jugeant de la situation sociale du peuple anglais d'après la leur, ne pouvaient concevoir ce qui venait de se passer; ils se croyaient indignement trompés par leurs anciens amis; et, joignant à ce dépit une secrète affection nationale pour les Stuarts, leurs compatriotes , ils se rapprochèrent de cette famille, aussitôt que les Anglais eurent rompu violemment avec elle. Pendant qu'à Londres on renversait toutes les effigies royales, et qu'on inscrivait sur leurs piédestaux: le dernier des rois a passé ^, Charles fils de Charles I^, fut proclamé roi dans la capitale de l'Ecosse.

Cette proclamation n'était point, de la part des Écossais, un signe de renoncement aux réformes qu'ils avaient conquises et défendues les armes à la main. Lorsque les commissaires envoyés d^Ëcosse vinrent trouver à Breda Charles TI, qui avait déjà pris, de son propre mouvement, le titre de roi de la Grande-Bretagne , ils lui signifièrent les conditions rigoureuses sous lesquelles le parlement d'Édimboui^ consentait à ratifier ce titre : c'était l'adhésion du roi au premier

* Biiit tyrannus, regum uUimas,

eovenant «gné contre son père , et Tabolition pSerpétuelle de Tépis- 464« copat. Charles II ne fit d'abord que des réponses évasives, pour ga- i«bo. gner du temps et essayer un coup de main qui devait, selon son espérance , le faire devenir roi sans conditions. Ce fut Jacques Graham , comte de Montross, d'abord zélé covenantaire, et ensuite partisan de Charles P', qui fut chargé de cette entreprise. Il débarqua au nord de TÉcosse avec une poignée d'aventuriers rassemblés sur le continent, et , s' adressant aux chefs des clans des montagnes et des îles, il leur proposa une guerre à la fois nationale et religieuse contre les presbytériens des basses-terres. Les montagnards qui , déjà une fois, en Tannée 1645, s'étaient insurgés, sous la conduite de Montross, contre l'autorité *des sectateurs du eovenant, et avaient été complètement défaits , montrèrent peu d'ardeur pour une nouvelle attaque; quelques bandes, mal organisées, descendirent seules dans la plaine, autour d'un drapeau sur lequel était peint le corps de Charles V^ décapité *. Elles furent mises en déroute; Montross luimême fut ptiSf jugé comme traître , condanmé à mort, et exécuté à lem. Edimbourg. Alors Charles II, désespérant de reconquérir la royauté absolue, se rabattit sur celle que lui offraient les commissaires écossais, signa le eovenant j jura de l'observer inviolablement, et fit son entrée, comme roi, à Edimbourg, pendant que les membres du malheureux Montross , coupés en quartiers , étaient encore suspendus aux portes de la ville.

Tout en reconnaissant les droits de Charles II , les Écossais ne se proposaient point de l'aider à reconquérir la royauté en Angleterre. Us séparaient leurs afiaires nationales de celles de leurs voisins , et ne songeaient à garantir au fils de Charles I^r que le seul titre de roi d'Ecosse. Mais le parti qui , en Angleterre , s'était emparé de la révolution , s'alarma de voir l'héritier de celui qu'il appelait le dernier des rois établi sur une portion de la Grande-Bretagne. Craignant de sa part une tentative hostile, les Indépendants résolurent de le prévenir. Le général Fairfax, presbytérien rigide, fut chargé de «mo commander l'armée qu'on leva pour envahir TËcosse; mais refusant |^, de servir contre une nation qui , disaii-il , avait coopéré à la bonne œuvre pour laquelle il avait naguère tiré l'épée, il envoya sa démis.

■ W«lter SooU, Minstrelsj of tbe seoUsh Border, ▼ol. I, p. SSO et mifantes.

*^ sion à la chambre des Communes. Les soldats eui-mémes montraient I6SI. de la répugnance à se battre contre des hommes qu*ils avaient si longtemps appelés nos frères d* Ecosse.

Le successeur de Fairfax , Olivier Cromwell . homme d*une rare activité politique et militaire , surmonta ces hésitations par la persuasion ou la violence, marcha vers le nord, battit les Écossais et ««M. leur roi à Dunbar , et s'empara d'Edimbourg. Cromwell somma le peuple d'Ecosse de renoncer à Charles II , mais les Écossais refusèrent d'abandonner dans le péril celui qu'ils y avaient attiré , et *J^ souffrirent patiemment les vexations qu'exerçait partout l'armée an- *w. glaise. Charles 11 était loin de leur rendre dévouement pour dévouement; au plus fort des malheurs de l'Ecosse, se détachant des presbytériens, il s'entoura d'anciens partisans de l'épiscopat, des chefs de montagnards qui donnaient le nom de Saxons, Sassenachs^ à leurs voisins de religion différente, et de jeunes nobles débauchés à qui il disait, dans ses orgies, que la religion des Têtes rondes n'était pas digne d'un gentilhomme. Avec le secours des aventuriers qu'il réunissait autour de lui, il tenta sur l'Angleterre une invasion par l'ouest, pendant que l'armée anglaise occupait l'est de l'Ecosse. Il y avait encore dans les provinces de Cumberland et de Lancaster un assez grand nombre de familles catholiques qui , à son passage , prirent les armes pour lui. Il espérait soulever le pays de Galles , et faire tourner au profit de sa cause l'inimitié nationale des Cambrions contre les Anglais; mais ses troupes furent complétemeut battues près de Worcester: et lui-même, à travers beaucoup de périls* s'enfuit déguisé vers la côte de l'ouest, où il s'embarqua pour la France, laissant les Écossais sous le poids des malheurs que son couronnement, et surtout son invasion en Angleterre , avaient attirés sur eux. Ces malheurs furent immenses : regardée avec défiance comme un lieu de descente et de campement pour les ennemis de la révolution, rÉcosse se vit traitée en province conquise. A la moindre apparence de révolte ou d'opposition , l'on emprisonnait ou Ton condamnait à mort les principaux habitants : les trente membres écossais appelés à siéger dans le grand conseil de la république d'Angleterre, loin d'ofirir à leurs concitoyens un secours et un appui , n'étaient guère que les instruments de la tyrannie étrangère. Olivier Cromwell gouverna despotiquement les Écossais jusqu'au moment où, sous le

nom de Protecteur , il obtiat sur toute la Grande-Bretagne une auto- «m rite sans bornes : le général George Monck , qui le remplaça en «ma Ecosse , y tint une conduite non moins dure et non moins cruelle. Telle était la situation des choses, lorsqu'en Tannée 1660, après la f^^mort du Protecteur et la déposition de son fils Richard Gromwell , Monck, changeant subitement de parti, conspira contre la république pour le rétablissement de la royauté.

La joie .causée par la restauration des Stuarts fut universelle en Ecosse; elle n'était pas, comme en Angleterre, simplement causée par Fespèce de découragement et de scepticisme politique où le mauvais succès de la révolution avait jeté les esprits , mais par un sentiment d'affection réelle pour un homme que les Écossais regardaient presque comme le roi de leur choix. Le retour de Charles II n'était point lié dans leur pays au rétablissement d'un ancien ordre social, oppressif et impopulaire ; ce grand événement ne se présentait à leurs yeux que comme une restauration en quelque sorte personnelle. Ainsi, la nation écossaise espérait que les choses allaient revenir au point où elles étaient avant l'invasion de l'armée de Crom* well , et que le cavenanty juré alors par Charles II, serait la règle de son gouvernement. £ile attribuait la première aversion du roi pour la rigidité de la discipUne presbytérienne à des erreurs de' jeunesse , dont l'âge et le malheur devaient l'avoir corrigé.

Mais le fils de Charles 1*' portait en lui toute la haine de son aïeul 466o et de son père contre le puritanisme , et d'ailleurs il ne ressentait au- 1079. cune reconnaissance pour le don que les Écossais lui avaient £Edt d'une royauté qui , selon son opinion , lui était due par héritage. Se croyant donc dégagé de toute obligation envers eux , il fit lacérer le (avenant à Edimbourg, sur la place du marché, et des évéques , envoyés d'Angleterre , fiurent promenés en triomphe à travers les rues par les officiers royaux. Us exigèrent de tous les ministres du culte le serment d'obéissance à leurs ordres, l'abjuration du covenanty et l'aveu de l'autorité absolue du roi en matière ecclésiastique. Ceux qui refusèrent de jurer furent déclarés séditieux et rebelles; on les expulsa violenunent des presbytères et des églises; et l'on donna leurs cures et leurs bénéfices à des nouveaux venus, la plupart Anglais de naissance, ignorants , et de mauvaises mœurs. Ceux-ci commencèrent à célébrer le service , et à faire les prédications d'usage^

4980 mais personne ne venait les entendre, et les églises restaient désertes^ 1679. '^ous les fidèles zélés pour leur croyance nationale se rendaient, chaque dimanche , dans les lieux déserts et les montagnes cpii 8e^ vaient de refuge aux ministres persécutés ; une loi sévère fut portée contre ces réunions paisibles, auxquelles les agents de Tautorité donnaient le nom de conventicules'^. On cantonna des troupes dans les villages où le peuple ne fréquentait plus Téglise, et- beaucoup de personnes suspectes ou convaincues d'avoir assisté à quelque conventicule, furent emprisonnées , et même fouettées publiquement. Ces actes de sévérité eurent lieu principalement dans les provinces du sud-ouest , dont les habitants se montraient plus disposés à la résistance, soit à cause de la nature du pays, couvert de collines et de ravins , soit par un reste du caractère enthousiaste et opiniâtre de la race bretonne, dont ils étaient issus en grande partie. Ce fut dans ces provinces que les presbytériens commencèrent à se rendre en armes à leurs assemblées secrètes, et que des familles entières, quittant leurs maisons, s'en allèrent habiter les rochers et les marécages, pour y écouter librement les exhortations de leurs prêtres proscrits , et satisfaire au besoin de leur conscience.

La dureté toujours croissante des mesures prises contre les conventicules occasionna bientôt une insurrection déclarée , où figurèrent, comme chefs, beaucoup d'hommes riches et considérés du pays. Le mouvement ne s'étendit point cependant sur les provinces de l'est , parce que les forces du gouvernement, et la terreur qu'il inspirait, augmentaient à mesure qu'on approchait de la capitale. L'armée presbytérienne fut battue à Pentland-hils , par des troupes régulières , qui avaient ordre de tuer les prisonniers , et de poursuivre les fuyards avec d'énormes chiens de chasse *. Après la victoire, on exigea de chaque famille, dans les provinces d'Ayr et de Galloway, le serment de ne pas se rendre aux assemblées de religion, et de ne donner ni gîte, ni pain, ai-reftige, à un ministre errant ou à un' presbytérien réfractaire '. Sur le refus d'un grand nombre de personnes , on déclara tous les habitants en masse rebelles et enne-

> Burnet'a Bistory of his own Urne, vol. I, p. SdOet suiT. Londres, 4798.

3 CcnvtnileUi.

s The cbased and tossed western meo.

( Walter ScoU, lilnstreb> of Uie scotisb Border.)

4 Ibid.

CONCLOSIOK. 3S5

mis du roi; et Ton distribua des pardons en blanc pour tous les 4fl6o meurtres commis sur eux. lero

Ces atrocités furent enfin couronnées par une mesure qui les effaçait toutes. On autorisa les clans des montagnes du nord à descendre dans la plaine et à y commettre tous les ravages auxquels les exciterait leur vieil instinct de haine nationale contre les habitants. Durant plusieurs mois y huit mille montagnards parcoururent dans tous les sens la province d'Ayr et les provinces voisines , pillant et tuant en liberté. Un corps de dragons fut envoyé d'Edimbourg pour les assister et les protéger dans leur expédition. Quand on jugea qu'elle i«r9. avait produit son effet, un ordre, scellé du grand sceau, les renvoya à leurs montagnes, et les dragons restèrent seuls pour assurer rentière soumission du pays *. Mais le mal qu'on venait de faire aux presbytériens avait accru leur fanatisme en les réduisant au désespoir : quelques-uns des plus exaspérés ayant surpris en voyage Tévêque Sharp, que Charles II avait nommé primat d'Ecosse, le tirèrent hors de sa voiture , et le tuèrent entre les bras de sa fille.

Ce crime d'un petit nombre d'hommes fut vengé sur tout le pays par un redoublement de vexations et une foule d'exécutions à mort, n s'ensuivit un second soulèvement plus général et d'un caractère plus redoutable que le premier. L'armée presbytérienne, commandée cette fois par d'anciens militaires, dont plusieurs étaient d'origine ivn noble, avait quelques corps de cavalerie, formés par les propriétaires «eM. et les riches fermiers; mais l'artillerie et les munitions lui manquaient. Chaque corps avait un drapeau bieu, couleur favorite des covenantaires..De nombreuses troupes de femmes et d'enfants , suivant l'armée jusque sur le champ de bataille y excitaient par leurs cris les hommes à bien combattre. Quelquefois , après avoh* marché et s'être battus tout un jour y sans boire ni manger, ils se rangeaient en cercle autour de leurs ministres , et écoutaient , dans le plus grand recueillement, un sermon de plusieurs heures avant de songer à se procurer des vivres et à prendre un peu de repos.

Telle était l'armée qui, à quelques milles de Glasgow, mit en fuite le régiment des gardes, la meilleure cavalerie de toute l'Ecosse, s'empara de la ville et força un corps de dix mille hommes à se replier

< Bumet'i History of bis own Urne, ▼ol. Il, p. 738 et saif.

ivn siir Edimbourg. L'alarme qu'elle inspîjra au gouvernement fut telle , 1M6. 4^013 envoya de Londres , en toute bftte, des forces considérables , commandées par le comte de Montmouth , fils naturel de Gbarles Q , homme d'un naturel doux et disposé à la modération, mais auquel on adjoignit deux lieutenants d'un caractère bien difEérent : c'étaient le général Thomas Dalzel, et Graham de Claverhouse , qui y rendant inutiles toutes les dispositions conciliantes de Monmouth , l'obligèrent à livrer bataille aux insurgés près de la petite ville de Hamilton, au sud de Glasgow. La Clyde , dont le courant est très-rapide en cet endroit , y était traversée par un pont de pierre long et étroit , qu on appelait le pont de Bothweli, et quelles presbytériens avaient occupé d'avance. Us furent chassés de cette position par l'artillerie qui tirait du bord de la rivière , et par une charge de cavalerie exécutée sur le pont. Leur déroute fut comjdète , et l'armée anglaise entra dans Edimbourg , portant au bout de ses piques des tètes et des mains coupées , et menant , liés deux à deux sur des charrettes , les chefs de l'armée presbytérienne et les ministres qu'on avait faits prisonniers. Us subirent, avec une grande fermeté, la torture et ensuite le supplice de la corde , rendant témoignage jusqu'à la mort, comme ils le disaient eux-mêmes, pour leur symbole de foi nationale*.

Le parti presbytérien ne put se relever de la défaite du pont de Bothwell, et la masse des Écossais, renonçant au covenant , pour la défense duquel tant de sang avait été répandu, se soumit à une sorte d'épiscopat mitigé, et reconnut l'autorité du roi en matière ecclésiastique. Mais le regret d'avoir perdu une cause qui était nationale depuis un siècle et demi , et le souvenir de la bataille qui avait détruit toute espérance de la voir jamais triompher , se conservèrent longtemps en Ecosse. De vieilles romances, qu'on chantait encore dans les villages à la fin du siècle dernier, parlent du pont de Bothwell et des braves qui y moururent, avec des expressions touchantes de sympathie et d'enthousiasme*. Aujom*d'hui même les paysans se dé-

> Burnel'â Uistory ol' his own time, vol. U, p. MO.

> AJaiiK the brae beyond the brig

Mony brave maii lies cauld and still; But lang well mind and sair we'le rue The bloody baUie of Bothwell Hill.

( Walter Scott, Mlnstrelsy of the scotish Border, vol. I, p. 186.) — Voyex PièMB justiûcaUvee, Conduiion, n. 16.

couvrent la téie en passant près des pierres noircies qui marquent çà «^^ et là, sur les coUines et dans les marais , la sépulture de quelqu'un lem. des puritains du xvn« siècle.

A mesure que s'affaiblirent l'enthousiasme et l'énergie des presbytériens d'Ecosse, le gouvernement se montra moins ombrageux et moins cruel à leur égard. Jacques, duc d'York , qui, du vivant de son firère Charles II , avait assisté, par passe-temps, à la torture des ministres réfractaires, n'exerça contre eux aucune sévérité après qu'il fut devenu roi, et ses tentatives pour substituer le catholicisme au protestantisme anglican furent loin d'exciter en Ecosse autant de haine qu'en Angleterre. Les presbytériens lui pardonnaient son amour pour le papisme, en faveur de l'inimitié qu'il montrait contre les épiscopaux , leurs derniers persécuteurs. Lorsqu'une conspiration, en grande partie conduite par les évéques et les nobles d'Angleterre, eut appelé Guillaume d'Orange et expulsé Jacques II, le less. peuple écossais montra peu d'enthousiasme pour cette révolution, qu'on appelait glorieuse de l'autre côté de la Tweed ; il hésita même à s'y joindre, et son adhésion fut plutôt l'oeuvre des membres du gouvernement rassemblés à Edimbourg, qu'un acte véritable d'assentiment national. Cependant les auteurs de la révolution de 1688 firent à r Ecosse, en matière religieuse, des concessions qu'ils n'avaient point faites à l'Angleterre , où furent maintenues dans toute leur rigueur les lois intolérantes des Stuarts. Mais , en revanche , le petit nombre d'enthousiastes obstinés qui , sous le nom de Caméroniens , essayèrent de ranimer, au commencement du xviir siècle , le vieux i^gg foyer, à demi éteint, du puritanisme , furent violemment persécutés , J^ et rendirent témoignage par le fouet et par le pilori sur la place publique d'Edimbourg. Après eux , cette croyance austère et passionnée , qui avait réuni en une même secte toute la population des basses-terres d'Ecosse, se concentra par degrés dans quelques familles isolées qui se distinguaient des autres par une plus grande exactitude à observer les pratiques de leur culte, une probité plus'rigide, ou une plus grande affectation de probité, et Thabitude d'employer à tout propos les paroles de l'Écriture.

Malgré le mal que les Stuarts avaient fait à l'Ecosse depuis qu'ils occupaient le trône d'Angleterre, les Écossais conservèrent pour cette famille une sorte de sympathie , indépendante , dans l'esprit d'un

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