II
««88 grand nombre d'entre eux, de toute opinion politique ou religieuBe.
1745. ^"^ aversion instinctive contre la nouvelle dynastie se faisait sentir à la fois, quoique à un moindre degré, aux montagnards et aux gens des basses^terres. Les premiers y mettaient tonte Tardeur de leur ancienne haine contre les habitant^ de rAngleterre ; et parmi les autres, la différence de position sociale , de relation avec le gouver^ nement existant, de croyance religieuse ou de Qaractères personnels, produisait différentes nuances de zèle pour la cause des béritiers de
«745. Jacques II. L'insurrection jacobite de 4715 et celle de 1745, au débarquement du fils du Prétendant, commencèrent toutes deux dans les montagnes : la seconde trouva dans les villes du sud et de Test assez de partisans pour faire croire que la race celtique et la race teutonique de TÉcosse , jusque-là ennemies Tune de l'autre , allaient devenir une seule nation. Après la victoire du gouvernement anglais, son premier soin fut de détruire Torganisation immémoriale des clans galliques. Il lit périr siu" Téchafaud plusieurs chefs de ces clans , éloigna les autres du pays pour y suspendre Texercice de leur autorité patriarcale , construisit des routes militaires à travers les rochers et les marais, et enrôla un grand nombre de montagnards parmi les troupes régulières qui servaient sur le continent. Par une sorte de condescendance pour Topiniâtreté avec laquelle les Galls tenaient à leurs anciens usages, et pour tirer parti de leur vanité patriotique, on les laissa joindre , d'une manière bizarre, à Tuniforroe des soldats anglais une partie de leur costume national , et marcher au son des cornemuses , leur instrument favori.
Depuis que les Écossais ont perdu leur enthousiasme religieux et politique , ils ont tourné vers la culture des lettres les facultés d'imagination qui semblent chez eux une dernière trace de leur origine celtique , soit conmie Galls, soit comme Bretons. L'Ecosse est peutêtre le seul pays de ÏEurope où le savoir soit vraiment populaire, et où les hommes de toutes les classes aiment à apprendre pour apprendre, sans motif d'intérêt, sans désir de changej* d'état. Depuis la réunion dctînitive de ce pays à l'Angleterre , son ancien dialecte anglo-danois a cessé d'être cultivé , et l'anglais lui a succédé comme langue littéraire. Mais , malgré le désavantage qu'éprouve tout écrivain qui doit employer dans ses ouvrages un autre idiome que celui de sa conversation habituelle, le nombre des auteurs disting^^ eu tout
genre, depuis le milieu du siècle dernier, a été bien plus considérable en Ecosse qu'en Angleterre, eu égard à la population des deux pays. C'est surtout dans la composition historique et le talent de raconter, que les Écossais excellent; et l'on serait tenté de regarder encore cette aptitude particulière comme un des signes caractéristiques de leur descendance originelle , car les Irlandais et les Gallois sont 1rs deux peuples qui ont le plus longuement et le plus agréablement rédigé leurs anciennes annales.
La civilisation, qui fait de rapides progrès parmi toutes les branches de la population écossaise, se répand aujourd'hui hors des villes des basses-terres, où elle a pris naissance, et pénètre dans les montagnes. Mais peut-être , pour Ty propager, a-t-ou pris , dans ces derni^es années, des moyens trop violents et plus capables de conduire à la destruction qu'à l'amélioration de la race gallique. Transformant leur suprématie patriarcale en droit seigneurial de propriété sur toute la terre occupée par leurs clans , les héritiers des anciens chefs , la loi an^aise à la main , viennent d'expulser de leurs habitations des centaines de familles à qui cette loi était absolument étrangère. A la place des clans dépossédés , ils ont établi d'immenses troupeaux et quelquc^s hommes venus d'ailleurs, éclairés, industrieux, capables d'exécuter les meilleurs plans de culture. On vante beaucoup les grands travaux agricoles entrepris de cette manière dans les provinces de Ross et de Sutherland ; mais si un pareil exemple est suivi, la plus ancienne race des habitants de l'île de Bretagne , après s'être conservée pendant tant de siècles et au milieu de tant d'ennemis , disparaîtra, sans laisser d'autre trace qu'un vice de i»rononciation anglaise aux lieux où son langage aura été parlé.
Las Irlandais de race et les Anglo-Norsiands d*Irlaiide.
A conquête de l'Irlande par les Anglo-Normands est peutêtre la seule où, après les premiers désastres, le cours lent et insensible des choses n'ait point amené une amélioration graduelle dans Tétai du peuple vaincu. Sans avoir jamais pu s'aflranchir de la domination étrangère, les descendants des Angio- Saxons ont cependant fait de grands progrès en bien-être et en civilisation. Mais les Irlandais indigènes, quoique en apparence placés dans une situation pareille , ont constamment décliné depuis cinq siècles; et pourtant cette population est douée par la nature d'une grande vivacité d'esprit et d'une aptitude remarquable à toutes sortes de travail intellectuel. Bien que le sol de l'Irlande soit fertile et propre à la culture, sa fécondité n'a pas plus tourné au profit des conquérants qu'à celui de leurs sujets , et malgré l'étendue de ses domaines, la postérité des Normands s'est graduellement appauvrie , comme celle des Irlandais. Cette bizarre et triste destinée, qui pèse d'une manière presque égale sur les habitants anciens et nouveaux de l'île d'Érin , a pour cause le voisinage de l'Angleterre et l'influence que son gouvernement exerce, depuis la conquête , sur les affaires intérieures de ce pays.
Cette influence est toujours venue à propos pour déranger le cours des relations amicales que le temps et l'habitude de vivre ensemble tendaient à établir entre les Anglo-Irlandais et les Irlandais de race. L'intervention des rois d'Angleterre, quelque but qu'elle se proposât, eut toujours pour effet de maintenir la séparation et l'hostilité primitive. En temps de guerre , ils prêtaient secours aux hommes de race anglo - normande ; puis, lorsque ces derniers avaient contraint les indigènes à se tenir en repos, les rois, jaloux de leur puissance , et craignant une séparation politique, s'étudiaient à les tourmenter et à les affaiblir. Ainsi il devenait impossible que la lutte des deux populations eût jamais de terme , soit par la victoire de l'une ou de
Tautre, soit par leur fusion complète. Cette fusion aurait été rapide, ^«73 et eût présenté un phénomène qui ne s'est point rencontré ailleurs, ute. Par suite de la douceur de caractère et de la sociabilité des indigènes, leurs conquérants éprouvaient une sorte de penchant irrésistible à s'assimiler aux vaincus ^ à prendre leurs mœurs , leur langage et jusqu'à leur habillement. Les Anglo-Normands se faisaient Irlandais; ils aimaient à remplacer leurs titres féodaux de comte et de baron pardes surnoms patronymiques : les Dubourg s'appelaient Mac- William-Bourg ; les De Vere, Mac-Swine; les Delangle, Mac-Costilagh; les fils d'Ours, Mac-Mahon; et les fils de Gérauld, Mac-Gheroit*. Ils prenaient goût au chant et à la poésie irlandaise, invitaient les bardes à leur table et donnaient à leurs enfants , pour gouvernantes , des femmes du pays. Les Normands d'Angleterre , si hautains envers les Saxons , appelaient cela dégénérer.
Pour arrêter cette dégénération, et maintenir dans leur intégrité les anciennes mœurs des Angio- Irlandais, les rois et le parlement d'Angleterre firent beaucoup de lois, dont la plupart sont trèsdures^. Tout Normand ou Anglais de race qui épousait une Irlan* daise ou prenait l'habit irlandais, devait être traité comme Irlandais, c'est-à-dire comme serf de corps et de biens. Il y eut des ordonnances royales sur la coupe des cheveux et de la barbe en Irlande , sur le nombre d'aunes'd'étoffe que devait avoir un habit, et sur la couleur de l'étoffe. Tout marchand de race anglaise qui trafiquait avec les Irlandais était puni par la confiscation de ses marchandises, et tout Irlandais pris en voyage dans la partie de l'Ile habitée par les Anglo-Normands, surtout si c'était un barde, était considéré comme espion'. Tout seigneur suspect d'aimer les Irlandais était, par cela seul, en butte à des persécutions politiques; et, s'il était riche et puissant, on l'accusait de vouloir se faire roi d'Irlande , ou tout au moins séparer ce royaume de la couronne d'Angleterre. Le grand conseil des barons et des chevaliers d'Irlande , qui , à l'exemple de ceux d'Angleterre, s'assemblaient chaque année en parlement , était regai-dé presque avec autant de haine et de mépris que les assemblées nationales tenues par les Irlandais indigènes sur le sommet des
■ Spenser's State of freland » p 43.
3 Collectanea de rébus hibernicis, t. Il, p. 367 à 371.
3 Barris's Bibernica, part, i, p. 83 et suiv. Dublin, |770.
3t2 CONCLUSION.
H73 collines*. On refusait toute liberté au parlement d^Mande : 3 ae 1316. pouvait se réunir sans que le roi eût approuvé les motifs de sa eonvocation , et mé.)^e alors il ne votait que sur les articles rédigés d*avance en Angleterre. D'un autre côté y le gouvernement anglais déployait tous ses moyens d'action sur les Irlandais d*origine pour les faire renoncer à leurs usages nationaux et à leur ancien ordre social, n faisait déclarer par les archevêques, presque tous venus d'Angleterre, que les vieilles lois du pays, celles qui avaient régi rirlande dans le temps où on la nommait Tlle des Saints , étaient abominables à Die» ^. Tout Irlandais convaincu d'avoir soumis quelque procès à des juges de sa nation^ était excommunié, et rangé au nombre de ceux que les ordonnances d'Angleterre appelaient les irreys anemis nostre seigneur le rey '.
Afin de réagir contre les efforts que faisait le gouvernement anglais pour détruire leurs anciennes mœurs , les Irlandais mirent toute leur opiniâtreté à les maintenir ^ Ils montraient une aversion violente contre la politesse et la recherche des manières anglo-normandes : a Ne faisant compte , dit Thistorien Froissart, de nulle joliveté, et a ne voulant avoir aucune connoissance de gentillesse, mais dea meurer en leur rudesse première^, d Cette rudesse n'était qu'apparente , et les Irandais savaient bien vivre avec les étrangers et se faire aimer d'eux, surtout s'ils étaient ennemis des Anglais. Ils conclurent contre ces derniers des alliances politiques avec plusieurs rois 1816. du continent; et lorsqu'au xiv* siècle l'Écossais Robert -Bruce eut été nommé roi par ses compatiiotes, des corps de volontaires irlandais passèrent la mer pour le soutenir. Après l'entier affranchissement de l'Ecosse, Edouard Bruce, frère de Robert, descendit au nord de l'Irlande, afin d'aider les indigènes à reconquérir leur pays, et les Anglo-Normands dégénérés à se venger des vexations de leur roi'. En effet, plusieurs de ces derniers, et entre autres les Lacy, se joignirent à l'armée écossaise , qui , dans sa marche vers le sud,
■ Harris'g Hibernica, part, i, p. 79 à 409. Dubifn, 4770.
3 Pro eo quod legM quibus utuntur HIbernici Dea abomlnabilei eitstuiit. (SUtult d'Edouard !•'.)
' Rôle« du parlement d'Angleterre, vingtième année de Henri VI.
* Harrls's Hlbernina, part, i , p. 404.
^ Froiasarlf vol. IV, chap. lxiii , p. 904.
< In auxilium nostrum et juvamen. (Joban de Forduo. Sootichron., IL III, p.n, ed Hearne.)
CONCLDSION. 343
saccagea plusieurs villes et démantela beaucoup de châteaux bâtis «aie. par les fils des compagnons de Jean de Gourcy, premier conquérant de rUister. Plusieurs familles qui possédaient de grands domaines dans ce pays, telles que les Àndelys y les Talbot , les Touchet , les Chamberlain, les Mandevilte et les Sauvage, tous Normands de nom et d'origine, ftirent contraints d'abandonner le pays *. Arrivé à Dun- *"^dalk , Edouard Bruce fîit élu et couronne roi d'Irlande , malgré Texcommnnication prononcée par le pape contre lui , ses fauteurs et ses adhérents '.
Mats Son règne ne dura qa'uhe année , et il fut tué dans une bataille perdue contre des forces considérables envoyées d'Angleterre. Les troupes écossaises furent rappelées dans leur pays, et par degrés les Anglo-Normands reconquirent leur domination en friande, sans cependant pouvoir atteindre leurs anciennes limites du côté du nord. La province d*lllster demeura en grande partie irlandaise , et le peu de familles normandes qu'on y remarqua depuis ces événements étaient pauvres , ou avaient fait amitié avec les indigènes. Les descendants même du conquérant Jean de Gourcy dégénérèrent psr degrés'. Malgré le peu de durée et le peu d'effet de la conquête d'Edouard Bruce, le souvenir en resta profondément gravé dans Fesprit du peuple irlandais. On attacha son nom à beaucoup de lieux où il n'était point passé , et des châteaux qu'il n'avait point bâtis reçurent le noiti de château de Bruce, à peu près comme, dans le pays de Galles et au sud de l'Ecosse, un grand nombre de ruines portent le nom d'Arthur.
Les choses étant retombées en Irlande dans le même état qu'auparavant , les indigènes ne firent plus de conquêtes sur les Anglo- Normands par les armes, mais ils en firent par les mœurs , et la dégénération continua. Les mesures prises contre ce mal , et qui consistaient pour la plupart en lois sur la manière de se divertir et de ^'«^ s'habiller, et dans la prohibition des étoffes les plus communes tssi. dans le pays , et par conséquent les moins coûteuses , causaient une gène de tous les jours à la population anglaise établie en Irlande. Le ressentiment de cette gêne rendait les Anglo-Irlandais encore plus
< Campion's Historié of Ireland , p. 82. 9
3 Rymer, Fœdera , conveiilioiies, liUerœ, part, i, t. Il, p. 418, éd. de La Haye.
* Caoïplon'ft Historié of Ireland , p. 84 et suiv.
4317 attachés aux coutumes qu'on voulait leur faire quitter contre leur 4531. gré et la nature des choses. Quant aux Irlandais de race, l'action du gouvernement sur eux se bornait, en temps de paix, à des tentatives pour attirer en Angleterre les chefs et les princes , qui étaient en grand nombre , et pour obtenir que leurs fils fussent mis sous la garde et élevés dans Thôtel du roi. On regardait comme une grande conquête de parvenir à leur donner du goût pour la pompe seigneuriale et les manières aristocratiques du temps : c'est ce qu'on appela d'abord la réforme , et plus tard la civilisation de l'Irlande.
Mais l'habitude de la familiarité entre personnes de conditions différentes était si enracinée dans ce pays, que les chevaliers anglonormands chargés de l'éducation des jeunes héritiers des anciens rois d'Ërin ne purent jamais leur faire quitter l'usage de manger à la même table que leurs bardes et leurs serviteurs , et de toucher la main à tout venant ^ Ceux des chefs irlandais qui dans le xv* et le XVI" siècle se firent donner des chartes de noblesse anglo-normandes et les titres de comte ou de baron , ne gardèrent pas longtemps, pour la plupart, ces titres étrangers à leur langue et sans aucune relation avec l'histoire , les mœurs et l'ordre social de leur nation. Ils s'ennuyaient de les porter, aimant mieux être appelés, comme ci-devant , O'Neil ou O'Brien , au lieu de comte de Thornood ou de Tyrone. S'ils n'y renonçaient pas d'eux-mêmes, souvent l'opinion publique les contraignait à rejeter ces signes d'alliance avec les ennemis du pays , car elle avait des organes respectés et craints de tout Irlandais.
Ces organes de la louange ou du blâme populaires étaient les bardes , poètes et musiciens de profession , dont l'autorité immémorrale était fondée sur la passion des Irlandais pour les vers et pour le chant. Ils formaient en Irlande une espèce de corps constitué dont on prenait l'avis dans les circonstances importantes; et les devoirs d'un bon roi , selon d'anciennes maximes politiques , étaient d'honorer les bardes et de se conformer aux lois. Depuis l'invasion des Anglo-Normands, la corporation des bardes avait pris parti contre eux, et aucun ne s'était démenti dans son attachement à l'antique liberté du pays. Us ne louaient guère dans leurs vers que les ennemis
I Froissarl, vol. IV, cbap. lxiii, p. aOi,
du gouvernement anglais , poursuivant de leurs satires mordantes ^^'^ quiconque s'était réconcilié avec lui et en avait accepté quelque faveur. 48S4« Enfin ils plaçaient hardiment au-dessus des princes et des chefs amis des rois d'Angleterre les rebelles et les bandits qui y par haine du pouvoir étranger , exerçaient le vol à main armée , et pillaient de nuit les maisons des Saxons ^ Sons ce nom, les indigènes comprenaient toute la population , soit anglaise , soit normande, qui ne parlait point la langue erse, et qui probablement employa de bonne heure un langage mixte, composé de français et de vieux anglais. Ils n'accordaient le nom d'Irlandais qu'à eux-mêmes , ou à ceux qui avaient adopté leur idiome , tandis qu'en Angleterre on refusait le nom d'Anglais aux honmies de cette natiim établis en Irlande ; on les appelait Frois en langue normande, et en langue anglaise, irse, ou iriêch ; et la seule manière de les distinguer des véritables Irlandais était de donner à ces derniers le nom d'Irlandais sauvages, Wilde Iriih.
La situation des Anglo-Irlandais, haïs par leurs voisins indigènes, et méprisés par leurs compatriotes d'outre-mer, était singulièrement difficile. Obligés de lutter contre l'action du gouvernement anglais , et en même temps de recourir à l'appui de ce gouvernement pour résister aux attaques de l'ancienne population, ils étaient tour à tour Irlandais contre l'Angleterre, et Anglais contre les habitants de race gallique. Cet embarras ne pouvait cesser 'que par la rupture du lien de dépendance qui les attachait à l'Angleterre, et par l'établissement complet de leur domination sur les indigènes. Ils tendaient simultanément à ce double but, et, de leur côté, lesindi- ' gènes tendaient aussi à se séparer de l'Angleterre, mais en reconquérant leur pays , et en se délivrant de toute autorité qui ne tbX pas purement irlandaise. Ainsi , quoique la politique des Irlandais piur conquête et celle des Irlandais de race fussent calculées naturellement dans des vues d'hostilité mutuelle, il y avait cependant un point commun où s'accordaient les dispositions de ces deux classes d'hommes : c'était le désir de rendre à l'Irlande son indépendance comme État. Ces intérêts complexes, que le cours naturel des choses devait difficilement ramener à un ordre de relations plus simple ,
* Spenier'sStAle of Ireland.
4si7 se compliquèrent encore davsMage au xn« sièeley par une révolution f63i. qtn ajouta des germes de dissension religieuse aux anciens éléments
dhostilité politique.
1531. Lorsque le roi Henri YIII eut aboli, à son profit, la suprématie papale en Angleterre , la nouvelle réforme religieuse, établie sans j difficulté sur la côte orientale de Tlrlande et dans les villes où Ton
I parlait anglais, fit peu de progrès dans Tintérieur du pays. I^s
4581 Irlandais de race , même lorsqu'ils comprenaient Taillais , éi^ent 1580. peu disposés à écouter les prédications faites en cette langue ; et 4580. d'ailleurs les missionnaires envoyés d'Angleterre, suivant les instructions qu'ils avaient reçues, leur faisaient un. article de foi de renoncer à leurs anciens nsageset de prendre les moeurs des Anglais*. L'aversion qu'ils avaient pour ces mœurs et pour le gouvernement qui voulait les leur imposer s'étendit ainsi à la réforme et aux réformés, qu'ils s'habituèrent à désigner par le simple nom de Saxons, « Sasson. D'un autre côté, les familles normandes ou anglaises établies dans les' lieux éidgnés de la mer, et en quelque sorte hors de la portée de l'autorité, résistèrent aux tentatives que Ton fit pour leur persuader, ou les forcer de changer de culte. "Elles tinrent au catholicisme, ce qui forma entre elles et les Irlandais de nouveaux liens de sympathie. Ce changement eut aussi pour effet de rattacher aux affaires générales de l'Europe la querelle des indigentes de l'Irlande contre les fils de leurs envahisseurs, querelle jusque-là isolée comme le coin de terre où elle avait lieu. Elle devint dès lors une partie de la grande dispute du cathoHcisnie contre le protestantisme; et les demandes de secours étrangers que fit la population de Tirlande ne s'adressèrent plus seulement aux tribus de même origine qui peuplaient une partie de l'Ecosse , mais aux puissances catholiques, telles que le pape et les rois d'Espagne et de Fcance *.
Les papes surtout , ces anciens ennemis de l'Irlande , qui avaient autorisé la conquête de Henri II et excommunié les indigènes armés
> GollecUiiea de rebut hftMrnfeis, p. 5S et 58.
' Sir Richard Musgrave, Mémoire of the diffurent rebellIonB in Ireland, 1. 1, p. »-«. — Cet ouvi-aise, composé en in'^nde partie de pièces authentiquée, offre un tableau complet des nombreuses révoltes arrivées en Irlande. L'auteur, l'un des agents du gouvernement dans les troubles de 1798, se montre, il est vrai, partial contre les Irlandais;. mais cette partialité même confirme plus pleinement les faits qui sont à leur avantage.
contre la dominiition anglaise , devinrent pour eox des alliés con- ima. stants , qu1ls aimèrent de cœur , comme ils aimaient tout ce qui leur donnait Fespoii^ de recouvrer leur indépendance. Mais la cour de Rome au xn* et au xvn* siècle fit de ce malheureux pays un foyer d'intrigues politiques absolument étrangères à Tobjet de son affranchissement. Au moyen de leurs nonces apostoliques et surtout de Tordre des jésuites , qui déploya, dans cette occasion , son habileté accoutumée, les papes réussirent à se former en Irlande un parti de catholiques purs , aussi ennemis des Irlandais de ra(*« devenus protestants , que des Anglais eux-mêmes , et détestant ces derniers, non comme usurpateurs, mais comme anti-papistes. Dans les rébellions qui éclatèrent depuis cette époque , ce parti joua un rôle distinct de celui des catholiques irlandais à qui de simples motifs de patriotisme avaient fait prendre les armes. Il est facile de remarquer cette différence, même dans les entreprises où ces deux classes d'hommes agirent ensemble et de concert *.
A la faveur des troubles excités par les querelles de religion, et des encouragements que les puissances catholiques ofltraient aux révoltés de tous les partis , la vieille cause des Irlandais de race panit reprendre quelque force; leur énergie se réveilla, et les bardes chantèrent qu'une nouvelle ftme était descendue dans Érin^ Mais Tenthousîaame que font naître les dissensions religieuses s'était aussi communiqué aux Anglo-Irlandais réformés, et même aux habitants de l'Angleterre, qui , vers la fin du xvi« siècle, allèrent servir dans les guerres d'Irlande avec plus d'ardeur que jamais, comme à une sorte de croisade protestante. Leur zèle fournit pour ces guerres à la reine Elisabeth plus d'argent et de troupes qu'aucun roi n'en avait obtenu avant elle. Reprenant avec de grands moyens et une grande activité l'oeuvre inachevée de la conquête , Elisabeth recouvra les provinces du nord et envahit celle de l'ouest, qui avaient résisté jusque-là. Tout ce territoire Ait divisé en comtés comme l'Angleterre et administré par des Anglais, qui, voulant, comme ils le disaient, civiliser les Mandcns sauvages ^ les firent périr, par milliers, de faim et de misère.
1 Sir Bicfaard Muignive, Mi'rooire of the difléreiit rébellion in Ireland. t 1, p. 74 et •uIt.
2 Voyes TranaieUonêor the bU)enitMi Society of Dublin.
1580. Jacquei l^' poursuivit Touvrage de cette civilisation, en s*emparant d*un grand nombre de chefs et en les faisant juger à Londres pour crime de rébellion présente ou passée. Selon la vieille loi angla normande , ils furent condamnés à perdre leurs domaines, comme félons envers leur seigneur lige ; et l'on eut soin de comprendre sous ce nom de domaines toute retendue de pays occupée par les clans qu'ils régissaient, attendu qu'en Angleterre les tenanciers de chaque seigneurie n'étaient que les fermiers du lord à des termes plus ou moins longs. Au moyen de cette assimilation forcée, de deux ordres de choses entièrement différents, le roi Jacques confisqna en Irlande des cantons entiers, qu'il vendit par lots à des entrepreneurs de colonisation, appelés en auglm^adventurers. Les clans dépossédés se réfugièrent dans les forêts et les montagnes, et en sortirent bientôt pour attaquer à main armée les nouvelles colonies anglaises ; mais ils furent repoussés par des forces supérieures, et alors la province d'Ulster , qui avait été le principal théâtre de la guerre, fut déclarée forfaite , et tout titre de propriété annulé pour ses anciens habitants. 1610 On ne leur permit pas môme d'emporter avec eux leurs meubles, et leu. une compagnie de capitalistes s'établit à Londres pour exécuter sur un plan uniforme la colonisation de ce pays. Us engagèrent un grand nombre de laboureurs et d'artisans écossais, qui s'embarquèrent à la pointe du Galloway et allèrent s'établir en Irlande, aux environs de Dery, qui devint, sous le nom de Londondery, une ville manufacturière. D'autres émigrés de la même nation passèrent successivement au nord de l'Irlande , et y formèrent une population nouvelle et un nouveau parti religieux ; car ils étaient zélés presbytériens, et, sous le rapport de la croyance, également ennemis des anglicans et des catholiques.
Les troubles survenus en Angleterre, au commeneement du règne de Charles I"^, encouragèrent de nouveau le parti des vieux Irlandais et celui des papistes d'Irlande , d'abord parce que la lutte où le gouvernement s'engageait contre le peuple anglais diminuait ses moyens d'action à l'extérieur , et ensuite parce que le penchant marqué du roi pour le catholicisme semblait promettre aux catholiques son appui , ou du moins son assentiment. La faction purement religieuse s'insurgea la première, sous la conduite d'un Anglo-Irlandais, George Moor, contre ce qu'elle appelait la tyrannie des hérétiques. Elle
obtint peu de succès, tant que la portion du peuple qui nourrissait iuo contre les Anglais une haine politique se tint en repos ou ne lui prêta leu. point secours; mais dès que les Irlandais de race , conduits par Pbélim O'Connor, eurent pris parti dans la guerre civile, cette guerre fut poussée plus vivement , et eut pour objet ; non le triomphe des catholiques, mais Fextirpatîon de toutes les colonies étrangères, d'ancienne ou de nouvelle date. Les colons presbytériens de TUlster et les habitants anglicans des provinces de Touest furent attaqués dans leurs maisons aux cris de : Vive Érin! Erin go bragh! et Ton porte à près de quarante mille le nombre des personnes qui périrent alors par différents genres de mort.
Le bruit de ce massacre fit une vive impression en Angleterre; et quoique la victoire obtenue par les hommes de race irlandaise fût un grand coup porté à la puissance du roi , le parlement Faccusa d'avoir contribué au massacre des protestants. Il s'en défendit avec chaleur j et, pour écarter tout soupçon, envoya en Irlande des troupes qu'il eût voulu conserver en Angleterre pour le maintien de son autorité. Le parlement donna d'avance les terres des rebelles à ceux qui fournirent de l'argent pour les frais de la guerre. L'armée anglaise ne fit quartier à aucun Irlandais; on ne voulut pas même accepter la soumission de ceux qui offraient de poser tes armes, et le désespoir excité par ces représailles donna de nouvelles forces aux fanatiques de religion ou de patriotisme. Quoique avec des moyens militaires beaucoup moindres, ils résistèrent aux Anglais, et reconquirent même sur eux la province d'Ulster, dont ils chassèrent beaucoup de familles de ra.ce écossaise. Redevenus ainsi maîtres de la plus grande partie de l'Irlande , ils formèrent un conseil d'administration nationale , composé d'évéques , d'anciens chefs de tribus, de seigneurs féodaux d'origine anglo-normande, et de députés choisis dans chaque province par la population indigène.
Lorsque la guerre civile eut éclaté entre le roi et le parlement d'Angleterre, l'assemblée nationale des Irlandais entretint des intelligences avec l'un et l'autre de ces deux partis, offrant de s'attacher à celui qui reconnaîtrait le plus entièrement l'indépendance de l'Irlande; Quelle que fût l'habileté diplomatique naturelle aux Irlandais, il était diflicile qu'il s'opérât un rapprochement formel entre eux et les parlementaires; car ces derniers se montraient alors animés d'une
3&0 GONCLUSJON.
**^ grande haîoe contre les papistes : le roi s*accorda plus aisément et
IM4. plus promptement avec les confédérés. Par un traité signé à Glaoaorgan, ils s'engagèrent & lui fournir dix mille hommes; et, en retour, il leur fit des concessions qui équivalaient presque h Tabdicatigo de sa
1644. royauté quant à Tlrlaude. Cet accord ne tint pas; mids ce fut le roi qui le viola le premier, en y substituant une convontiop privée avec ceux des Anglo-Irlandais qui avaient épousé la querelle des royalistes d'Angleterre , et à la tête desquels se trouvait le duc d'Ormond* La masse des confédérés , qui , ayant pour objet une séparation totale n'était pas plus royaliste que parlementaire, resta en dehors de cette alliance, et même le parti papiste s'en trouva exclu, parée qu'on n'y avait stipulé que des intérêts politiques. Sous la conduite du nonce du pape, il s'unit plus étroitement que jamais au parti indi-
464S. gène, qui reconnaissait pour chef un homme du nom d'O'Neil; mais les intrigues du nonce et l'intolérance des prêtres, qui avaient pris un grand empire sur la multitude peu éclairée , brouillèrent encore une fois les affaires du peuple irlandais, par la confusion de la camuse religieuse avec la cause patriotique. Quelques hommes d'un esprit fenne continuèrent seuls d'envisager ces deux intérêts d'une manière distincte; et, après la condamnation à mort de Charles I"'', ils entamé* rent des négociations avec les fondateurs de la république , pendant que les anglicans et les presbytériens d'Irlande, s' unissant au duc d'Ormond , proclamaient la royauté de Charles II.
4649. Les républicains alarmés firent partir pour l'Irlande leur plus grand homme de guerre , Olivier Cromwell , qui , dans l'ardeur de son zèle et l'inflexibilité de sa politique, fit à tous les partis une guerre d'extermination, et même entreprit d'achever totalement et pour toujours la conquête de l'ile. Après avoir distribué à ses troupes, qui manquaient de solde, des terres enlevées aux rebelles, il renouvela sur un plus vaste plan la grande expropriation exécutée par Jacques l^.
1650 Au lieu d*expulser les Mandais maison par maison et village par village, ce qui leur donnait le moyen de se rassembler dans les forêts voisines, on assigna pour unique habitation à tous les indigènes , et aux Anglo-Irlandais catholiques, la province occidentale de Connaught. Tous reçurent l'ordre de s'y rendre, dans un délai fixé, avec leurs familles et leurs meubles; et quand ils y furent réunis, on forma autour d'eux un cordon de troupes, et l'on décréta la peine
CONCLD&ÎON. 8W
de mort eontie quiconque Le traverserait. L'immense étendue de *6fio. terrain qui resta vacante fut vendue par le gouvernement à une société de riches cafûtalistes, qui la revendirent par lots à de nouveaux colons, ou à des entrepreneurs de colonies.
Ainsi s'éleva en Mande , à côté des Irlandais de race , des anciens leso Anglo-Irlandais et des Écossais presbytériens , une cpiatrième popu- leeo. lation mal regardée par les premières , soit à cause de son origine , soit à cause de la nouveauté de son établissement dans le pays. Il n'y eut entre elles aucune discorde sérieuse/ tant que la république d'Angleterre resta puissante, sous le protectorat de Cromwell; mais, après sa mort , lorsque le gouvernement anglais tomba en anarchie , il se forma aussitôt en Irlande , pour la restauration des Stuarts, un parti composé en majorité d' Anglo-Irlandais protestants ou catholiques, et seulement d'un petit nombre d'indigènes. La masse de ces derniers, ennemie par instinct de toute entreprise tendant à placer le pays sous la puissance d'un Anglais, loin de donner son adhésion au parti de Charles II , se mit en opposition ouverte , lorsqu'il s'agit de le proclamer roi de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. La dispute des Irlandais purs avec les royalistes s*échauffa au point que de part et d'autre on prit les armes, et qu'il y eut plusieurs rencontres; mais les amis des Stuarts, qui réunissaient dans leur parti tous les colons anciens et nouveaux , l'emportèrent sur une population que le der^ nier gouvernement avait désorganisée et appauvrie.
Charles II , qui sentait que son rétablissement provenait de la lassi- imo. tude des partis, évitant avec soin tout ce qui pourrait les ranimer, changea peu de chose en Irlande. Il résista en général aux demandes que faisaient les indigènes et les papistes pour rentrer dans leurs biens occupés par les soldats ou les nouveaux colons. Mais sous le règne de son successeur Jacques II , qui était catholique, le parti catholique less. prit , à l'aide de l'autorité royale , un grand ascendant en Irlande. Tous les emplois civils et militaires furent donnés à des papistes , et le roi , qui doutait de l'issue de la lutte qu'il soutenait en Angleterre contre l'opinion publique , essaya d'organiser en Irlande une force capable de l'appuyer. Ce fut dans cette lie qu'après sa déposition jl alla chercher un refuge. II réunit à Dublin un parlement composé de papistes et d'Irlandais indigènes. Ces derniers demandèrent au roi Jacques, préalablement à toute autre discussion, de reconnaître l'en-
m œNCLusîoN,
4065. tièrè indépendance de l'Irlande ; le roi s'y refusa , ne voalant abandonner aucune de ses anciennes prérogatives y et il offrit, comme moyen d'accommodentent , de ne tolérer à Tavenir d'autre culte que le catholicisme. Mais les Irlandais, inébranlables dans leurs vues d'aiiranchissement politique, répondirent, par un message, que, puisqu'il se séparait de leur cause nationale, ils feraient leurs affiiires
iftM. sans lui * . C'est au milieu de ces dissensions que le nouveau roi d'Angleterre , Guillaume III , descendit en Irlande avec des forces considérables, et gagna sur les deux partis confédérés des vieux Irlandais et des papistes la bataille décisive de la Boyne.
1690 La conquête de l'Irlande par Guillaume III fut suivie de confisca-
47SS. ^^^^ ^^ d'expropriations qui- implantèrent encore dans l'Ile une nouvelle colonie anglaise, autour de laquelle se rallièrent les protestants zélés et tous les amis de la révolution , qui prenaient le titre d'orangistes (orang-men). Toute l'administration des affaires publiques passa entre leurs mains, et les catholiques n'exercèrent plus le moindre emploi; mais les protestants qui les opprimaient furent opprimés eux-mêmes par le gouvernement d'Angleterre , comme l'avaient tou- i jours été, depuis cinq siècles, les Anglais établis en Irlande. On gêna I leur industrie et leur commerce par des prohibitions, et l'on ne permit que très-rarement au parlement irlandais de s'assembler. Sous la reine Anne, ce parlement fut privé du peu de droits qui lui restaient; et, comme pour atténuer c^ tort aux yeux des anglicans et les étourdir sur leur intérêt propre en flattant leur animosité religieuse, i on persécuta individuellement les papistes. Il leur fut défendu d'ac- | quérir des terres , ou des fermages à long terme , et même d'élever leurs enfants chez eux. Mais la conununauté de souffrance, quoiqu'à un degré fort inégal , réunit dans une même opposition les protestants et les catholiques anglo-irlandais ou irlandais de race, qui formèrent un nouveau parti entièrement politique , sous le nom de parti
47i5. des patriotes. Ils s'accordaient tous sur un point , la nécessité de 1 rendre l'Mande indépendante de l'Angleterre^ mais les uns formaient ce désir en haine du gouvernement seul , et les autres en haine de la nation , ou, pour mieux dire , de la race anglaise. C'est ce que
< Sir Richard Musgrave, Memoin of the différent rebellions in Ireland, foI. I, p.S4
prouvent des satires composées au milieu du siècle dernier contre <''<'• les enfants d'Erin qui apprenaient et parlaient l'anglais *.
Le piurti patriote se fortifia par degrés , et en vint plusieurs fois aux mains avec le parti anglais , sur le bruit ^ fondé ou non, qu'on avait dessein de supprimer définitivement le parlement d'Irlande. Vers le même temps, les grands propriétaires des comtés du sud et de Test conomencèrent à convertir en prairies leurs terres labourables, et à enclore les pâturages communs pour augmenter leur revenu par réducation des bestiaux. Ce changement agricole occasionna l'expulsion d'un grand nombre de petits fermiers , la ruine de beaucoup de familles pauvres, et une grande cessation de travail pour les journaliers , la plupart Irlandais de race et catholiques. Les laboureurs 476o congédiés , ou demeurés sans ouvrage , et ceux qui croyaient avoir nés. autant de droits que le seigneur lui-même sur les terrains où , de temps immémorial, ils avaient fait paître leurs moutons, se rassemblèrent en troupes, et s'organisèrent. Armés de fusils, de sabres, de pistolets , et précédés de cornemuses , ils parcouraient le pays , brisant les clôtures , mettant à contribution les protestants , et enrôlant les catholiques dans leur association , qui prenait le nom de société des Enfants blancs ( White Boys) , à cause d'une souquenille blanche qu'ils portaient tous comme signe de ralliement^. Plusieurs personnes d'origine irlandaise, ayant quelque fortune, entrèrent dans cette association , qui négociait , à ce qu'il parait, avec le roi de France et le fils du Prétendant, Charles-Edouard, lorsque ce dernier fut défait à Culloden. On ne sait pas précisément quels étaient leurs projets politiques, il est probable qu'ils auraient agi de concert avec l'expédition française que devait commander M. de Conflans *; mais, quand la France y eut renoncé, les efforts des Enfants blancs se bornèrent à une petite guerre contre les agents de l'autorité royale.
Dans les comtés du nord , une autre association se forma sous le nom de Cœurs de chêne (Hearts of Oak) ; ceux qui en étaient membres portaient, pour se reconnaître, une branche de chêne à leurs chapeaux : des fermiers, évincés à l'expiration de leurs baux, s'unirent
> TransacUons of tbe hibernian Society of Dublin.
s Sir RicbardMiugraTe, Mémoire of the différent rebeliions in Ireland, toI. 1, p. 36.
• Ibid., p. 88.