II. S
4780 et s'armèrent aussi , sous le nom de Cœurs éP acier (Hearts of Steel);
47a. et enfin une société plus étroitement liée parut dans les provinces du sud, sous le nom d'Enfants du droit (Right Boys). Tous ceux qui s'y affiliaient juraient de ne payer de dime à aucun prêtre, même catholique , et de n'obéir aux ordres de personne , excepté à ceux
4768. d'un chef mystérieux appelé le Capitaine Droit (Gapitan Rîght)*. Ce serment était si bien observé, que, dans beaucoup de lieux , les officiers du gouvernement ne purent trouver, à aucun prix, des hommes pour exécuter les jugements rendus contre les Enfants du droit.
Pendant que la lutte de ces diverses associations contre Tautorité civile et militaire, occasionnait dans le pays une foule de désordres et de brigandages, quelques propriétaires et des jeunes gens de familles riches et protestantes , imaginèrent de former , sous le nom de volontaires (volunteers), une contre-association dans le seul but de maintenir la paix publique; ils s'équipèrent, à leurs frais, d'armes et de chevaux, et firent des patrouilles , de nuit et de jour, dans les
4775 lieux où il y avait du trouble. La rupture de l'Angleterre avec ses
1780. colonies de l'Amérique septentrionale, venait de lui attirer une déclaration de guerre de la part de la France , de l'Espagne et de la Hollande. Toutes les troupes employées en Irlande furent rappelées , et ce pays resta exposé aux agressions des trois puissances et des corsaires qu'elles avaient en mer. Les grands propriétaires anglo-irlandais firent à ce sujet de vives réclamations auprès du ministère , qui leur répondit : « Si vous voulez être en sûreté , armez-vous et défen- 0 dez-vous vous-mêmes. »
La classe riche profita avec beaucoup de zèle de cette autorisation. Les compagnies de volontaires qui s'étaient formées précédemment servirent de modèle et de noyau pour l'organisation d'un corps de milices nationales, qui, sous le même nom, s'éleva bientôt au nombre de quarante mille hommes. Comme il était composé, en presque totalité, d'Anglo-lrlandais protestants, le gouveniement en eut peu de défiance, et lui fit présent d'une grande quantité d'armes et de munitions de guerre. Ceux qui conçurent la première idée de cette grande association militaire n'avaient d'autre objet que la défense du sol irlandais contre les ennemis de l'Angleterre > mais l'Irlande
> Sir Richard ViugraYe, Memoin of Uie différent rebeliioDS of Ireland, roi, i, p. BS.
était si malheureuse, toutes les classes d'hommes y éprouvaient tant tts de vexations, que dès Tinstant où les volontaires sentirent leur force ^j^q. Us résolurent de l'employer à rendre meilleure, s'il était possible, la situation du pays. Il se développa entre eux un nouvel esprit de patriotisme qui embrassait dans une même affection tous les habitants de nie, sans distinction de race ni de culte. Les catholiques qui voulaient entrer dans l'association des volontaires, y étaient reçus avec empressement, et on leur distribuait des armes, malgré l'ancienne loi qui réservait aux seuls protestants la faculté d'en avoir. Les soldats anglicans donnaient le salut militaire et portaient l'arme aux aumôniers des régiments catholiques * ; des moines et des ministres de l'église réformée se prenaient la main et se faisaient fête mutuellement.
Dans chaque province, les volontaires tinrent des conciliabules politiques, qui s'accordèrent tous à envoyer quelques députés pour former une assemblée centrale , avec plein pouvoir d'agir comme représentant la nation irlandaise ^. Cette assemblée, réunie à Dublin, prit différentes résolutions, toutes fondées sur le principe que le parlement anglais n'avait aucun droit de faire des lois pour l'Irlande, et que ce droit résidait tout entier dans le parlement irlandais. Le gouvernement, tout occupé de la guerre contre les nouveaux États- itso. Unis d'Amérique, et n'ayant aucune force capable de contre-balancer en Irlande l'organisation des volontaires, reconnut, par un bill passé en 1783, l'intégrité des droits législatifs des deux Chambres irlandaises. Vhabeas corpus ^ ou la garantie de tout sujet anglais contre une détention illégale, fut môme , pour la première fois, introduit en Irlande. Mais ces concessions forcées étaient loin d'être faites itss. de bonne foi ; et dès que la paix eut été conclue, en 1784 , les agents 47S4. du ministère commencèrent à parler aux volontaires de se dissoudre comme inutiles, et à ordonner, suivant la loi, le désarmement des catholiques. Plusieurs régiments déclarèrent qu'ils ne quitteraient leurs armes qu*avec l£^ vie , et les protestants , souscrivant à cette déclaration , firent publier que leurs sous-ofBciers et leurs propres armes seraient à la disposition de tout Irlandais qui voudrait s'exercer aux manœuvres militaires '.
« Sir Richard Musgrave, Mémoire of Uie différent rebellions in Ireland, vol. 1, p. M elM. - Mbid.»p.n. - s Ibié., p.Wei59.
356 CONCLOSION.
1784 Cet esprit de tolérance mutuelle fut considéré comme extrême- 1 Tgg ment redoutable par le gouvernement anglais , et il employa toute sa politique à le détruire et à réveiller les anciennes haines de religion et de nation. Il y réussit ^ jusqu'à un certain point, en mettant obstacle k la réunion des assemblés politiques et des clubs de volontaires, et en eflrayant ou en séduisant beaucoup de membres de cette société. Les plus riches désertèrent les premiers, parce qu'ils étaient, en général, plus circonspects et moins passionnés que les gens de condition inférieure. Privée de ses anciens chefs, Tassociation tomba dans une sorte d'anarchie , et l'influence des hommes peu éclairés s'y fit sentir par l'oubli graduel du grand principe de nationalité qui, un moment, avait effacé toutes les distinctions de partis. A la suite de quelques rixes individuelles , les plus fanatiques d'entre les protestants conunencèrent , dans certains cantons, à désarmer de force les papistes. Ils se formèrent, pour cet objet, en société, sous le nom d'Enfants du point du jour (Peep of day Boys), parce que c'était en général à cette heure qu'ils faisaient leurs descentes dans les maisons des catholiques. Ceux-ci, pour se garantir de leurs violences, formèrent, sous le nom de Défenseurs (Defenders), une contre-association qui ne se bornait pas toujours à la défense , et attaquait les protestants par représailles. Elle se recruta graduellement de tous les catholiques qui se retiraient de la société des volontaires, dont la dissolution devint complète dans toutes les provinces, excepté à Dublin, où elle se conserva comme institution de police municipale. La société des Enfants du point du jour n'ayant, à ce qu'il parait, aucun grand objet politique, se bornait à des vexations partielles contre ses antagonistes; mais les Défenseurs, en majorité de race irlandaise, prirent pour esprit de corps l'aversion instinctive des indigènes de rir^nde contre les colons étrangers. Soit souvenir d'une ancienne alliance , soit conformité de caractère et de mœurs , les Irlandais de race avaient pour les Français plus de penchant que pour aucune autre nation ; les chefs des Défenseurs, qu^, pour la plupart, étaient prêtres ou moines , entretiqrent des intelligences avec le cabinet de Versailles , dans les années qui précédèrent la révolution de France. 4789. ^^^ révolution frappa vivement les plus patriotes d'entre les Irlandais de toutes les sectes. Il y avait alors à Dublin un comité catholique , formé de personnes riches et de prêtres de cette religion qui
se chargeait de transmettre au gouvernement les plaintes et les itw. réclamations de leurs coreligionnaires. Jusque-là ils s'étaient bornés à d'humbles suppliques, accompagnées de protestations de dévouement et de loyauté; mais tout à coup, changeant de langage , la majorité des membres du comité catholique décida qu'il était urgent de revendiquer, comme un droit naturel, l'abolition des droits contre le catholicisme, et d'inviter tous les catholiques à s'armer pour Tobtenir. Dans le même temps , il se forma à Belfast , dans la province ns» d'Antrym , pays habité par les colons écossais introduits en Irlande 1790. sous Jacques !•', un club presbytérien , dont l'objet spécial était de s'occuper de l'état politique de l'Irlande et des moyeqs de le réformer. Le comité de Dublin ne tarda pas à proposer à ce club une alliance fondée sur la communauté d'intérêt et d'opinion, et les présidents de ces deux assemblées , dont l'un était prêtre catholique et l'autre ministre calviniste , entretinrent une correspondance politique. Ces relations amicales devinrent le fondement d'une nouvelle association, celle des Irlandais-unis ^ dont l'objet était de rallier une seconde fois dans un même parti, tous les habitants de l'Ile. Il s'établit dans beaucoup de villes , et surtout dans celles de l'est et du sud, des clubs d' Irlandais-unis , tous organisés sur le même modèle , et régis par des statuts semblables. Les différents partis, réunis dans cette nouvelle alliance , se firent des concessions mutuelles : les catholiques publièrent une explication de leur doctrine, et le désaveu de toute hostilité contre les autres secles chrétiennes; la plupart même firent l'abandon formel de toute prétention sur les terres enlevées, en différents temps, à leurs ancêtres.
Ainsi le gi'and ressort de la domination anglaise en Irlande était brisé par la réconciliation de toutes les classes d'habitants; le gouvernement prit des mesures vigoureuses contre ce qu'il appelait, d'un mot nouveau, l'esprit révolutionnaire. Vhabeas corpus fut suspendu; mais l'association des Irlandais-unis n'en continua pas moins de se recruter dans toutes les provinces , et d'entretenir des rapports d'amitié avec la nation qui invitait toutes les autres à se rendre Ubres comme elle. La fête de la Fédération française fut célébrée à Dublin ,1790. le 14 juillet 1790, et dans le cours de 1791 beaucoup d'adresses ^94 furent envoyées de toutes les parties de rirlande à l'Assemblée con- ^^^
4794 stituante * . Lorsque les rois coalisés à Pilnitz eurent déclaré la guerre 4;j,3. à la France, les Irlandais-unis de Belfast votèrent des secours d'a^ gent pour les armées françaises, et la même société provoqua dans plusieurs villes des réjouissances.publiques au moment où Ton apprît la retraite du duc de Brunswick ^. £n général , les patriotes irlandais s'étudiaient à suivre et à imiter le mouvement de la révolution française. Ils établirent une garde nationale, à Tinstar de celle de France; et les soldats de ce corps, habillés et armés par souscription, prirent 4793 rhabitude de se saluer entre eux par le nom de citoyen. En 1793, ils 47tf5. devinrent tous républicains de langage et de principes : anglicans, calvinistes et papistes se réunirent dans cette opinion ; et Tarchevéque catholique titulaire de Dublin , dans une de ses lettres pastorales, essaya de prouver, par l'exemple des républiques italiennes du moyen ftge, que les catholiques étaient les créateurs de la démocratie moderne '.
Le mauvais succès de la révolution française porta un grand coup à la puissance des Irlandais-unis ^ en diminuant leur propre confiance dans rinfaillibilité de leurs principes, et en prêtant une sorte d'autorité aux accusations de leurs ennemis. Le ministère anglais saisit rinstant où se manifestait cet ébranlement de Topinion , pour faire aux catholiques une concession qu'il avait refusée jusqu^alors. Il leur rendit la faculté d'élever leurs enfants , et l'exercice d'une partie de leurs droits politiques ; ce qui devait lui fournir le DQoyen de présenter aux papial^s l'union irlandaise comme désormais inutile pour eux, et s'ils continuaient à s'agiter , de les rendre odieux aux auti'es sectes, en leur imputant le dessein secret d'exterminer les protestants. Les bandes de Défenseurs qui parcouraient encore quelques provinces accréditèrent ces imputations; et les anglicans du Gonnaught , que leur petit nombre au milieu des Irlandais de race rendait plus faciles à effrayer, s'armèrent spontanément vers l'année 1795. ^"79^9 et s'organisèrent en associations sous le nom d'Oran^e-men, orangistes. I^ur dogme politique était le maintien rigoureux de Tordre de choses établi par Guillaume III, et de toutes les lois oppres-
> Sir Riehird Musgravc, Mémoire of the différent rebellions in Iraland, vol. I, p. 433 3 Ihid., p. 134.
* lbid.,p. U«.
CONCLUSIO;^. 359
sives portéeg, depuis son règne, contre les catholiques et les hommes m», de race irlandaise. Ds déployèrent, dès le commenceine nt de leur oi^anisation, un fanatisme qui les rendit redoutables à ceux d'entre leurs voisins' qui différaient avec eux de croyance ou d'origine : près de quatorze cents familles catholiques émigrèrent, vers le sud et vers Test, pour échapper à cette nouvelle persécution.
Quelques actes de cniauté commis par les orangistes envers les «795 catholiques excitèrent contre eux une grande haine , et Ton mit sur 4799. leur compte toutes les violences exercées par les agents militaires et civils du gouvernement, comme la torture infligée aux suspects, et la destruction des imprimeries. Un homme accusé d'orangtsme devenait, par cela seul « l'objet' de la vengeance populaire ; et comme cette accusation était vague , îl était facile aux malintentionnés de s'en servir pour sacrifier qui ils voulaient ; tout protestant pouvait craindre de Tencourir. Le lien de Funion irlandaise se trouvait singulièrement affaibli par cette hfiine et cette défiance mutuelle des deux partis religieux ; pour y remédier par une organisation plus compacte, on substitua k Tassociation patente une afRliation secrète , fondée sur le serment et sin* Tobéissanc^ passive à des chefs dont les noms n'étaient connus que d'un petit nombre des associés. La société était partagée en petites réunions communiquant entre elles par le moyen de comités su])érieurs, formés de députés pris dans leur sein. n y en avait de cantonaux et de provinciaux; et au-dessus de ces comités se trouvait un directoire de cinq membres, qui régissait toute Tunion , composée de près de cent mille hommes. Les chefs supérieurs et inférieurs formaient une hiérarchie militaire avec les grades de lieutenant, capitaine, chef de bataillon, colonel, général et généralissime ; tout afBlié ayant quelque fortune devait se munir , à ses frais , d'armes à feu , de poudre et de balles. On distribuait par souscription, à ceux qui étaient pauvres, des piquer, dont les membres de l'union, ouvriers en fer et en bois, fabriquèrent promptement un grand nombre. Ce nouveau plan d'organisation s'exécuta en 1796 dans les provinces de Munster, de Leinster et d'Ulster; mais "96. celle de Gonnaught demeura en retard, à cause de la vigilance des orangistes et de l'appui qu'ils prêtaient aux agents de Tautorité \
1 Sir Richard Muagrave, Ifemoirs of the différent rebellions in Ireland, vol. 1, p. 458.
1796. Parmi les hommes que l'union irlandaise reconnaissait comme ses chefs supérieurs, il s'en trouvait d'origine et de religion différentes : Arthur O'Connor, qui passait dans Topinion populaire pour descendre du dernier roi de toute llriande ; lord Edouard Fitz Gérald, que son nom rattachait encore à la vieille famille normande des fils de Gérauld; le père Quigley, Irlandais de naissance et papiste zélé;
• enfin, Théobald Wolf-Tone, avocat, d'origine anglaise, professant les opinions philosophiques du xviu* siècle. Des prêtres de toutes les communions étaient membres de la société : en général, ils y occupaient des grades élevés, mais ils ne montraient point de jalousie entre eux, ni même de méfiance contre les doctrines peu religieuses de quelques-uns des affiliés. Us invitaient leurs paroissiens à beaucoup lire, et toute espèce de livres, à former des réunions de lecture chez les maîtres d'école ou dans les granges. Quelquefois on voyait les mmistres d'un culte aller prêcher dans les églises de l'autre; un auditoire composé par moitié de catholiques et de calvinistes écoutait avec recueillement le même sermon , et recevait ensuite à la porte de l'église une distribution de brochures philosophiques, telles que rAge de la raison, de Thomas Payne, imprimé à Belfast à un trèsgrand nombre d'exemplaires*.
Cette tendance à subordonner ses habitudes ou sa croyance particulière au but ou aux ordres de l'union se faisait remarquer dans le bas peuple par une abstinence totale de liqueurs fortes, difficile à supporter sous un climat humide et froid. Le directoire la recommanda, en 4796, à tous ses subordonnés, afin que chacun cessât de payer au gouvernement anglais les taxes mises sur les boissons^; et vers la fin de cette même année, il annonça, par des circulaires imprimées, l'arrivée prochaine d'une flotte firançaise. En effet, quinze mille hommes, partis de France sous la conduite du général Hoche, arrivèrent dans la baie de Bantry ; mais une tempête qui dispersa leurs vaisseaux empêcha le débarquement.
796 Cet incident imprévu et la lenteur du Dii'ectoire exécutif de France à préparerune seconde expédition donnèrent au gouvernement anglais le loisir de travailler activement à la ruine de l'union irlandaise. On fit, plus -fréquemment que jamais, des visites de jour et de nuit
I Sir Richard Mu8graYe,Memoir3of the différent rebeUions in Irdand, toI. I, p. IM. 3 Ibid., p. sse.
chez les personnes suspectes. Dans les lieux où Ton supposait qu'il y avait des annes cachées, on forçait les habitants à les découvrir , itm. en les soumettant, s'ils refusaient de répondre, à plusieurs genres de tortures : les plus ordinaires étaient de pendre à demi , de fouetter jusqu'à Texcoriation y et d'arracher ies cheveux et la peau de la tête au moyen d'une calotte de poix. Les Irlandais , poussés à hout *'^par ces cruautés , résolurent de commencer l'insurrection sans attendre l'arrivée des Français; on fabriqua des piques, et l'on fondit des balles avec une nouvelle activité. Le gouvernement s'aperçut de ces dispositions, parce que de grands arbres, dans le voisinage des villes , étaient coupés et enlevés de nuit , que les gouttières de plomb disparaissaient de toutes les maisons, et que les catholiques se rendaient plus fréquemment que de coutume à l'église et au confessionnal*. Mais, malgré ce surcroît de zèle, leur bonne intelligence avec les protestants ne cessait point ; un homme qui , au commencement de 1798, fut exécuté à Carikfergus, comme agent des Irlandais-unis y marcha liu supplice , accompagné d'un moine et de deux ministres presbytériens.
Dans cette situation des choses et des esprits, l'un des délégués de la province de Leinster à l'union irlandaise, sans être pressé d'aucun danger imminent, ni gagné par des offres considérables , mais pris subitement d'une sorte de terreur panique, alla dénoncer à un magistrat de Dublin , partisan du gouvernement, le lieu où le comité dont il était membre devait tenir une de ses séances. Sur cette information, on saisit treize personnes , et beaucoup de papiers qui en compromirent d'autres. Il y eut de nombreuses arrestations; et quatre jours après , un rassemblement de plusieurs milliers d'hommes, armés de fusils et de piques, se forma à quelques milles de Dublin et marcha contre la ville ^.
C'était le commencement de l'insurrection des Irlandais-unis ^ qui s'étendit en un moment sur tout le pays entre Dublin et les montagnes de Wiklov^, interceptant toute communication entre la capitale et les provinces du sud. Les précautions de défense prises à Dublin, où il y avait beaucoup d'artillerie, mirent cette ville à couvert de l'at-
• Sir Richard MuflKnive,Meinoin or tbe différent rebellions in Ireland, vol. I,p. 947, S49 et Buiv.
* Ibid., p. U7 et raiY.
taque des insurgés; mais plusieurs autres moins considérables toml)èrent en leur pouvoir. Le premier combat qu'ils soutinrent en campagne contre les troupes royales eut lieu sur la colline de Tarra, où s'était tenue , dans les anciens temps, rassemblée générale du peuple irlandais. Les bataillons des Irlandais-unis avaient des drapeaux verts sur lesquels était peinte une harpe surmontée, au lieu de couronne, d'un bonnet de liberté , avec les mots anglais liberty or dealhy ou la devise irlandaise Erin go hragh. Ceux qui étaient catholiques portaient sur eux, en allant au combat, des absolutions signées d'un prêtre, et sur lesquelles était dessiné un arbre de liberté ; on trouvait fréquemment dans les poches des morts des livres de litanies, avec des traductions des chansons républicaines de France'.
Les prêtres catholiques , qui avaient presque tous des grades dans l'armée des insurgés , employaient leur influence à empêcher que les protestants qui n'étaient pas membres de l'union, mais contre lesquels elle n'avait aucun grief politique, fussent maltraités. Ils en sauvèrent plusieurs sur le point d'être victimes du fanatisme qui animait les derniers rangs de l'armée, et leur mot habituel était : Ce n^est point une guerre de religion. Quels que fussent d'ailleurs leurs excès, les insurgés respectèrent toujours les femmes*, ce que ne faisaient point les orangistes, ni même les officiers de l'armée anglaise, malgré leurs prétentions à l'honneur et aux belles manières. Ces militaires, qui reprochaient amèrement aux rebelles le meurtre d'un seul prisonnier, remettaient les leurs sans aucun scrupule entre les mains du bourreau, parce que, disaient-ils, c'était la loi. Il y eut des provinces entières en révolte, où pas un protestant ne fut tué; mais aucun des révoltés pris les armes à la main n'obtint sa grftce; aussi les chefs des Irlandaiê-unis disaient^-ils énergiquement : Nous nous battons la corde au cou.
Selon les instructions du directoire irlandais, l'insurrection aurait dû commencer le même jour et à la même heure dans toutes les villes ; mais l'arrestation des chefs, en forçant les personnes compn>mises d'éclater, pour n'être pas prévenues, détruisit le concert, qui seul pouvait assurer le succès de cette périlleuse entreprise. Le mou-
t Sir Richard Vmgrave, Memoln of Uie différent rebeUions in Irdand, foI. I , p. 543 et Butv.
* Ibid., p. 585.
vement ne s'opéra que de proche en proche ; et les affiliés éloignés de Dublin, ayant le temps de Réfléchir, suspendirent leur coopération active, attendant, pour se déclarer, que Tinsurrection eût atteint certaines limites territoriales. Kn très-peu de temps elle s'étendit jusqu!à Wexford, où fut installé un gouvernement provisoire, sous le nom de Directoire exécutif de la république iriandiûse. On arbora le drapeau yert sur les arsenaux et les édifices publics, et quelques petits bâtiments furent armés en course sous le pavillon des insurgés *. Ils établirent près de Wexford, sur une colline appelée Vinegar-Hill , un camp retranché qui devint leur quartier général. Ils y avaient quelque artillerie ; mais , manquant entièrement de pièces de campagne, ils étaient forcés, pour pénétrer dans les villes, de s'élancer à la course contre le canon de Tennemi , et mettaient souvent de la gaieté dans ce genre de combat , le plus meurtrier de tous '. A l'attaque de Ross, dans le comté de Cork, une pièce de gros calibre, placée à l'une des portes , tirait à mitraille et arrêtait les assaillants , lorsqu'un homme, se jetant eu avant de tous les autres , arriva jusqu'à la bouche de la pièce, et y enfonça le bras en criant : c A moi j enfants , je lui ferme la bouche * ! »
Les chefs des insuiigés , pensant que la prise de la capitale déterminerait toutes les villes qui hésitaient encore, tentèrent sur Dublin une attaque si hardie, qu'elle pouvait sembler désespérée; elle échoua complètement, et ce premier mauvais succès fut fatal à la cause irlandaise. Bientôt une bataille perdue près de Wiklow fit retomber cette ville aux mains des troupes royales , et dès lors le découragement et la division se mirent dans les rangs des patriotes : ils accusaient leurs chefs et refusaient d'obéir, pendant qu'une armée anglaise s'avançait à marches forcées contre le camp de Vinegar-Hill. A l'aide de son artillerie, elle débusqua les insurgés, dont la plupart n'étaient armés que de piques , et les poursuivant dans la direction de Wexford, elle les obligea d'évacuer cette ville, où la nouvelle répubHque périt après un mois d'existence. Les hrlandais firent une sorte de retraite régulière, de colline en colline ; mais , comme ils n'avaient point de canons, ils ne pouvaient s'étaMir nulle part, et le
I Sir Richard Musgrave, Memoin of the différent rebellions in Ireland, vol. I, p. 506.
3 Ibid., p. 807.
aibid.
^f^- manque de vivres les força bientôt à se débander. On tortura les prisonniers pour les forcer à déclarer les noms de leurs chefs ; mais on ne put leur faire dénoncer que ceux qui étaient déjà morts ou prisonniers \ Ainsi finit Tinsurrection de Test et du sud, et pendant ses derniers moments il en éclata une autre dans le nord parmi les presbytériens de race écossaise.
Cette population , en général plus éclairée que les catholiques, avait dans les idées plus de calme et de fixité. Elle attendit pour agir que la nouvelle de la révolte du sud fût complètement confirmée. i
Mais le retard occasionné par cette circonspection donna le temps au gouvernement de prendre ses mesures ; et lorsque le soulèvement éclata par l'attaque d'Antrym, cette ville avait reçu, pour sa défense, de rinfanterie^ de la cavalerie, des canons et des obusiers. Les presbytériens, auxquels s'était joint un certain nombre de catholiques d'origine anglaise ou irlandaise , attaquèrent par trois côtés , n'ayant pour toute artillerie qu'une pièce de six livres de balles, en si mau- ! vais état qu'elle ne put tirer que deux coups, et une autre sans affût | jqu'ils avaient montée à la hâte sur un tronc d'arbre et deux petites roues de charrette. Un moment ils furent maîtres de la ville et d'une partie de l'artillerie anglaise ; mais de nouveaux renforts arrivés de Belfast les forcèrent à se retirer, pendant que quinze cents hommes, postés sur la route de Dery, interceptaient les secours qu'ils attendaient de ce côté.
L'insurrection éclata avec plus de succès dans le comté de Down, où les Irlandais, après avoir battu les troupes royales, établirent, près de Ballinàhinch , un camp à l'instar de celui de Vinegar-Hill. Là fut livrée une bataille décisive , où les insultés furent défaits , quoiqu'ils se fussent approchés des batteries anglaises jusqu'à mettre la main sur les pièces. Les soldats royaux reprirent Ballinahinck et châtièrent cette ville en la brûlant. Belfast, qui avait été en quelque sorte le foyer moral de l'insurrection, resta au pouvoir du gouvernement, et cette circonstance fit sur les insurgés du nord la même impression que l'attaque infructueuse de Dublin avait produite sur les autres. Leur découragement fut accompagné des mêmes symptômes de division : des bruits faux ou exagérés sur les cruautés commises par les
Sir Richard Musgravp. Mémoire oftbe différent rebelliODs in Irelaod , voi. I, p. 9M.
CONCLUSION. d65
catholiques contre les protestants des provinces méridionales , alar- i798. nièrent les presbytériens, qui se croyaient trahis, pensant que la lutte patriotique où ils s*étaient engagés dégénérait en guerre de religion ; ils acceptèrent une amnistie , après laquelle leurs principaux chefs furent mis en jugement et condamnés à mort^
La victoire du gouvernement anglais sur les insurgés de Leinster et d'Ulster détruisit Tunion irlandaise et, en partie, son esprit; les hommes de secte et d'origne différentes n'avaient plus guère de commun que leur dégoût de Tétat actuel des choses et Tespoir d'une descente des Français. A la nouvelle des derniers soulèvements, le .Directoire exécutif de France avait enfin cédé aux instances des agents irlandais, et leur avait promis quelques troupes qui débarquèrent dans Touest, un mois après que tout était fini au nord, à Test et au sud. C'était environ quinze cents hommes de Tarmée d'Italie et de celle du Rhin , commandés par le général Uumber. Ils entrèrent à Rillala, petite ville du^^omté de Mayo, et après avoir fait prisonniers tous les Anglais de la garnison , ils y arborèrent le drapeau vert des Irlandais-unis. Le général promettait , dans ses proclamations , une constitution républicaine sous la protection de la France, et il invitait les habitants , sans distinction de culte , à se joindre à lui. Mais dans ce pays, où avaient pris naissance les premières sociétés d'orangistes,les protestants étaient, en général, ennemis fanatiques des papistes et dévoués au gouvernement : peu d'entre eux se rendirent à l'appel des Français , et la plupart se cachèrent ou prirent la fuite. Les catholiques , au contraire , vinrent en grand nombre , et malgré tout ce qu'on disait alors de l'irréligion des Français , les prêtres n'hésitèrent pas à se déclarer pour eux , et encouragèrent de tout leur pouvoir leurs paroissiens à prendre les armes. Plusieurs de ces ecclésiastiques avaient été chassés de France par les persécutions révolutionnaires, et ceux-là ne montrèrent pas plus de répugnance que les autres à fraterniser avec les soldats ^. L'un d'entre eux alla jusqu'à offrir sa chapelle pour y établir un corps de garde. On composa de nouvelles chansons patriotiques, où les mots français ça ira, en avant/ étaient m^és, dans des vers anglais, à d'anciens refrains irlandais.
* Sir Richard Musgrave, Memoirs of the différent rebellions in Ireland, vol. 1, p. 80 à 400. — > Ibid., p. 418. - Ibid., toJ. H, p. U9.
1798. Les Français et leurs alliés marchèrent vers le sud, et à leur entrée à Baliina, trouvant sur la place un homme pendu au gibet pour avoir distribué des proclamations, tous les soldats, Fun après Tautre, donnèrent au cadavre Taccolade républicaine. La première rencontre eut lieu près de Castlebar, où les troupes anglaises furent complètement défaites, et, la nuit qui suivit cette bataille, des feux allumés sur toutes les hauteurs donnèrent le signal de Finsurrection aux habitants du pays situé eotre Gastlebar et la mer. Le plan des Français était de marcher sur Dublin le plus rapidement possible, en ramassant sur leur route les volontaires irlandais; mais la mauvaise intelligence qui régnait entre les protestants et les catholiques de Touest rendit le nombre de ces volontaires beaucoup moindre qu'il n'eût été dans les provinces orientales.
Pendant que les quinze cents hommes du général Humber avançaient dans le pays, sans que Finsurrection s'étendit k mesure, et qu'ainsi leur position devenait de plus en plus difficile, trente mille hommes de troupes anglaises marchaient contre eux de différents points *. Le général manœuvra longtemps pour les empêcher de se réunir; mais, forcé de livrer, à Ballinamuch, un combat décisif, il capitula pour lui et pour sa troupe , sans rien obtenir en faveur des insurgés , qui tirent seuls leur retraite sur KiUala, où ils essayèrent de se défendre. Us ne purent tenir ce poste; la ville fut prise et pillée par les troupes royales, qui» après avoir massacré un grand nombre d'Irlandais , dispersèrent les autres dans les montagnes et les forêts voisines. Quelques-uns s'y maintinrent par bandes, et continuèrent la guerre sous forme de brigandage ; d'autres, pour se dérober aux poursuites judiciaires, vécurent dans des cavernes dont ils ne sortaient jamais, et où leurs parents leur apportaient à manger^. La plupart de ceux qui ne purent se cacher de la sorte furent pendus ou fusillés.
I7M Au milieu de la désunion des difiërentes sectes et des d^érents 480t. P^^^^ irlandais, leur vieille haine contre le gouvernement anglais continua de se manifester par l'assassinat des agents de Fadminislration dans les lieux où Finsurrection avait éclaté , et dans les autres pardeç révoltes partielles qui éclatèrent un an plus tard'. En général,
> Sir aiehard Muagnve, Memoirs of Uie dUbrant rebeUions Id Iretand, toL II, p. 173. i Ibid.» p. 480. - * Uid., p. 59».
toutes les classes de la population avaient les yeux fixés sur la France : ^^^ les victoires des Français leur causaient de la joie » et celles des Anglais isoi. du chagrin. Leur espoir était que la France ne ferait point de. paix avec TAngleterre sans stipuler expressément Tindépendance de Tirlande. Ds le conservèrent jusqu'à Tépoque du traité d'Amiens ; mais la publication des clauses de ce traité causa parmi eux un abattement universel. Deux mois après la conclusion de la paix, beaucoup d'hommes refusaient encore d'y croire , et disaient avec impatience : Serait-il possible que les Français fussent devenus orangistes^ ? Le ministère anglais profita du découragement général pour resserrer le lien politique entre l'Irlande et l'Angleterre par l'abolition de l'ancien parlement irlandais. Quoique ce parlement n'eût jamais fait beaucoup de bien au pays , les hommes de tous les partis y tenaient comme à un dernier signe d'existence nationale , et le projet d'unir l'Angleterre et l'Irlande sous une seule législature déplut à ceux-là même qui avaient aidé le gouvernement contre les insurgés de 1798. Us joignirent leur mécontentement à celui du peuple^ et s'assemblèrent pour faire des remontrances i mais leur opposition n'alla pas plus loin.
Il n'y a plus qu'un seul parlement pour les trois royaumes unis , et isoi. c'est de cette assemblée , en immense majorité composée d'Anglais, que l'Irlande attend des mesures et des lois qui aient le pouvoir de la pacifier. Après bien des années de vaines sollicitations, après bien des menaces de soulèvement , une de ses nombreuses plaies vient d'être fermée par l'émancipation des catholiques. Us ont obtenu la faculté d'exercer des fonctions publiques et de siéger dans les deux Chambres du parlement; mais cette grave question une fois résolue, combien d'autres, non moins graves, restent à débattre! Les privi^ léges exorbitants de l'Église anglicane , les changements opérés violemment dans la propriété par les confiscations et les spoliations en masse, enfin, derrière toutes les querelles de race, de secte et de parti, la question suprême , celle de l'indépendance nationale et de la rupture du pacte d'union entre l'Irlande et l'Angleterre : telles sont les causes qui, dans un avenir plus ou moins éloigné, doivent ramener les tristes scènes de 1798. En attendant de nouvelles et inévitables
I Sir Riehard Musgrafe , Memoin of the différent nkèLUoiu in koland, T<oi. II, p. 5M.
4M9- convulsions, la misère du bas peuple, les haines héréditaires dans les familles , et une hostilité permanente contre les agents de Tadministration y multiplient les crimes et les brigandages, et font d'un pays fertile , dont la population est naturellement sociable et spiri tuelle, le lieu le plus inhabitable de FEurope.
Les AoKto-Nomaiids et les Angliis de née.
PRÀs la conquête de TAnjou et du Poitou par le roi Phi- I lippe-Auguste, beaucoup d'hommes de ces deux pays, et même ceux qui avaient conspiré contre la domination anglo-normande, conspirèrent contre les Français en s'alliant avec le roi Jean. Ce roi ne leur fournit aucun secours efficace ; tout ce qu'il put faire pour ceux qui s'étaient exposés aux persécutions du roi de France en intriguant ou en prenaut les armes, ce fut de leur donner asile et de les bien accueillir en Angleterre. Il s'y rendit, par nécessité ou par choix, un grand nombre de ces émigrés, hommes spirituels, adroits, insinuants, selon le caractère des Gaulois méridionaux, et mieux faits pour plaire à un roi que les Normands d'origine, qui étaient, en général, plus lents d'esprit et d'un naturel moins flexible K Aussi les Poitevins ne tardèrent-ils pas à obtenir la plus grande faveur à la cour d'Angleterre , et même à supplanter l'ancienne aristocratie dans les bonnes grâces du roi Jean. D leur distribua les offices et les fiefs qui étaient à sa disposition , et dépouilla même, sous différents prétextes, plusieurs riches Normands de leurs emplois et de leurs tenures, au profit de ces nouveaux venus. Il leur faisait épouser les héritières dont il avait la garde , suivant la loi féodale, et leur adjugeait, à titre de tutelle , les biens des orphelins en bas Âge ^.
< Pictaviensium innaUs versutias. ( MatUi. Paris, t. II, p. 386.) 3 Fidèles suos quos sanguis naUvus flecU non pormitteret, pro allis TentUaUs posiponiU.. CMatUi. Paris, U 11, p. 8W.)
Cette préférence du roi pour des étrangers ^ dont Tavidité toujours <mb croissante l'obligeait à commettre plus d'exactions que tous ses pré- 4si5. décesseurs, et à s'arroger sur les biens et sur les personnes un pouvoir inusité , indisposa contre lui les barons anglo-normands. Les nouveaux courtisans , sentant que leur position et leur fortune étaient précaires , se hâtaient d'amasser beaucoup et faisaient demande sur demande. Dans Texercice de leurs emplois publics , ils montraient plus d'àpreté au gain que les anciens fonctionnaires, et, par leurs vexations journalières , se rendaient aussi odieux- aux bourgeois et aux serfs saxons^ qu'ils Tétaient déjà aux nobles de naissance normande. Us levaient sur les domaines dont le roi les avait investis plus de subsides qu'aucun seigneur n'en avait jamais exigé; et ils exer. calent plus durement les droits de péage sur les ponts et les grandes routes y saisissant les chevaux et le bagage des marchands , et ne les payant, dit un vieil historien, qu'en taillages et en moqueries ^ Ainsi ils troublaient à la fois et presque également les deux races d'hommes qui habitaient l'Angleterre, et qui, depuis leur réunion violente, n'avaient encore éprouvé aucune souffrance , aucune sympathie , aucune aversion communes.
L'aversion contre les Poitevins et les autres favoris du roi établit donc un premier point de contact entre ces deux classes d'hommes, jusque-là étrangères l'une à l'autre, du moins en général , et abstraction faite de certains rapprochements individuels. C'est de là qu'on doit faire dater la naissance d'un nouvel esprit national commun à tous les hommes nés sur le sol anglais. Tous , en eflet , sans distinction d'origine, sont qualifiés du titre d'indigènes par les auteurs contemporains, qui, répétant les bruits populaires, imputent au roi Jean le dessein formel d'exproprier les habitants de l'Angleterre pour donner leurs héritages à des gens de tout pays'. Ces alarmes exagérées étaient peulrétre encore plus vivement senties par les bourgeois et les fermiers anglais que par les seigneurs et les barons de race normande, les seuls vraiment intéressés à détruire Tintluence
< Hf ne mercatoruin equi, hinc bigs, hinc eorum BubitanUolœ violenter rapfebantur nec aliad pretium quadi talliœ vel tubunnaUones.. ( MatUi. Paris, 1. 11, p. Sie.)
* Yenit ergo ad hoc omne hominum in Angliam cum mulleribus et parvuliB, ut, expultis indigenis a regno et penitus extermlnatis, ipsi jure perpetuo terram pomiderent. (Matth. Paris, 1. 1, p. 9M.)