II
H63 administrant par des hommes de son choix les secours et Tenseign^^ ment religieux à ses Saxons , libres ou serfs ; privilège qu'on appelait alors droit de patronage ^ En vertu de ce droit, Guillaume d'Aynesford chassa le prêtre envoyé chez lui par Farchevêque ; mais Beket excommunia Guillaume pour avoir fait violence à un clerc. Le roi intervint contre le primat; il se plaignit de ce iqu'on avait excommunié, sans Fen prévenu*, Fun de ses tenanciers en chef, un homme capable d'être appelé à son conseil et à sa cour , et ayant qualité pour se présenter devant lui en tout temps et en tout lieu ; ce qui avait exposé sa royale personne au péril de cominuniquer par mégarde avec un excommunié*. « Puisque je n'ai point été averti, « disait Henri II, et puisque ma dignité a été lésée en ce point essën- « tiel , l'excommunication de mon vassal est nulle; j'exige donc que « Farchevêque la rétracte*. » L'archevêque céda de mauvaise grâce , et la haine du roi s'en aigrit, ce Dès ce jour, dit-il publiquement , tout a est fini entre cet homme et moi*. »
4i<M. Dans Fannée 1164, les justiciers royaux, révoquant de fait Fancienne loi du Conquérant, citèrent devant leurs assises un prêtre accusé de viol et de meurtre; mais l'archevêque de Cantërbury , comme supérieur ecclésiastique de toute FAngleterre, déclara la citation nulle , en vertu des privilèges du clergé , aussi aîiciens dans le pays que ceux de la royauté normande. Il fit saisir par ses propres agents le coupable , qui fut amené devant un tribunal ecclésiastique, privé de sa prébende , battu publiquement de verges , et suspendu de tout office pour plusieurs années*. Cette affaire, où la justice fut jusqu'à un certain point respectée , mais où les juges royaux eurent complètement le dessous, fit grand scandale. Les hommes de descendance normande se divisèrent en deux partis , dont Fun approuvait et l'autre blâmait fortement le primat. Les évêques étaient pour iui, et contre lui les gens d'épée, la cour et le roi. Le roi, opiniâtre par caractère , changea tout à coup le différend particulier en ques-
I WillelmuB Wiliœ dominus sibi viiidicaiiii jus patroealus in eadem ecclesia. (Raduir. de Diceto, Imag. hiator., apud hist. aiiKl. Script., t. I, col. 356, éd. Selden.)
3 Minime certiorato rege.. .ne ignoranUa lapsus communicet excommunicato. ( Ibid.)
■^ Asserit namque rex juxta dignilalem regni... ( Ibid.)
* Willelmi fliii Siepbani ViU S. Thomfe, p. M, apud bisl. angl. Scripl.. éd. Sparlie.
^ Publice... virgarum disciplinœ adjudicatus, el per annos allquos ab omnl offlcio suspensus. (Vita B. Thornse quadripart., lib. i, çip. xvii, p. 33.)
tion législative; et, convoquant en assemblée solennelle tous les "w. seigneurs et tous les prélats d'Angleterre, il leur exposa les délits nombreux commis chaque jour par des prêtres. Il ajouta qu'il avait découvert des moyens de réprimer ces délits dans les anciennes coutumes de ses prédécesseurs , et surtout dans celles de Henri !•«•, son aïeul. Il demanda, suivant Tusage , à tous les membres de l'assemblée , s'ils ne trouvaient pas bon qu'il fit revivre les coutumes de son aïeul * . Les laïques dirent qu'ils le souhaitaient ; mais tous les clercs , et Thomas à leur tête , répondirent : « Sauf l'honneur de Dieu et de « la sainte Église*. — Il y a du venin dans ces paroles, » répliqua le roi en colère; il quitta aussitôt les évéques sans les saluer, et Taf* faire demeura indécise'.
Peu de jours après , Henri II fit appeler séparément auprès de lui l'archevêque d'York , Roger, Robert de Melun , évêque de Hereford , et plusieurs autres prélats d'Angleterre, dont les noms, purement français , indiquent assez l'origine. Par des promesses , de longues explications , et peut-être des insinuations sur les desseins présumés de l'Anglais Beket contre tous les grands d'Angleterre, enfin par plusieurs raisons que les historiens ne détaillent pas , les évéques anglonormands furent presque tous gagnés au parti du roi * : ils promirent de favoriser le rétablissement des prétendues coutumes de Henri K , qui, pour dire la vérité , n'en avait jamais pratiqué d'autres que celles de Guillaume le Conquérant , fondateur du privilège ecclésiastique. En outre , et pour la seconde fois depuis ses différends avec le primat , le roi s'adressa au pape Alexandre; et le pape, complaisant à l'excès, lui donna pleinement raison, sans examiner le fond de l'affaire. Il députa même un messager spécial avec des lettres apostoliques pour enjoindre à tous les prélats , et nommément à celui de Canterbury ,
* Sciflcitabatur an cunsaetudines suas regias forent obneryaturi. (ViU B. Thom« quadriparl., lib. i, cap. xix, p. 31.) - Willelmi niii Stephani Vila S. Tbomie, p. 34, apad hist. aiigl. Script., éd. Sparke.
3 Salvo in omnibus ordine suo et honore Dei et sanct» Bcclefliœ. (Roger, de Hoved. Annal., pars poster., apud rer. anglic. Script., p. 4»i, éd. Savile.)
•^ Willelmi Alii Stephani Vita S. Thomae, p. 31, apud hist. angl. Script, éd. Sparke.
* Rex separavit Rogerum, arehiepiscopum eboracensem, et Robertum de Melun... et alios... prsRlatos a consoriio et consilio cantuariensis archiepiscopi. (Roger, de Hoved- Annal., pars poster., apud rer. anglic. Script., p. 493, éd. Savile.) — Vita B. Thomas qiiadripart., lih. i, cap. xx, p. 85 et 36.
H6» d'accepter et d'observer toutes tes lois du roi d* Angleterre , quelles qu'elles fussent * . Demeuré seul dans son opposition y et privé de tout espoir d'appui , Beket fut contraint de céder. Il alla trouver le roi à sa résidence de Woodstock, et promit , comme les autres évêques, d'observer de bonne foi et sans aucune restriction toutes les lois qui seraient faites^. Pour que cette promesse fût renouvelée authentiquement au sein d'une assemblée solennelle, le roi Henri convoqua, dans le bourg de Clarendon, à peu de distance de Winchester, le grand conseil des Ânglo-Mormands , ai*chevéques , évoques, abbés, prieurs, comtes , barons et chevaliers '.
L'assemblée de Clarendon se tint au mois de mars de Tannée 1464, sous la présidence de Jean , évéque d'Oxford. Les gens du roi y exposèrent les réformes et les dispositions toutes nouvelles qu'il lui plaisait d'intituler anciennes coutumes et libertés de Henri P% son aïeul *. Les évoques donnèrent solennellement leur approbation à tout ce qu'ils venaient d'entendre; mais Beket refusa la sienne, et s'accusa, au contraire, de folle et de faiblesse pour avoir promis d'observer sans réserve les lois du roi . quelles qu'elles fussent*. Tout le conseil normand fut en rumeur. Les évéques supplièrent Thomas , et les barons le menacèrent*. Deux chevaliers du Temple lui demandèrent avec larmes de ne point faire déshonneur au roi; et, pendant que cette scène avait lieu dans la grande salle, on aperçut à travers les portes , dans l'appartement voisin, des hommes qui bouclaient leurs cottes de mailles et ceignaient leurs épées '. L'archevêque eut peur , et donna sa parole d'observer sans restriction les coutumes de l'aïeul du roi , ne demandant que la faculté d'examiner plus à loisir et de vérifier ces coutumes*. L'assemblée nomma des commissaires chaînés de les rédiger par articles , et s'ajourna au lendemain *.
■ ut ipse pacem cum domino suo rege Angli» faceret et logea suas sine aliqua exceptione eustodiendas promiUeret. (Roger, de Hoved. Annal., pan poster., apud rer anglic. Script., p. 493» éd. Savile.)
3 Se t>ona ûde et sine malo ingcnio loges suas 8ervaturum.*(lbid.)
3 Matib. Paris., 1. 1, p. 10O.
* Pacta est recognitio sive recordatio... consuetudinum et libertatum antocesaorum suorum , rugis videlicet Henrici avi sui. ( Ibid.)
^ Pœnituil archiepiscopum quod ipse concessionem illam fecerat régi. (Roger.de Hoved. Annal., pars poster., apud rer. anglic. Script., p. 493, éd. Savile.)
* Ibid.
^ Gervas. Ganluar. chron., apud hist. angl. Script, t. 11, col. 1386, éd. Selden.
* Ibid.
^ Roger, de Hoved. Annal. , loc. supr. cit.
Vers le soir , l'archevêque se mit en route pour Winchester , 'où ^*«* était son logement. Il allait à cheval avec une nombreuse suite de clercs, qui , chemin faisant, causaient ensemble des événements de cette journée. La conversation , d* abord paisible , s'échaufTa par degrés, et devint une dispute où chacun prit parti selon son opinion. Les uns louaient la conduite du primat, ou Texcusaient d*avoir cédé à la force des circonstances. D'autres exprimaient leur blftme avec vivacité, disant que la liberté ecclésiastique allait périr en Angleterre par la faute d'un seul homme. Le plus animé de tous était un Saxon appelé Edward Grim , qui portait la croix de Tarchevéque ; emporté par la chaleur du débat , il parlait très-haut et gesticulait beaucoup. «Je le vois bien, disait-il, aujourd'hui Ton n'estime plus que ceux a qui ont pour les princes une complaisance sans bornes; mais que « deviendra la justice? qui combattra pour elle , lorsque le chef s'est «laissé vaincre? et quelles vertus trouverons-nous désormais chez « celui qui a perdu le courage? d Ces derniers mots furent entendus de Thomas , que l'agitation et les éclats de voix avaient attiré. « A qui « en voulez-vous, mon fils?» dit-il au porte-croix.T-«( A vous-même, « répondit celui-ci dans une sorte d'enthousiasme : à vous, qui avez a renoncé à votre conscience , en levant la main pour promettre « l'observation de ces détestables coutumes, d A ce violent reproche , où le sentiment national avait peut-être autant de part que la conviction religieuse , l'archevêque ne s'irrita point , et parut un moment pensif; puis, s'adressant du ton le plus doux à son compatriote : « Mon « fils, lui dît-il, vous avez raison ; j'ai commis une grande faute , et je «m'enrepens*. »
Le lendemain, les prétendues coutumes ou constitutions de Henri I*' furent produites par écrit , divisées en seize articles , qui contenaient un système entier de dispositions contraires aux ordonnances de Guillaume le Conquérant. Il s'y trouvait , en outre , plusieurs règlements spéciaux, dont l'un portait défense d'ordonner prêtres, sans le consentement de leur seigneur , ceux qu'en langue normande on appelait natifs ou naifs , c'estrà-dire l^s serfs , qui étaient tous de race indigène^. Les évêques furent requis d'apposer leurs sceaux en cire au bas du rôle de parchemin qui contenait les seize articles : ils le firent
> Fleury, Hist. ecclésiast., t. XV, p. 150.
> Neif ou ffUff en anglais moderne , signifie paysan , paysanne.
<«6«. toiis, à Texception de Thomas , qui , sans rétracter ouvertement sa première adhésion, demanda encore des délais. Mais rassemblée passa outre , et ce refus de l'archevêque n'empêcha point les nouvelles lois d'être aussitôt promulguées. Il partit de la chancellerie royale des lettres adressées à tous les juges ou justiciers normands d'Angleterre et du continent. Ces lettres leur ordonnaient , au nom de Henri , par la grâce de Dieu roi d'Angleterre , duc de Normandie , duc d'Aquitaine et comte d'Anjou , de faire exécuter et observer par les archevêques, évêques, abbés, prêtres, comtes, barons, citoyens, bourgeois et paysans , les ordonnances décrétées au grand conseil de Clarendon*.
Une lettre de l'évêque de Poitiers , qui reçut alors de semblables dépêches , apportées dans son diocèse par Simon de Tournebu et Richard de Lucy , justiciers , fait connaître en détail les instructions qu'elles contenaient. Ces instructions sont curieuses à rapprocher des lois publiées, quatre-vingts ans auparavant, au nom de Guillaume [«'' et de ses barons ; car des deux côtés on trouve les mêmes menaces et les mêmes pénalités sanctionnant des ordres contraires^.
(( Ils m'ont défendu , dit l'évêque de Poitiers , d'appeler en cause a qui que ce soit de mes diocésains , à la requête d'aucune veuve , a d'aucun orphelin , ni d'aucun prêtre , à moins que les officiers du « roi ou le seigneur au fief duquel ressortit la cause en litige , n'aient a fait déni de justice ' ; ils ont déclaré que si quelqu'un se rendait à « ma sommation , tous ses biens seraient aussitôt confisqués et lui a même emprisonné^; enfin , ils m'ont signifié que si j'excommuniais a ceux qui refuseraient de compardtre devant ma justice épiscopale, a les excommuniés pourraient, sans nullement déplaire au roi , s'atta- « quer à ma personne ou à celle de mes clercs , et à mes propres a biens ou à ceux de mon église'. »
* Hoc facfmit arcbippiscopi , episcopl, abbates... et clerid , comités, barones. Tavasores, milites, cives, burgenses, rusUci. (Gervas. Gantuar. cliroD., apud bist angi. Script., t II, col. 1399, éd. Selden.)
3 Voyez livre vi , t. I , p. 355 et 356.
3 Querelas viduarum vel orphanorum... in facienda jusUUa eis defecissent. (Joan. Piclav. episc ad Thomam epist., apud Script, rer. galiic. et flrancic, t XVI . p. 946.)
* Omnia illius bona conflscarentur, ipso... publico carceri deputando. (Ibid.)
& Scirent.. excommunicati ilH régi non dfspliciturum si vel iii personam mram manum eitcndcrent, vel in bona grassarentur, vel in personas, vel in bona clericorum meornm. (Ibid.)
Du luomeot que ces lois , faites par des Normands dans un bourg nei. d'Angleterre , furent décrétées comme obligatoires pour les habitants de presque tout Fouest de la Gaule , Angevins, Manseaux, Bretons, Poitevins et Aquitains, et que ces diverses populations furent en rumeur pour la querelle de Henri II et de Tarchevêque Thomas lieket, la cour de Rome se mit à regarder avec plus d'attention une afiaire qui, en si peu de temps, avait pris une telle importance. Cette cour , profondément politique, songea dès lors à tirer le plus grand avantage possible soit de la guerre , soit de la paix. L'archevêque de Rouen , Rotrou , homme moins intéressé que les Normands d'Angleterre dans le conflit de la royauté et de la primatie anglaise, vint, avec une mission du pape , pour observer les choses de plus près , et proposer, à tout hasard, un accommodement, sous la médiation pontificale * ; mais le roi , fier de son triomphe , répondit qu'il n'accepterait cette médiation que dans le cas où le pape confirmerait préalablement par une bulle apostolique les articles de Clarendon ' ; et le pape, qui pouvait plutôt gagner que perdre au retard , refusa de donner sa sanction jusqu'à ce qu'il fût mieux informé '.
Alors Henri II , sollicitant, pour la troisième fois , Tappui de la cour pontificale contre son antagoniste Beket , envoya vers Alexandre III une ambassade solennelle , lui demandant pour Roger, archevêque d'York , le titre de légat apostolique en Angleterre , avec le pouvoir de fabe et de défaire , de nommer et de destituer *. Alexandre n'accorda point cette requête; mais il conféra au roi lui-même, par une commission en forme, le titre et les droits de légat, avec la toutepuissance d'agir, excepté en un seul point, qui était la destitution du primat '. Le roi , voyant que l'intention du pape était de ne rien terminer, reçut avec des marques de dépit cette commission 4'un nouveau genre, et la renvoya aussitôt*, a Nous emploierons nos propres « forces, ditril, et nous croyons qu'elles seront suffisantes pour faire a rentrer dans le devoir ceux qui en veulent à notre honneur. » Le
1 Ad iMioem faciendam inler regem et archlepiscopum. ( Boger. de Hoved. Annal, pars poster., apud rer. anglic. Script, p. 493, éd. Savile.) ' NIsi dominus papa bulla sua legea lllas conûrmasset. (Il)id.) 3 Ibid.
* €t sic per eum posset canluariensem arehiepiscopum confundere. (Ibid.) ^ Tamen... coneessit... ut rei ipse legatus esset totius Angliae. (Ibid.)
* Rex... per Indignationem remisil domino paps Httcras legaUonis sus. (Ibid.)
4IM. primat, abandonné par tes barons et les évéques anglo-normands , et n'ayant plus dans son parti que de pauvres moines, des bourgeois et des serfs, sentit qu'il serait trop faible contre son antagoniste s'il demeurait en Angleterre , et résolut de chercher ailleurs des secours et un asile. Il se rendit au port de Romney , et monta deux fois sur un vaisseau prêt à partir ; mais deux fois les vents furent contraires , ou le patron du navire , craignant la colère du roi, refusa de mettre à la voile *.
Quelques mois après l'assemblée de Clarendon , Henri II en convoqua une nouvelle à Northampton^; et Thomas reçut, comme les autres évoques, sa lettre de convocation. Il arriva au jour fixé, et prit un logement dans la ville ; mais à peine l'eut-il retenu , que le roi le fit occuper par ses gens et par ses chevaux *. Outré de cette vexation , l'archevêque envoya dire qu'il ne se rendrait point au parlement , à moins que sa maison ne fut évacuée par les chevaux et les gens du roi *. On la lui rendit en eflet; mais l'incertitude où il était de l'issue que devait avoir cette lutte inégale lui fit craindre de s'y engager plus avant , et quelque humiliant qu'il fût pour lui de supplier un homme qui venait de lui faire insulte , il se rendit à l'hôtel du roi et demanda audience : il attendit inutilement tout le jour, tandis que Henri II se divertissait avec ses faucons et ses chiens". Le lendemain, il revint se placer dans la chapelle du roi pendant la messe, et, au sortir, l'abordant d'un air respectueux, il lui demanda la permission de passer en France *. « Bien , répondit le roi ; mais « avant tout, il faudra que vous me rendiez raison de plusieurs
• Willelmi fllii SIephani Vita S. Thom», p. 35, apud bist angl. ScripL, éd. Sparke. — Vita B. Tbome quadripart, cap. xxiii, p. 41. — Nauts régis iram yeriti. (Bduardi Vita S. Thome, apad Surium De probaUs sanctorum Yitia, mense deeembri, p.«87.)
> Kex allod générale edicit eoncilium, locam designansapud NorUiamptonam. (Wil- Idml fllIl Stephanl Vita 8. ThoouB, p. 35, apud liist. angl. ScripL, éd. Sparke.) — Vita B Tbom» quadripart, cap. xxt, p. 46 et 47.
* Fecit rex equos sum hoapitari In hoapiUis illloi. (Koger. de Ho?ed. Annal., pan poster., apud rer. anglic. Script., p. 494, éd. SaYile.)
* Donee bosplUa sua vacuarentur ab equis et bominibos. (Ibid.)
^ Quia reK eirca rivotaquarum et fluenta in avibui eœli ludena... (Willeimi Olii Stepbani Vita 8. Thomae, p. 35 à 38, apud bist angl. Script, éd. Sparke.)
• Lieentiam transfretandi... (Roger, de Hoved. Annal., para poêler., apud rer. anglic Script, p. 4M, éd. Sarile.)
a choses y et spécialement du tort que vous avez fait dans votre cour ««m « à Jean , mon maréchal V »
Il y avait, en effet, quelque temps que le Normand Jean, surnonuné le Maréchal à cause de son office , était venu devant la cour de justice épiscopale de Ganterbory réclamer une terre de Tévêché, qu'il prétendait avoir droit de tenir en fief héréditaire ^ Les juges avaiefat rejeté sa réclamation comme mal fondée ; et alors le plaignant BYBÎi faussé la cour, c'est-à-dire protesté avec serment qu'elle lui déniait justice', a J'avoue , répondit Thomas au roi , que Jean « le Maréchal s'est présenté devant ma cour; mais loin d'y recevoir « aucun tort de moi, c'est lui qui m'a fait injure : car il a exhibé un tf volume de plain-chant, et s'est mis à jurer dur ce livre que ma cour « était fausse et déniait justice; tandis que, selon la loi du royaume, « quiconque veut fausser la cour d'autrui doit jurer sur les saints « Évangiles ^. o Le roi affecta de ne tenir aucun compte de cette excuse. L'accusation de déni de justice portée contre l'archevêque fut poursuivie devant le grand conseil normand , qui le condamna, et, par sa sentence , l'adjugea à la merci du roi, c'est^-dire adjugea au roi tout ce qu'il lui plairait de prendre sur les biens du condamné ^. Beket fut d'abord tenté de protester contre cet arrêt, et de fausser jugement , comme on disait alors ; mais la conscience de sa faiblesse le détermina à entrer en composition avec ses juges, et i4 capitula pour une amende de 500 livres d'argent *.
Beket retourna à sa maison , le cœur attinsté des dégoûts qu'il venait d'éprouver; le chagrin l'y fit tomber malade^. Aussitôt que le roi apprit cette nouvelle , il se hftta de lui envoyer la sommation de comparaître de nouveau dans le délai d'un jour devant l'assemblée de Northampton, pour y rendre compte des fonds et des revenus
Tu priufl respondebis mihi de injuria quam fecisti Johannt roarescallo meo in curiatiia. (Roger de Hofed. Annal., pars poster., apud rer. anglic. Script, p. 494, éd. SaYile.)
> Terram quandam de file tenendam jure hereditario. ( Ibld.)
' Curiam archiepiscopi... falsiOcaverat. (Ibid.)
* Ipse... aUulit in curia mea quendam Toper... et juravit super illum... et ipse injuriam mihi fecit... eùm stalutum sit in règne. . (Ibid.)
^ Jadicaverunl eum'esse in misericordia régis. (Ibid.) Posuit se in misericordia régis de quingeiitis libris, et invenit ei inde fldejussores. ( Ibid.)
' Propter tsedium et dolorem. ( Ibid.)
7i LIVRE .IX.
^*^*' publics dont il avait eu la gestion pendant qu'il était chancelier*, a Je suis faible et souffrant , répondit Thomas aux officiers royaux, d et d'ailleurs le roi sait, comme moi-même , qu'au jour où je fîis a consacré archevêque , les barons de son échiquier et Richard de « Lucy, grand justicier d'Angleterre, m'ont déclaré quitte de tout (I compte et de toute réclamation^. » La citation légale n'en demeura pas moins faite ; mais Thomas négligea de s'y rendre , prétextant sa maladie. Des gens de justice vinrent, à plusieurs reprises, constater à quel point il était incapable de marcher, et lui signifièrent la note des réclamations du roi, montant à quarante-quatre mille marcs'. L'archevêque offint de payer deux mille marcs pour se racheter de ce procès désagréable et intenté de mauvaise foi ; mais Henri 11 refusa toute espèce d'acc-ommodement ; car ce n'était pas l'argent qui le tentait dans cette affaire, (c Ou je ne serai plus roi, disait-il, ou « cet homme ne sera plus archevêque *, »
Les délais accordés par la loi étaient expirés; il fallait que Beket se présentât; et, d'un autre côté, on l'avait averti que, s'il paraissait à la cour, ce ne serait pas sans danger pour sa liberté ou pour sa vie*. Dans cette extrémité, recueillant toute sa force d'âme, il résolut de marcher et d'être ferme. Le matih du jour décisif, il célébra la messe de saint Etienne, premier martyr, dont l'office commence par ces paroles : «Les princes se sont as^s en conseil pour « délibérer contre moi*. » Après la messe , il se revêtit de son habit pontifical; et ayant pris sa croix d'argent des mains de celui qui la portait d'ordinaire , il se mit en chemin , la portant lui-même dans la
I SUilim misit ad eum et summonuU eum per honos summoni tores quod in cmstjno veiiUsel .. (Roger, de Hoved. Annal., pare poster., apud rer. anglic. Srripl., p. 494, ort. Savile.)
> Rcx Bcitquod... in electione mea... omnes barones scaccarii et Ricardus de Lucy, justitiarius Anglis , clamavcrunt me quietum. ( Ibid., p. 495.)
> Quudraginta marcarum milliu vel amplius... bonœ sus fldei commissa... régi siolverp. ( Bpiscop. et cleri Angiiœ ad Alexandrum papam cpi<t, apud epist. di? i Thomas, lib. ii, p. 364.)
* Rpgem dixisse quod non amplius in Anglia simul erilis, ille rex, vos arctiiepiseopus. (Willelmi fiiii Stephani Vila S. Thomœ, p. 39, apud hist. anglic Script., éd. Sparlte.)
^ Diclum erat ei et nunciatum... quod, si ipse ad curiam régis venissel vel in carcC' rem milteretur, vel interflceretur. (Roger, de Hofed. Annal., pars posta*., apud rer. angl. Script , p. 494 , éd. Savile.)
* IliAsam de Sanclo Stpphano protomarlyre eujus officium taie est : Eienim êederuni pnncipet ei advenum me lûquebaniur. (Roger, de Hoved. Annal. , pars poster.,
main droite, et tenant de la gauche les rênes de son cheval *. Seul «im. et toujours tenant sa croix, il arriva dans 1^ grande salle d'assemblée , traversa la foule , et s'assit '. Henri II se tenait alors dans un appartement plus secret avec ses amis particuliers, et s'occupait à discuter dans ce conseil privé les moyens de se défaire d^ Varchevéque avec le moins d'éclat possible^. La nouvelle de Tappareil inattendu avec lequel il venait de faire son entrée troubla le roi et ses conseillers. L'un d'entre eux , Gilbert Foliot, évéque de Londres, sortit en hâte du petit appartement , et marchant vers la place où Thomas était assis : a Pourquoi viens-tu ainsi, lui dit-il , armé de ta' ML croix t » Et il saisit la croix pour s'en emparer; mais le primat la retint fortement *., L'archevêque d'York vint alors se joindre à l'évéque de Londres, et dit, en s' adressant à Beket : a C'est porter d défi au roi , notre seigneur, que de venir en armes à sa cour; mais <f le roi a une épée dont la pointe est mieux aflilée que celle d'un « bâton pastoral ^. » Les autres évêques témoignant moins de violence, se contentèrent de conseiller à Thomas, au nom de son propre intérêt, de remettre sa dignité d'archevêque à la merci du roi ; mais il ne les écouta point *.
Pendant que c^tte scène avait lieu dans la grande salle , Henri II éprouvait un vif dépit de voir son adversaire sous la sauvegarde de ses ornements pontificaux ; les évêques , qui , dans le premier nigment, avaient peutrêtre consenti aux projets de violence formés contre leur collègue, se turent alors, et se gardèrent d'encourager les courtisans à porter la main sur l'étole et sur la croix. Les conseillers du roi ne savaient plus que résoudre, quand l'un d'eux, prenant la parole, dit : « Que ne le suspendons-nous de tous ses droits et pria viléges par un appel au saint-père? voilà le moyen de le désar-
apud rer. anglic Script. , p. 493, éd. Savile.) - Willelmi Qlii Slephani Viia S. Thomœ, p. 40, apud hist. angl. Scripl. « éd. Sparke.
I Crucem suam portabatin manu sua dextra, cum einistra vero tenebat lorum equi. (Roger, de Hoved., loc. supr. cit.)
' Solus portons crucem suam. ( Ibid.)
3 Rex autem erat in aecretiori Ibalamo cum suis familiaribus. (*lbid.)
4 Qui mullum increpavit eum quod sic cruce armatus venll in curia , el voluii crucem a mAnlbus ejus eripere. (Ibid.)
^ Dlcens quod rex gladium habebat acutiorem. ( Ibid.)
* Ut ipse teUsfaciens volunlaU régis, redderel el archieplscopatum suum in misericordia Ulfus. ( Ibid., p. 495.)
*•«*• « mer *. » Cet avis, reçu comme un trait de lumière, plut singulièrement au roi, et, par soft ordre, Tévêque de Chichester, s'avançant vers Thomas Beket, à la tête de tous les autres, lui parla de la manière suivante * :
« Naguère , tu étais notre archevêque ; mais aujourd'hui nous te « désavouons, parce qu'après avoir promis fidélité au roi, notre com- « mun seigneur, et juré de maintenir ses ordonnances, tu t'es efforcé «de les détruire'. Nous te déclarons donc traître et parjure, et a disons hautement que nous n'avons plus à obéir à celui qui s'est (c parjuré, plaçant notre cause sous l'approbation de notre seigneur <i le pape , devant qui nous te citons *. »
A cette déclaration , faite avec tout l'appareil des formes légales et toute l'emphase de la confiance, Beket ne répondit que ces seuls mots : a J'entends ce que vous dites'. » La grande assemblée des seigneurs s'ouvrit ensuite , et Gilbert Foliot accusa devant elle le cidevant archevêque d'avoir célébré , en mépris du roi , une messe sacrilège sous l'invocation de l'esprit malin*; puis vint la demande en reddition de comptes sur les revenus de l'office de chancelier, et la réclamation de quarante -quatre mille marcs. Beket refusa de plaider, attestant la déclaration solennelle qui l'avait déchaîné autrefois de toute responsabilité ultérieure ^. Alors le roi se levant, dit aux barons et aux prélats : « Par la foi que vous me devez, faites-moi « prompte justice de celui-ci , qui est mon homme-lige , et qui , dû- « ment sommé, i*efuse de répondre en ma cour'.D Les barons normands allèrent aux voix , et rendirent contre Thomas Beket une
* Nos , inquiunt, oum appellabtmus coram Papa... sine rcmedlo deponelur. (Gervas Cantiiar. chron., apud hist angl. Script., t. Il, col. 139S, ed.Selden.)
3 Qum cùni plurimum placèrent rrgi, continue exierunt omnes episcopi ad Cantiiarienscm, quorum utius... Gicestrensis episcopus prorumpcns in vocem... ( lbld.>
3 Quandoque... noster fuisU arcbiepiscopua, sed quia domino régi fldelitatem jurasli... (Ibid.)
* Idcirco te reum perjurii dicimus, et perjuro archiepiscopo de cœtero obodire non habemuft, nos itaqueet nostra sub domini PapiB protectione ponentes , le ad ipalua prssenUam appel lamuB super bis rpsponsuram. (Ibid.)
& Audio, inquit eantuariensls^ quœ dlcitis. (Ibid.) - Willelmi fllii Slrphanl Vila S. Thomas , p. 44 . apud hist. angl. Script., éd. Sparke.
* Quod misum lllam celebrayerat per artem magicam et pro oontempt^ régis. (Koger. de Hoved. Annal., pars poster., apud rer. anglic Script., p. 494 , éd. Savile.)
' Ideo amplius nolo inde placitare. (Ibid., p. 495. )
* Gito faclte mihl Judicium de illo qui homo meusiigius est, et stare Juri In curia mea récusât. (Ibid.)
sentence d'emprisonnement ^ Lorsque Rol)ert, comte de Leicester, «*m. chaîné de lire Fairéty prononça, en langue française, les premiers mots de la formule consacrée : Oyez-ci le jugement rendu contre
vous , Tarchevéque Tinterrompit : a Comte , lui dit-il , je vous dé;
« fends 9 au nom de Dieu tout-puissant, de donner ici jugement con- « tre moi, qui suis votre père spirituel; j*en appelle au souverain « pontife , et vous cite par-devant lui '. »
Après cette sorte de contre-appel au pouvoir que ses adversaires avaient invoqué les premiers, Beket se leva et traversa lentement la foule *. Un murmure s*éleva de toutes parts ; les Normands criaient : « Le faux traître , le parjure , où va-t-il? pourquoi le laisseo t-on aller en paix? Reste ici, traître, et écoute ton jugement^. » Au moment de sortir, Farchevéque se retourna, et regardant froidement autour de lui : a Si mon ordre sacré , dit-il , ne me Tinterdi- « sait , je saurais répondre par les armes à ceux qui m'appellent « traître et parjure '. » Il monta à cheval, se rendit à la maison où il logeait, fit dresser des tables pour un grand repas , et donna ordre de rassembler tous les pauvres qu'on trouverait dans la ville *. 11 en vint un grand nombre qu'il fit manger et boire. Il soupa avec eux , et, dans la nuit même, pendant que le roi et les chefs normands prolongeaient leur repas du soir, il quitta Northampton, accompagné de deux frères de Tordre de Citeaux, Tuo Anglais de race, appelé Skaiman, et l'autre d'origine française , appelé Robert de Caune ^. Il atteignit , après trois jours de marche, les marais du comté de Lincoln , et s'y cacha dans la cabane d'un ermite. De là , sous un déguisement complet, et sous le faux nom de Dereman , dont la tournure saxonne était une garantie d'obscurité , il gagna Canterbury,
' Judicayeront eum capi dignam et in earcerem miUi. ( Roger, de HoYed. Annal., para poster., apad rer. anglic. Script., p. 495, ed Savlle.)
3 Prohibeo vobia ex parte omnipotentis Dei ne faciatis hodie de me judicium. (Hiid.)
3 Sharon Tumer's Bistory of Bngland., p. S»
* Quo progredieria, proditor? expeota etaudi judicium tuum. ( Roger, de Hoved., loe. aupr. eit)
^ Ipeevero, aie se vertens et auatero vullu reapicienK, reapondil quod, niai ordo saœrdotalia obetaret, in armis belllcis a paijurio et prodiUone se contra ipaoa defenderet. (Geryas. Cantuar. Ghron., apud lilst. angl. Seript., t. Il, col. 1393, ed. Selden.)
* Cm née pauperea quicumque inventi lùerint. (Roger, de Hovcd., loc. supr. cit) > Ipae ypro cum illis et gente aua oœnavit... Dum rex et alii cœnarenl... (Ibid.)
itM. puis la côte voisine de Sandwich*. On était à la fin de novembre, époque où le passage du détroit devient périlleux. L'archevêque monta sur un petit bateau pour écarter tout soupçon , et , à travers beaucoup de risques, navigua jusqu'au port de Gravelines. Il se rendit ensuite à pied et en mauvais équipage au monastère de Saînt- Bertin, dans la ville de Saint-Omer^.
1164 A la nouvelle de sa fuite, un édit royal fut publié dans toutes les U65. provinces du roi d'Angleterre sur les deux rives de TOcéan. Aux termes de cet édit , tous les parents de Thomas Beket en ligne ascendante et descendante , jusqu'aux vieillards, aux femmes enceintes et aux enfants en bas âge , étaient condamnés au bannissement ' . Tous les biens de l'archevêque et de ses adhérents, ou prétendus tels, furent séquestrés entre les mains du roi , qui en fit des présents à ceux dont il avait éprouvé le zèle dans cette affaire *. Jean , évêque de Poitiers , suspect d'amitié pour le primat et de partialité pour sa cause , reçut du poison d'une main inconnue, et n'échappa à la mort que par hasarda Des lettres royales, où Henri II appelait Thomas son adversaire , et défendait de prêter aucun secours ni conseil à lui ou aux siens , furent envoy^jes dans tous les diocèses d'Angleterre •. D'autres lettres , adressées au comte de Flandre et à tous les hauts barons de ce pays, les invitaient à se saisir de Thomas ^ ci-devant archevêque j traître au roi d'Angleterre, et fugitif à mauvais des^ sein''. Enfin l'évêque de Londres, Gilbert Foliot, et Guillaume, comte d'Arundel , se rendirent auprès du roi de France , Louis VU ,
> Hahilum 8uum mutavit el muUto nomine fecHse «ppellari Deremnn, et ita h pauei« cognitus per ignotas vias et semitas ad mare properavit. (Roger, de Hoved. Annal., pars poster, apud rer. anglic. Script., p. 495, éd. Savile.)
3 Nncte in scapha intravil in mare. (Vita B. Thomœ quadripart. , iib. ii . cap. m, p. 6i.)
3 Omnes homines et fœminas, quoscumque invenire potutt de eognatione beati Thomœ cantuariensis, pueros etiam in cunis vagientes et adhuc ad uhera matrum pendcntes. (Roger, de Hoved. Annal., para poster., apud rer. anglic. Script., p. SOO, ed.Savile.) — Mulleres in pucrperio decubantes. (Gervas. Cantuar. Act. pontif. canluar., apud hist. angl. Script., t. II . col. 1674 , éd. Selden.)
< Kpist. Joann. Saresber. ad Johann. Piclav. epiëc, apud Script, rer. gallic. et francic, t XVI , p. 5S4.
*> Ibid., p. 5»4 et 5S3.
« Nec habeant aliquod auxUium vel consilium a te. ( Litters Henrici régis, apud divi Thomœ epist, Iib. i . p. 96.)
' Thomam quondam cantuariensem archiépiscopum... ( Vita R. Thomœ quadripart , Iib. II, cap. T, p. 61.)
à son palais de Gompiègney et lui remirent des dépêches scellées du **^* ^and sceau d'Angleterre et conçues dans les termes suivants : i<«r..
a A son seigneur et ami Louis , roi des Français , Henri , roi d' Ance gleterre, duc de Normandie , duc d'Aquitaine et comte d'Anjou.
« Sachez que Thomas , ci-devant archevêque de Canterbury , après « un jugement public , rendu en ma cour par rassemblée plénière a des barons de mon royaufte , a été convaincu de fraude, de par- « jure et de trahison envers moi * ; qu'ensuite il a fui de mon royaume a comme un traître et à mauvaise intention ^. Je vous prie donc instam- « ment de ne point permettre que cet homme, chargé de crimes , ou « qui que ce soit de ses adhérents , séjourne sur vos terres , ni qu'au- « cun des vôtres prête à mon plus grand ennemi secours, appui ou « conseil* ; car je proteste que vos ennemis ou ceux de votre royaume « n'en recevraient aucun de ma part ni de celle de mes gens*. J'at- « tends de vous que vous m'assistiez dans la vengeance de mon hon^ ff neur , et dans la punition de mon enneihi , comme vous aimeriez « que je fisse moi-même pour vous, s'il en était besoin ^. »
De son asile , à Saint-Bertin , Thomas attendit l'effet des lettres de Henri II au roi de France et au comte de Flandre, pour savoir de quel côté il pourrait se tourner sans péril, a Les dangers sont nombreux , (I le roi a les mains longues ».( lui écrivait celui de ses amis qu'il avait chargé d'essayer le terrain auprès du roi Louis VII , et de la cour iies. papale, alors établie à Sens*), a Je ne suis point encore descendu (( à l'église romaine , disait le même correspondant , ne voyant pas « ce que je pourrais obtenir ; ils feront beaucoup contre vous et peu « de chose pour vous ^. Il leut» viendra des hommes puissants, riches , ce semant à pleines mains l'argent, dont Rome a toujours fait grand « cas , et nous , pauvres et sans appui , quel compte les Romains « feront-ils de nous*? Vous me mandez de leur offrir deux cents
* Ul iniquus et prcKlitor meus et peijurus publice judicatus est. (Epist. Henrici Angliœ egis ad Ludovicum, apud Script, rer. gallic et francic , 1. XVI, p. 107.)
> Inique di8ce9sit(n>id.)
3 Ne hominem tantorum scelerum et prodltionum infamem, in regpo vestro... nec a vobis, vel a vestris aliqaod consilium vel auxilium lantus inimictis meus... pereipfat. ( Ibid.)
* Qaia Inimicis vestris... nec a me, nec a terra mea... ( Ibid.)
^ Sicut ▼elletift quod vobis facerem , si opiis esset. ( Ibid.) — * Ibid. ' Contra vos faciunt multa , pauca pro vobis. ( Ibid.)
* Tentent enim magni Tiri divites in elRisione pecuni» quam nunquam Roma cont4>mpsit... Noshumiles, inopes, immuniti. (Ibid.)
1165. K marcs; mais la partie adverse leur en proposera quatre cents, et <c je réponds que , par amour pour le roi , et par respect pour ses (( ambassadeurs, ils aimeront mieux prendre le plus qu'attendre le « moins*.» Le roi de France fit, dès le premier abord, un accueil ^favorable au messager de Thomas Beket, et^ après avoir tenu con* seil avec ses barons, il octroya à Tarchevéque et à ses compagnons d'exil paix et sécurité dans son royaume/'ajoutant gracieusement que c'était un des anciens fleurons de la couronne de France que la protection accordée aux exilés contre leurs persécuteurs ^.
Quant au pape , qui n'avait point alors d'intérêt à contrarier le roi d'Angleterre, il hésita deux jours entiers à recevoir ceux qui se rendirent à Sens de la part de l'archevêque; et quand ils lui demandèrent pour Thomas une lettre d'invitation à sa cour, il la refusa positivement'. Mais, à l'aide du libre asile que lui accordait le roi de France, Beket vint à la cour papale sans être invité. Il fut reçu avec froideur par les cardinaux ^ , dont la plupart alors le traitaient de brouillon, et disaient qu'il fallait réprimer son caractère entreprenant. Il exposa devant eux l'origine et toute l'histoire de son difierend avec Henri IL a Je ne me pique pas de grande sagesse , leur disait-il ; mais je ne a serais pas si fou que de tenir tête à un roi pour des riens. Car « sachez que si j'eusse voulu faire sa volonté en toutes choses, il a n'y aurait pas maintenant dans son royaume de pouvoir égal au c( mien ^. o Sans prendre dans la querelle aucun parti décidé, le pape donna au fugitif la permission de recevoir du roi de France des secours en argent et en vivres ^. Il lui permit en outre d'excommunier tous ceux qui avaient saisi et qui retenaient des biens de son église , à l'exception du roi qui leur en avait fait présent ^. Enfin, il lui demanda
' Scribitis ut... promitlamus ducentas marcas... Ego respondeo pro Romanis, qaod pro ainore domini régis... mallent plus recipere quam sperare minus. ( Epist Joann. Saresber. ad Thomam « apud Script, rer. gallic. et ft-ancic., t. XVI . p. 507.J
' Hoc de pristina digniUte diudemalis regum Francorum fore, ut exules, et pra?serUm personœ ccclesiasUcœ regum et regni securilate et pace perfruanlur et a persecutorum injuria defendantur. ( Vita B. Tbomte quadripart., lib. ii , cap. tu, p. 74.;
3 Nuncii ad Tbomam epist, apud divi Thomœ epist., lib. i, p. 33 et 34.
•Tepide quidem exceptus a cardinalibus. (Vita B. Thomoe quadriparl., lib. ii, cap. XI , p. 77.)
^ Si vellemus su» per omina placere ToluntaU, in sua potestate vel regno non es8etquis...(lbid.)
«Epist. Hervei cierici ad Tbomam, apud .Script, rer. gallic et nrancic, t. XVI, p. 940. - ^ Ibid., p. S44.
de réciter en détail les articles de Glarendon j que le pape Alexandre lies, lui-même , à la sollicitation du roi Henri , avait approuvés y à ce qu'il parait) sans les bien connaître. Alexandre jugea cette fois les seize articles grandement contraires à Thonneur de Dieu et de la sainte Église. Il les traita d'usurpations tyranniques et reprocha durement à Beket Fadhésion passagère qu'il y avait autrefois donnée d'après l'injonction formelle d'un légat pontifical '. Le pape n'excepta de cette réprobation que six articles, parmi lesquels se trouvait celui qui enlevait aux serfs le droit d'être affiranchis en devenant prêtres, et il prononça solennellement anathème contre les partisans des dix autres^.
L'archevêque disserta ensuite sur les antiques libertés de l'église de Canterbury, à la cause desquelles il assura qu'il voulait se dévouer; et, s'accusant d'avoir été intrus dans son siège par la puissance royale , au mépris de ces mêmes libertés, il se démit entre les mains du pape de sa dignité épiscopale'. Le pape l'en revêtit de nouveau en prononçant ces paroles : « Maintenant, allez apprendre dans la « pauvreté à être le consolateur des pauvres^. » Thomas Beket fut recommandé au supérieur de l'abbaye de Pontigny , sur les confins de la Bourgogne et de la Champagne , pour vivre dans ce couvent comme simple moine. Il se soumit à tout, prit l'habit des religieux de Clteaux, et commença ^à suivre , dans toute sa rigueur, la discipline de la vie monastique '.
Dans sa retraite de Pontigny, Thomas écrivit beaucoup et reçut 4o«5 beaucoup de lettres. Il en reçut des évêques d'Angleterre et de tout ^^^^ le corps du cle^é anglo-normand, qui étaient pleines d'amertume et d'ironie. « La renommée nous a porté la nouvelle que , renonçant o désormais à machiner des complots contre votre seigneur et roi , « vous supportiez humblement la pauvreté à laquelle vous vous êtes
' Annif^nB eum ei dure increpans. ( Vila B. Thoms quadripart., lib. ii, cap. xi,
> DamnaTit illoa in perpctaum et anaUieraatisavit omnes qui eas tenerent. ( Roger, de Hoved. Aimai. , pare poster., apud rer. anMlic. Script., p. 496, éd. Saviie.)
* Asci^ndil in ovile Chrisli , aed non per ipauin oalium , velul quem non canonica vocavit eleeUo, led terror publiée pot«statia intmait. (Vita B. Thomœ quadripart., lib. Il, cap. zii, p. 79.)
* Cl... discaa.. esse pauperum consolator. doceiile religionia iiiatri; ipsa piiuperiate. ( n>id., p. 80.)
^ Non quidem splendide, aed aimpliciler, ut d(?cet exuiem et Christi athlelam. . (Gerva». Canluar. chron., apud hial. angl. Script. , eoi. 4S98, éd. Selden )