SUR LA CONQUÊTE DE L'ANGLETERRE
SUR LA CONQUÂTE DB L'iCNGLKTBRIUS PAR LES NORMANDS. A propos dn roman û'Ivanh^eK
E jour où Gaillaiime le B&tard, duc de Nonnandie, à la faveur d'un vent d'est, entra dans la baie de Hastings avec 700 vaisseaux et 60,000 soldats , pour envahir le pays des Anglo-Saxons, une lutte à mort commença entre ce peuple et la troupe des envahisseurs. Il y allait de la propriété , il y allait de Tindépcndance, il y allait de la vie : la contestation devait être longue; elle le fut en effet; mais vainement en chercherait-on le récit fidèle dans les historiens modernes de TAngleterre. Ces historiens présentent, une fois pour toutes, les Saxons aux prises avec les Normands; ils détaillent un seul combat; et puis après, ni Normands ni Saxons, ni vainqueurs ni vaincus, ne reparaissent plus dans leurs pages. Sans s'inquiéter des démêlés ultérieurs, ni de la destinée diverse des masses d'hommes qui ont combattu pour se disputer le pays, ils passent avec un calme admirable au récit de la vie et de la mort de Guillaume premier du nom, roi d'Angleterre , successeur de Harold , dernier roi des Anglo-Saxons. Ainsi les conséquences de l'invasion semblent se borner, pour la nation vaincue, à un simple changement de dynastie. L'asservissement des indigènes de l'Angleterre , leur expropriation en masse et le partage de leurs biens entre les envahisseurs étrangei'S , tous ces actes de conquête et non de gouvernement, perdent leur caractère véritable pour prendre mal à propos une couleur administrative.
Un homme de génie . Walter Scott , vient de présenter une vue réelle de ces événements si défigurés par la phraséologie moderne ; et, chose singulière, mais qui ne surprendra point ceux qui ont lu ses précédents ouvrages , c'est dans un roman qu'il a entrepris d'éclairer ce grand point d'histoire, et de présenter vivante et nue cette conquête normande , que les narrateurs philosophes du der-
' Censeur Européen du S7 mai 18S0.