‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 24 sur 91 · PAR LES NORMANDS · texte numérisé non relu

PAR LES NORMANDS

nier siècle , plus faux que les chroniqueurs illettrés du moyen ftge, ont élégamment ensevelie sous les formules banales de succession ^ de gouvernement y de mesures d'État y de conspirations réprimées, de pouvoir y et de soumission sociale.

Le roman d^Ivanhoe nous place à la distance de quatre générations après .l'invasion des Normands, au temps de Richard, fils de Henri Plante -Genest ou Plantagenety sixième chef depuis le Conquérant. A cette époque où l'historien Hume ne sait nous présenter qu'un roi et Y Angleterre y sans nous dire ce que c'est qu'un roi y ni ce qu'il entend par l'Angleterre, Walter Scott, entrant profondément dans l'examen des faits, nous montre des masses d'hommes, des intérêts, des existences distinctes, *deux peuples, un langage double, des mœurs qui se repoussent et se combattent; d'un côté la tyrannie et l'insolence, de l'autre la misère et la haine, développements réels du drame de la conquête , dont la bataille de Hastings n'avait été que le prélude. A cette époque, beaucoup de vaincus ont péri, beaucoup ont çlié sous le joug, mais plusieurs protestent encore. Le Saxon esclave n'a pas oublié la liberté de ses pères, et trouvé du repos dans son esclavage. Ses maîtres sont encore pour lui des usur«> pateurs étrangers ; il se rend compte de sa dépendance, et ne la croit point une nécessité sociale; il sait quels ont été ses droits. sur l'hé^ ritage qu'il ne possède plus. Le vainqueur, de son côté, ne déguise point encore sa domination sous une vaine et fausse apparence d'aristocratie politique ; il se dit Normand, et non pas gentilhomme; c'est comme soldat normand qu'il règne, qu'il commande, qu'il dispose de l'existence -de ceux qui ont plié sous l'épée de ses ancêtres. Tel est le théâtre réel et vraiment historique où vient se placer la fable d'Ivanhocy dont les personnages fictifs servent à rendre plus frappante encore la grande scène politique où l'auteur les fait figurer.

Cedricde Rotherwood, vieux chef saxon, dont le père fut témoin de l'invasion , homme brave et surtout fier à l'excès, a su conserver son héritage en se faisant craindre des vainqueurs. Cedric , libre et propriétaire, au milieu de sa nation subjuguée et sans domaine, s'est cru sous l'obligation d'affranchir ses compatriotes; il a bercé tous les jours de sa vie du vain rêve de l'indépendance. Après mille projets divers et mille tentatives stériles, son esprit, las de suivre ce grand essor, s'est rabattu sur un dernier pian et sur une dernière espérance bien faible et bien incertaine. Il est le tuteur d'une jeune personne

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