‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 28 sur 91 · SUR LA VIE D'ANNE BOLETN · texte numérisé non relu

SUR LA VIE D'ANNE BOLETN

banni» de i'AngleterFe; mais leur bannissement ne put efFacer le remords du cœur du despote, et la rougeur du front de sa compagne. Des gens de rien, qui ne craignaient pas la mort, répétèrent plus d'une fois cet outrage à celle qu'ils appelaient usurpatrice , et lui assaisonnèrent d*amertume les mets de la table royale : son âme douce s*aigrit peu à peu : elle conçut une haine lâche et injuste contre celle dont elle occupait la place, contre la pauvre Catherine , retirée au fond d'un cloître et désabusé^ des pompes du monde; elle souhaita la mort de cette femme , qu'elle avait aimée autrefois , et qui t'avait beaucoup aimée. Le jour de cette mort , elle ne put s'empêcher de trahir sa joie et de s'écrier : Enfin je suis reine !

Mais déjà elle ne Tétait plus; car elle n'avait déjà plus le cœur de l'homme qui disposait de ce titre : une jeune fille présentée au roi ajait effacé à ses yeux toutes les grftces d'Anne Boleyn. Anne surprit son mari en adoration auprès de l'objet de son nouveau culte: elle osa proférer une plainte; et, de ce moment, elle fut dévouée à la mort, comme coupable de lèse-puissance. Aux premiers signes de sa disgrftce, ses ennemis secrets se déclarèrent, et, à leur tête, parut le duc de Norfolk, le frère de sa propre mère. Elle fut environnée d'espions; on cherchait à surprendre ses pensées ; on tenait registre de ses soupirs : elle fut accusée d'adultère avec deux hommes dont elle avait aimé la société , et d'inceste avec son propre* frère , le seul appui qui lui restât. Chose plus révoltante encore , ce fut la femme de ce frère qui osa porter témoignage contre sa belle-sœur et son mari. L'accusation ne put se soutenir; alors on se /ejeta sur une conversation où Anne avait exprimé des craintes sur la faible santé du roi ; on bâtit , sur quelques paroles innocentes , l'évidence d'un complot formel contre la majesté sacrée: le frère et les deux autres accusés furent condamnés comme complices , et le tribunal de l'aristocratie anglaise prononça leur sentence de mort. Le jour qu'Anne Boleyn eut la tète tranchée dans une salle de la Tour de Londres , Henri VIII , qui était à Richmond , se rendit sur une éminence d'où il pouvait entendre les décharges d'artillerie et découvrir le drapeau noir qui devaient annoncer aux citoyens que l'exécution était faite. Quelques années après, il eut l'impudence de faire valoir, au nom de la femme qu'il avait assassinée , des droits sur l'héritage de sa famille, sur l'ancienne habitation du négociant Geofiroy Boleyn.

Ainsi se termine cette histoire de misères, d'infamie et de cruauté ;

SUR LE CARACTÈRE NATIONAL l^S ÉCOSSAIS. 385

lel fut le sort de la femme qui avait aspiré à s'unir à un roi absolu. L'auteur des Mémoires de la vie d'Amie Boleyn ne s'est pas bornée à réveiller Tintérêt humain qu'ofirent ces événements , elle en a fait sortir de grandes leçons sur la vie des cours , sur Fambilion des femmes, et sur ces positions fausses que le vulgaire appelle grandes ; il ne lui a pas suffi de présenter en foule des détails piquants et des descriptions pleines de vie, d'empreindre de la couleur du temps une narration toujours animée; miss Benger n'a pas négligé, comme femme, de porter des jugements moraux sur la destinée de la femme de Henri vni. Ces jugements, sévères et graves, donnent autant de prix à son livre , que le talent d'écrire qui s'y remarque. Après tant de siècles de mauvaises lois et de mauvaises mœurs, quand la nature humaine, longtemps jetée hors de sa vraie place , cherche péniblement à s'y rasseoir, les femmes ont, aussi bien que nous, des exemples à observer et des méditations à faire. Quand l'ambition des hommes était d'écraser leurs semblables, l'ambition des femmét était de partager les plaisirs et les profits du pouvoir : aujourd'hui , l'humanité, mieux connue, ouvre de tout autres chemins. Notre sexe ne se propose plus, comme objet suprême, la domination et l'avarice ; l'autre , à son tour, aimera mieux sans doute la fortune des gens de bien que celle des dominateurs du monde; et, quelque chargé de brillants qu'ait été le bandeau des reines , la jeune fille, au xa*" siècle, n'hésitera pas à prononcer que l'épouse d'un Henri VIIl n'est rien auprès dételle d'un Sydney*

SUR l'histoirs d'i^cosse, et sur lb câragtbrk national des écossais*.

ST^CB par im simple effet du hasard que l'Ecosse a produit le premier écrivain qui ait entrepris de présenter Thistoire sous un aspect à la fois réel et poétique? Je ne le crois pas; et, selon moi, c'est la forte teinte d'origina* lité répandue sur toute l'histoire de son pays, qui, firap-

* 1834. C'est au mots d'avril de Tannée suivante que parut la première édiUon de mon Histoire de la Conquête de r Angleterre par les Normands.

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