SUR LE SENS PRIMITIF
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SDR US SENS PRIMITIF ET l'^TRNDUB DU TITRE DE ROI.
A propos de l'outrage inUtalé : De U ro^ëutè selon ie$ lois tfnvMt rtoOta, Ut Mm mUiweUes et la Charte canstituHonnelU , par M. de b Senre >.
ARMiles choses bizarres qui devraient nous étonner, et qui ne nous étonnent point, une des plus singulières , peut-être, est le préjugé qui attache au mot latin de rot une signification univeirselle , et Tidée absolue de la destniction de toute liberté, pour les hommes dans les lois desquels s'est une fois introduit ce mot fatal. Pourtant, si nous allons chercher le sens réel de ce mot dans la langue qui Ta créé , nous trouverons qu'en lui-même, et selon sa destination primitive, il n'implique, en aucune manière, l'idée d'anéantissement de toute personnalité au profit d'une seule personne, et qu*il signiKe simplement et vaguement le conducteur^ celui qui mène , celui qui va devant. Voilà ce que démontrent les locutions latines de rex gregis, rex avium^ rex sacrorum. Quand, chez les peuples dont ils ignoraient l'idiome, les Romains voyaient un homme jouissant de la prééminence sur les autres hommes, soit comme chef de guerre, soit comme magistrat de paix, ils le qualifiaient , dans leur propre langue, de ce titre vague de rex, ou du titre aussi vague de dux, par lesquels ils n'avaient point la prétention de traduire exactement les titres de la langue étrangère , par lesquels ils ne pensaient point exprimer un degré précis d'autorité, mais seulement le fait général de la prééminence et du commandement.
L'émigration des tribus gothiques, germaniques et saxonnes, dans les contrées de langue romaine, fut l'accident qui attacha les noms romains de reges ou de duces aux chefs de différents grades , et de pouvoir diversement limité, qui guidèrent ces tribus dans la conquête, ou quiles régirent après l'établissement. Ces deux mots continuèrent à être employés indistinctement, par la population romaine conquise,
I Censeur Européen du si décembre 1819.
laquelle désignait aussi indistinctement par le mot ancien de regnum, et par le mot nouveau de ducatns y lesierritoires possédés ou régis par les chefs supérieurs on subalternes de la nation conquérante. Que si ces mots eurent alors /dans la bouche de ceux qui parlaient le romain , une signification plus décidée , c'est parce qu'ils désignaient pour eux, nation asservie, les magistratures ou les juridictions de leurs vainqueurs et de leurs maîtres. Mais cette nouvelle force , ajoutée aux titres de rex et de dujp, par le fait matériel de la conquête , n'était réelle que pour les vaincus; pour les vainqueurs, rien n'avait changé. Les chefs de leurs tribus diverses, redoutés comme des maîtres par les hommes que Tépée avait fait descendre au rang de sujets , n'étaient pas pour cela plus élevés au-dessus de la société victorieuse ; et, quand un membre de cette société, quand, par exemple, un Frank, ou le fils d'un Frank , dans la Gaule, prononçait l'un de ces mots latins, qui, pour les fils des Gaulois, exprimaient la domination de la conquête , il ne leur accordait pas plus de sens que n'en avaient les mots de sa propre langue, qui lui désignaient l'autorité sociale des magistrats de son choix.
Afin donc de découvrir quelle était la mesure de l'autorité de ceux qui, après le démembrement de l'empire romain, furent appelés reges ou rois y dans l'Europe occidentale, il faut laisser de côté la langue latine, et recourir aux langues germaniques.
Ces langues, qui ne sont guère que les dialectes divers d'un seul et même idiome, parmi plusieurs titres de conunandement qui leur sont propres, en présentent un qui leur est commun à toutes, peutêtre comme plus expressif et plus conforme à l'idée que se faisaient ces peuples de l'autorité sociale 3 c'est le mot de koning y ou de kœning , maintenant corrompu en haut allemand par le mot de kœnigy et en anglais par celui de king. Ce titre, constamment rendu, dans les chroniques latines , par le mot rex, et traduit , à cause de cela, par le mot roi, dans notre langue demi-latine, n'était rien de plus que le nom commun qui désignait le fait du commandement, sans distinction de degrés ni d'attributs. Le directeur de toute entreprise de guerre, le président de toute commission de paix publique, s'appelait koning; ce nom s'appliquait à beaucoup de chefs de divers ordres et de fonctions diverses; on distinguait les rois supérieurs, oberkoning; les rois infévieuTSyUnterkoning; les demi-rois, half" koning; les rois pour les courses de mer, seekoning; les rois pour
%n SUR LE SENS PRIMITIF
Parmée, heereshoning; les rois pour la peuplade^ falhikoning^ Cette variété d'appUoations du même mot n'étonnera point, quand on saura que ce titre de honing, maintenant absolu dans le Nord, aussi mal à propos que le nom de rex ou de rot Test dans le Midi, n'est probablement' que le participe actif d'un verbe qui signifie mh voir ou pouvoir y et que, par conséquent , il ne signifie , lui-même, rien autre cbose qu'un homme habile ou capable , à qui les autres obéissent par la conviction de son habileté reconnue. Telle est l'idée qui se présentait à l'esprit des Franks de la Gaule, quand ils prononçaient les mots de Franhono koning*, en latin rex Franeorum; telle était l'autorité des Chlodowigei des Karl, chefs des Franks, que nos historiens modernes, estropiant à la fois les noms propres et les titres , appellent Clovis et Charles^ rois de France.
L'homme que les Franks appelaient chef ou roi, même au premier rang, n'agissait jamais sans leurs conseils, et subissait leurs Jugements sur ses actes. Plusieurs rois de la première et de la seconde race furent dégradés du commandement suprême pour cause d'inhabileté ou de mauvaise conduite. Mais, depuis l'élection de Hugues, surnommé Capet, la race des Franks , se voyant établie invinciblement sur les terres gauloises, relâcha, par indolence, les liens de son antique discipline; elle s'isola, et laissa ses chefs s'isoler d'elle, se perpétuer à plaisir dans le commandement, et le transmettre sans contrôle h leurs fils. Il est vrai qu'alors le commandement devint luimême un simple titre, sans droits réels; mais aussi le corps de la nation victorieuse n'eut plus de droits sur celui qui gardait ce titre. Cantonné librement , comme chaque membre de cette nation, dans la part de territoire qui lui appartenait en propre , il put à son gré, avec le secours de sa puissance personnelle , machiner l'asservissement de ses compagnons et la ruine de leur état social. C'est ce que les rois des Franks entreprirent; et ce plan, poursuivi par eux pendant plusieurs siècles, fiit couronné d'un plein succès. Ils se fortifièrent dans leur domaine héréditaire, en gagnant, par une meilleure condition de servitude , les hommes dont le partage de la conquête les avait rendus possesseurs. Le désir de pareilles concessions leur attira une sorte de confiance de la part de tout le peuple vaincu ; et, à l'aide de cette confiance et de leur propre force, ils s'attribuèrent
I roéileB dtt moine OtArid, au ixt tiède.
la possession exclusive de ce peuple, en déclarant^ comme un axiome du droit antique, que la terre conquise était au roi. Dans l'espace de quelques siècles, les hommes sujets de tous les Franks devinrent^ de nom et de droit , les st^ets du seul chef des Franks.
Trop faibles ou trop timides pour secouer ce nom de servitude que leur avait apporté la conquête, ils travaillèrent, par vengeance, à le faire partager aux hommes dont les pères avaient vaincu leurs pères; ils aidèrent le roi h subjuguer les fils des hommes libres; et ceux-là, vaincus à leur tour, descendirent ignominieusement dans l'esclavage qu'avaient imposé leurs aïeux. Ainsi le nom de sujets devint, dans la langue française, le seul corrélatif du nom de roi. Le corrélatif de ce titre , dans la langue de la liberté franke , avait été le simple nom d'hommes, leude, ou celui de compagnons, ghesdlen ^ que la langue latine travestissait par les mots barbares de leodes et de vasalli, A ces deux noms se joignait encore celui de descendants de la race libre , gèntiles homines. Ce titre , conserva parles hommes en qui périt, au profit du chef, la vieille liberté de leurs pères, ne servit qu'à rendre leur dé9*adation plus honteuse. Il les signala entre tons comme une race abâtardie , plus lâche que le reste des sujets , à qui leurs ancêtres, au moins, ne pouvaient faire aucun reproche.
Ainsi donc, le mot de roi n'a signifié, dans notre langue, un homme an profit de qui est anéantie la liberté des autres hommes, que par le hasard d'une conquête faite à maiu armée, d'abord par des peuples sur d'autres peuples, ensuite parles chefs des peuples vainqueurs sur les peuples vainqueurs eux-mêmes. Cet accident matériel n'a pu altérer logiquement le sens primitif d'un mot qui existait avant lui. En lui-même , te mot de roi ne signifie donc rien de plus que ce qu'il signifia d'abord, c'est-à-dire un directeur quelconque , un chef quelconque , un magistrat quelconque ; examiner la question de la royauté^ ce n'est donc pas traiter d'une autorité spéciale, précise et déterminée, c'est traiter de l'autorité en général. Cela posé , il sera plus conforme à la rigueur des principes logiques de substituer, aux termes peu intelligibles de roi et de royauté y les termes clairs et universels de pouvoir social ou à'autorité sociale. Au lieu de s'évertuer à prouver que jamais un roi n'a été maître d'hommes, ce qui est vrai et faux , selon le point de vue où l'on se
place , il vaudrait mieux poser nettement que jamais une so<*iét^