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et respectés, sont plus portés à suivre Fopinion publique que Tîmpttlsioa de l'autorité y à laquelle ils ne doivent rien , et dont ils n'ont rien à craindre.
n y a des cas où les agents du gouvernement turc punissent sans procédure légale les criminels surpris en flagrant délit ) mais ces exécutions subites ne firappent presque jamais que les rayas. Les mu< sulmans sont renvoyés devant les juges, et les soldats sont traduits devant le tribunal de leurs corps, où ils comparaissent devant leurs pairs. Cette pratique ne parait point résulter d'un droit social de Fautorité, mais des privilèges de la conquête et du régime d'exception auquel furent assujettis les vaincus, qu'on méprisait et qu'on redoutait.
Arrêté dans sa capacité executive par les corporations et par le régime libre des villes, ne disposant nullement du pouvoir judiciaire , le gouvernement des Osmanlis ^ouve encore des limites fixes à S91) autorité législative. Ce môme corps des juges, qui décide des contestations, selon le livre suprême de la loi, a le pouvoir d'arrêter l'exécution des lois nouvelles qu'il déclare contraires à la loi antique. Le cbef des légistes, le premier muphtij peut opposer son veto à un ordre du sultan par un rescrit qu'on appelle /(?/ira; et, dans chaque province, un tnuphti subalterne peut de même opposer son vetOj par des rescrits du même genre, aux décisions administratives des pachas.
Nous arrivons à la grande singularité du régime turc , et au fondement de toutes les fables que les voyageurs ont débitées sur ce régime. Souvent, aux portes <jlu palais, sont suspendues des têtes coupées , des têtes de commandants d'armée , de gouverneurs de provinces, de ministres, de grands officiers, de hauts fonctionnaires; les Européens , frappés de la barbarie du spectacle et du rang des victimes, en ont conclu que, si le sultan pouvait abattre impunément les têtes des plus grands dignitaires, il devait être, à plus forte raison, maître de la vie ou de la mort des simples personnes privées. Nos voyageurs jugeaient naïvement ce qu'ils avaient sous les yeux d'après les'coutumes de l'Europe, qui entourent d'une consécration particulière et de sauvegarde exceptionnelle la vie , l'honneur, les biens des délégués du pouvoir. En France, on ne peut les poursuivre en justice que de l'agrément de ceux qui les font agir; en France, ils sont précieux devant la loi; en Turquie, c'est tout le
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contraire : la garantie de la loi n'existe pas pour eux ; ila soAl regardés comme les esclaves de celui qui les a nommés : c'est à ce titre que leurs tètes et leurs biens lui appartiennent, et qu'il en dispose % son plaisir. Mais il ne dispose pas de la tète et dès biens de ceux qui, en se tenant à l'écart de ses faveurs, ne se sont pas soumis à son esclavage ; ceux-là sont sacrés pour lui, comme des citoyens le sont pour leur magistrat légal. Or , personne n'étant forcé de prendre une place sous le pouvoir exécutif, et personne n'ignorant d'avance la condition de servitude qu'imposent ces sortes de places , celui qui périt en vertu de l'arbitraire sous lequel il s'est placé lui-même ne peut s'en prendre qu'à son propre choix; c'est un jeu périlleux qu'il a voulu jouer après avoir calculé la chance. Cette dure condition n'atteint point le chef des juges, qui, quoique nommé par le sultan, est simplement destituable; et, quant aux magistrats nommés par les villes , le sultan ne s'e8| jamais avisé de prétendre qu'ils dépendissent en rien de lui.
C'est là qu'est le fondement de la double responsabilité des fonctionnaires pubUcs envers leur chef et envers le public • Il y a saûs doute de la barbarie dans une pareille loi de garantie > mais toujours fautril reconnaître qu'elle est une garantie pour le peuple, et non un signe de la servitude du peuple. Quels que soient les griefs pilblics ou les mécontentements personnels du sultan , quel que soit le nombre des prévaricateurs , le Coran veut qu'on n'en puisse mettre à mort plus de quatorze dans un jour. Cette précaution d'humanité a encore été si mal comprise, que les voyageurs ont b&ti sur elle un prétendu droit qu'aurait le Grand Seigneur de faire périr sans jugement quatorze personnes par jour. On appella ùurfltL faculté que lui attribue la loi de décider sans procédure , et par simple inspiration, de la culpabilité de ses agents ou de ses esclaves; mais la justice d'inspiration ne lui est permise que contre eux. Le suppliée arbitraire d'un simple Osmanli ferait soulever Constantinople.
Des insurrections fréquentes ont prouvé que la nation des OstnanlU sent assez vivement sa personnalité à l'égard de celui que nous appelons mal à propos son maître. Ce sont les janissaires, yenitcheriSt qui jouent depuis un siècle le principal rôle dans ces insurrections. Cette milice, d'abord purement prétorienne, composée de prisonniers de guerre et de jeunes gens fournis conune une sorte d'impôt par les populations vaincues , a'est remplie peu à peu d'hommes
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libres ; elle est ainsi devenue nationale , et aujourd'hui elle renferme ce qu'il y a de plus actif dans la population turque ; elle est le mii*oir des opinions, l'organe des passions populaires; elle est une garantie pour la nation contre les projets du gouvernement , garantie qui peut contrarier les innovations utiles si elles ont le malheur de n'être pas comprises. C'est ce qui est arrivé dans la révolution de 1807, qui causa la mort du sultan Sélîm. H. de Juchereau a été témoin oculaire de cette révolution , et de celle qui Ta suivie. C'est dans ces grands mouvements , où « comme il le dit lui-môme, aies différents a corps de TËtat et les différentes classes du peuple ont mis à déoou- « vert leurs droits, leurs prétentions et leur puissance, d qu'il a pu se faire une idée exacte de cet empire , si mal jugé par ceux qui l'ont visité dans les temps de calme.
Le tableau que nous avons esquissé de l'état social de la Turquie est un simple extrait du premier volume de l'ouvrage de M. de Juchereau ; le second présente sur la scène des orages politiques les corps et les classes d'hommes dont le caractère est décrit dans le premier. Ce volume sert de preuve à l'autre. D'ailleurs, l'écrivain, qui parait avoir beaucoup plus à cœur l'art militaire que la politique | ne peut être suspect d'avoir vu les choses sous un jour trop favorable au système de la liberté. C'est sans y penser lui-même qu'il vient de nous apprendre que le régime des pachas de Turquie est plus libéral que le régime des préfets de France ; que le scandale de nos maires de villes, de nos conseils de département, de nos conseils d'arrondissement, nommés par les préfets ou par les ministres, n'a pas même son excuse dans l'exemple du peuple tartare, vainqueur des Grecs; enfin, qu'un Osmanliy membre d'une cité libre, membre d'une corporation libre qui le protège, n'ayant rien à démêler avec le pouvoir s'il ne veut point lui-même y prendre part, est plus près de la dignité humaine qu'un Français, obsédé à toute heure du jour par la puissance et par ses agents de toute livrée : soldats, collecteurs, douaniers, gens de police, commis, espions, hommes qui vivent du tourment qu'ils lui causent , hommes qu'il ne peut traduire en justice' pour le mal qu'ils lui ont fait, honmies contre lesquels il n'est admis à réclamer qu'auprès de ceux, qui les commandent.