SUR LES LIBERTÉS
SUR LBS LIBBRiis LOCALES BT HUmCIPAIRS. A propos d'Dn Reeweil iet BUcowrê et OpMmu de ¥ir«k«ai, piMié par M. Barthe *.
E recueil des discours et opinions de Mirabeau n'esl lui- ?:^i |h ni^n^e que la première partie d'un recueil plus vaste, qui s^V^b'^ doit offrir successivement les discours de Bamave et de ^. Yergniaud , rassemblés et mis en ordre par les soins du ^ même éditeur. Cette collection remettra sous les yeux des lecteurs^ presque toutes les questions sociales qui ont occupé la France depuis le réveil de la liberté. Mirabeau nous conduit de l'assemblée des états de Provence, où naquit sa réputation d'orateur, dans TÂssemblée constituante, où cette réputation s'acheva; Bamave et lui nous font assister, par leurs opinions, quelquefois d'accord, quelquefois contraires, aux plus importants débats de cette dernière Assemblée; après eux, Yergniaud, intervenant dans les discussions incertaines et turbulentes de T Assemblée législative, montrera la révolution se corrompant à sa source , et la pensée de la France s'élançant impétueusenient hors du cercle de raison et de justice qu*elle s'était tracé d'abord.
Nous n'essaierons pas d'analyser les immenses travaux de Mirabeau; nous ne reproduirons pas, sur le caractère de son éloquence, des remarques qui ont déjà été faites ; nous rendrons seulement compte d'une impression singulière que nous avons éprouvée à la lecture d'une partie de ses discours, de ceux qu'il a prononcés dans les états de Provence. Il y atteste avec chaleur le nom de la nation provençale, les libertés de la terre de Provence, les droits des communes de Pi-ovence ; ces formules dont notre langue est depuis si longtemps déshabituée semblent, presque au premier abocd, n'être que des fictions oratoires : et tel doit être notre sentiment involontaire à nous. Français, qui, depuis trente années, ne connaissons plus de droits que les droits déclarés à Paris , de libertés que les libertés
■ Censeur Européen du a février I8S0.
LOCALES ET MUNICIPALES. a9
saDctionoées à Paris, de lois que les lois faites à Paris. Pourtant^ te n'étaient point alors de simples mots vides de sens; alors , le patriotisme français se redoublait en effet dans un patriotisme local qui avait ses souvenirs, son intérêt et sa gloire. On comptait réelle** ment des nations au sein de la nation française : il y avait la nation bretonne, la nation n<Nrmande , la nation béarnaise , les nations de Bourgogne , d'Aquitaine , de Languedoc , de Franche-Comté , d' AU sace. Ces nations distinguaient , sans la séparer, leur existence individuelle de la grande existence commune; elles se déclaraient réimies, mais non subjuguées; elles montraient les stipulations authentiques aux termes desquelles leur union s'était faite ; une foule de villes avaient leurs chartes de franchises pailiculières ; et quand le mot de eonslitution vint à se faire entendre , il ne fut point proféré comme une expression de renoncement à ce qu'il y avait d'individuel , c'està-dire de libre , dans cette vieille existence française , mais conune le désir d'une meilleure, d'une plus solide, d'une plus simple garantie de cette liberté trop inégalement , trop bizarrement empreinte sur les diverses fractions du sol.
Tel fut le vœu qui accompagna les députés à la première Assemblée nationale ; tel fut leur mandat , au moins en intention. Us allèrent plus loin ; ils démembrèrent les territoires; ils frappèrent les existences locales , pour atteindre plus sûrement les pouvoirs injustes qu'elles soutenaient à côté des libertés légitimes* La France ne murmura point : c'était le temps de l'enthousiasme; et d'ailleurs, des franchises, des droits, la représentation, furent donnés uniformément aux circonscriptions nouvelles. Cette nouvelle indépendance, rendue commune à tout le sol , réjouit le cœur des patriotes; ils ne s'aperçurent pas qu'elle était trop dispersée, et qu'aucun de ses différents foyers ne trouverait en lui-même la puissance de la défendre. Bientôt, au moment où l'illusion allait finir avec la pi^emièoe effervescence, un nouveau besoin, le besoin de résister à la force extérieure, vint, s'emparer des esprits; à la vue du péril pressant, on oublia la liberté pour l'intérêt de la défense; et la furie française y toujours trop prompte, traita en ennemis de la patrie les esprits plus calmes qui s'obstinaient à ne pas croire qu'il n'y eût qu'un besoin et qu'un danger. Les partisans de la fédération libre, véritable état sodal dont l'ancienne France avait le germe, et qui devait s'accomplir dans la nouvelle France, furent traînés à l'échafaud ; l'opinion laissa punir
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(l'un siipi^lice atroce des désirs qui avaient été les siens. Plus t^rd , •Ile revint à sa première allnre ; Me fut i^ son tour fédépaliste ; mais It pouvoir central^ fortifié de son long assentiment^ se rit de ce retour et refusa ses demandes ; aujourd'hui il refuse encore*
Rappeions-nous donc^ de toute la force de notre mémoire, que la eentraHealion absolue, régime de couquète et non de société, régime auquel n'avait pu encore atteindre le pouvoir contre lequel la révo^ lution s'est faite , ne fut point Tobjet de cette révolution. Entreprise pour la liberté, obligée d'abjurer la liberté pour tenir tête à la guerre, la révolution devait un jour, sous peine de se démentir elle-même, retourner à la liberté, et rendre compte aux individus de leurs droits suspendus pour la commune défense. Ces droits, trente «ins n'ont pu les pres(»îre; il s'agit de les revendiquer, comme un dépôt aliéné •volontairement et qui ne peut être retenu sans fraude.
Les portions diverses de la France antique jouissaient de la vie sociale auK divers titres de nation unio, de ville libre, de commune affranchie, de cité municipale; partout on y voyait des traces de jugement par les pairs, d'élection des magistrats, de contributicMi volontaire, d'assemblées délibérantes, 'de décisions prises en commun ; mais les parties de la France actuelle sont inanimées, et le tout n'a qu'une vie abstraite et en quelque sorte nominale, comme serait celle d'un corps dont tous les membres seraient paralysés. Pourquoi ces fractions, naguère vivantes, ne se représenteraient-^elles pas maintenant aux yeux du pouvoir sous les enseignes diverses de leur ancienne individualité, pour lui demander en retour légitime de cette individualité perdue, non la séparation, mais l'existence ? La France, dira-t-on, a di| mouvement et de l'action par sa représentation nationale^ la représentation nationale est toute la vie des sociétés. Nous fconvenops de l'axiome; la réponse serait juste, si la France étajt représentée. Or, la France n'est point représentée. Le sens de nos paroles n'a rien qui attaque la légalité de la Chambre des députés actuelle ; nous reconnaissons que ses pouvoirs sont légitimes, et nous disons encore que la France n'est pas représentée. Une Chambre centrale, siégeant h Paris, n'est point la représentation de la France; elle en e$t , à la vérité, une partie essentielle, elle est la tète de la représentation , elle n'est point la représentation tout entière. Pour être représentée, la France doit Tétre à tous les degrés , dans tous ses intérêts, sous tous ses aspects i pour être représentée, la France