‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 44 sur 91 · SUR L ANCIEN ESPRIT ET SUR L ESPRIT ACTUEL DES LEGISTES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SUR L ANCIEN ESPRIT ET SUR L ESPRIT ACTUEL DES LEGISTES FRANÇAIS

A propos da Journal général de LégUlation et de Jarisprndmcf ^ rédigé par MM. Barihe, Bér«Dger, BcrriUe, Dopio Jeone, Girod (de rAin), Coosin, Mérilboo, Odilofl Birrot, Joseph Rey, de Scbonen, etc., etc. >.

N nouvel esprit semble aujourd'hui naître parmi la classe I des jeunes légistes ; c est le véritable esprit des lois, Tesprit de la liberté pure. Longtemps, en France, les hom- I mes qui pratiquaient la science du droit ignorèrent la vraie nature et la vraie sanction des droits humains; longtemps les représentants de la justice immuable réglèrent les décisions qu'ils rendaient en son nom sur les volontés capricieuses des puissants ou sur les maximes serviles des docteurs à gages. Cette discordance honteuse va disparaître. Les doctrines qui ^honorent

* Censeur Européen du l» mai 4S90.

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notre tribune politique sont déjà naturalisées au barreau ; de là elles envahiront les bancs des juges; et bientôt le titre social des juristes ne sera plus, cogime autrefois , en contradiction avec la réalité de leur caractère; ils seront vraiment les hommes du droit. C'est là qu*aspirent les jeunes gens qui entrent aujourd'hui dans la carrière des lois; ils prétendent la renouveler en y marchant. Confié à leurs têtes actives, à leurs âmes fermes et droites, cet esprit ne s'arrêtera point; il fera quitter la routine à ceux qui la suivent de bonne foi; il corrigera ceux qui ont quelque peu de raison et de conscience ; quant aux autres, le tu)urs des années en aura bientôt fait justice.

Ainsi , la vieille génération des légistes français disparaîtra corps et âme , pour faire place à une génération toute nouvelle d'existence conmie de principes. Qu'elle ne se plaigne pas d'approcher aujourd'hui du terme de sa destinée ; sa carrière a été longue, et n'a pas été sans grandeur. Née au moment où les fils des vainqueurs de la Gaule commencèrent à compter les vaincus pour des hommes , elle s'éleva comme médiatrice entre deux peuples dont les différends jusque-là n'avaient eu d'arbitre que Fépée. La race victorieuse avait pour magistrats des hommes de son choix et de sa confiance; elle avait pour juges ses égaux; l'autre race était régie et jugée par des maîtres. Cette race subjuguée , pour laquelle il n'y avait point de société, point de gouvernement, point de devoirs, comprenait au xiu* siècle les hommes qu'(Hi appelait gens du plat pays , en opposition aux conquérants retranchés sur les hauteurs, et les hommes des villes, qui n'avaient eu ni assez de courage ni assez de richesse pour se racheter de la conquête. Ce fut alors que, par un simple instinct d'humanité ou par un grand plan d'ambition, le chef suprême des anciens vainqueurs appela autour de lui des juges pris dans la nation des vaincus, et donna ainsi le jugement par les pairs à la portion de ce peuple qui lui était échue en héritage. De ce moment, par le seul fait d'une pareille institution , par cette seule circonstance que le maître souffrait qu'il s'établit au-dessus de lui des hommes ayant titre pour rendre des arrêts contre lui-même en faveur de ceux dont les corps étaient son patrimoine, de ce moment naquirent entre ses sujets et lui des rapports moraux ; de ce moment la légalité commença, et l'obligation avec elle. Auparavant la partie la plus faible obéissait, mais n'était tenue à rien. Les vainqueurs avaient des devoirs envers leur chef, qu'ils appelaient roi; les vaincus n*en

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