SUR L'ANCIEN ESPRIT
avaient pas : ce chef n'avait à leur égard que le caractère matériel et brutal, en quelque sorte, d'un maître imposé par violence. Ce caractère s*efFaça, et llioinme que les sujets de la conqdfite ne pouvaient qtialifier naguère d'aucun titre que de celui d'ennemi , devint alors chef et roi pour eut.
Une telle ré>'olution frappa vivement l'esprit des hommes, qu'elle l^Ieva du néant de la servitude ; leur imagination lui supposa des causes merveilleuses ; ils rapportèrent à la Divinité môme la puissance royale et le titre des nouveaux juges; ce fut une maxime populaire que les juges étaient institués de Dieu , et que leur mission était sacrée*. Ils n'y furent point infidèles; le premier axiome qu'ils tifent entendre du haut de leur position nouvelle fut celui-ci : a Nul n*a pleine et entière puissance sur Thomme serf qui laboure sa terre*;» axiome qui démentait la conquête en limitant ses prérogatives.
Ce princifie posé, un pas de plus conduisait à cet autre, que a (oute prérogative issue de conquête est nulle devant la raison et le droit. » Les légistes ne firent pas ce progrès : au lieu d'aller placer de prime saut la légalité absolue dans la raison , à qui seule elle appartient, ils la placèrent dans les actes quelconques du pouvoir le plus rationnel qui existât alors, dans la volonté de celui qui avait permis que sa puissance sur les subjtignés eût des limites. De cette confusion Sortirent ces axiomes bizarres qui déshonorèrent si longtemps les tribunaux, les chaires et les livres : La loi veut ce que veut le roi; le commandement du roi est absolu et absolument obligatoire* -, principes dont la portée immense servit , 11 est vrai , dans les premiers temps, à attirer sous le pouvoir le plus humain les fils des vaincus de la conquête, serfs de corps des héritiers des vainqueurs, mais qui, à la manière d'une épée à double tranchant, blessèrent bientôt des deux côtés.
Au nom de ces doctrine^ appuyées de toutes les fausses similitudes qu'on put rassembler dans les codes de tous les temps , dans les histoires de tous les peuples, dans les dogmes de toutes les religions,
■ LotiMu , Traité dei Offices, paasim.
> Saces bien ke eelonc Diex tu n'as mie pleniere pooste seur to vilain, dont se tu prensdu sien fora les droite» amendes k'ii doit, tu les prens contre Dieu et sur le perill de t'ame. (GonseU de Pierre de FonUlnes, e. xxi, § m; HIst de saint Loujrs par Joinville, éd. de Ducange, part. m, p. 4 49.)
3 Voyez Pasquier, Loiseau , Loysei , etc., pasaim.