‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 47 sur 91 · DES LÉGISTES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DES LÉGISTES FRANÇAIS

d'hommes de loi, l'esprit des maximes de liberté qui, de la raison humaine où elles étaient nées, venaient de passer dans les constitu-« tîoûs écrites. L'ordre judiciaire se fût élevé dès lors k sa destination suprême, à la défense perpétuelle de l'individualité du citoyen contra les agressions injustes de la force privée ou publique. Mais cet auguste établissement ne se forma point; ceux qui eussent été dignes de le fonder périrent dans les tempêtes civiles ; quand le calme revint, les esprits étaient las et vides, et les seuls piliers qui se présentèrent pour étayer nos institutions judiciaires furent de vieux membres du parlement et de vieux conseillers au Cbàtçlet. Ils furent mis à l'œuvre et procédèrent dans le sens de leur éducation et de leurs habitudes. Les anciennes doctrines n'ayant pas imc forte prise sur les transactions purement privées , le Code civil fut maintenu sur les bases qu'avait posées l'Assemblée constituante, le Code pénal sembla rédigé par quelqu'un de ceux qu'on appelait les bouchers de la Taumelle; les Codes de procédure et d'instruction criminelle furent calculés pour trouver des coupables; le jugement des délita politiques fut attribué à des commissions.

Mais, dans l'année 1814, se réveilla tout à coup la révolution française. Sortie du bourbier de Tempire, la France libérale reparut aux yeux, brillante et jeune, comme ces villes que nous retrouvons intactes après des siècles , quand nous avons brisé la couche de lave qui les couvrait. L'Ame de cette France renaissante passa dans le barreau français et dans les écoles de droit , si longtemps sans cou* leur et sans vie. Cette vie nouvelle a produit en foule , depuis cinq ans, des ambitions généreuses , de nobles efforts et des réputations nationales. Le dogme de la sainteté de la liberté humaine a retenti devant les tribunaux et dans les chaires; quoiqu'il y ait été démenti par plus d'un arrêt , toujours a-t-il pris possession d'un terrain qu'il ne cédera plus.

Le Journal général de Législation et de Jurisprudence nous semble une inspiration de l'esprit profondément vrai et généreux qui doit être un jour l'esprit de corps de tout l'ordre des légistes de France. Rédigé par des magistrats patriotes et par de jeunes avocats d'un talent déjk célèbre , cet ouvrage peut être considéré comme le centre et le point de ralliement des doctrines diverses, soit de droit général , soit de jurisprudence particulière , qui composeront la grande doctrine de la nouvelle ccoie judiciaire. A ce titre , il sera utile aux

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