‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 49 sur 91 · ET SUR CELLE DU XIX · texte numérisé non relu

ET SUR CELLE DU XIX

digne. La philosophie , qui , des écrits où elle était née , avait passé dans les cercles frivoles, et qui s'était arrêtée là, entre les mains de oommentateurs en jupe de cour et en veste brodée , ne put donner une réponse assez profonde ni assez complète. La nation , une fois ébranlée dans sa masse , ne put se rasseoir ; force fut à la révolution de se foire; et elle se fit comme elle put. Appuyée sur la base flottante de quelques axiomes vagues et de quelques théories mal ache* véeS| elle trébucha au premier choc; du moment qu'on la sentit chanceler, les têtes se perdirent, et l'on devint cruel par effroi. La France fut ensanglantée, non point, comme on le prétend mal k propos, parce que les philosoplies du xvui« siècle s'étaient fait entendre au peuple , mais parce que leur philosophie ne s'était pas rendue populaire ; les philosophes et le peuple n'avaient pu s'expliquer en^ semble; une classe d'hommes, raisonneurs par désœuvrement et patriotes par vanité , était venue se placer entre eux. Ces hommes ^ nés dans une sphère inaccessible au mal comme au bien public, s'investirent de l'emploi de disserter sur ce qu'ils ne pouvaient com^ prendre ; Us établirent dans leurs salons une sorte de monopole des idées morales et politiques, sans véritable besoin de la science, sans véritable amour pour elle, poussés par le désir d'échapper h l'ennui, la seule des calamités sociales qui pût arriver jusqu'à eux.

Quand vinretit les embarras et les périls , toute cette troupe stéri-» lement empressée prit la fuite, comme les frelons qui s'envoleiit quand le travail de la ruche commence. Après avoir gâté le siècle , après avoir fait descendre les écrivains au rôle d'orateurs de bou<» doir , après avoir détruit le goût de la retraite ,''qui fait la dignité des penseurs et donne aux pensées la gravité et l'énergie; après avoir enlevé du milieu du peuple les hommes qui lui devaient leurs veilles, ils abandonnèrent ce peuple à la dertii- science légère et présomptueuse que leurs vaines conversations lui avaient faite. Ils firent plus, ils se levèrent contre le peuple et contre leur propre science; ils furent traîtres à leurs principes , et difTamèrent impudemment ce qu'ils avaient proclamé juste et vrai. Quarante ans entiers, ils avaient battu le tambour pour évoquer de la solitude des provinces des élèves pour les philosophes , et de beaux esprits pour leurs salons; quarante ans entiers, ils avaient recruté en France pour la philosophie : ils rerecrutèrent en Europe contre la philosophie et la France. Pauvre France! elle se vit attaquée pour avoir produit , disait-on , les déteê-

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