SUR LA PHILOSOPHIE DU XVIII» SIÈCLE
labUs philosophes de V exécrable xviii* siècle; et c'étaient les patrons, c'étaient les écoliers des philosophes, c'étaient les gens de cour et les princes à qui le siècle avait daigné faire un nom, qui faisaient ou commandaient l'attaque.
Leur hostilité irttira vers le xvni* siècle l'attention et la confiance populaires. Les opinions de ce siècle descendirent alors dans la masse des idées communes; la nation les embrassa , non point avec siervi* lité, comme avait fait Taristocratie , mais en les amendant par son examen calme, mais en leur donnant ce caractère de largeur [que le travail des grandes réunions d'hommes imprime toujours aux pensées des individus. Là commença pour la France une opinion philosophique véritablement nationale , propre à la nation, fille de ces écrivains commentés par elle-même, et non par des cordons bleus ou des femmes à grand panier, science toute française, capable d'étendre avant tout son empire aux lieux où seront des Français. La condamnation de la science de 1760, c'est qu'elle n'avait point ce pouvoir; son premier élan la porta hors de France, dans les cités étrangères des oisifs et des grands seigneurs : elle régna à Saint-Pétersbourg et à Berlin , avant que Lyon ou Rouen l'eussent connue.
Nous n'avons point vu le temps où la philosophie était en amitié avec les grands et les désœuvrés de ce monde : nous ne l'avons point vue assise sur des sièges de soie , dans les salons de l'aristocratie ; nous l'avons vue diffamée , poursuivie , à peine tolérée sur les huni-« blés bancs d'une école poudreuse , dernier refuge dont les haines aristocratiques menacent de la chasser bientôt. Nous serions donc mauvais juges de la vérité des tableaux que présente l'ouvrage de M. Garât sur M. Suard et le xvm« siècle. Tout ce siècle , moins dix années , est pour nous comme ut) autre monde. Nous parcourons les cercles où l'ingénieux auteur nous fait entrer: nous y trouvons, grftce à lui , des portraits originaux et piquants, mais pas une seule figure de connaissance , pas un seul trait que nous ayons entrevu : ces honuues sont presque nos contemporains; et il y a des siècles entre eux et nous. La race spirituelle de leur temps est aujourd'hui la race stupide; la conversation n'est plus en France; la méditation en a pris la place ; l'esprit de raison est dans le public , les salons dorés n'y prétendent plus; on n'y bégaie plus gracieusement la philosophie; elle y est maudite; et cela vaut mieux, car cela prouve qu'elle est grave et puissante.