ET SUR CELLE DU XIX
Toutefois f si nous devons laisser à ceux qui dnt vu de près les choses décrites par M. Garât le soin de prononcer sur le fond de son ouvrage 9 nous pouvons au moins, avec connaissance, dire notre «vis sur la forme littéraire du livre , et sur le mérite de l'écrivain : ce mérite est extrêmement remarquable. Des portraits vivement tracés, des récits pleins de grâce , un style varié avec art , et toujours sou<^ tenu sans cesser d'être facile; une foule de traits spirituels, des i4)erçus fins, des pensées larges et des sentiments toujours nobles t voilà le détail des moyens de plaire de ce livre , et la cause de son succès. M. Garât témoigne , dans toutes ses pages, une admiration profondément sentie pour le talent et la probité. Il présente sous le jour le plus favorable tous ceux qu'il a connus et aimés , sans jamais se mettre en scène à côté d'eux; il les loue avec effusion, sans croire qu'il ait droit lui-même à quelque part de louange. Plusieurs personnes lui reprocheront une complaisance un peu excessive pour des médiocntés que les salons ont prônées fort haut, parce qu'elles étaient leur ouvrage; mais cette faute est bien pardonnable à un écrivain qui la commet par pure générosité de cœur et par crainte de rester au-dessous de ce qu'il doit au mérite des autres; et puis , quand on retrace les événements de sa jeunesse , il est bien difficile de ne pas les embellir par un peu de fiction involontaire : c'est un temps pour lequel la mémoire la plus fidèle d'ailleurs n'est jamais complètement exacte. Au-dessus des cercles de beaux esprits brouillons , de penseurs sans dignité et sans bonne foi qui composent l'extérieur du ivui*" siècle, M. Garât a peint k plus grands traits les vrais génies que ce siècle a produits, et qui, nés hors du monde frivole, se sont peutêtre amoindris en y entrant. Ils attirent les regards ; ils les attireront longtemps encore; mais on «merait mieux les voir sans leur misérable cortège, comme de beaux chênes qui paraissent plus grands quand ils se dessinent isolés que quand mille arbrisseaux parasites enveloppent et déforment leurs troncs*
Le xvui" siècle porte encore le nom de siècle de la philosophie française; ce noble titre, nous le croyons, lui sera enlevé par notre siècle. Jeunes gens qui n'avez point fait vos cours d'études morales dans les salons de madame Geoffirin et & la table de M. de Vaines; jeunes gens qui ne formez vos convictions sous le patronage de personne , c'est à vous qu'est réservée la gloire de fonder une école nouvelle, i)opulaire comme vos mœurs, sincère et forte comme vos