DE JACQUES BONHOMME
leurs parts de terre *, faisaient la revue de leurs forces, s'exerçaient aux annes, s'assemblaient en conseil, se décrétaient des lois de police et de guerre, sans plus songer à Jacoques que si. Jacques n'eût pas existé. Pour lui , il se tenait à l'écart , attendant qu'on lui notifiât officiellement sa destinée, et. s'exerçant avec beaucoup de peine à prononcer les noms barbares déshommes en dignité panni SCS nouveaux maîtres. Plusieurs de ces notas, défigurés par euphonie, peuvent être rétablis de la manière suivante : Merowig^ ChlodowiÇy Hilderikj Hildebert, Sigheberty Karl, etc.
Jacques reçut enfin son arrôt : c'était un acte formel, rédigé dans sa propre langue par cet ami et compatriote qui s'était fait l'introducteur des conquérants^, et qui, pour prix d'un tel service, avait reçu de leur munificence la plus belle pièce de terr^cultivée , et le titre grec d^episcopuSf que les conquérants travestissaient dans celui debiscop*j et qu'ils octroyaient sans le comprendre. Jacques, que jusqu'à ce jour on avait appelé Bomanus, le Romain ^ du nom de sespremiers.maltres, se vit qualifié, dansée nouveau diplôme, du titre de litus seu villanus noster^, et sommé, sous peine du fouet et de la corde, de labourer lui-même sa terre pour le profit des étrangers. Le nom de litus était nouveau pour ses oreilles ; il se le fit expliquer, et on lui apprit que ce mot, dérivé du verbe germanique let ou Idt, permettre ou laisser, signifiait proprement qu'on lui faisait la grâce de le laisser vivre. Cette grâce lui parut un peu mince , et il lui prit envie d'en aller solliciter d'autres auprès de l'assemblée des possesseurs de son domaine , laquelle se tenait , à jour fixe, en plein air dans un vaste champ. Les chefs étaient debout au milieu, et la multitude les entourait ; les décisions étaient prises en commun, et chaque homme donnait son avis, depuis le premier Jusqu'au dernier, a maximo usque ad minimum^. Jacques se rendit à cet
1 Ces portions, tirées au sort, s'appelaient en latin sortes,
* Les membres du clergé gallo-romain se nrent lea seerétalres. notaires, rédacteurs, archivistes des rois barbares.
s On trouve dans le testament de l'évêque hemigius, ou saint Rémi, que le roi Chlodowig lui fit présent de peux belles terres, auxquelles ce roi donna, pour plus de gracieuseté, le nom frank de BUeopes-Heim, maison de l'évéque. — Cum duabus vlllis quas Lttdowicus, a me sacro baplismaUs fonte susceptus, amore nominis mei, PiscorasBim sua lingua vocatis, mihi tradidit. (Testamentum B. Remigii prolixis auctum accessionibu8,apud diplomata, cliart., etc., t. I, éd. Breqnigny, p. 33.) — Dicitur BiacaovtsBBiii. (Diploma Dagoberli II ; Ibid., p. 377.)
* Lex Salica et lex Ripuariorum , passim.
' Capitularia, passim. — * Scri|»t. rer. gallic. et francic, I. V, passim.