‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 58 sur 91 · HISTOIRE VÉRITABLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE VÉRITABLE

auguste conseil ; mais à son approche un murmure de mépris s'élera, et les gardes lui défendirent d'avancer, en le menaçant du bois de leurs lances. Un des étrangers^ plus poli que les autres, et qui savait parler bon latin , lui apprit la cause de ce traitement : L'assemblée des maîtres de cette terre, lui dit-il, dominorum territoriij est interdite aux gens de votre espèce, à ceux que nous appelons IHi pel MoneSf et isiius tnodi viUê inopesque perionm *.

Jacques se mit tristement au travail; il lui fallait nourrir, vètir^ chauffer, loger ses mattres; il travailla bien des années, pendant lesquelles son sort ne changea guère , mais pendant lesquelles, en revanche^ il vit s'accroître prodigieusement le vocabulaire par lequel on désignait sa condition misérable* Dans plusieurs inventaires qui furent dressés en différents temps , il se vit fgnominieusement confondu avec les arbres et les troupeaux du domaine , sous le nom commun de vêtement du fonds de terre, terrœ veêtitus*; on ra|>pela monnaie vivante, peounia viva^^ serf de corps, homme de fatigue, homme de possession, homme lié à la terre, addicitês gUbm^ bond-man dans l'idiome des vainqueurs. Dans les temps de clémence et de grftce , on n'exigeait de lui que six jours de travail sur sept. Jacques était sobre ; il vivait de peu et tâchait de se faire des épargnes; mais plus d'une fois ses minces épargnes lui furentravies en vertu de cet axiome incotitestable i quœ servi surti , ea suni domini^ Oe que possède le serf est le bien du maître.

Pendant que Jacqtfes ti^availiait et souffrait , ses maîtres se querellaient entre eux, par vanité ou par intérêt. Plus d'une fois ils déposèrent leurs chefe; plus d'une fois leurs chefs les opprimèrent; plus d'une fois des factions opposées se livrèrent une guerre intestine. Jacques porta toujours le poids de ces disputes; aucun parti ne le ménageait, c'était lui qui devait essuyer les accès de colère des vaincus et les accès d'orgueil des vainqueurs. Il arriva que le chef de la communauté des conquérants prétendit avoir seul des droits véritables sur la terre, sur le travail , sur le corps et l'âme du pauvre Jacques. Jacques, crédule et confiant à l'excès , parce que ses maux étaient sans mesure , se laissa persuader de donner son aveu à ces prétentions, et d'accepter le titre de subjugué du chef y subjecius régis, dans le jargon moderne , subjet du roi. En vertu de ce titre,

< CapiUilaria, paMim.

^ Voyf>£ Dacanise, GIom. ad scrtpl. medim ci inAma; laUfiilaU». — ^ Ibid-

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