‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 61 sur 91 · SUR QUELQUES ERREURS, ETC · texte numérisé non relu

SUR QUELQUES ERREURS, ETC

don d'avoir abusé d'un nom d'outrage qui fut autrefois appliqué à DOS pères, afin de retracer plus rapidement I(^ triste suite de nos malheurs et de nos fautes* Il semble que le jour où , pour la première fois y la servitude , fille de Tiavasion armée^ a mis le pied sur la terre qui porte aujourd'hui le nom de France, il ait été écrit là-haut que cette servitude n'en devait plus sortir; que, bannie sous une forme, elle devait reparaître sous une autre, et, changeant d'aspect sans changer de nature, se teniV debout à son ancien poste, en dépit du temps et des hommes. Après la domination des Romains vainqueurs, est venue la domination des vainqueurs franks, puis la monarchie absolue, puis l'autorité absolue des lois républicaines, puis la puissance absolue de l'empire français, puis cinq années de lois d'excep* tion sous la Charte constitutionnelle. Il y a vingt siècles que les pas de la conquête se sont empreints sur notre sol ; les traces n'en ont pas disparu ; les générations les ont foulées sans les détruire; le sang des hommes les a lavées sans les effacer jamais. Est-ce donc pour un destin semblable que la nature forma ce beau pays que tant de verdure colore , que tant de moissons enrichissent, et qu'enveloppe un ciel si doux?

sua QUELQUES BaRBUBS DB NOS HISTOBUEHS MOMHWBS. A propos d'âne histoire de France à rosice des eoHéfes >.

A critique des ouvrages historiques destinés à être mis entre les mains des étudiants n'est pas la moins utile ; I car, si les écrits de ce genre ont moins d'originalité que les autres, ils exercent plus d'influence, et les erreurs qu'ils contiennent sont plus dangereuses, parce qu'ils s'adressent à des lecteurs incapables de s'en préserver. Je vais essayer de relever quelques-unes de celles qui se rencontrent dans un ouvrage

I Ce morceau, inséré en IMO dans le Censeur Biiropéen , a fait parUe de la première édiUon de mes LeUressur l'histoire de France, publiée en 19S7. Il a été supprimé dans ies édIUons sutyantes; je lui donne ici la place qu'il doit avoir dans mrs œuvres complètes.

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publié sons le titre de Tableaux séculaires de VHisiaire de France^ par un professeur de rUniversité ; non que cet ouvrage soit plus ttiauvais que bien d'autres « mais pour faire assortir les énormes vices de rédaction qui se propagent invariablement d'imnée en année dans toutes les histoii^s de France destinées à l'enseignement publie.

L'auteur des tableaux séculaires annbnce, sous la date de 41 3, qu'un chef des Bourguignons nommé Gundicaire prend le titre de foi. Ce qu'il nous donne ici comme un fait n'en est pas un; i! n'est pas vrai qu'en Pan 4i3 le chef des fioUrguignons ait quitté son titre de chef pour un autre titrer qu'il ait cessé d'être chef poinr deveilir autre chose : rien de pareil n'est raconté par les historiens du temps. Seulement , si l'on ouvre les chroniques , on y troUtera sous cette date, ou à peu près : a Rex Burgundi&num GundicharitÊS y m ou bien a Rex Burgundionum foetus Qundieharius. » Or, ces expreS'sions, dans la Iftngue comme dans la pensée des historiens^ ne signi* fient rien autre chose que Gondeher chef des Burgondes, Gondeher devenu chef des Burgondes*. De ce que c'est sous la date de 413 qu*on rencontre pour la première (bis, dans les histoires latines, te nom de Gondeher joint au mot rex , il ne s'ensuit pas du tout qu'en l'an 413 Gondeher ait adopté ou reçu de sa nation le titre latin de rex j titre que les historiens lui donnent faute de pouvoir écrire celui dont on le qualifiait dans sa langue. C'est exactement comme si l'on disait qu'en l'an 413 Gondeher s'est fait appeler Gundicharius y parce que son nom germanique se montre pour la première fois sous cette date avec l'orthographe et la désinence latines.

Une pareille supposition semble folle ; et pourtant elle n'est pas sans exemple. Des historiens sérieux ont raconté comme nn fai^ positif que le chef des Franks, Chlodowig ou Clovis, prit le nom de Louis après son baptême, et cela parce qu'ils ont trouvé, dans quelque histoire latine postérieure à ce baptême , le nom de Chlodowig latinisé en Lutovicus ou Ludovicus , au lieu de l'être en Chlodovecbus, c'esir-à-dire dégagé de l'aspiration franke que les Gaulois s'ennuyaient d'écrire et de prononcer. C'est encore une illusion de ce genre qui fait assigner par les historiens une époque où les Franks prirent des rois et cessèrent d'avoir des ducs. On trouve dans les écrivains latins tantôt les mots de Francorufn duces, et tantôt ceux

* Conde-her slgnifle homme de gutne ^inlneftl, et le nom de la nation peat ee traduire par celui de gent de guerre confédérée.

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