ET LA POLITIQUE DES FRANKS
Ceux qui redisaient de partir et pleuraient étaient mis en prison : plusieurs s'y étranglèrent par désespoir. Beaucoup de gens des meilleures familles 9 enrôlés de force dans ce cortège, firent leur testaiment et donnèrent leurs biens aux églises. « Le fils^ dit un contempo- « rain^ était séparé de son père j et la mère de sa fille : ils partaient « en sanglotant et en prononçant de grandes malédictions : tant de « personnes étaient en larmes dans Paris, que cela pouvait se com* a parer à la dés<rfation de l'Egypte*, b
Dans leurs infortunes domestiques, les rois des Franks éprouvaient quelquefois des remords et tremblaient du mal qu'ils avaient fait. Fredegonde , femme de ce Hilperik que je viens de nommer, voyant mourir ses fils l'un après l'autre , s'écriait : « Ce qui les tue, ce sont les larmes des pauvres, les plaintes des veuves et les soupirs des or- « phelins. Nous amassons et nous thésaurisons sans savoir pour qui# « Voilà que nos trésors restent sans possesseurs , mais pleins de nn « pines et de malédictions. N'hésitons pas à brûler tous ces rôles qui « servent à lever des impôts injustes^... i» Mais ce repentir d'un moment cédait bientôt à Tamour des richesses, la plus violente passion des Franks.
Leurs incursions dans le midi de la Gaule recommencèrent aussitôt que ce pays, relevé de ses terreurs et de ses défaites , n'admit plus leurs garnisons ni leurs collecteurs d'impôts. Karle, à qui la terreur de ses armes faisait donner le surnom de Ma^teau^^ fit une course jusqu'à Marseille; il s'empara de Lyon, d'Arles et de Vienne, et emporta un immense butin sur le territoire des Franks ^. Quand ce même Karle, pour assurer ses frontières, alla combattre les Sarrasins dans l'Aquitaine , il mit à feu et à sang tout le pays; il brûla Béziers , Agde et Nimes ; les arènes de cette dernière ville portent encore les traces de l'incendie. A la mort de Karle, ses deux fils, Karlomann et Pépin ' continuèrent la grande entreprise de remettre
* Tantusque planelu» In urbe Partsiaca erat, ut planclul compararetur JEgypUaco. (Grog. Turon., apud script rer. galUc. et francie., t. Il, p. S89.)
> Bcoe Jam eos lacrymœ paupisrum, lamenta Tiduanim, auaplria orphanorum ioterimunt.. Nunc, si ptacei, Teni et Incendamua omnes dcÂcripUonea inlquas. (Ibid^ p.M8.)
* Quia sicut malleo universa tunduntur ferramonta, ita.ipse contrivlt omnia sibi régna vicina. (HugonlsChron. virdun., apud scripL rer. gallic. et francie, t. III, p. 36S.)
* Cum magnis thesaurls el muneribus in Prancomm regnum remeavil. (Fredetsarll Cliron. continuât, apud script rer. gallic. et francie, t 11, p. 4S6.)
^ Le mot mùnn , qui signiOc liomme, est ici joint à celui do kaH^ qui signiOn homme