SUR LE CARACTÈRE ET LA POLITIQUE DES FRANKS
sous le jong des Pranks les habitants du Midi , auxquels on donnait encore le nom de Romains'. En 749 , leur année passa la Loire i Orléans 9 se porta sur Bourges, dévasta le pays jusqu'au château de Loches, et se partagea , sur les lieux , les dépouilles des vaincus, el les hommes eut<*méme$ , qu'elle emmena pour les vendre K Dan6 Tannée 76i, Pépin, devenu roi des Pranks, convoqua sur les borde de la Loire leur grande assemblée annuelle; ils s'y rendirent avee armes et bagages, passèrent le fleuve et ravagèrent l'Aquitaine jus^ qu'à la contrée des Arvemes, où ils brûlèrent la ville de Glermont, faisant périr dans Tinoendie une foule d'hommes, de femmes et d'en*^ fants'. La principale cité des Arvemes M prise d'assaut, et les Pranks, selon leur coutume, pillèrent tout ce qui pouvait s'emporter. L'année suivante, ils vinrent encore autour de Bourges enlever des chevaux et des hommes. En 765, ils étendirent leurs excursions Jusqu'à Limoges; en 766, poussèrent jusqu'à Agen, détruisant les vignes et les arbres , incendiant et pillant les maisons. Après ce ravage de l'Aquitaine entière, ils repartirent pour leur pays, a pleins de joie, « comme disent les chroniques, et louant Dieu qui les avait guidés a dans cette heureuse expédition^, o
- Ainsi la Oaule méridionale fût, pour les fils des Pranks, ce que toute la Gaule avait été pour leurs pères, une contrée dont la richesse «t le ciel les attiraient incessamment, et qui les voyait revenir en en* nemis, sitôt qia^elle ne leur achetait plus la paix. Rarie, fils de Pépin, à qui nous donnons, d'après les romans du moyen Age, le nom bizarre
fobueie, pour lui donner encore plus de iy»ree. Ui sIgDlÛeaUon du nom dé Féptn n'est pan^ aUée à découvrir^ ce nom semble formé de Pepp ou Pipp^ coniracUon familière (l'un autre nom de deux syllabes, et du diminutif germanique marqué par i'addition des syllabes in, ien ou eken. Deux noms analogues à celui-ci se renoonirent dans Grégoire d« Tours .- on y trouve Pappolcnu$ et Btppolemkê; ce qui, dans la lanipie des Tranlia, devait se prononcer PappeUen et BeppeUen, C'est encore ie même nom familier Mgpp et Bapp, suIyI du diminutif leen ou lein , comme prononoent ai^urdliul tas Allemands.
< Ronianos proterunt. (Fredégarii Chron. continuât, apud script, rer. gallic. et •ft«ncic.,ill,p. 458.)
3 Gùm... Prancorum eobortes prsdictam (Bituricas) depopulassent urbem et cunelorum domos igni cremassent. (Vita S. Pardulpbi, apud script rer. gallic. et francic., t lit, p. 684.)
3 Maximam partem Aquitaniœ vastans... Claremontem castrum captum at4|ue suocensum bellando cepil et rauititudinem hominum lam virorum quam femlnarum, vel inflintum, plurimos in ipso Incendio eremaverunt (Fredégarii Cbron. conUnuat, apud script rer gallic. et francic, t V. p. 5.)
* Deo auxiliante... Christo duee .. cum gaudio rcTersi sunt (Fredégarii Chron. contT- Buat, apud script rer. gallic. et francic, t. Y, p. 5 et 6.)
SUR L'AFFRANCHISSEMENT DES COMMUNES. m
ûe ChàrUmagne^ porta jusqu'aux Pyrénées les ilévastationfe que son père n'avait pu étendre au delà des confins de l'Aquitaine. Il réunit la Gaule entière et plusieurs des pays voisina sous une domination militaire qu'il s'efforça de régulariser pour la rendre durable , mais dont le. démemtirement commença presque aussitAt après sa mort* Alors tous les pays réunis de force à l'empire des Pranks , et sur les**quels , par suite da cette réunion , s'était étendu le nofn de France » firent des efforts inouis pour reconquérir leurs anciens noms. De toutes les provinces gauloises, il n'y eut que celles du midi qui réus-r firent dans cette grande entreprise ; et après les guerres d'insurrec^ tion qui , sous les (ils de Karle le Grand , succédèrent aux gueires dé conquête, on vit TAquilaine et la Provence devenir des Ëtats distincts. On vit même iK^parattre, dans les provinces du sud-est, le vieux nom de Gnule, qui avait péri pour Jamais au nord de la Loire. Les cheft du nouveau royaume d'Arles , qui s'étendait jusqu'au Jura et aux Alpes, prirent le titre de rois de la Gaule , par opposition aux rois de la France.
I Bs communes du moyen âge ne sont plus qu'un nom; I mais leur nom retentit si haut dans notre histoire, que le problème de cette existence passée est encore une des plus graves controverses. D'où sont venues les communes de France? Quel génie, quel pouvoir les a créées? A ces questions nos historiens répondent qu'attendu que les premières chartes royales, portant concession de communes^ sont de Louis VI, dit le Gros, c'est Louis le Gros qui a fondé les communes. Ni dans le Trésor des chartes de la tour du Louvre , ni dans celui de la Sainte* Ohapelle, il ne se trouvait, assure-t-on , aucun acte de concession de commune antérieur au règne de Louis VI , qui consentit à l'établis* sèment d'un régime municipal dans les villes de Laon, d'Amiens^ de
' Courrier Francis du 13 octobre I8S0. Ce morceau est )a première ébaucbç da grand Uavall sur l'histoire des communes, qui Torme la seconde moitié de mes Lettraa wr rVMsire de France.
m SUR LAFFRANCHISSEMËNT
Noyon et de Saint-Quentin ; cette circonstance , que j'accorde suis peine, ne prouve nullement qu'avant le règne de Louis VI aucune ville de France n'eût joui et pleinement joui d'un semblable régime*
Antérieurement à la date des quatre ou cinq chartes de Louis le Gros, les grandes cités de la Provence, du Languedoc et de la Bourgogne possédaient une justice à elles et des magistrats de leur choix : de temps immémorial, Narbonne , Beziers, Lyon, Marseille et Arles, étaient des villes de communes. Si donc Louis le Gros affranchit , comme on le dit, les villes du nord de la France, et y fonda le gouvernement municipal , il ne fit qu'imiter ce qui déjà existait au Midi ; il ne fut pas créateur , il fut copiste. Et encore , le mérite de cette imitation lui appartient-il? C*est une chose fort douteuse. La teneur même des chartes royales répugne à cette croyance. Les chartes disent : J'ai accordé , concessi; cette clause implique , ce me semble, ridée d'une sollicitation préalable ; elle laisse douter au moins si le régime libre qui devait faire de la ville ce qu'on appelait alors une commune , si l'imitation du gouvernement des cités méridionales ne fut pas un projet conçu, d'abord par les habitants eux-mêmes, puis soumis par eux à l'agrément de la puissance dont ils redoutaient l'opposition ; si , en un mot, la communauté des citoyens n'eut pas l'initiative , et par conséquent la plus grande part dans l'acte qui constitua d'une manière fixe et durable son existence indépendante.
C'est une chose bien singulière que l'obstination des historiens à n'attribuer jamais aucune spontanéité, aucune conception, aux masses d'hommes. Si tout un peuple émigré et se fait un nouveau domicile, c'est , au dire des annalistes et des poètes , quelque héros qui , pour illustrer son nom , s'avise de fonder un empire ; si de nouvelles coutumes s'établissent , c'est quelque légisfateur qui les imagine et les impose ; si une cité s'organise , c'est quelque prince qui lui donne l'être : et toujours le peuple et les citoyens sont de l'étoffe pour la pensée d'un seul homme. Voulez-vous savoir au juste qui a créé une institution , qui a conçu une entreprise sociale? Cherchez quels sont ceux qui en ont eu véritablement besoin , à ceux-là doit appartenir la pensée première , la volonté d'agir et tout au moins la plus grande part dans l'exécution : isfecU cui prodest : l'axiome est admissible en histoire comme en justice. Or, à qui profitait le plus, au xii* siècle, le système d'indépendance municipale , d'égalité devant la loi, d'élection de toutes les autorités locales, de fixation de toutes les rede-