COUP D'CBIL SUR L'HISTOIRE D'ESPAGNE
y demeura longtemps empreinte; les formules politiques de ces contrées admirent les noms de serf et de maître , de tributaire et de supérieur. Toutefois 9 à côté de la dépendance héréditaire qu'elles imposaient à une partie des hommes, les lois de TAragon établissaienty pour les puissants du pays*, une indépendance complète^ llndépendance des vieux Franks, compagnons des Karle ou des Chlodowig. La formule d'élection des rois, tant citée par les historiens, a quelque chose de ce langage fier et dur qui se pai*hiit, à l'invasion de la Gaule, sous les tentes deSoissons ou de. Reims '.
L'Espagne a renoué d'une main hardie le fil brisé de ses anciens jours de gloire et de liberté : puisse aucun revers ne démentir son noble et périlleux elfort! Estoperpetuaf c'est le souhait d'un étranger qui pense que, partout où sont des hommes libres, là sont des amis pour les hommes. Heureuse mère d'un peuple uni depuis tant de siècles par la communauté de biens et de maux , d'un peuple qui n'a point derrière lui de souvenirs d'hostilités intestines, elle ne verra pas sans doute son sol déshonoré par ces proscriptions politiques qui reproduisent les guerres de peuple à peuple, longtemps après que les noms ennemis ne sont plus, et que tout semble réuni à jamais par la même langue et les mêmes mœurs. Si des discussions trop vives, finiits inévitables de la faiblesse de nos intelligences passionnées, trouMent pour un moment son repos , du moins , le sentiment d'une antique égalité, la conscience qu'il n'y a sur la tète d'aucun citoyen ni injures ni torts héréditaires , que l'Espagnol aima toujours, respecta toujours TEspagnd, et que les malheurs du despotisme furent l'œuvre de mains étrangères, ces idées consolantes et calmes adouciront^ n'en doutons point, l'Apreté des vaines disputes et le choc des prétentions opposées. Le sang ne coulera jamais au milieu de ces débats de famille; l'Espagnol sera, dans tous les temps, le frère chéri de l'Espagnol '•
1 BUoê homhret. Le mot rleoê garde ici sa première ftigoiflcaUon todesque.
> t Mous qui sommes tutant que vous et qui Talons plus que tous, nous tous eboilissons pour seigneur, à condition que tous respeeteres nos lois; sinon, non. •
' Quoique leséfénements postérieurs aient, à plusieurs reprises, démenU cette prédiction, il y a un fait digne de remarque, c'est que rinsurreeUon armée contre la réforme des institutions et le progrès social a eu constamment pour foyer on les piofinees basques, étrangères à l'Bspagne proprement dite, par les mœurs et même par la langue, ou la Navarre» dont la population, comme son nom rindique, est basque d'origine.
ÉPISODE DE LHISTOffiE DE BRETAGNE. 504
ipisoDB Di l'histoire IKB BRITàGIIB *•
I CHAQUE nouvelle apparition d'un roman historique de I Walter Scott , j'entends regretter que les Aiœurs de la I vieille France ne soient présentées par personne sous un I jour aussi pittoresque ; j'entends môme blâmer de ce défaut notre histoire, trop terne, à ce qu'on imagine, et dont l'uniformité monotone n'ofire point assez de situations diverses et de caractères originaux. Cette accusation est injuste. L'histoire de France ne manque point au talent des poètes et des romanciers ; mais il lui manque un homme de génie comme Walter Scott, qui là comprenne et qui sache la rendre. Parmi les romans de cet homme célèbre , il y en a fort peu dont la scène n'eût pu être placée en France. Cette distinction profonde de populations ennemies sup le même soi, la haine du Saxon et du Normand en Angleterre, du Montagnard et du Saxon en Ecosse, se retrouvent aussi dans notre histoire. Ce n'est pas sans de longues convulsions que les dix peuples dont nous sommes fils ont pu être réduits à un seul ; et il a fallu qu'il se passât bien des siècles avant que les noms nationaux, le souvenir des races, la diversité même du langage, aient disparu, avant que le^Gaulois se soit laissé donner le nom de Frank, et que le Frank ait parlé sans mépris l'idiome roman de la Gaule.
Les guerres intestines du moyen âge sont le signe de la coexistence de plusieurs races d'hommes mal conciliées : il y a des nations sous les querelles des rois et des seigneurs ; mais les historiens modernes, faute de les bien comprendre, ne savent y montrer que deux personnages : le vassal et le suzerain. Quand ils rencontrent le mot latin duxy ils le rendent toujours par le mot duc; les chefs libres du peuple basque deviennent des ducs de Gascogne; le chef que se donnent les Bretons révoltés contre la puissance des Franks est ap«-
< Ce morceau, inséré en décembre ittO dans le Courrier Français, a fait iMirtie de la première édition de mes Lettres sur J'Hisloire de France: Je l'^i supprimé daas les éditions suivantes, comme n'ayant pas asscx de généralité.