MI8 ÉPISODE
« règne en Bretagne. Je refuse le tribut; si les Pranks me font la « guerre, qu'ils viennent , ils me trouveront prêt*, a — « Morvan, « repartit le sage Wither, nos anciens ont toujours dit que ta race « était légère et inconstante , et je sais maintenant que la chose est c vraie, car le babil d'une femme a eu le pouvoir d'énerver ton esprit, « et t'a fait changer de résolution. Mais puisque tu ne veux pas • a suivre mes conseils, écoute, je suis prophète pour toi : Dès que c l0s Franks connaîtront tes détestables paroles, ils pousseront leur c cri de guerre et marcheront sur ton royaume. Tu verras des milliers « de lances et de boucliers s'avancer contre toi , nos soldats inonde- « ront tes campagnes. Tu seras pris avec tous les tiens et traîné en « captivité, ou, mort , tu resteras gisant sur le 8able^ Et ne te fie c pas pour ton salut k tes bois, à tes marécages, aux fossés qui « entourent ta maison... » Outré décolère à ces mots, le chef breton se leva fièrement de son siège, et dit : «J'ai mille chariots pleins de a javelines avec lesquels j'irai à vous; j'ai des boucliers coloriés qui « valent vos boucliers blancs^ et je n'ai aucune peur du combat'. ■ Alors ils se quittèrent sans échanger entre eux une seule parole.
« L'abbé Wither apporte en grande hftte ces nouvelles au roi des Franks^ussit6t César commande que dans tout son empire on fasse des revues et qu'on prépare des armes et des munitions de guerre *. Il convoque Tarmée des Franks et celle des peuples qui leur sont soumis, et il désigne la cité de Vannes comme lieu du rendes-vous.
) Perge, tuo régi ederans haee ?erba renarra ;
Nec sua run colo, née sua jara volo. nie habeat Francos. briltonioa regmina Marman Bite ienel, oeosum sWo tributa vetat....
(Brmoldi NlgidU camen, apud icript nr. gallicel ftvicic, t.Vl.p.w.) ) Franda ctkm primo aermonls dicta neftindi
AudlflTit, Urandens moi tua régna pelet. Tum millena UbI eonourrent icuta yironim
Cuspide firanclseo forte repletus eris
(Ibid.) ' oui respondit fUriato pectore Hurman ,
Se Bolio adtollens Britto superba canit : « HisftilibuB millena manent mihi plaustra paratia,
Cum quibus oocurram oondt» aeer ets.
Scuta mibi fucata, tamen suntcandida vobis, Multa nan^t; belU non timor uUus adest. » (Ibld., p. 43.) * Interea Caesar Franconim régna reeanact
Et jubet inatanter arma parara aibi.
(Ibid.)
DE L'HISTOIRE DE BRETAGNE. 6#f
Le» Frankfl , les Swabes , les Saxons , les Thorings , les Bnrgondee s'y rendent par nations distinctes ou par masses de troupes en nombre impossible à dire. César lui-même se met en route; il visite sur son passage les lieux consacrés, et reçoit partout des présents qui vont augmenter son trésor * .
«Arrivé sous les murs de Vannes, Tempereur trouve sa nombreuse armée réunie , il lui assigne un ordre pour la marche et des commandants pour le combat. Le chef des Bretons , décidé à repousser l'attaque , s'y prépare à sa manière * ; et César , toujours bon et doux, lui adresse un dernier message : « Qu'on lui rappelle , difr-il , sa foi « jurée, sa main souvent donnée aux Franks , les devoirs de vasse- « lage qu'il a rendus à Karle mon père. Qu'on l'adjure de ne pas a s'obstiner dans cette révolte insensée, et de ne pas me contraindre « à une guerre que je lui fais malgré moi *• ■ L'envoyé part et il est bientôt de retour; Morvan, excité par son orgueilleuse femme, lui a rendu des paroles insultantes *. Alors César fait publier devant les Franks la dernière réponse du Breton. Le camp est levé, la trompette sonne, et les soldats passent la frontière'. Ils enlèvent les troupeaux et les hommes, pillent tout, ravagent tout, brûlent les maisons et n'épargnent que les églises. Aussi adroits qu'ardents à la redierohe du butin, ils battent les balliers, explorent les marécages, et creusent le sol pour déterrer l'argent et les vivres enfouis *. Aucune troupe ne les aborde de tvoni et n'engage le combat en rase cam«-
< £rgo iUue Cnai^r FraDcos gentesque subaclas ;
Kaae Jubet placito , pergit et ipse slmul.
(Brmoldi Ntgelll carmen, apud script, rer. gillie. etfruioic, tyi,p.48.) ' Inlerea Murmaa saUgebat Britto Miperbo*
BelU panre «rmiB , ingenloque suo.
(Ibid.) > Non memorat Jurata flde« , geu dextera Francis
Saepè data, et Garolo servUla exhtbita ? (Ibtd.)
* Mandat aeerba magls conflxos mente, aupertMe
Coi^agis oratu fervida corda gerit (Ibid.) ^ Interea Csesar Urittonii dicta sopert)!
Aure caplt, Francis et redtanda Jubet HIs aeoensa eobors, jamdudum marte parsto. Castra movet, sonttum dat tuba terribliem. (Ibid.)
* Quserunturqoe dapcs, lustrisque, palodeqne repotts,
Atque solo sulcis ingenloque dat».
(Ibid.)
9I« ËPIS0D6
pagne. On aperçoit les Bretons réunis par petites bandes sur les haiH teurs, dans les obemins creux , parmi les buissons et les rochers, et l'on entend de loin les crisaigus qu'ils poussent comme signaux, et qui se répondent d'un poste à l'autre. Os font à l'ennemi une guerre de surprises ou l'attendent retranchés derrière les murs de leurs habitations *• Mais de parmls obstacles n'ont pas le pouvoir d'arrôter l'année dans sa marche en bon ordre. Les landes sont parcourues « les bois fouillés, les chemins ouverts jusqu'aux approches du lieu ob s'élève la somptueuse demeure de M orvan K
« Cependant au fond de ses vallées couvertes de hautes brayères , le chef des Bretons se dispose à combattue ; 'û s'arme pour une course et fait armer l'élite de ceux qui l'entourent'. « Serviteurs, entants, < dit^il aux autres, gardez ma maison et vos cabanes, et comportezt vous bravement» Moi, avec une troupe peu nombreuse pour qu'elle s soit plus agile, je vais au*devant de l'ennemi i je reviendrai MentM « chargé de ses dépouilles 4. » U prend des javelots pour en armer ses deux mains, saute sur son cheval et, le piquant de l'éperon, galope en différents sens; puis, devant la porte dont il va s'éloi^ gner, il se fait donner, selon l'usage du pays, une énorme ooupo qu'il vide^. Il embrasse avec un air de joie sa fenune, ses enfanta et sea serviteurs, et brandissant à plusieiva reprises les javelots qu'il tient dans ses nuiins : « Femme, dit*il, voia4u ces armes que je « manie le coeur tout joyeux » tu les verras ai^ourd'hui teintes du
' Per dumoM procul , BlMcum per detna repesti ,
Apparent rarl , praelia Toœ genml....
Bella per angmlos agitatiaiit improba eaUes; Aedibufl Indusi praelia nuJIa dabant
(Bnnoldl IfigeUI tarmen, apnd acript rer. galiic etfrande., t. VI. p. 45.)
' Jam liurmanne tuae paaaim peragrantur arenae»
ATia lustra pateot atque aupcrba domua.
(Ibid.) ' iDteraà Murman diunosia TaUibus inatana,
Aeer oquos agitât, armaque oota capit (Ibid.) * Vofl servate donum» oooiiuDx, proies, faoMiUqua
Haud timidi reatraa froiidigeraaque oaaaa.... ^ Scandlt eiiuttin Telox , attmolit praeflgit aeoUa
Prena tenens, gyroa dat quadrupea varios, Bt aalilante laraa potua pnegreodia vais Perre Jubet salUo , aaacâpit atque bibit (Ibid.)
DE L'HISTOIRF DE BRETAGNE. Ml
< sang des Franks; le bras de celui qui t'aime n'eu lancwa pas une a en vain ; adieu , femme bien-aimée , adieu ^ » A ces motfi, il part à toute bride et s'enfonce dans la forêt , animé par le tin qu'il a bu et par l'ivresse du courage, s'imaginant qu'il a chance de rencontrer l'empereur lui-même . et de pénétrer jusqu'à lui ^.
« Bes compagnons le suivent d'une course rapide ; tons sont pleitiB d'ardeur pour le combat. Ils n'avaient pas encore traversé la ft>rét qu^un triste spectacle s'offre à leurs yeux; ils voient des hommea capables de combattre qui sont venus se réfugier là, évitant l'approche de l'ennemi*. Us avancent, et, dans la plaine dévastée , ils voient les traces de son passage : aucun poste n'a tenu devant lui. Les corps des Bretons qui ont résisté en braves jonchent par endnoita le sable des land» el les terrains marécageux. A cette vue, HtMrvan atterré passe de la confiance à une sombre colàre; il iK^cnse de désertion ceux qu'il avait appelés aux armes et qui lui avaient promis sur leur foi le service de guerre pour un an^. Il invoque le vieux courage, le vieux renom de la Bretagne, et s'écrie t « Si je pouvais « le voir, ce roi des Franks, à portée de ma javeline, il aurait de moi a ce qu'il me demande , je lui paierais le tribut en fer. Qomtte sa « vie, je donnerais la mienne pour l'honneur et le sahit de mon a pays'^. » Un de ses compagnons lui répondit : « 0 roi , dussé-je te et déplaire, je vais te dire la vérité : Ces vœux que tu formes dans ta
1 Laneeolu , quas eernis , ait , mnilmMiue reflakal
Marman . amaila, Umm laelut eqao reaideDB; Si mlhi eerta Mes, FraMoram sanguine ttactas Aspieies hodie, me redeunte damum.
(Brmoldi IfigelU earmen» apud acript. ter. galiic. et francic., iVI,p.4».)
2 His dictis , eelerans silTls se condU aprids ,
Btwias, taifUix te , HlodoTfce, pcAens.
(IWd.)
* Cernitls en mfseros silvls oonfidere cives , Née caaipis audent hosUbns arma dare....
(ibfd.)
* Nusquam tuta fides : ubl mine promissa per annnm
Dextera ? Nttttc Praneos n allas adiré valet.
(Ibid.,p.M.)
& Si fortuna fbret psssim qno cernere regerm ,
Namque sibi fermm missile forte darem ,
Proque trlbataH haec ferrea dona dedfssem
Oblitusque mef pergerem in arma oeler.
Memet sponte mea morti dare nempe Jn? aret Pro patriae lande, proque sainte soll.
(Ibid.)