‹ Œuvres complètesChapitre 15 sur 91 · INTRODUCTION. XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLI

une infatigable énergie des projets démesurés et gigantesques, et la nation le suivait en silence. Elle le suivait , elle ne le secondait plus.

Après les désastres de 1812, en dépit de l'avertis* sèment bien timide du corps législatif, Napoléon épuisa la France d'hommes et d'argent, refit une armée d'Espagne et d'Allemagne, et s'élança de nouveau sur les champs de bataille. Ëtait-ce pour gagner encore quelques victoires , et à ce prix obtenir une paix glorieuse qui eût assuré les conquêtes de la révolution? Non; c'était pour jouer encore le même jeu qu'avant l'expédition de Russie, reprendre la route de Moscou, maintenir l'oppression de la Prusse , envahir le Portugal , soutenir le roi Joseph sur le trâne de la Péninsule, afiecter l'empire de l'Europe et bloquer l'Angleterre dans son lie. Et tout cela, je vous prie, en l'honneur et au nom de quel principe intelligible à l'esprit et qui pût faire battre le cœur? L'empereur Napoléon a deux parties dans sa vie* : la première, où il sert la cause de la révolution , lui donne le gouvernement qui lui convient, la nionarchie constitutionnelle , apaise les discordes civiles, fonde la société nouvelle et prend une place unique dans l'histoire; la seconde, où il est toujours un grand capitaine, un administrateur admirable , mais un sorte de génie oriental qui s'agite sous la main de la fatalité. Aussi tour à tour la France l'a adoré et délaissé ; car, il faut bien le dire, en 1813 et en 1814, l'armée a fait des prodiges de valeur, mais la nation

» Sur Napoléon, voyez IV* série, t. IH, p. 124; V* série, t. Il, p. 48 et surtout p. 361-364,

XLII INTRODUCTiOff.

eût pu 86 défondre avec bien pins d'énergie et de constance. £lle Teût fait, et certes Paris ne 9e aérait pas rendu à une avant-garde de Cosaques, si toutes les forces du pays n'eussent été épuisées, si l'empereur n'eût pas abattu Pesprit public , s'il n'eût pas fatigué tout le monde , jusqu'à ses lieutenants euxmêmes , si enfin il n'y avait pas eu dans la nation cette conviction désespérante qu'alors même que nous serions parvenus à nous sauver par de continuels miracles , le lendemain de la délivrance du sol y cet homme &tal qui marchait dans le monde sans plan et sans but , poussé par l'insurmontable besoin d'une activité dévorante et la soif de la domination universelle, nous eût ramenés sur ses pas des bords du Rhin jusqu'au fond de TAlIemagne , dans un cercle sans fin de combats sans objet. C'est là la pensée fu«neste que l'empereur avait fait pénétrer dans tous les esprits; c'est elle qui a miné son autorité et amené sa chute. La France a4*elle donc eu tort de ne pas s'ensevelir sous les ruines de l'empire ? J'en appelle à l'Europe et à la conscience du genre humain.

La France accueillit la restauration avec deux sen«timents opposés , avec espérance à la fois et avec tristesse. La maison de Bourbon revenait, comme on Ta dit, à la suite de l'étranger, et elle pouvait ramener l'ancien régime; mais, d'un autre côté , elle ramenait la paix dont la France avait grand besoin , et elle donnait la charte, qui consacrait à peu près les principes de la révolution et continuait, en les amë«liorant , les constitutions impériales. La France , après des commencements difficiles , se résigna k la restaux

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