XLVIII INTRODUCTION
sait depuis long-temps à tout le monde. Personne autour de lui n'ignorait ses dispositions, et M le prince de Joinville les a exposées, avec une énergie que nous n'oserions égaler, dans une lettre célèbre où, vaincu par l'évidence et les approches du danger, le fils respectueux fait place au citoyen et au patriote. Cette lettre , écrite loin de France le 7 novembre 1 847 , adressée à M. le duc de Nemours et trouvée aux Tuileries, fait tant d'honneur au prince et elle a été tant de fois livrée à la publicité^ qu'il nous serait bien permis d'en emprunter quelques lignes ; mais un sentiment insurmontable nous interdit de faire aucun usage de confidences intimes épanchées dans le cœur d'un frère, quand celui qu'elles paraîtraient accuser est un père qui n'est plus sur un trône. J'aime mieux rappeler ces paroles authentiques que, quinze ans auparavant , le roi triomphant adressait au chef de l'opposition, M. Odilon Barrot : « J'ai un système de politique parfaitement arrêté. Ce système est le mien , et non celui de tel ou tel de mes ministres : plutôt que] d'y renoncer , je me ferais broyer dans un mortier ! »
Tel était en effet le roi Louis-Philippe, un des hommes et des monarques de ce temps qui reste encore à apprécier. Ses hautes qualités comme ses défauts lui rendaient bien difficile de se plier au rôle modeste d'un simple roi constitutionnel. Un tel roi n'a guère besoin que d'un jugement solide , capable de reconnaître l'état vrai du pays et de l'opinion pu-
* Revue Rétrospective, n^Sl, p. 480 et 481.