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blique pour s'y accommoder. II peut sans doute influer sur le gouvernement , mais avec discrétion et en quelque sorte dans Tombre, satisfait d'être utile et nécessaire sans paraître dominant. Il lui faut moins ' de convictions fortes, souvent dangereuses par leur excès, qu'une heureuse flexibilité d'esprit et de caractère. Il doit se défendre avant tout d'avoir un sys- ' tème hors duquel il ne voie que malheur et ruine. 11^ peut bien être whig ou tory, libéral ou conservateur, pourvu que, selon les circonstances, il sache faire fléchir son opinion particulière devant l'intérêt géaéral, et donner tour à tour le gouvernement aux divers partis qui se le disputent dans le parlement et dans la nation. Le roi Louis-Philippe n'a point réalisé cet idéal du roi constitutionnel. Il avait infiniment d'esprit, une mémoire prodigieuse, une grande connais- 'sance des hommes , une intelligence prompte et vi* goureuse, l'habitude et la passion du travail. Joignez à cela le plus aimable naturel , une bonté vraie qui souvent s'élevait sans effort jusqu'à la magnanimité. Avant de signer une sentence de mort, il se livrait aux recherches les plus minutieuses pour découvrir quelque endroit par où il pût exercer, avec quelque apparence de raison, le droit de grâce. Dans son conseil , il plaidait la cause de ses assassins. Son courage personnel était au-dessus de toutes les épreuves. Je ne parle pas de l'époux et du père : l'inimitié la plus envenimée l'a toujours respecté ; mais je veux relever en lui une vertu qui n'est pas assez connue, je veux dire sa parfaite sincérité. Le roi ne déguisait point sa pensée ; loin de là il l'exprimait, en public comme en
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particulier, dans un langage bien dépouillé d'artifice. Naturellement éloquent et causeur incomparable , il aimait les luttes de la conversation , et cherobail à y foire prévaloir ses opinions avec une grâce, une verve, une opiniâtreté qui ne se lassait jamais. Ses convictions étaient ardentes et indomptables. Que ce soit sa gloire et son excuse. C'est par là qu'il a fait tant de bien à la France, et c*est par là aussi qu'il a succombé, car les hommes de sa trempe trouvent leurs périls dans leurs qualités.
Pour moi , je n'ai pas pu connaître le roi Louis^ Philippe sans l'admirer. En 1840, je l'ai beaucoup vu, et je l'ai souvent contredit et dans le conseil et dans le tôte à tête, ce qu'il n'aimait guère : chaque jour, il me surprenait, m'attirait, m'attachait par »es défauts mêmes. Devant lui, je me suis toujours senti en présence d'un esprit rare, d'une âme excellente, d'une capacité supérieure. Je l'ai servi ; je l'ai aimé; je porte à sa mémoire un respect inviolable, et je ne crois pas y manquer en avouant qu'il était trop grand pour être un très-bon roi constitutionnel.
Le roi ne comprenait qu'un système de gouverne* ment, et ce système n'était pas tout à fait celui de la monarchie parlementaire. Il avait subi en frémissant la main de Casimir Périer. Le ministère du 11 octobre lui^avait souvent pesé, et pourtant ce ministère est le plusgrand qu'ait eu la monarchie de juillet : il avait à sa tête M. le duc de Broglie, appuyé sur M. Thiers et sur M. Guizot , c'est-à*dire le caractère politique le plus respecté et les deux plus grands talents parlemenlai^ res du pays« Depuis la chute de ce cabinet, il n'y g plus