INTRODUCTION. LXXV
qu'ici les monarques les plus éminents? La reine Victoria a rencontré des difficultés qui l'eussent accablée, si elle se fût chargée de les résoudre elle-même ; mais elle avait un ministère que la nation, o'est-à-dire le parlement , lui avait donné , et elle a laissé faire ce ministère. Après celui-là en est venu un autre, selon les vicissitudes des circonstances et de la majorité. La reine Victoria s'est bornée à suivre ces vicissitudes, contente du rôle modérateur que la constitution lui assigne, et qui, malgré sa modeste apparence, est encore assez beau , puisqu'à ce rôle bien joué est attaché le salut d'une grande nation. Au reste, je reconnais que l'Angleterre aussi a dû faire un long et pénible apprentissage de la monarchie constitutionnelle. Malgré ses vieilles habitudes parlementures, ne s'est-elle pas vue contrainte de déposer un roi pour le soumettre, et même de le faire monter sur un échafaud ? N'a-t-elle pas été forcée d'en chasser un autre? Et le roi de la révolution de 1688, Guillaume lui-même, n'a-t-il pas longtemps pesé sur le parlement, et revendiqué de toutes les manières l'autorité personnelle qui lui était due à tant de titres? N'a-t-il pas fallu que le parlement luttât contre lui? Au xviii'' siècle, que de tristes spectacles encore dans l'histoire de la monarchie constitutionnelle en Angleterre? Et n'est-il pas vrai que c'est surtout depuis une soixantaine d'années que le gouvernement parlementaire y fonctionne aisément et puissamment? Je nourris donc l'espérance que peu à peu il en sera de même en France et successivement dans toutes les grandes monarchies constitutionnelles de l^urope.