DE LA LÉGION D'HONNIUR
et dans ses chiffres et dans sa proposiiioD. Tout reuvoi à la coinmlssioD est donc inutile.
u Je ne Teux pas rentrer dans la discussion que le vote d'hier a terminée ; cependant j*ai entendu contre la fixa* tion d*uHe limite reproduire aujourd'hui les mêmes arguments auxquels mes honorables amis M. le général Fia* haut et M. Pelet ( de la Lozère ) me semblaient avoir victorieusement répondu. Sans cesse on vous a dit que toute limite abaisse la Légion d'honneur aux proportions d'un ordre de chevalerie, diminue l'autorité du Gouvernement , et peut nuire à la légitime et populaire influence de la Révolution de juillet
« Je ne vois dans ces paroles qu'une brillante fantasmagorie oratoire destinée à frapper l'imagination , mais qui s'énanouit à l'examen* Non» nous ne voulons pas faire de la Légion d'honneur un des ordres de noblesse du moyen âge; mais , par respect pour la Légion d'hon«neur, nous voulons que cette grande et nationale institution ne soit pas plus longtemps dépouillée des conditions salutaires que son fondateur y avait attachées, conditions qui n'ont pas manqué aux ordres antérieurs , et qui seules ont quelque temps soutenu leur existence. Pour tout ordre, quel qu'il soit, le prodiguer, c'est l'avilir. Invoquer cette maxime de l'expérience au profit de la Légion d'honneur, je vous le demande , est-^ce la rabaisser? N'est-ce pas la relever au contraire en lui rendant le ferme fondement et de son institution même et de la sagesse des siècles 7
«t Aiais , dit-on , vous désarmez le Gouvernement ; en quoi, je vous prie ? Le seul scrupule légitime qui ait été exprimé, est que, du sein de la paix, il peut sortir tout à
coup des guerres qui emporteraient toute limite de récompenses dans leurs impérieuses nécessités. J'admets ce scrupule; mais j'y ai fait droit par une exception pour le temps de guerre. Nul avenir inconnu ne peut donc trouver le Gouvernement désarmé , et dès le présent , la mesure que noqs soutenons le fortifie de tout Tbonneur attaché aux actes empreints d*bn haut caractère de moralité publique.
« Vous craignez que le Gouvernement de la Révolution de juillet ne soit affaibli par là ; moi j'en attends tout le contraire. Je suis profondément attaché à la Révolution de juillet et au Gouvernement qui en est sorti , et je crois qu'il grandirait dans l'estime de la France et dans celle du monde entier, s'il venait dire par l'organe d'un guerrier illustre : « J'ai trouvé l'institution de la Légion d'honneur affaiblie, compromise par des prodigalités toujours croissantes. En vain on me disait qu'il est dans mon intérêt de continuer l'ouvrage du Gouvernement précédent, et de me faire des partisans et des créatures en me réservant le droit de multiplier sans limite et sans règle ce qui doit être rare pour conserver tout son prix. Je n'accepte point les abus comme moyen de gouvernement. J'ai une politique plus haute. Je mets ma force dans ma nationalité , dans la noblesse et l'honnêteté de mes actes. Il n'y avait que trente mille légionnaires en France en 1814, à l'époque du plus vaste développement de l'ambition et de l'énergie française en tout genre : je ne vois donc pas comment aujourd'hui cinquante mille décoratious sont nécessaires. Rien de ce qui peut nuire à une institution utile ne peut m'être bon; an lieu de m'appayer sur la corruption de ce qu'il y a de plus
DB LA LAGION D*HONlfEUR. 201
grand, je m'appuie sur le respect de tout ce qui est grand. » Voilà le langage, Messiears, que je Toudrais entendre de la pari d'un Gouvernement que j'aime^ Voilà celui qiin je loi conseille, dans la ferme conviction qu'il y gagnerait de la force comme de la dignité, et qu'une mesure qui raviverait une institution chère à la France lui serait une auréole d'honneur comme à la Légion elle-même. » ( Très-bien ! très-bien 1 Aux voix 1 aux voix 1 )
M, Cousin. « Je m'adresse à la conscience de la Chambre : je lui demande si quand , il n'y pas un mois , elle accueillait avec des applaudissements unanimes la proposition de M. IVlounier; quand une commission composée d'hommes graves, représentant toutes les carrières, tous les mérites, tous les divers genres de services que l'on peut rendre à la patrie, et sur les champs de bataille, et dans la haute administration, et dans l'enseignement public, et dans la magistrature ; quand, dis-je, une pareille commission, par l'organe du noble orateur auteur de la proposition, présentait à la Chambre un si lumineux rapport, quand enGn , de tous les côtés de cette assemblée, les plus
^ Quand Je conseillais ce langage et cette conduite à un Gouvernement que J*aimais , Je passais auprès des sages du jour pour un rêveur, un constitutionnel et un parlementaire fanatique. On a pris , on a même affecté le langage contraire ; on 8*est enfonce de plus en plus dans Tabus des influences; on a bravé superbement l'opinion; et peu à peu le mécontement s'est accru, la désaffection a gagné, la solitude s'est faite autour du pouvoir, jusqu'à ce que, miné dans ses fondements, H a suffi d*une tempête d*un Jour pour le renverser.
MS SBSSION DE 1839.
puîssanu enconragements étaient spontanériient donnés à ce beau et sage travail ; je tous le demande » Messieors , qai de tous aurait pn prévoir où tout cela devait aboutir t Qui vous eût dit que la proposition de M. Moonier fût destinée à périr sous les coups de ces mêmes orateurs sur lesquels elle avait le plus droit de compter ?
« Et remarquez, je vous prie, qu'il ne s'agit point ici de telle ou telle mesure particulière ; par exemple, delà partie financière du projet , sur laquelle les avis ont toujours été partagés, et qui pouvait être approuvée ou désapprouvée, combattue , modifiée , détruite même , sans emporter le projet tout entier. Non ; il s'agit du principe même de la proposition, principe contre lequel je n'avais pas entendu, il y a quinze jours, s'élever une seule objection.
« Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire , c'est que ce même principe adopté par vous, il n'y a pas quarante-huit heures , après deux jours d'une discussion approfondie , et qui semblait acquis à la loi , voilà qu'aujourd'hui la même Chambre , après l'avoir proclamé avant-hier, est tout près de l'abandonner !
« Vous avez entendu M. le baron Charles Dupin, dans une apologie sans réserve, justifier, non-seulement le nombre des croix militaires, mais encore le nombre des croix civiles, sauf quelques-unes peut-être qu'il a bien voulu abandonner à ses anciennes censures, de telle sorte^ en vérité, qu'à entendre l'honorable orateur, le nombre de cinquante mille légionnaires serait trop faible, et qu'il faudrait plutôt faire une loi pour l'augmenter que pour le diminuer. Encore une fois. Messieurs, qui l'eût dit il y a un mois ?
« Mais c'est surtout, je l'avouerai, le discours de M. Iç