‹ Œuvres complètesChapitre 56 sur 91 · DE LA LÉGION D*HONNEUR. 20S · texte numérisé non relu

DE LA LÉGION D*HONNEUR. 20S

ministre de l'instruction publique qui m'a surpris et affligé. C'est avec un vif regret que je me vois condamné à me séparer d'un ami dont j'ai souhaité, favorisé même, autant qu'il était en moi, l'élévation; il lésait, et plusieurs de ses collègues le savent également. Aujourd'hui, il vous a dit des choses que je voudrais n'avoir po^nt entendues de sa bouche. 41 vous a dit que ce n*était guère aux hasards d'une discussion et d'une délibération publique qu'il fallait confier le sort d'une mesure aussi importante que le remaniement de l'institution delà Légion d'honneur. Qu'aurait pensé d'une pareille doctrine mon ancien compagnon d'armes , celui qui défendit longtemps avec moi, et mieux que moi, le Gouvernement représentatif, c'est-à-diré la nécessité de la discussion publique de tontes choses? Plus une institution est grande, plus c'est à la loi qu'il appartient primitivement de la fonder, et plus tard de la raffermir, quand de tristes abus l'ont ébranlée. Or, la loi c'est la discussion , sans doute avec ses hasards, mais aussi avec ses lumières. Si vous devez craindre de vous occuper ici de la Légioq d'honneur, je ne connais pas une institution dont l'examen vous convienne : tout grand objet vous échappe par sa grandeur même. Je le dis à regret, mais mon éloquent ami a fait aujourd'hui le premier pas dans une route que je crm mauvaise.

« Mais ce qui m'a le plus affligé , c'est Pétrange apologie qu'il est venu faire du changement inattendu qui semble s'être opéré dans les convictions de la Chambre sur l'article !•', volé avant-hier et remis en discussion depuis deux jours. Recherchant dans l'histoire parlementaire et dans la vôtre des exemples , des précé-

dents pour on si brusque changement, il n*en a ren* contré , on du moins il n'en a cité qu'un seul, qui a eu lieu en effet l'année dernière dans la discussion de la loi sur l'éut-major de l'armée. Mais mon éloquent amia-t-ii donc oublié comment alors lui el moi nous avons accueilii celte subite métamorphose? Aujourd'hui il lui a para que changer ainsi» c'est sagesse, c'est profondeur, et passant tout à coup de la défense à l'attaque , il vous a dit qu'une assemblée qui bésiterait à condamner, à effacer le lendemain ce qu'elle aurait fait la veille ne serait point une assemblée politique, mais une assemblée... Je m'arrête. Messieurs, je me permeUrai seulement de faire remarquer à M. le ministre de l'instruction publique qu'il est bien peu parlementaire de traiter ainsi des hommes qui , n'ayant pas reçu tout à coup des lumières inattendues, persistent le lendemain dans le parti qu'ils ont pris la veille, après mûre déUbération. Je lui dirai qu'une conduite diflérente pourrait receveur à son tour de dures quali&cations, et que nous pourrions renvoyer de sévères paroles à qui nous en adresse d'aussi étranges. (Vive sensation. Murmures dans une partie de l'Assemblée.)

« Messieurs, quand je suis monté à cette tribune , je savais parfaitement que ce que j'avais à dire ne plairait point à tout le monde ; mais j'y suis monté pour accomplir un pénible devoir envers cette Chambre même, et poussé par un \if sentiment de sa dignité. La Chambre des pairs est une Chambre essentiellement conservatrice; elle a une grande mission à accomplir dans des temps difficiles. Il importe à l'État qu'elle amasse pour ces temps difficiles , qu'il faut toujours prévoir, et qui déjà se sont plus d'une fois renouvelés , des trésors d'indépendance et de respect

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