DE LA LÉGION D'HONNBUR
public. Noas ne pouvons, nous ne devons pas avoir réncrgie brillante de Tautre Chambre. A l'autre Chambre, la rapidité des résolutions, souvent aussi les brusc|ues changements ; à nous les délibérations lentes, les discussions approfondies, les décisloDs plus sages que populaires; mais en revanche la constance, la persévérance, la fidélité à nous-mêmes. Or, pour moi, je doute que ces attributs de Tesprit conservateur se retrouvent dans la proposition qui vous est faite de déchirer Tarticle l*"" que vous avez voté avant-hier avec tant de maturité et après une si solemnelle délibération.
« M. Yillemain a par7é de conciliation, il a proposé une transaction ; à mon tour et à son exemple, je lui en proposerai une autre. Il a accusé votre savant rapporteur de se renfermer dans le chiffre inflexible de quinze mille légionnaires, tandis que lui, faisant un pas vers nous, proposait de ne nommer qu'à une seule place sur deux va- , cances pendant dix années.
« Je viens offrir à M. Yillemain et au Ministère de. changer le chiffre de M. Mounier, et de le porter de quinze mille à vingt-cinq mille, comme le proposait Al. le comte de Ham , et même à trente mille par des motifs que je donnerai tout à Theure ; et si M. Yillemain veut accepter cette modiûcation de l'article 2 , j'accepterai aussi pour ma part sa proposition. Il me semble que nous serions tous deux satisfaits : en effet, les deux propositions ne sont point exclusives l'une de l'autre ; elles le sont si peu , que l'article proposé par M. Yillemain n'est pas autre que l'article 33 du projet de loi, sauf les mesures financières qui s'y rencontraient et dont je ne suis pas plus partisan, ou plutôt , pour dire toute ma pensée , dont je suis tout
autaût Tadversaire que M. Villemain. Ainsi par Tarticle V' voas avez posé le priacipe d'une limite ; par Tarticle 2 vous déterminerez celle limite, comme l'article 1" vous y contraint ; vous la déterminerez d'une manière qui laisse au Gouvernement une suffisante latitude pour récompenser tous les mérites et faire face à tous les besoins; puis encore, toujours conséquents avec vous-mêmes , pour arriver peu à peu au nombre normal et prudemment calculé que vous aurez déterminé, sans blesser les droits des mérites nouveaux , vous admettrez l'article proposé par M. Villemain , le droit de nommer à une décoration sur deux vacances. D'une part, vous aurez fixé une règle et raffermi une grande institution chancelante , et d'autre part , en préparant l'avenir^ vous aurez pourvu aux besoins du présent, vous aurezsauvé la Légion d'honneur et vous n'aurez pas désarmé le Gouver- ^nement. Je ne vois pas quelle objection on peut faire à cette pondération des différents anicles que je viens d'examiner. « Mais , s'écrie notre éloquent adversaire , prenez garde : ou vous ferez trop, ou vous ferez trop peu : trop, beaucoup trop, de manière à compromettre le Gouvernement, si vous adoptez le chiffre de M, Mounier; trop peu , beaucoup trop peu , pour l'honneur de la rénovation que vous entreprenez, si vous adoptez le chiffre de M. le comte de Ham. Mais M. Villemain, en prétendant nous enfermer dans ce dilemme qu'il croit inattaquable , a-t-il bien réfléchi à la conséquence de son invincible raisonnement? Cette conséquence, la voici: c'est que, de peur de faire trop ou trop peu, il ne faut rien faire du tout. Je lui demanderai à mon tour s'il connaît quelquemoyen d'échapper à celte conséquence.