‹ Œuvres complètesChapitre 70 sur 91 · FORTIFICATIONS DS PARIS · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS DS PARIS

de campagne, qu*un coup de main hardi pourrait amener devant elle. La commission ne peut pas nier, elle ne nie pas que Tenceinte proposée par le Gouvernement ne soit incomparablement plus défensive, sans être toutefois une enceinte de siège. Dans quel intérêt raisonne-t-elle donc î

« Que la commission ne fasse pas valoir, je Ten supplie, l'économie, fort contestable en elle-même, de quarantesept millions qui résulte de la différence des deux enceintes. J'estime profondément chacun des membres de la majorité de la commission , mais je n'estime pas l'argument

tt II est impossible de ne pas s'étonner qu^une commission chargée d'examiner si la fortification de Paris , telle que la propose le Gouvernement, est assez sûre, assez efiicace, sans être celle d'une place de guerre, soit d'avis, non d'augmenter , mais d'affaiblir cette fortification, en substituant à une enceinte capable d'une résistance sérieuse une muraille impuissante. Gomment votre commission, si elle voulait que Paris fût fortifié, s'est-elle résignée à cette ombre de fortification ? Gomment a-t-elle pu adopter et laisser présenter sous son nom un rapport où la fortification de Paris ne semble qu'une concession, et où ce qui domine est un ensemble de principes absolument opposés à toute défense de Paris ?

« Les principes du rapport, c'est là. Messieurs, qu'est le vrai terrain de la discussion entre les partisans déclarés et les adversaires avoués ou déguisés des fortifications de Paris ; c'est sur ce terrain qu'il faut suivre M. le rapporteur. Sises principes sont vrais, l'amendement est fondé»

et le rejet et du projet de loi et de ramendement lui-même serait mieux fondé encore : il n'y a de Trai , de conséquent, de sérieux que l'avis du membre de la commission qui, seul, a eu le courage de Toter contre toute fortiûcatîon. Permettez -moi donc de reprendre un à un et de combattre pied à pied les principes du rapport de votre commission.

« Partout, à chaque page du rapport (particulièrement pages 3 et A ), les fortifications des grandes villes sont comme renvoyées aux époques de barbarie.

« Je Us aussi ces mots, page 13 : « On prévoit une coa- « lition générale de l'Europe... Mais, disons-le hautement « à tous les amis de la patrie , une coalition générale est <( plus à redouter comme un fantôme qui agite les imagi- <c nations, que comme u^e des réalités que pourrait ame- « ner l'avenir. »

M Je lis encore , page 5 : « Qu'on examine bien dans «c quelles circonstances le projet de fortifier Paris a été « mis au jour et reproduit ; on reconnaîtra que la pensée « en a toujours apparu dans les moments de crise, dans « ces moments où l'aspect du danger fait taire toutes les « oppositions. Ce n'est qu'à la fin de 1813, lorsque Na- « poléon n'opposait plus à l'Europe conjurée que quelle ques glorieux débris de ses armées si longtemps triom- «c phantes , qu'il donna ordre de mettre Paris en état « de défense. »

« J'en demande bien pardon à l'honorable rapporteur; mais ici, autant d'assertions, autant d'erreurs.

«c On a Tair de faire une estime médiocre des fortifications en général dans ce siècle de civilisation , au milieu du droit des gens de l'Europe (je ne fais ici que citer une

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des phrases de M. le rapporteur, page 3). Mais regardez autour de vous! Toutes les nations voisines vous laissent votre confiance dans le droit des gens, et elles se hérissent de citadelles et de forteresses. Le mont Genis pouvait paraître un suffisant rempart à la maison de Savoie ; mais , au pied du Cenis, elle a élevé contre nous la gigantesque citadelle de Bramant. On vous a cité l'exemple de la Confédération germanique. Le Rhin est couvert de forteresses. La Prusse a prodigué les millions pour fortiûer tous les passages par lesquels nous pouvons arriver jusqu'à elle. Elle fait enseigner le droit des gens dans toutes ses universités, mais elle le fait respecter aussi par un vaste système de défense nationale. L'Europe, en 1815, ne s'est ])as contentée de nous enlever la Belgique et de la donner à la Hollande comme un avant-poste européen contre la France : elle a couvert cet avant-poste 4'un rang de forteresses dont elle a confié la construction et l'inspection à son plus grand général.

« Vous regardez la possibilité d'une coalition contre la France comme un vain épouvantail. Sans vouloir compromettre M. le ministre des affaires étrangères, je vous prie de vouloir bien vous rappeler ses fortes paroles dans la dernière séance et de les bien peser. Et moi aussi, je suis d'avis que la France peut se fier dans le goût général des peuples pour la paix et dans la prudence des Gouvernements européens; je suis d'avis qu'elle peut s'y fier, mais dans une certaine mesure, et toujours la main sur la garde de son épée. Considérez quelle est notre situation permanente et nécessaire. Placés au centre de l'Europe, chacun de nos mouvements remue l'Europe entière, comme tous ses mouvements retentissent dans notre sein. Plus forts

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qa'aucune des puissauces qui nous euYironnent, leur secret instinct, leur politique constante est de s'unir contre nous dès que notre influence leur inspire quelque ombrage. Qu'est-ce, en vérité, que l'histoire de notre pays, sinon la lutte de la France contre des coalitions sans cesse renaissantes? M. le ministre des affaires étrangères le sait mieux que moi .: la France ne s*e$t formée, elle n'a grandi , elle n*est devenue ce qu'elle est qu'à cette terrible condition. Philippe Auguste ^'affectait pas l'empire de r£urope, et cependant à Bouvines il avait contre lui l'Allemagne tout entière liguée avec un parti intérieur, tandis que, sur la Loire , il était aux prises avec l'Angleterre. François I*' a eu sur les bras l'Europe entière. On a cent fois cité l'exemple de Louis XIY. On a dit, il est vrai, que c'est Louis XIV qui, lui-môme, avait soulevé une coalition par son ambition démesurée. Non, Messieurs, la politique de Louis XIV n'a été que ce qu'elle devait être. Louis XIV n'a pas voulu avoir à la fois devant lui la maison d'Autriche sur le Rhin, et derrière lui encore celte même maison d'Autriche au delà des Pyrénées. Il n'a pas consenti à céder l'Espagne à un archiduc contre les droits évidents d'un de ses enfants. De là cette coalition devant laquelle ce roi, vraiment digne du nom de Grand, refusa de jrecoler , dans sa vieillesse, privé des héros qui jadis avaient vaincu pour lui , n'ayant plus qu'une seule armée et un seul général, mais fidèle, en dépit de la fortune, à la magnanime et sage politique de Richelieu et de Henri IV. Sans vaine déclamation, il est certain que, depuis la Révolution française, la coalition de r£urope est pour ainsi dire en permanence. Croyezovous que ses succès de 18 U et de 1815 l'aient découragée? Et parlons franchement : qui n'a

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pas cru la revoir , Il y a six mois , derrière le traité da 15 juillet 18/iO, habilement dirigée dans l'ombre par cette puissance qui, pour satisfaire sa passion bien connue contre vous , est capable d'ajourner ses autres desseins , les yeux encore plus fixés sur Paris que sur Gonstantfnople? Et cette puissance, Messieurs, non, ce n'est pas, malgré des torts récents et de déplorables malentendus, cette Angleterre qui, en 1830, en reconnaissant la révolution belge contre ses intérêts «apparents et momentanés, s'est placée avec nous en face de l'Europe ; qui vous a laissé faire le siège d'Anvers ; qui vous a laissé mettre garnison dans Ancône; qui a signé avec vous le traité de la quadruple alliance; qui l'eût exécuté avec vous , qui vous a proposé en 1836 d'entrer ensemble en Espagne; qui plus tard, quoique déjà refroidie par votre conduite dans la question espagnole , vous a encore pro* posé , au milieu de la question d'Orient , de vous entendre avec elle en Syrie et d'envoyer les deux flottes française et anglaise surveiller les Dardanelles. Je ne m'en défends pas , Messieurs ; je suis un partisan déclaré de l'alliance anglaise. J'aurais voulu la retenir ou la ressaisir, au 1*' mars comme auparavant, par de courageux, de politiques sacrifices. Mais puis-je aujourd'hui fermer les yeux à l'évidence? Où est aujourd'hui l'alliance anglaise? Elle a disparu , pour quelque du temps du moins , sous les fautes de tout le monde. Et cette alliance détruite , vous n'avez plus en Europe un seul allié , un seul ami. L'iso* le;iient, voilà votre situation actuelle ; vous y demeurerez longtemps , si vous avez soin de voire dignité , la seule force qui vous reste. Armez donc la France isolée , armez-la, non pour l'agression, mais pour la défense; non

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ponr la guerre, mais pour la paix ; non pour semer Tinquiétude et agiter les âmes, mais pour les calmer, mais pour rassurer la France, en lui disant qu'elle n'a rien à craindre et qu'elle peut attendre l'avenir dans son repos et dans sa force. Or , l'armement pacifique par excellence , l'armement, impuissant pour l'agression, souverainement eflScace pour la défense, c'est la fortification de Paris.

tt Le savant rapporteur prétend que l'idée de fortifier Paris n'est jamais venue .que dans les moments de crise et de danger , et que Napoléon n'y songea qu'à la fin de 1813. C'est une erreur manifeste. Quand Yauban proposait sa double enceinte , il le faisait au sein de la paix et de la prospérité, après que tous les dangers étaient passés, et pour en prévenir le retour. Ce n'est pas à la fin de 1813 que Napoléon songea à fortifier Paris , c'est en 1 806 , après la bataille d' A usterlitz, entendez-Ic bien, Messieurs, après la plus décisive de ses victoires, qui lui avait soumis l'Europe entière, et qui semblait lui assurer une domination incontestée. Napoléon nous l'apprend luimême dans ses mémoires, et M. le maréchal Sébastian! a déclaré à la tribune de la Chambre des députés qu'il a entendu plus d'une fois Napoléon, en 1813 et en 181 A, se repentir amèrement d'avoir cédé à la crainte d'effrayer les habitants de Paris, et de n'avoir pas mis à exécution en temps utile la grande pensée que lui avait suggérée la prise si facile de Vienne au début de la campagne d'Austerlitz. Ce n'est donc pas l'égarement du désespoir qui a fait naître l'idée de fortifier Paris; non , c'est la raison , c'est l'expérience , c'est le génie politique et militaire : l'heure du danger ne fit que la rappeler inutilement. On demandait un jour à notre regretté collègue, M. le gêné-

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