FORTIFICATIONS DE PARIS
bre des pairs sache bien ce qu'elle va faire , qu'elle connaisse toute la portée de son vote. Si elle accepte le projet de loi , elle a pour elle et avec elle la commission de défense générale du royaume, deux Ministères, la Chambre des députés, tout le poids du Gouvernement. Si elle adopte l'amendement de la commission, elle est seule ; elle n*aura pas modifié un système de fortification ; nou, elle aura renversé de ses propres mains toute fortification de Paris. C'est à elle de voir si elle veut prendre celte responsabilité devant le Gouvernement, devant la France, devant l'histoire. »
Maintien de notre organisation militaire.
En 1862, la politique intérieure du Gouvernement fut le sujet de la plus triste polémique dans la presse, dans la Chambre des députés, et même dans la Chambre des pairs. Je m'abstins d'y prendre part, et j'en ressentis l'impression la plus pénible. Dans la discussion de l'Adresse je me bornai à quelques mots sur un paragraphe où la Chambre félicitait la Couronne de travailler à rétablir l'équilibre entre les recettes et les dépenses de l'État, sans réduire nos forces militaires au-dessous de ce qu'exigent la sûreté et la dignité de la France. La question du moment était de savoir si on toucherait à l'organisation militaire que le Ministère du l""' mars avait établie, c'est-à-dire aux cadres de l'armée, ou si on se bornerait
à diminuer l'effectif. Le Roi dans son discoara avait promis de maintenir l'organisation militaire de la France. La commission proposait de parler seniement des forces militaires de la France. Ce changement inquiétait l'opinion, et j'en demandai compte à la commission.
M. Cousin. « Je demande à la Chambre la permission de lui adresser de ma place le très peu de roots que j*ai à à dire sur le paragraphe qui est maintenant en délibération.
« Je n'entends pas garder longtemps la parole. I^a Chambre a dû voir que je ne la cherche pas. Quand j'ai devant moi un noble but à atteindre» ou du moins à poursuivre, elle sait que je n'ai pas l'habitude de reculer devant la libre expression de mes convictions, alors même que je désespère de les lui faire partager. Mais quelle utilité aurais-je pu trouver pour mon pays à venir remuer de nouveau le passé de la question d'Orient , ce passé qui n'est malheureusement un sujet de triomphe pour personne. Minisires du 42 mai, qui avez pris l'initiative de cette grande question, et lui avez donné sa première impulsion, par la note célèbre du 27 juillet 1839, et par le rappel si significatif, comme trop peu égyptiens, de deux diplomates éminents, M. l'amiral Roussio et M. le maréchal Sébastian! ; ministres du 1" mars, qui avez accepté ou qui n'avez pas pu ne pas suivre l'impulsion une fois donnée» et qui ne vous êtes arrêtés qu'entre une guerre inseusée et des conditions que vous ne vouliez pas subir; enfin, ministres du 29 octobre qui, arrivée au pouvoir au milieu de ces complicationsy avez accepté et accompli la missioa
MilNTnnV DB NOTRB OUGANISiTION MILITÀIRB. 303
de condaire cette triste affaire jaaqa'à son dénoûment actuel ; Thistoire, l'inexorable histoire nous jugera tons tant que nous sommes, et assignera à chacun de nous la part de blâme ou de mérite qui nous appartient dans ces grands et douloureux événements. Mais, an nom du ciel, quel profit, quelle gloire pouvons-nous trouver à nous accuser les uns les autres d'avoir manqué à l'honneur ou aux intérêts de notre pays, en présence des ennemis de la Révolution de juillet qui triomphent de nos accusations réciproques, en face de l'étranger qui les accueille et qui les propage avec joie? On a parlé hier de la poli« tique de l'étranger, à propos de certaines personnes en dehors de cette Chambre, qui, usant d'un droit bien naturel, ont été chercher des lumières dans des documents imprimés par le parlement anglais. Pour moi, je ne connais qu'une politique de l'étranger ; c'est de nou^ déshonorer les uns et les autres par des accusations également exagérées et de décrier comme à plaisir le Gouvernement de juillet dans tous ceux qui l'ont servi. Plutôt que de mettre la main dans ces tristes représailles, et de contribuer à cet humiliant spectacle, j'ai mieux aimé, l'année dernière et cette année encore, hier et aujourd'hui même, supporter sans mot dire plus d'une injuste attaque dirigée contre un Cabinet dont je m'honore d'avoir fait partie. Et pourtant , moi aussi peut-être, j'avais le droit d'exprimer mon opinion sur la question d'Orient ; depuis le commencement jusqu'à la fin de celte affaire, j'ai eu un avis arrêté, je l'ai maintenu, et j'y persiste en dépit des événements , ou plutôt en raison même des événements qui n'ont que trop justifié ma prévoyance. Et ici je n'hésite pas , comme M. de Monta-
lemberl, à me dénoncer moi-même à tons ceux qui croient faire an grand acte de patriotisme en traitant ontrageasement Talliance anglaise. J'ai été, je suis et je demeure le partisan obstiné de cette alliance qui a fait les beaux jours de la Révolution de juillet , quand les deux premiers Gouvernements, les deux Gouvernements libres de l'Europe, unis, à l'aide de concessions réciproques, dans les mêmes desseins et les mêmes entreprises, inscrivant sur leurs drapeaux les noms sacrés qui font battre tous les cœurs généreux en Europe, donnaient à la liberté des peuples deux voix puissantes dans le conseil des rois, protégeaient la révolution espagnole qu'il eût été si facile de préserver de ses propres excès, et maintenaient la paix parce qu'on savait qu'ils ne redoutaient pas la guerre. Oui, je regrette cette alliance, je la regrette d'autant plus profondément que nous n'en avons et ne pouvons en avoir aucune autre ; car, quelles que soient les apparences, après comme avant le traité du 13 juillet 18/il, nous sommes isolés. Je n'accuse pas le Ministère de cet isolement ; il aurait pu l'accepter plus hautement, mais il ne pouvait l'empêcher. La diplomatie française est pour longtemps dans les liens de la fatalité ; le temps seul et une conduite persévérante pourront les dénouer peu à peu. Pendant longtemps nous n'avons pas de rôle actif à jouer sur la scène' de l'Europe, et toute l'habileté doit se borner à éviter des difficultés inutiles, et à ne pas nous faire de grandes affaires pour de petits motifs. La seule, la vraie politique est aujourd'hui de nous préparer à un nouvel avenir, en nous occupant sérieusement de notre situation intérieure. Quand nous serons plus forts au dedans, nous le redeviendrons