‹ Œuvres complètesChapitre 77 sur 91 · MODALES ET DESSINS DE FABRIQUE · texte numérisé non relu

MODALES ET DESSINS DE FABRIQUE

produits artistiques régis, comme iJs le sont aujourd'hui, par la loi du 19 juillet 1793.

« £n effet. Messieurs, il s*agit ici d'un Trai droit de pro« priété, dont la seule limite légitime est l'intérêt générai de la société.

« M. y. Hugo, en défendant les droits des auteurs de modèles et dessins de fabrique, aurait été bien plus loin s*il eût pénétré jusqu'au principe qui domine la matière et qui doit guider le législateur. Selon moi , les droits des artistes qui composent des dessins et des modèles de fabrique d'un certain genre, applicables, par exemple, à la grande bronzerie, à la grande orfèvrerie, aux grandes tapisseries, ces droits sont égaux à ceux de tous les autres artistes , et , par une conséquence nécessaire , égaux aux droits des gens de lettres, tels qu'ils sont reconnus par la loi de 1793. Il n'y a aucune différence entre l'homme de lettres et l'artiste ; l'artiste a les mêmes droits que l'homme de lettres, quels que soient ses ouvrages, et alors même qu'il se livre à la composition d'objets d'une petite dimension , mais souvent très-grands par l'exécution , et qu'on place sur des pendules ou sur des consoles , pour le plaisir des yeux et le charme de la vie ordinaire, exactement comme en peinture il y a des devants de cheminée et des dessus de portes qui sont peints par les plus grands maîtres.

Est-ce que par hasard on supposerait que la nature des objets d*art est déterminée par la destination qu'on leur donne? Ce serait là une erreur profonde. Un objet d'art est une création de l'esprit représentée sous certaines formes. C'est une idée rendue sensible. Que cet objet reçoive telle ou telle destination, qu'on le mette

dans no temple, dans un musée, ou dans un salon, ces diverses destinations, bonnes ou mauvaises, peuvent ajouter à l'effet de Tart : elles ne le constituent point.

« Gomment ! Une statuette de Gbiberti ou de Donatello, isolée, ou placée sur une place publique, est un objet d'art, et elle n'est plus un objet d'art inclinée sur une pendule !

o Un émail de Petitot est un objet d'art au Louvre , et il cesse de l'être sur une tabatière !

« La transaction qui intervient entre l'artiste et l'industriel ne change pas plus la nature d'un objet d'art que sa destination. Un objet d'art, tombé dans l'industrie, subit sans doute sa nouvelle condition ; il est vénal. Mais il n'en reste pas moins un objet d'art en lui-même et la propriété de l'artiste ou de celui auquel Tartiste a cédé son droit ^e suppose qu'il eût plu à Michel-Ange de faire en petit le modèle du Laurent^ du Crépuscule, de ï Aurore, de la Nuit, du Jour, et qu'il eût traité avec un fabricant florentin pour couler en bronze ces admirables figurines, afin de les mettre sur la clfeminée ou même sur les chenets d'un de ces banquiers de Florence, dont le chef s'appelait un Médicis : est-ce que pour cela il serait moins Michel-Ange ? est ce que pour cela ces figurines seraient moins belles et lui appartiendraient moins?

« Il m'est absolument impossible de comprendre aucune différence entre la propriété de certains dessins et certains modèles dits de fabrique , et toute autre propriété artistique et littéraire.

V L'artiste qui travaille pour un fabricant de tapisserie, de bronze ou d'orfèvrerie, est absolument comme le poète qui travaille pour un directeur de théâtre, et l'homme de lettres qui travaille pour un libraire. Je défie qu'on me

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