‹ Œuvres complètesChapitre 84 sur 91 · DES MARQUES DE FABIUQUS · texte numérisé non relu

DES MARQUES DE FABIUQUS

aurons les jurandes centralisées, c'est-à-dire le contrdle de rÉlat , après inspection et vérification. Vous avez entendu deux anciens ministres du commerce, qui y ont bien pensé , vous dire qu'un tel système est , dans la pratique, d'une difficulté extrême. Pour moi , j'espère bien qu'il estplusquediffîcile, Jele crois impossible, et je m'eu applaudis fort. Grâce à Dieu , vous ne pouvez changer la nature des choses. Il y aura toujours des industries excellentes et des industries très-médiocres. Je le demande h M. Hugo, esl-ce qu'en littérature il veut supprimer les mauvais auteurs? (On rit.) Il ne pousse pas le goût des bonnes lettres j usque-là. Il faut que les ouvrages médiocres puissent paraître, et qu'ils se répandent s'ils peuvent , sauf au public à les acheter peu. Je défends aussi la liberté de l'anonyme. Qu'un auteur célèbre et qui a foi en lui-même mette son nom à son œuvre, rien de mieux, car ce nom m'est un juste et légitime attrait. Mais il doit être permis à un auteur modeste ou obscur, i un débutant dans la carrière, de ne pas joindre à ses vers ou è sa prose un nom que personne ne connaît et qui les recommanderait assez mal. Je veux la liberté littéraire, je veux aussi la liberté industrielle et commerciale. Nous avons , en 1 789 , aboli les jurandes ; il ne faut pas y revenir par un détour. La liberté a sans doute ses inconvénients. Grâce à elle, les mauvais produits ciixulent dans le monde comme les produits excellents : c'est la rançon de la liberté, il faut savoir la payer. Mais la liberté est son remède à elle-même (Adhésion générale). Par la multitude de produits qu'elle engendre, elle forme peu à peu, elle éclaire le goût et l'intelligence du public t qui finit par distinguer les bons et les mauvais produits sans

qu'il soit nécessaire de choisir pour lui. Fions-nous un peu à l'intelligence humaine et laissons aux choses leur cours naturel. La liberté de l'industrie est une conquête de la Révolution française à laquelle je tiens sérieusement comme à toutes les autres; j'y demeure Gdèlc en repoussant l'amendement proposé

« Un dernier mot, Monsieur le chancelier : quand j'ai rappelé les conquêtes de 1789, j'étais bien sûr de trouver de l'écho dans celte Chambre , et je suis charmé de l'honorable susceptibilité que vient de faire paraître M. de Montépin. A Dieu ne plaise que j'aie attaqué ses intentions I Je les connais , je les honore ; mais autres sont les intentions des hommes , autres leurs opinions et les conséquences de ces opinions. Nous n'apercevons pas toujours où nous conduisent , souvent même malgré nous , les principes que nuus embrassons. Je me plais à le répéter, je respecte les intentions des auteurs de l'amendément , mais je résiste à cet amendement à cause des conséquences qu'il entraine, si on vent lui donner quelque efficacité.

tt On a dit : ce que nous demandons n'est pas quelque chose de fort tyrannique, nous voulons que tout fabricant mette son nom sur ses produits : ce n'est pas trop exiger. Je vous demande pardon, c'est trop ou trop peu. Si vous me demandez mon nom pour n'en rien faire, je vous trouve bien curieux ; et si c'est pour en faire quelque chose , votre curiosité est un commencement de tyrannie.

« M. Hugo a rappelé que la liberté de la presse est en* tière, et que pourtant on exige de tout gérant de journal de signer de son nom le journal qu'il publie. Je repousse

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