‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 104 sur 670 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

PRÉFACE

DU 8BC0ND LIVIB DBS C0IITB8. f667.

Voici les derniers oa?rages de cette natare qui partiront des mains de l'auteur*, et par conséquent la dernière occasion de justifier ses hardiesses et les licences qu'il s'est données. Noos ne parlons point des mauTaises rimes » des ▼ers qui enjambent, des deux voyelles sans élision , ni en général de ces sortes de négligences qu'il ue se pardonneroit pas à lui-même en on autre genre de poésie, mais qui sont inséparables , pour ainsi dire , de celui-ci. Le trop grand soin de les éviter jetteroit un faiseur de contes eo de longs détours, en des récits aussi froids que beaux , en des contraintes fort inutiles» et lui feroit négliger le plaisir du cœur pour travaillera la satisraction de l'oreille. Il faut laisser les narrations étudiées pour les grands sujets , et ne pas faire un poème épique des aventures de Renaud d'Ast. Quand celui qui a rimé ces nouvelles y auroit apporté tout le soin et l'exactitude qu'on lui demande, outre que ce soin s'y remarquerait d'autant plus qu'il y est moins nécessaire , et que cela contrevient aux préceptes de Quintilien, encore l'auteur n'anroit-il pas satisfoit au principal point, qui est d'attacher le lecteur, de le réjouir, d'attirer malgré lui son attention , de loi plaire enfin : car, comme l'on sait , le secret de plaire ne consiste pas toujours en l'ajustement , ni même en la régularité ; il faut du piquant et de l'agréable , si l'on veut toucher. Combien voyonsnous de ces beautés régulières qui ne touchent point, et dont personne n'est amoureux ! Nous ne voulons pas ôter aux modernes la louange qu'ils ont méritée. Le beau tour ée vers , le beau langage . la justesse , les bonnes rimes , sont des perfections en un poète : cependant , 4|iw Ton considère quelques unes de nos épigrammes où tout cela se rencontre , peut-être y tronvera-t-on beaucoup moins

> Ancienne monnoie.

* La Fontaine a tenu si peu cette promesse, que depuis il a plus que doublé le nombre de ses contes , et que les demiers qu'il composa furent encore plus licencieiu.

COXTES ET NOUVELLES.

de sel , j'oseroii dire encore bien moins de grâces , qa'en celles de Marot et de Saini-Gelais; quoique les ouvrages de ces derniers soient presque tons pleins de ees mêmes fautes qu'on nous impute. On dira que ee a'étoient pas des fautes en leur siècle , et que c'en sont de très grandes au nôtre. A cela nous répondons par nu même raisonnement , et disons » comme nous avons déjà dit, que c'en seroient en effet dans un autre genre de poésie » mais que ce n'en sont point dans celui-ci. Feu M. de Voiture en est le garant. Il ne faut que lire ceux de ses ouvrages où il fait revivre le caractère de Marot; car notre auteur ne prétend pas que la gloire lui en soit due» ni qu'il ait mérité non plus de grands applaudissements du public pour avoir rimé quelques contes. Il s'est véritablement engagé dans une carrière toute nouvelle , et l'a fournie le mieux qu'il a pu , prenant tantôt un chemin» tantôt l'autre , et marchant toujours plus assurément quand il a suivi la manière de nos vieux poètes , quoiuu in hàc ib larriBi NBCUGBirrua

BXOVTiT POnUS QDiM ISTOBUU diligbutiau. '

Mais, en disant que nous voulions passer ce point-là , nous nous sommes insensiblement engagés à l'examiner. Et possible n'a-ce pas été inuUlement; car il n'y a rien qui lessemble mieux à des fautes que ces licences. Venons à la liberté que l'auteur se donne de tailler dans le bien d'autnd ainsi que dans le sien propre» sans qu'il en excepte les nouvellea même les plus connues, ne s'en trouvant point d'inviolable pour lui. H retranche» il amplifie» il change les incidents et les circonstances» quelquefoto le principal événement et la suite; enfin, ce n'est plus la même chose » c'est proprement une nouvelle nouvelle; et celui qui l'a inventée auroit bien de la peine à reconnoitre son propre ouvrage. Non sic dbcvt conriHiNABi vàbulas *, diront les critiques. Et comment ne le diroicnt-ilspas? Os ont Wen Mi le même reproche à Térenoe; mais Térenoe s'est moqué d'eux , et a prétendu avoir droit d'en user ainsi. B a mêlé du sien parmi les sujets qu'il a tirés de Ménandre , comme Sophode et Euripide ont mêlé du leur parmi ceux qu'ils ont tirés des écrivahis qui les précédoicnt , n'épargnant histoire ni faWe où il s'agisioit de la bienséance et des règles du dramatique. Ce privilège cessera-t-il à l'égard des contes faits à plaisir? et faudra-tril avoir dorénavant plus de respect et plus de religion, s'il est permis d'ainsi dire, pour le mensonge, que les anciens n'en ont eu pour la vérité? Jamais ce qu'on appelle nn bon conte ne passe d'une main à l'autre sans recevoir quelque nouvel embellissement.

D'où vient donc, nous pourra-t-on dire , qu'en beaucoup d'endroits l'auteur retranche au lieu d'enchérir? TSous en demeurons d'accord; et il le fisit pour éviter la iongueur et l'obscnrité , deux défauto intolérables dans ces matières , le dernier surtout : car, si la clarté est recomnuuidable en tous les ouvrages de l'esprit, on peut dire qn'die est nécessahv dans les récits , où une chose , la pinpart du temps» est la suite et la dépendance d'une autre, où le moindre fonde quelquefois le plus important; en sorte que si le fil vient une fols à se rompre, il est impossible au lecteur de le renouer. D'ailleurs, comme les nar-

■ Tbbbbcb. prologue de rAndriennt* .

« idem . iMd.

rations en vers sont très malaisées ■» il se ftrat circonstances le moins qu'on peut; par ce moyen soulagez vous-même» et vous soidagei aussi le qui l'on ne sanroit manquer d'apprêter des pUUnMiis peine. Que si l'auteur a changé qoelques inriiliMli et même quelques catastrophes » ce qui préparoit cette citastrophe et la nécessité de la rendre heureuse l'y ont oootraint. n a cm que dans ces sortes de contes chtean devait être content à la fin : cela plait toujours au lecteur, à moioi qu'on ne hd ait rendu les personnes trop odieosee. Mali il n'en fhut point venir là » si l'on peut, ni firire rireet pleiirer dans une même nouvelle. Cette tdgarmre déptati i Horace sur toutes choses; il ne vent pas que dob oompoôlions ressemblent aui grotesques , et que nous flusiODS m ouvrage moitié femme , moitié poisson. Ce sont les nÉoai générales que l'auteur a eues. On en pourroit encore alléguer de particulières , et défendre chaque endroit, nuk i faut laisser quelque chose à fkire à l'habileté et à llodolgence des lecteurs. Us se contenteront donc de ces raiHNi»ci. Nous les aurions mises un peu plus en jour et frit valoir davantage , si l'étendue des préfisces l'avoit pennk

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